LIVRE If. 9b
les petits. raillé les faibles, rejeté les pauvres. Rien d'immod ‘dans son marcher, dans son air, dans son parler, dans ses entretiens, dans ses regards, dans ses actions. Elle avait pour principe de ne chercher que Dieu, de ne faire de peine à personne, de faire du bien à tous, d'honorer les per-onnes âgées, de ne point porter envie à ses égaux, de fuir la vaine gloire et d’être toute à Dieu. » Adèle était tellement connue parmi ses compagnes comme une vraie copie de sa divine Mère, qu'on lui appliquait sans balancer les traits de ce magnifique tableau, en disant qu’elle en était la reproduction vivante, « Je ne puis jamais voir ce portrait, disait une des Persé\érantes, sans reporter tout de suite ma pensée sur Adèle, » Cette heureuse enfant fut en effet toute sa vie parfaitement ressemblante à celle qu’elle regardait comme son modele et dont elle s’efforçait d’être l'imitatrice. Comme Marie, elle n’avait qu’à se montrer pour faire le bien et répandre la bonne odeur de la vertu. |
Son action bienfaisante se faisait sentir jusqu’au sein de sa famille. Adèle, en effet, d’une nature si communicative, se plaisait à faire part à sa mère et à ses sœurs de son petit trésor de science. Eile leur rendait compte des instructions qu’elle avait entendues et qu’elle re-tenait si bien. Elle leur rapportait les avis qu’on avait donnés, et toutes l’écoutaient avec un véritable plaisir, la regardant comme nn petit apôtre. Quelquefois ses sœurs l’interrogeaient. Alors Adèle répondait aux questions qui lui étaient adressées, assaisonnant toujours ses reparties de traits d'esprit, mais surtout de cette modestie qui la rendait aimable à tout le monde; car elle trouvait le secret de plaire à tous sans blesser personne, en sorte qü’on pouvait dire d’elle que sa conversation n'avait jamais d’amertume et ne cuusait aucun ennui (4). Son air enjoué, ses manières pleines
(1) Sag., vur, 16,
de simplicité et de grâce, et même sa seule présence, suffisaient pour dissiper tous les nuages et tous les chagrins. Sa mère se servait ainsi d'elle pour rendre le foyer domestique agréable à tous ses enfants, pour leur faire goûter des jouissances pures, sans aller chercher hors de la maison des plaisirs frivoles et dangereux. On a souvent entendu les enfants de cette pieuse famille dire hautement : « Nous étions heureuses chez nous, et nous n’allions jamais veiller nulle part. Nos plaisirs innocents nous suflisaient. Jamuis ils n'étaient accompagnés de remords, et ils nous étaient d'autant plus agréables, qu'ils étaient plus purs. » Heureux les parents qui savent ainsi procurer à leurs enfants les doux agréments de la famille; heureux les enfants qui savent s’en contenter !
IL est facile dès lors de comprendre par ces dernières paroles, qui font entrevoir de plus en plus le rôle touchant que jouait Adèle à la maison aussi bien qu’au catéchisme, combien il en coûta à cette famille de se séparer d’une enfant qui faisait toute sa joie, tout son tresor. « Ah! disait un jour sa mère, quel vide nous avons senti dans la maison, quand elle en est partie pourentrer en religion ! Dieu seul sait ce que me coûte, à moi et à toute la famille, le sacrifice de cette enfant, qui nous était si utile et qui était pour moi en particulier la consolation de mes vieux jours. »