LIVRE I
jeu pour elle. Mais si cette enfant se faisait remarquer entre toutes les élèves par sa grande facilité, elle se faisait plus admirer encore par sa piété touchante. Dès ce temps, en effet, on la voyait élever fréquemment son cœur à Dieu et s’efforcer de marcher en sa sainte présence. Ses bonnes maïitresses l'encouragemient et l'aidaient de leurs conseils.
De son côté, Mme Coulombe, persuadée que quelque sûre que soit une mère du zèle des institutrices, elle ne doit jamais abandonner l’éducation de sa fille, ne la perdait point de vue. Quand son enfant était de retour à la maison, elle l’exhortait à mettre en pratique les leçons que ses pieuses maitresses lui avaient données en classe, Elle ne le faisait jamais em vain. L'enfant savait à peine lire, que déjà elle récitait par cœur les belles maximes qu’on lui avait apprises. Lorsqu'elle fut plus avancée, son plus doux plaisir était de lire dans ses livres et d’en pénétrer la doctrine. La bonne mère admirait les rapides progrès de sa petite fille; elle admirait bien davantage encore le travail de l’Esprit-Saint dans son âme. Déjà, en effet, ce divin Esprit lui inspirait de vifs attraits pour la prière. Sa mère et sa sœur racontent que dès cette époque elle priait presque toujours. Mais ce qui était plus touchant encore, c'était le soin que prenait la pieuse enfant de cacher toutes ses dévotions, se ressouvenant des dernières recommandations de son père défunt. Quelquefois elle disparaissait tout à coup, et sa mère, ne sachant ce qu’elle était devenue, la cherchait partout avec imquiétude; bientôt elle la trouvait à genoux, priant avec ferveur, les mains jointes, dans l’attitude d’un recueillement profond. « Quand je la trouvais ainsi, disait sa mère, ses joues se coloraient; elle paraissait un peu confuse et déconcertée d’avoir été découverte et de n’avoir pu garder pour Dieu seul le secret de sa piété. » Touchée des inelinations si pieuses de son enfant, la mère priait Dieu de les lui conserver.
18 VE D’ADÈLE COULOMPE.
C’est l’usage dans les écoles des sœurs de la Congrégation de Marie, quand les enfants savent leurs prières, de leur faire apprendre les éléments de la doctrine chrétienne et de les leur expliquer. Adèle fit ses délices d'étudier son catéchisme et d'entendre parler de Dieu et de son saint amour. Elle se tenait aux pieds de ses maitresses avec respect, les écoutait avec attention, recueillant avec avidité chacune de leurs paroles. C’était un plaisir de la voir. Avec une telle ardeur pour l'étude de la religion, Adèle ne pouvait manquer de profiter beaucoup. Aussi fut-elle bientôt une des plus savantes de sa classe.
Une autre pratique à la Congrégation est de faire approcher fréquemment les enfants du saint tribunal de la Pénitence, et de leur apprendre la manière de se confesser après leur avoir montré les avantages et les douceurs de ce saint exercice. Adèle n’avait jamais encore été à confesse. Quand on lui annonça que le temps de se confesser était venu, son cœur tressaillit de joie. « C’est moi, dit sa sœur, qui l’accompagnai lorsqu’elle se confessa pour la première fois. Après qu’elle eut prié longtemps avec ferveur, comme je trouvais qu’elle mettait beaucoup de temps à sa préparation, je lui dis que c'était assez et qu’elle devait entrer au confessionnal. Elie me regarda alors d’un petit air sérieux, et me dit: « Mais avant de se confesser il faut bien s’exciter € à la contrition. » Enfin elle entre et se confesse. Quand elle eut fini, comme elle restait longtemps au confessionnal, j’allai lui dire à l’oreille de sortir. Elle me répondit avec douceur : « Attends-moi un peu, je fais « ma pénitence tout de suite, afin de ne pas l’ou- « blier, » C’est ainsi que dès l’âge le plus tendre elle remplissait ses devoirs religieux et mettait en pratique les avis qu’on lui avait donnés.
Cependant le moment d’aller au catéchisme de première communion approchait. Ce catéchisme était alors dirigé par M. Saint-Pierre, le même qui avait