CHAPITRE VI
Adèle se présente à l’'Hôtel-Dicu. — Elle est reçue au noviciat. — Ses adieux au catéchisme de Persévérance. — Dernière visite au cimetière. — Son départ.
Une fois sa vocation bien connue, Adèle déclara à sa mère sa résolution de quitter le monde et d’entrer chez les sœurs de l'Hôtel-Dieu. « Ne pouvant résister à la grâce qui me pressait, dit-elle, je déclarai un jour à ma bonne mèré l’intention où j'étais d'entrer à l’Hôtel- Dieu. A cette déclaration, ma mère versa des larmes abondantes, auxquelles je mêlai les miennes. Cette tendre mère me dit alors qu’elle s’attendait depuis longtemps à cela, tant elle était persuadée que je serais un jour religieuse; qu'elle n’avait pas voulu m’apprendre à coudre, parce qu'elle savait que ce n’était ma vocation: qu’enfin, puisque l'heure était venue, elle me donnait sa bénédiction et allait prier pour moi.»
Cette vertueuse mère, en effet, avait eu le pressenüiment de la vocation de sa fille dès le temps où elle la portait dans son sein, et où elle l’avait consacrée à la très-sainte Vierge et à Jésus crucifié, ainsi qu'on
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l’a vu, Toute Ja suite de la vie admirable de cette enlant l'avait confirmée dans cette pensée; mais en même temps, convaincue que la vocation d’un enfant est uniquement l’œuvre de Dieu, elle avait sageinent évité d'influer en quoi que ce soit sur la détermination de sa fille, bien différente en cela de tant de parents imprudents qui fixent d'avance la vocation de leurs enfants sans avoir aucun égard à leurs attraits ni aux vues de la divine Providence sur eux.
Mme Coulombe donna donc son consentement. Comme on peut le penser, ce fut nn sacrilice cruel pour elle, ainsi qu’on l’a vu, de se priver d’une enfant si aimable, qui faisait la joie et l'édification de la famille, Mais, cette mère chrétienne considérant cette enfant moins comme un bien qui lui appartenait que comme un dépôt précieux que le Ciel lui avait confié, et que maintenant Dieu lui-mème réclamait, elle donna à la religion celle dont le monde n’était pas digne.
Munie de la permission de sa mère, Adèle se présenta à l’'Hôtel-Dieu. C'était le 25 juillet. Le matin elle fit la sainte communion. Mais aussi discrète qu’empressée d’obéir à Dieu, elle tint secrète cette démarche, qu’elle appelait son premier pas vers la vie religieuse. Son humilité Ini faisant craindre d’être refusée, elle voulait épargner à ses parents la peine de ce refus. Elle se rendit donc au parloir, et demanda à la sœur portière de voir la supérieure, qui était alors la sœur Mézière. Ici nous laisserons parler la sœur portière, qui depuis a raconté tous les incidents de cette première entrevue. « Le jour où M'e Coulombe vint se présenter en qualité de postulante, plusieurs jeunes filles étaient déjà venues, lesquelles savaient à peine lire, et je les avais renvoyées sans mème les présenter à la supérieure. La petite postulante vint sur le soir, et comme elle n’avait pas beaucoup d'apparence, étant simplement vêtue, je n'étais guère disposée à aller chercher notre Mère. Mais comme elle insistait douce-
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