LIVRE V
du temps que Dieu me donne pour l’aimer et gagner le ciel ? »
Pour surcroit de peine , au lieu de trouver dans le nouveau directeur de sa conscience un soutien et un appui, elle ne rencontrait dans sa direction qu’une source de nouvelles difficultés, soit qu’elle ne le comprit pas, soit que lui - même ne pénétrât pas suffisamment les desseins de Dieu sur elle et la conduisit d’abord d'une manière peu conforme aux attraits de la grâce. C’est ce qu’elle exprime ainsi : « Notre père avait trop bonne opinion de moi : il avait l’air de me croire bien avancée, moi qui étais si imparfaite. Je ne goûtais aucune paix, et ne savais comment faire. Enfin, n’en pouvant plus, je me décidai à en parler à notre mère, qui me vonseilla de lui exposer mon état , ce que je fs dès qu’il me fut possible, et dès ce moment le calme le plus complet revint dans mon âme. Notre père, voyant que Dieu voulait avant tout me faire pratiquer le détachement, me donna plusieurs conseils à ce sujet, et je m'efforçai de les suivre de point en point. Comme j'étais naturellement portée à m'’attacher trop aux personnes aveclesquellesj’étaisen rapport, je commençaiparsevrer mon cœur le plus possible de ce côté là.» Ce qui l’encouragea aussi dans cette voie de dépouillement universel fut la lecture d’une lettre du P. Surin à la Mère Jeanne-des- Anges, religieuse du couvent des Ursulines de Loudun. Elle en écrivit une copie, pour en faire la règle de : conduite. Dans cette lettre, le sage directeur exhorte cette religieuse « à estimer tellement les biens intérieurs, qu’au prix d'eux nous tenions tout le reste pour néant. Cette disposition, ajoute-t-il, n’est que superficielle dans la plupart des âmes! je dis même des âmes qui se croient dévoles; car, bien qu'elles aient quitté le mal, elles veulent encore chercher de l'appui et de la consolation , hors de Dieu , dans ce qui est humain et naturel. Il faut s'élever plus haut , et ne s’étendre, ne se dilater, et ne se reposer qu’en Dieu. » Il 7 *
continue en plaignant ces « âmes qui dans le monde ou dans la religion, tout en voulant servir Dieu, veulent cependant avoir leurs petits plaisirs, sans jamais venir à la démission entière d’elles-mêmes. » Cette lettre fit une vive impression sur la sœur Coulombe, et, confiante dans les secours d’en haut , elle résolut de tout retrancher à la nature , afin de s’unir plus intimement à son Dieu.
C'est ainsi que cette Âme généreuse fit tourner à son profit toutes les épreuves par lesquelles Dieu se plut alors à la faire passer. Loin de déchoir, comme il n'arrive que trop à tant d’autres moins désireuses de leur perfection , elle ne fit que s’y épurer, semblable à l'or qui devient plus pur et plus brillant, à mesure qu’il passe par le creuset. Dès ce moment la sœur Coulombe entra comme dans une région toute nouvelle , ainsi qu'elle-même va nous le dire au chapitre suivant.