‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 88 sur 162 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Arrivée de la sœur Coulombe à l'hôpital Saint- Patrice. — Épreuves qu’elle y eut à subir,

L'envoi de la sœur Coulombe à Saint-Patrice étant décidé, la maîtresse lui annonça qu’il fallait se préparer à partir: mais elle le fit de manière à ne pas l'exposer à des tentations de vanité. Craigaant toujours Pamour- propre pour un sujet qui réunissait tant de richies trésors de grâce et de nature, elle lui dit : « Allez, ma sœur, on vous envoie pour aider nos sœurs de Saint- Patrice, mais je crains bien que vous ne soyez plutôt un embarras pour elles; tâchez cependant de ne pas leur être inutile.» L’humble sœur partit avec la conviction qu'en effet elle ne serait qu’un fardeau pour les sœurs du nouvel hôpital. Mais sa douleur fut vive quand 1l fallut se séparer de cêtte chère maison, premier berceau de son enfance religieuse, et dire adieu à son cher noviciat et à ses chères compagnes. Son exquise sensibilité lui rendit cette séparation extrèmement pénible. Elle qui n’avait pas pleuré en quittant la maison paternelle, ne put alors retenir ses larmes. «Il

me semblait, disait -elle , que mon âme se séparait de

mon corps. »

Eprouvant une si grande répugnance à s'éloigner de

vertu.

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Son exquise trèmement quittant la larmes. «Il

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lieux si chers à son cœur, elle eût pu faire ses observations ; mais, persuadée qu’une religieuse doit ètre toujours prête à immoler sur l'autel de l’obéissance ses affections les plus chères et mème les plus saintes , elle accomplit généreusement son sacrifice , sans mot dire. Son départ de la communauté eut lieu le 10 mai 1854. En peu de temps elle fut accoutumée à son nouveau séjour, où elle trouvait, du reste , les mêmes règles, la même charité, et le même esprit parmi les sœurs qui la reçurent avec bonheur. Mais Dieu, qui voulait la faire entrer dans une voie plus parfaite, ainsi qu’on l'a dit, lui ménagea là plus d’une épreuve. La source d’une des plus sensibles qu’elle ait jamais endurées fut un désir immodéré de perfection; car à ce désir si pur et si saint en lui-même venait s’adjoindre une activité naturelle qui lui faisait embrasser trop de choses à la fois, comme elle l’avoua plus tard à une de ses sœurs : « Je songeais, disait-elle, à ma perfection; mais je n’avançais pas, parce que jé prenais beaucoup de résolutions et que je n’y étais pas tidèle, Voulant tout embrasser en même temps, je prétendais acquérir à la fois toutes les vertus et me dépouiller de tous mes défauts, et, voyant que je n’avançais pas à mon gré, j'avais beaucoup de peines. »

Dieu permit aussi qu’elle fût exercée par sa nouvelle supérieure, qui ne l’épargna pas plus que ne l'avait fait sa maîtresse , et suivit envers elle la même ligne de conduite, afin de former cette âme généreuse À la solide vertu. C'était d’ailleurs ce que la fervente religieuse lui avait elle-même demandé. « En arrivant à Saint- Patrice, disait-elle dans la suite, je me mis entre les mains de notre mère comme une enfant, la suppliant de m’aider de tout son pouvoir à me faire avancer dans la vertu, l’avertissant que de mon côté j'étais prète à tout souffrir pour cela. Cette bonne mère me prit au mot ; elle veillait sur moi continuellement, ne me passant rien, m’éprouvant en toutes manières, me faisant

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