‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 79 sur 162 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La sœur Coulombe commence son noviciat. — Ses épreuves. — Sa constance et sa fidélité.

Nous entrons dans une nouvelle période de la vie de notre jeune Adèle , que nous appellerons désormais la sœur Coulombe. |

Le tableau de sa vie dans le cloître nous convaincra qu’elle fut au couvent le modèle d’une parfaite religieuse, comme elle avait été auparavant celui d’une tille vraiment chrétienne au milieu du monde. En parcourant l’histoire des dix années qu’elle a passées en religion , nous la verrons toujours digne d’elle et de sa sainte vocation, soit au noviciat, soit à Saint-Patrice, soit à la nouvelle maison, dite de la Sainte-Famille, où elle devait couronner une sainte vie par une sainte mort.

La sœur Coulombe avait déjà revêtu l’habit de postulante depuis plusieurs jours , qu’elle n’était pas encore revenue des émotions que lui avaient fait éprouver les grâces qu’elle avait reçues de Dieu depuis quelques mois et qui l’avaient aidée à reconnaître sa vocation. Elle ne pouvait y penser sans être attendrie jusqu'aux larmes. Elle fut même queique temps si surprise de sa nouvelle position, qu’elle avait peine à y croire.

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C’est ce qu’elle témoigne dans une de ses lettres : « Ce ne fut que longtemps après mon entrée que je pus me

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moi depuis le mois de mai me paraissait étrange et merveilleux , à tel point que j'étais comme sous l’impression d’un rêve ; et je me disais souvent : Est-il donc bien vrai que je sois à l’Hôtel-Dieu? »

Lorsqu'elle eut été reçue au noviciat, on lui donna, selon j'usage, une des sœurs novices pour être son ange, ou, comme on dit dans le monastère, sa sœur de huit jaurs. Cette sœur devait diriger la nouvelle postulante, lui aplanir les premières difficultés, et lui apprenûre les règles et les coutumes de l'institut. Il n’y avait que quelques jours que cette sœur en était chargée, et elle n’avait pas encore eu le temps de la bien connaître , lorsqu'elle se trouva dans un grand embarras à son sujet. C’est l’usage au noviciat, pour former les jeunes sœurs au saint exercice de l’oraison , de leur en faire apprendre la méthode, et même de leur faire rendre compte de la manière dont elles l’ont faite. Le confesseur, qui était alors le vénérable M. Roupe, se mit donc en devoir d’interroger les novices , et, avant de les appeler par leur nom , il leur dit : «Qui de vous me rendra compte aujourd’hui de son oraison? » Personne ne répondait , lorsque tout à coup, à la grande surprise des jeunes sœurs, la nouvelle arrivée prend la parole pour rendre compte de son oraison. En vain sa sœur de huit jours lui fait signe des yeux de garder le silence, et de laisser parler les plus anciennes ; en vain elle s’efforce de l’arrêter, en lui manifestant son inquiétude , et en tâchant d'attirer son attention. La jeune postulante , ne s’apercevant pas de ses signes, ni de son embarras, continue. Les novices s’attendaient bien qu'elle n’irait pas loin. Mais grand fut leur étonnement. La petite sœur parla comme une ancienne. Elle dit des choses si belles, que toutes en furent ravies et profondément tonchées, M. Ronpe lui-même fut sin-

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gulièrement surpris, et plus d’une fois on l’a entendu répéter depuis : « Je défie de trouver au grand séminaire un ordinand qui puisse rendre compte de son oraison aussi bien que certaines de mes novices. »

La sœur Coulombe arrivait en effet au noviciat avec un riche fonds de connaissances religieuses, acquises dans les écoles et à la maïson, et que ses travaux au catéchisme de Persévérance n'avaient fait qu'’augmenter. Elle donna bientôt une nouvelle preuve de sa capacité. À l’Hôtel-Dieu, comme dans la plupart des autres maisons religieuses, il est d'usage que les novices fassent en commun un jour de retraite chaque mois. Au jour fixé, la maitresse des novices les fait assembler, et leur lit le sujet de la méditation; après quoi , elle leur dit de faire ora.son tout haut. Ce jour étant venu, la sœur Coulombe est priée de faire l’oraison. Elle commence à l’instant , et parle une heure durant, sans s'arrêter, faisant de magnifiques considérations sur les mystères, toujours avec sa manière trèssimple, mais d’un ton si touchant que les larmes en venaient aux yeux. Ses compagnes ne pouvaient ensuite se lasser d'admirer les beaux sentiments que lui inspirait l'amour divin qui dévorait son âme, et elles s’efforçaient de les faire passer dans la leur.

Appréciant de plus en plus la rare facilité de la sœur Coulombe à parler des choses de Dieu , la maîtresse des novices se plaisait à mettre ses heureuses dispositions à contribution. Très-souvent, après l'examen du soir, elle lui faisait donner le sujet de l’oraison du lendemain. La sœur s’en acquittait toujours de manière à impressionner vivement celles qui l’entendaient. On voyait déjà qu'elle était parfaitement initiée à tous les secrets de l’oraison; et en même temps elle exprimait ses idées avec tant de lucidité et d’onction à la fois, qu’elle rendait sensibles et attrayants les sujets les plus élevés.

Mais si la sœur Coulombe était habile dans l’art de

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