LIVRE IV
ment de ferveur dans les jours qui précédèrent ; et, le 24 octobre 1853, jour de la fête de saint Raphaël, elle prononça ses vœux. Ce fut un jour mémorable pour elle. Chaque année elle aima à en célébrer l’anniversaire et à renouveler son sacrifice avec une perfection toujours croissante jusqu’à sa mort. Notre-Seigneur recut avec complaisance cette victime qui s’offrait à lui sans partage, et qui ne devait jamais revenir sur cette offrande. En retour, il se plut à lui dispenser une large mesure de grâces, avec une joie qui débordait de son cœur et paraissait jusque sur son visage. Ses parents, qui la visitèrent après la cérémonie, témoignèrent qu’elle était alors comme dans une sainte ivresse. « O maman, s’écriait-elle, ce jour béni est donc enfin arrivé ! ma joie est si grande qu’il me semble que je pourrais vivre sans boire ni manger. Cette profession est vraiment pour moi un second baptème ; c'est comme une nouvelle vie dans laquelle j'entre. Oh ! que je suis contente! Je puis à peine croire à inon bonheur. Quand je vivrais jusqu’à la fin du monde, jamais, non jamais, je n’oublierai ce beau jour. » Elle parlait de la vie religieuse avec tant de transport qu’elle ressemblait à un séraphin.
À partir de sa profession, la sœur Coulombe mourut entièrement au monde. Cependant, comme les vœux qu’on fait en religion ne font que resserrer les liens de la charité au lieu de les briser, chaque fois que ses parents venaient la voir, après leur avoir parlé de son bonheur, elle leur demandait avec le plus vif intérêt des nouvelles de la famille, s’informant de chacun de ses membres, et en particulier de ses neveux et de ses nièces, insistant pour qu’on leur apprit de bonne heure à connaître et à aimer Dieu, pour qu’on leur inspirät une grande horreur du péché et des faux plaisirs du monde. Elle n’attendait mème pas à voir ses parents pour y penser. Tous les jours elle s’en occupait dans ses prières. C’est ce qu’elle-même assure : a Dans mon
bonheur, disait-elle, je ne vous oublie pas; car la vraie piété ne permet pas d’oublier ses parents. Oh! non, au contraire, je pense continuellement à vous; je pense à ma chère mère, qui a eu tant de bontés et de sollicitudes , et à mon bon père, dont les cendres reposent dans le cimetière de la paroisse. Si vous êtes tentés de me plaindre, parce que je vous ai tous sacrifiés à la volonté de Dieu, consolez-vous en pensant que, pour quelques parents que j'ai laissés dans le monde, j'ai trouvé ici une grande famille religieuse, des sœurs bien-aimées qui sont pleines d’attentions pour moi. Je reconnais à présent l’accomplissement de cette parole de Notre-Seigneur dans l’Évangile : « Celui qui quitte « son père ou sa mère pour l'amour de moi aura le cen- « tuple en ce monde, et la vie éternelle en l’autre. » De plus, tout ici me porte à Dieu, et fait du bien à mon âme. Quand je vais aux salles, et que je vois des personnes mourantes, je songe à me tenir prête à paraitre devant Dieu, et je tâche de mourir d'avance à moimême, afin de bien mourir quand ma dernière heure sonnera. En considérant les malades qui ne font que passer dans nos salles, je me rappelle que nous sommes ici voyageurs sur cette terre, et que nous ne devons nous attacher qu’à Dieu seul. » C’est ainsi que cette sœur, tout en montrant à ses parents l’attachement qu'elle avait toujours pour eux, savait ramener leur esprit aux choses éternelles. Plus préoccupée de l’âme que du corps, elle ne manquait jamais de leur demander si la loi de Dieu était bien observée à la paroisse; si l’on montrait beaucoup de zèle pour le catéchisme de Persévérance et les autres associations pieuses. Ses entretiens prouvaieñt que la religion, en élevant ses pensées, ne faisait que rendre plus vives les affections de son cœur.
Elle jouissait depuis quelques mois à peine de son bonheur, et espérait en jouir encore deux ans après sa profession, selon l’usage, lorsque Notre-Seigneur lui
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