‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 80 sur 162 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

parler sur des matières religieuses, et de pratiquer les exercices de la plus haute piété, il s’en fallait beaucoup qu’elle le fût autant à manier l'aiguille ou le balai, et à remplir les autres occupations manuelles dont la connaissance est indispensable à des sœurs chargées d’un grand hôpital, Comme sa mère et ses sœurs ne l'avaient presque jamais occupée aux soins du ménage, afin de lui laisser plus de temps pour ses écritures, ses bonnes œuvres et ses exercices de piété, elle n’entendait presque rien au travail des mains. Pour l'y exercer, sa maîtresse commença par l’employer à la dépense ou cuisine , et c’est dans cet office qu’on eut lieu d’admirer son amour pour son devoir, son ardéur pour apprendre à travailler. En récréation, elle égayait beaucoup ses compagnes à propos d’un office pour lequel elle avait d’ailleurs peu d'aptitude. Elle ne se lassait point d’en

parler et de demar er tous les renseignementspossibles, -

afin de les bien remplir. « Cette bonne sœur, dit une de ses anciennes compagnes , ne nous entretenait que de sa chère cuisine. A l’entendre, on aurait dit que sa dépense était la plus importante affaire qu’il y eût au monde. Elle nous pressait sans cesse de questions, pour savoir de nous comment elle devait s’y prendre, et si elle ne s’était point trompée en ce qu’elle avait fait. Sa ponctualité à s'acquitter des moindres devoirs de sa charge était tout à fait édifiante. Elle mettait un soin singulier à balayer tous les coins et recoins de sa cuisine , prenant gravement ses lunettes pour mieux voir la poussière et tenir toutes choses dans un ordre parfait. »

Quoïqu’elle fût bien instruite sur la religion , il lui restait néanmoins bien des choses a apprendre : les rècles, les usages, l’histoire de l'institut lui étaient encore inconnus. Elle s’appliqua done à les connaïtre; mais ces études ne furent, pour ainsi dire, qu'un'jcu pour elle. Avec son excellente mémoire, elle parvint en peu de temps à savoir aussi bien que les anciennes religieuses

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tout ce qui regarde l’insticat de Saint-Joseph. Sans cesse elle était à lire et à relire les annales de l'Ordre; elle rédigea même une espèce de nécrologe de toutes les sœurs décédées dans les différentes maisons, prenant note du jour de leur mort, des vertus qu’elles y avaient pratiquées. Pour faire ce travail , elle s'astreignit à feuilleter de gros volumes manuscrits, sans se décourager jamais. Du reste , elle savait si bien régler tous ses moments libres, qu’elle trouvait du temps pour tout. «Ces moments, raconte une de ses sœurs, elle les employait à lire, ou, pour mieux dire, à étudier nos règles, nos chroniques et la vie de nos fondateurs et fondatrices, et de nos anciennes Mères. Elle s’y appliqua tellement , qu’elle savait tout cela par cœur. Allait-on la consulter pour éclaircir quelques points de la règle, tout de suite elle répondait avec assurance et précision, dissipant tous nos doutes. Elle possédait déjà si bien la lettre et l'esprit de ces règles, que si parfois il lui échappait de dire ou de faire quelque chose qui y fût contraire, à l’instant elle s’en apercevait et désavouait ce qu’elle avait dit ou fait. En récréation, elle aimait à raconter quelques traits de la vie de nos anciennes Mères. Souvent elle disait : Oh ! que notre mère de Brésoles, que notre sœur Morin étaient ferventes! Cependant, quelque plaisir qu’elle eût à s’entretenir de choses édifiantes , jamais elle ne changeait le sujet de la conversatior, Seulement, quand l’occasion s’en présentait, elle la saisissait adroitement pour la ramener sur des choses de piété. Alors elle était intarissable. Il n’y avait presque pas un saint dont elle ne connût l’histoire. Et comme elle parlait avec autant de grâce que de modestie, sa conversation était toujours pleine d’intérèt et de profit. »

Une âme si fortement trempée ne pouvait manquer d’avoir des épreuves. Aussi Dieu ne les lui ménagea point. Les épreuves sont nécessaires partout, pour épurer la véritable vertu; mais elles le sont peut-être

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