LIVRE IL
sans tache partout où il va, el elles chontent un cantique que nul autre ne peut chanter (4). Ces paroles retentirent au fond de mon cœur comme un éclat de tonnerre, ou plutôt elles furent comme un glaive à deux tranchants, qui le percèrent d'outre en outre. Le changement fut si complet et si prompt, les lumières que je reçus en un clin d’æil furent si vives, que ce pauvre cœur, ne pouvant plus soutenir son émotion profonde, se dechargea par une abondance de larmes qui coulèrent de mes yeux comme deux fontaines. Hceureusement pour inoi, le sermon se termina presque aussitôt; car, sans cela, les personnes qui étaient près de moi m’auraicnt certainement remarquée. Pénétrée de la plus vive reconnaissance, j'allai me placer sous l’escalier- de la chaire, afin d’y être plus cachée. Les chantres commencèrent à chanter différents motets, ce qui redoubla mes larmes. Enfin, toute ravie de ce qui se passait en moi, je demandai à mon bon Maitre, présent sur l’autel, ce qu'il voulait que je fisse pour lui plaire, lorsque dans sa miséricorde, et grâce à l’intercession de la très-sainte Vierge, il daigna me montrer clairement sa sainte volonté par un seul mot. Je ne puis dire si ce mot fut prononcé réellement, ou si j'en eus simplement l’idée ou le sentiment; tout ce que je sais, c’est qu'il fixa en un instant toutes mes incertitudes, Ce mot si court, si clair et si puissant, était celui-ci : Hôtel-Dieu ! Aussitôt mon âme tout entière se porta avec une espèce d'entrainement vers ce saint monastère, qui m'était alors peu connu; car, quoique j'aie été élevée en ville, mon attrait ne me portant pas à visiter les communautés, et d’ailleurs ne connaissant personne à l’Hôtel-Dieu, ignorant même où était la porte d’entrée, je n’y étais jamais allée, si ce n’est à l'église, pour y entendre la messe ou y assister aux offices Le jour qu’on y célébrait quelque fête. Après que
(1) Apoc., XIV, 9.
j'eus entendu cette parole si pénétrante, je passai le reste du temps en actions de grâces, et dès que le salut du saint Sacrement fut terminé, je me rendis à la maison en toute diligence, et me retirai dans ma petite chambre aussitôt après le souper, que je pris sans avoir faim tant mon émotion était grande, sans pourtant en rien dire à personne. Le lendemain, je me rendis en toute hâte à l’Hôtel-Dieu pour y entendre la sainte messe, et je fus confirmée dans la pensée que ce saint cloître serait ma demeure pour toujours, tant était fort l'attrait qui m’y poussait, tant les grâces que je recevais était abondantes. Dès lors, je fis habituellernent toutes mes communions dans cette chère église. Ma pieuse mère, qui m'avait consacrée à Marie, et qui était persuadée que je serais un jour religieuse, favorisait ma dévotion pour l’église de l'Hôtel- Dieu, quoique je ne lui eusse rien dit de ce qui s'était passé en moi, ni fait connaitre l'attrait qui me poussait vers ce monastère. Je me rappelle qu’un jour je désirais vivement aller communier à l’'Hôtel-Dieu, mais je n’osais le demander à maman, parce qu'il faisait si mauvais temps qu'il était presque impossible de sortir. Cependant, sans que je le lui demandasse, elle m’apporta un parapluie et m’exhorta à aller à la sainte messe, me disant que Je bon Dieu serait avec moi et me protégerait. Je la remerciai de son attention, et je reconnus que c'était mon divin Maitre qui lui avait suggéré cette bonne pensée. Enfin, malgré de grands obstacles qui devaient s'opposer à mon entrée, je fus admise à l’Hôtel-Dieu au bout de trois à quatre mois environ, et je pus jouir, dans les murs de ce monastère, du bonheur qui in’avait été montré à l’église de Bon-Secours. »
C’est ainsi que cette belle âme s’épanchait en sentiments de reconnaissance au souvenir d’une faveur dont elle se croyait redevable à sa divine Mère. Cet écrit, qui est très-long, elle le fit pendant la nuit auprès de
ses malades, sans doute sous l'impulsion de l’Esprit- à à
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Adèle & Ses a cimet
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