‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 6 sur 162 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

M. le curé vient de passer; il m’a souri. Oh! que je suis heureuse ! » C’est ainsi que dès lors commençait à poindre dans cette enfant cette piété tendre, qui devait dans la suite jeter uu si vif éclat.

Pendant que la mère donnait ainsi ses premiers soins à son enfant, le père, de son côté, ne négligeait rien pour la rendre bonne. Bien différent de ces pères de famille qui restent étrangers à l’éducation de leurs enfants, dont ils abandonnent le soin à la mère, comme si eux-mêmes ne partageaient pas avec elle cette obligation indispensable, ce père vertueux profitait de ses moments de loisir pour l’instruire de ses devoirs, et, à mesure qu’elle grandissait, graver dans son âme les leçons de la sagesse. Il trouvait en elle tant de docilité et d'ouverture d’esprit, que c’était pour lui une vraie jouissance de lui recommander d’être bien sage, d’aimer bien le bon Dieu et de ne jamais l’offenser. L’enfant regardait avec amour ce père chéri, l’écoutait avec attention et mettait dans son cœur toutes ses belles lecons. Plus tard, à l’Hôtel-Dieu, elle se plaisait à rappeler dans une conversation familière le soin que ce bon père avait pris d’elle, les peines qu’il s'était données pour la former à la vertu. « J'ai perdu ce cher père, disait-elle, à l’âge de huit ans. Je n'oublierai jamais les sages conseils qu’il me donnait, principalement dans sa dernière maladie. Comme il était étendu sur son lit de souffrance, il me communiquait ses dernières volontés, et, me faisant asseoir sur le bord de son lit, il me disait : « Mon enfant, je vais mourir, mais sou- « viens-toi de bien servir le bon Dieu et de l'aimer a de tout ton cœur. Ne cherche pas à paraître; fais « tes bonnes œuvres en secret, sans jamais songer à « plaire au monde. Sois fidèle à agir toujours pour « Dieu avec une grande pureté d'intention. » C’est ainsi que parlait à son enfant ce père si chrétien et si semblable à Tobie laissant à son fils ses dernières instructions, C’est ainsi que, sans s’en douter peut-être,

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il entrait dans les desseins de Dieu, qui voulait inculquer à la pieuse enfant cet amour de la vie cachée dont elle donna dans la suite de si beaux exemples ; du moins ces paroles restèrent toujours gravées au fond du cœur d’Adèle, qui avouait souvent que c'était de la bouche

de son père qu’elle avait recu les premiers germes de ce G £ |

vif attrait qui la portait à dérober ses actions aux regards des hommes.

Dans un autre de ses écrits, elle atteste encore que ce bon père mourant lui avait légué une grande dévotion pour les âmes du purgatoire. Après avoir marqué sur ce papier plusieurs intentions qu'elle se proposait, elle ajoute : « Je n'ai pas encore parlé des saintes âmes du purgatoire, ne croyez pas cependant que je les oublie. Au contraire, cette dévotion qui me fut recommandée par mon bon père à son lit de mort tient un des premiers rangs dans mon cœur. Le souvenir de ces âmes bien -aimées de Dieu me suit sans cesse, et ma prière la plus habituelle est pour elles, de sorte que si je les oubliais, j’oublierais aussi de prier. » On voit, par ces lignes si expressives, quelle vive impression firent sur le cœur de la bonne Adele les paroles de son digne père et quelle influence elles eurent sur le reste de sa vie. C’est là un exemple entre mille de l’effet que produisent sur les enfants les paroles des parents et de ceux qui les entourent, surtout lorsqu'elles sont accompagnées de l’exemple: tant il est vrai que les enfants sont entre les mains de leurs parents comme une cire molle, se prètant à toutes les formes, et conservant toute la vie celles qu’on leur a données dans l'enfance; ou bien encore ils sont, comme dit un ancien, semblables à un vase nouveau qui garde longtemps l'odeur de la première liqueur qu’on y a versée. C’est ce qui arriva pour Adèle. Toute sa vie, elle conserva le souvenir de ce qu’elle avait vu et entendu dans la famille. Rien ne fut perdu pourelle, comme nous le verrons par la suite.

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Ce fut à Montréal, où il s'était transporté depuis quelques années avec sa famille, que le père d’Adèle lui fut enkvé, Quoique bien jeune encore, elle comprit toute la grandeur de la perte qu'elle venait de faire et la défflora par beaucoup de larmes. Elle se sentait attachée à son père, non pas seulement par une tendresse naturelle, comme les autres enfants, mais par une affection toute sainte qui lui faisait regretter dans l’auteur de ses jours l'instrument dont Dieu s’était servi pour lui inspirer les premiers goûts de la vertu. Elle se résigna toutefois à la volonté divine, persuadée que du haut du ciel ce Dieu si bon lui servirait de père, et qu’il lui laisserait longtemps sa chère mère pour veiller sur elle et protéger sa jeunesse. Mais en sèchant ses larmes elle ne perdit pas la mémoire du cœur. Toujours elle aima à se rappeler le souvenir de cet excellent père, qui l’avait si bien instruite, et quand elle fut devenue grande elle se plut à lui donner des preuves de son tendre attachement en allant prier souvent sur sa tombe, ainsi que la suite le fera voir.

Telle fut la première éducation qu’Adèle reçut au sein de sa famille. Quand elle put comprendre et apprécier davantage l'influence qu’avaient exercée sur toute son existence ces premières leçons de vertu, son âme débordait de gratitude et de tendresse. Peu de temps avant sa mort , elle aimait à revenir sur ses premières années et à reconnaître les bienfaits que Dieu lui avait prodigués par le moyen de ses parents. « Ma sœur, disait-elle à une des religieuses de l’Hôtel-Dieu, il est bien juste de reconnaître les dons de Dieu et de l’en remercier. Oh! que je suis contente d’avoir eu de bons parents ! Après Dieu, c’est à eux que je suis redevable de toutes les grâces que j'ai reçues. » Heureuses les enfants qui, comme Adèle, n’ont que des exemples édifiants sous les yeux, et qui n’entendent point de paroles capables de blesser leurs oreilles! Alors la maison est comme un sanctuaire où tout contribue à développer

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d’une manière merveilleuse leurs facultés naissantes, et à les incliner doucement à la vertu.

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