LIVRE
lager ces malades et à adoucir leurs peines, leur faisant envisager la main de Dieu qui les visitait et leur envoyait cette épreuve, les engageant à en profiter, mais avec des paroles si suaves, que ces pauvres gens en étaient tout attendris. Son passaze était counme un parfum de piété, qu’elle laissait après elle. Non-seulement elle les consolait, mais, quand elle voyait que ces per-onues avaient besoin d’iustruction, elle leur rappelait les vérités de la foi, d’un air néanmoins si modeste et si humble, qu’elle semblait toute confuse de vouloir en remontrer aux autres, cherchant avec un art merveilleux à les mettre à l’aise et à ne pas fixer l'attention sur elle, »
La même compagne rapporte un trait trop touchant pour qu’il ne trouve poiut place ici. «Un jour, dit cette ancienne amie, j'accompagnai Adèle chez une dame très-riche, et qui était dangereusement malade. Cette pauvre dame avait vécu dans la négligence de ses devoirs, et, sur son lit de mort, elle se rappelait avec de grands troubles les péchés qu’elle avait commis. Voyant sa fortune fondre, pour ainsi dire, entre ses mains et lui échapper avec toutes les joies de ce monde, et, pensant qu'elle allait tomber entre les mains d’un Dieu irrité, qui dans quelques instants allait la juger, la condamner et la précipiter en enfer, elle était presque réduite au désespoir. Mais Dieu ne voulait pas la perdre : dans sa miséricorde, il lui envoya son ange. Adèle vint la visiter. Alors je vis sa charité dans tout son éclat, C’était un touchant spectacle. Comme il s'agissait de sauver une âme, la charitabie enfant déployait, pour ainsi dire, toute sa douceur, toute son onction , tous les charmes de sa parole et de sa piété. « Non, non, Madame, lui disait-elle, D'eu ne veut pas « vous perdre à jamais. Au contraire, 1l veut vous sau- « ver et vus conduire au ciel; il vous ouvre les bras. Ayez confiance; 11 a pardonné à bien d’autres. Il ne vous a envoyé cette maladie que pour vous
VIÉ D'ADÈLE COULOUMBE,
« ramener à lui. » En un instant tous les nuages se dissipèrent. La mourante, reprenant courage, se mit à fondre en larmes, Elle se réconcilia avec Dieu, et, toute pénétrée de reconnaissance pour sa petite hienfaitrice, elle s’écriait en la pressant entre ses bras : « Ah! sans « vous, j'étais perdue pour toujours. » Cette dame était parfaitement convertie, et ce changement subit, je le vis s’opérer sous mes veux. Jamais je n’en perdrai le souvenir, »
Mais ceux qui excitaient le plus la compassion d’Adèle étaient les pauvres pécheurs. En parlant d'eux, elle disait à une de ses petites compagnes : « Prions donc pour eux, car ce sont eux qui sont les plus misérables, Comment peuvent-ils vivre dans l’état de péché mortel? Pauvres gens! ils sont morts à la grâce. Ah! j'espère que jamais le péché mortel n’entrera dans mon cœur, et si je savais que nous dussions le commettre, j'aimerais mieux nous voir mourir. » C’est ainsi qu elle exprimait à la fois sa haine du péché et sa tendre compassion pour les pécheurs.