‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 85 sur 162 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ments de ses filles, sachant avec quelle charité elle les avertirait. En effet, au premier moment libre nous la voyions prendre ses filles en particulier, et leur faire ses observations avec la plus grande bonté. » Au souvenir des soins que leur prodiguait cette bonne petite sœur, une de ses chères filles disait : «Quoiqu’elle ne fût encore que postulante, cette mère de huit jours me conduisait comme aurait pu le faire une ancienne, eonnaissant Géjà très-bien les règles et les usages de la maison. Elle avait vraiment pour moi une sollicitude toute maternelle, m’aidant à oublier le monde et les joies de famille que je venais de quitter, et prenant tous les moyens de m’aplanir les difficultés. Aussi, grâce à ses soins, je fus bien vite heureuse et accoutumée à toutes les observances. Elle ne se contentait pas de m'aider dans mes embarras; elle me donnait encore des avis, et profitait de toutes les qeeasions pour me former à l'esprit de l'institut, qu’elle possédait ellemème très-bien. Un jour, :l me vint en tête de demander à la maîtresse la permission d’aller au chœur prier le bon Dieu, au lieu d’aller au travail ou au noviciat avec les autres. Elle, qui avait en horreur tout ce qui sortait de l’ordre commun? ne manqua pas de m'en dissuader. « Non, non, dit-elle, c’est une singu- «larité, il faut éviter cela et faire comme les autres. » Elle me le dit sur un ton qui m’ota l'envie d’y revenir; mais en même temps elle accompagna sa remontrance de tant de douceur, que je n’en fus que davantage

portée à la remercier et à lui obéir.

C'est surtout dans les récréations, où il est si facile de s’oublier sur le compte du prochain, que sa charité paraissait dans tout son éclat. Sachant que, même au milieu du monde, on ne doit parler mal de personne, elle se donnait bien de garde de manquer en ce point dans une maison qui est par excellence l'asile de la charité, Aussi jamais ne trouva-t-on dans ses paroles quelque chose qui ressemblât à une censure. « Si par-

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fois, raconte une de ses compagnes, quelques-unes, lui communiquant leurs petites peines, se plaignaient de celles qui les leur avaient causées, elle les écoutait d’abord avec bonté, puis prenait la défense du prochain, trouvant toujours quelque raison pour l’excuser. Elle le faisait avec tant d'adresse, de modération, qu’on finissait par être de son avis. Ainsi parvenait-elle à ôter du cœur toutes les racines d’amertume qui auraient pu refroidir la charité. C'était vraiment un ange de paix. »

Cette mème charité la rendait industrieuse pour donner à la vie de communauté le plus de charmes possible. Non contente de prendre tous ies moyens de faire plaisir à chacune de ses sœurs, elle s’efforçait encore de contribuer à la beauté et à la joie des petites fêtes qui avaient lieu de temps en temps au noviciat. « Un jour que nous faisions la fête de notre maîtresse, rapporte une de ses anciennes compagnes, la sœur Cvulombe avait imaginé de lui présenter un bouquet de sa façon. Elle s'était chargée d’orner une efligie du saint Clou, que nous possédions. Dans ce dessein, elle avait préparé un joli petit berceau, couvert en satin et brodé en or, sur letuel elle avait mis le pieux objet de sa dévotion. A la tête, elle avait artistement disposé, en papier découpé, cette inscription, qu’elle avait tirée de l'Évangile : Les renards ont leur tanière, et les oiseaux du ciel leur nid, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » C’est ainsi que cette sœur, d’une vertu toujours aimable, se plaisait à ménager aux autres d’agréables surprises. La suite nous fera voir les prodigieux développements gue prit sa charité, et les heureux fruits qui en furent la récompense.

Cependant la seconde année de probation touchait à sa fin. Le jour qui devait attacher à la religion la sœur Coulombe et metire le comble à son bonheur était arrivé. Elle s’y était préparée par l'exercice de toutes les vertus. Elle s’y prépara encore par un redouble-

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