‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 5 sur 162 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Parents d’Adèle. — Quelques particularités qui précédèrent sa naissance, — Sa première éducation.

Les parents d’Adèle étaient peu favorisés des biens de la fortune, mais recommandabhles par leur esprit de foi et l'élévation de leurs sentiments. Son père, Antoine-Albert Coulombe, mort en 1843, était petit-neveu de Mer Hubert, évêque de Québec, et sa famille avait fourni plusieurs membres au sacerdoce. Sa mère était sœur de M. J.-Z. Caron, grand vicaire de Mer Bourzet, évèque de Montréal, mort le 19 juillet 1844. Ainsi elle appartenait à cette famille Caron, dans laquelle les vertus et les talents sont comme héréditaires, et qui, elle aussi, a donné au clergé, outre M. J.-Z. Caron, plusieurs hommes distingués, et aux communautés religieuses grand nombre de sujets qui y ont rempli avec honneur les premières charges.

Dieu bénit ces deux vertueux époux. De leur mariage naquirent sept filles et deux garçons. Celle dont nous écrivons l’histoire fut la plus jeune de la famille, Sa

pieuse mère a plusieurs fois avoué que Dieu, dès avant la naissance de sa fille, lui faisait pressentir qu’elle portait en elle un fruit de grâce. « J'étais portée, ditelle, à prier pour cette enfant plus que je ne l'avais fait pour les autres. Comme j'avais essuyé plusieurs revers de fortune et que j'étais loin de vivre alors dans l’aisance, je priais beaucoup plus le bon Dieu pour elle, afin qu’il voulût bien compenser par l’abondance des biens spirituels la pénurie des biens temporels dans laquelle elle allait se trouver en venant au monde. » Animée de ces saintes dispositions, cetie bonne mère concut l’heureuse idée de consacrer son enfant à la très-sainte Vierge, afin qu’elle daignât bénir cette chère âme et la prendre sous sa bienveillante protection. D'autres pieux mouvements portèrent encore cette mère vraiment chrétienne à consacrer son enfant au double culte de la Croix et du très-saint Sacrement. La suite fera voir comment ces saints désirs furent exaucés, et quelle influence peut exercer la piété d’une mère sur l’avenir de son enfant.

Adèle naquit un vendredi, 23 mai 14835, à la Rivière-du-Loup, diocèse des Trois-Rivières, et fut baptisée le lendemain 24, un samedi, jour de la fête de Notre-Dame Auxiliatrice. Plus tard, elle aimait à repasser dans son esprit ces diverses circonstances. Sa piété y voyait les premières attentions de cette aimable Providence, qui l’avait fait naître au monde extérieur un vendredi, jour consacré à la Passion de Notre-Seigneur, et qui ensuite l’avait engendrée à la grâce un samedi, un jour de fête de la très-sainte Vierge, et pendant le mois spécialement consacré à honorer cette divine Mère. Ces heureuses coïncidences étaient à ses yeux comme les premiers anneaux de cette chaîne de grâce, qui commencèrent à son berceau pour se continue: jusqu’à sa mort. Au souvenir de ces touchants événements, et sous ces vives impressions que faisait naiître dans son âme le sentiment des bontés divines,

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elle épanchaït ainsi son cœur, en 4864, dans un écrit daté de la veille du mois de Marie : « Je veille nos chers malades. La nuit est calme et tranquille; les étoiles brillent au firmament. Presque tous nos pauvres souffrants sont plongés dans le sommeil. Cependant je suis en face d’un magasin de la rue Saint- Paul, tout brillant de lumières, et, pendant que je veille pour mon Maitre, je me demande : Ces personnes veillent-elles pour Dieu jusqu’à une heure si avancée; car il est déjà onze heures. Hélas! il est bien à craindre que non. Oh! que d'émotions salutaires cette tranquille nuit du 4° mai excite dans mon cœur! La profonde solitude qui m’environne et le vent qui souffle avec force me pressent et me sollicitent d'élever la voix. Et pourquoi ? pour louer mon Dieu et raconter en peu de mots les faveurs singulières que Marie, ma tendre Mère, m'a toujours prodiguées dans ce précieux mois. En effet, j’ai tout reçu dans le mois de Marie : la vie corporelle et la vie spirituelle. Déjà j'avais été consacrée à cette divine Mère, et elle voulut, par un surcroît de bonté, me faire naïtre dans son beau mois, le 23 de mai, qui était un vendredi, et me faire recevoir le saint baptème un samedi, 24, jour de Notre-Dame de Bon-Secours, Elle voulut que ce petit cœur, qui avait été donné à Jésus crucifié et à elle, commencât à battre pour ces deux objets le jour d’une de ses fêtes; elle voulut que ce fleuve de grâces qui inonde mon enfance, qui n’a cessé de couler que quand mes infidélités y mirent une digue, qui a recommencé à couler avec tant d’abondance et qui coulera, je l'espère, jusqu’à la fin de mes jours, elle voulut. dis-je, que ce fleuve commencât son heureux cours le jour que l’Église l’honore sous le titre de Notre-Dame Auxiliatrice. Ainsi, par un bonheur inexprimable, le premier jour que je passai sur la terre en état d’innocence fut un samedi, et la première fête que j'y célébrai, sans le savoir, fut une fète de ma bonne Mère. N’ai-je donc pas raison de dire

queje lui dois tout quant à la vie corporelle et à la vie spirituelle? » C’est ainsi qu'aucun bienfait de Dieu ne passait inaperçu pour ce cœur reconnaissant.

L'enfant reçut au baptême les noms de Marie-Apolline- Adèle; le dernier est celui qui lui reste dans la famille. Sa pieuse mère, en la recevant régénérée par les eaux du baptème, se proposa de cultiver avec soin le précieux trésor que le Ciel remettait à sa garde. Cette enfant, en effet, lui apparaissait moins comme un fruit de la nature que comme un dépôt que lui confiait la divine Providence, et qu’elle devait garder pour Dieu seul. Vénérant en elle la fraicheur de l’innocence baptismale, elle résolut de faire tous ses efforts pour la lui conserver. Dès que sa langue put bégayer quelques mots, elle lui appit à prononcer les paroles du signe de la croix, avec les saints noms de Jésus, Marie, Joseph, qui devaient être plus tard le plus doux aliment de son cœur. Ensuite, à mesure que sa langue devenait plus déliée, elle lui apprenaït l’Oraison dominicale, la Salutation angélique, le Symbole, les actes de Foi, d’Espérance et de Charité, et quelques autres petites prières que l'enfant se plaisait à répéter devant ses parents et les personnes qui venaient faire visite à la famille. Cette première semence, jetée dans un cœur si bien préparé, ne fut pas stérile. Dès l’âge de deux ans, Adèle s’exprimait avec une facilité qui charmait tout le monde. L'esprit de foi qui dès cette époque l’animait se faisait remarquer dans toutes ses paroles, dans toutes ses manières et jusqu: dans ses moindres démarches. Un jour qu’elle était sur la galerie devant la maison, elle entend dire que M. le curé était là, qu’il venait. A l’instant, croyant qu’il portait le saint Viatique aux malades, elle se met à genoux, joignant ses petites mains; elle paraissait immobile, recueillie comme un ange. M. le curé, en passant devant elle, se mit à sourire. Alors Adèle, se relevant, court toute joyeuse à la maison : « Maman, dit-elle fout émue,

VIE D'ADÈLE COULQMBE.

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