CHAPITRE XII
Alfred pénètre déguisé dans le camp danois.
1. Doué d'autant de sagesse que de courage , le roi ne vouloit pas exposer aveuglément sa petite armée au danger.
Non moins généreux que sage , il résolut de passer dans le camp des Danois pour examiner par lui-même leurs forces et leurs ressources, et connaître leurs projets. Habile à jouer du luth et à s'accompagner de la voix , il se déguisa en barde ' , classe
•^ «...Il est indubitable que les Saxons par- };loicnt dans l'Allemagne septentrionale la
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d'hommes conimiine chez les Bretons , les Germains et les Scandinaves ^
))même langue qu'en Angleterre : les Francs »s'en servoieiit même dans l'origine . et elle néloit commune à tout le nord de î'Allema- »gne. En Angleterre, un Franc pouvoit servir » d'interprète à un Romain , tandis que le "Saxon d'Angleterre n'en avoit pas besoin , «même en Suède ; et lorsque le roi Alfred » pénétra dans le camp des Danois, sous le dé- » guisement d'un barde , il ne chanta que »dans sa propre langue, et tout au plus avec »une légère différence dans le dialecte et la • prononciation. » Schlegel. Histoire de ta liîtératurej lom. I , page 555. ( JSote du traducteur.)
' Entr'autres exemples de la puissance de la musique et de ses effets parmi des hommes non encore civilisés, en voici un que rapporte le Danois Saxo Grammaticus , et qui seroit bien remarquable , quand même il y auroit exagération dans son récit : ce que rien ne
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2. Grâce à un talent qui n'inspiroit pas de défiance , il pénétra dans le camp des Danois qui jorirent plaisir à Tentendre. Il
nous autorise d'ailleurs à supposer , attendu que le fait s'est passé au commencement du XII*siècle, dans lequel florissoitSaxo;et qu'au temps où il écrivoit , les enfants des témoins oculaires Tivoicnt encore. Tout en admettant que le récit ait été embelli , il peut toujours nous servir à comprendre l'idée qu'on se faisoit, à cette époque, de la puissance de la musique.
Eric-le-Bon , roi de Danemacrk, étant un jour à table en plein air avec les grands de sa cour, un barde se Irouvoit là, qui , vantant son art , dit que telle éloit sa puissance, qu'il étoil capable de rendre les auditeurs fous et même furieui. Le roi demanda à en voir la preuve. En vain le joueur de luth lui représenta tout ce qu'avoit de dangereux une semblable expérience. Le roi insista et il fallut obéir. Le barde eut alors soin de faire mettre
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fut même admis dans la tente du roi Guthrum. Il passa ainsi plusieurs jours au milieu des ennemis , remarqua leur impru-
toutes les armes de côté et de placer un grand nombre d'hommes à une distance telle qu'à l'abri du charme de la musique ils pussent pourtant examiner les auditcnirs. Il leur ordonna d'accourir aussitôt qu'ils remarqueroient un grand tumulte dans l'assemblée , de lui briser son luth sur la lête , et de retenir de force les hommes qui auroient perdu momentanément la raison. Il commença alors à jouer un air grave et solennel qui disposa les auditeurs à la tristesse ; puis, en changeant de ton, il excita parmi eux une excessive gaité qui se manifesta par des paroles et même des contorsions étranges. Enfin il les mit dans une fureur complète. Les cris horribles qu'ils poussoient firent accourir les gardes, mais le roi s'échappa de la société, courut prendre ses armes et revint, une épée nue à la main. G'étoit un véritable géant , tant pour la force que pour la taille.
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dente confiance ; et comment , ne songeant qu'à piller, ils négligeoient la garde de leur camp et toute espèce de précaution mili-
Quatie de ses guerriers qui essayèrent de le retenir, tombèrent morts à ses pieds. Enfin la foule réussit à l'étendre à terre et à l'y retenir à l'aide de matelas , jusqu" à ce que sa fureur fût passée. Eric étoit un prince bon , affable cl pieux. Revenu à lui-même, il éprouva un amer repentir de l'assassinat de ses fidèles guerriers. Conformément aux préjugés dominants de son siècle, il résolut de faire un pèlerinage à Jérusalem. A Constaulinople , à la cour de rempereur grec, Alexis Commène, sa taille gigantesque fut un objet de surprise générale. Bientôt on redouta que la garde danoise de l'empereur, qu'on considéroit comme le plus ferme appui de l'empire d'Orient, n'aidât sou roi à le renverser. Mais les vertus d'Eric ne tardèrent pas à détruire tous ces soupçons. Il continua son voyage, tomba malade dans l'île de Chypre, et mourut le i r juil-
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taire , s'abandonnant joyeusement à tous les plaisirs, parce que dans l'orgueil que leur inspiroient leurs conquêtes , ils ne croyoient plus que les Saxons pussent leur résister. Alfred recueillit ces précieux renseignements au péril de sa vie , et revint à jEthelingey mûrir un grand projet *.
let 1 io3 après avoir régné sept ans. Son épousBj la pieuse reine Clotilde, l'avoit accorapagné. Elle mourut également à Chypre et peu de temps après lui. Une vieille chronique danoise dit de ce bon roi : « Il vécut parmi son peuple comme un père ; personne ne le quittoit sans emporter des consolations, w
( Saxo Grammat. Hist. Daniae. Knjlling Saga.)
' Ingulf. Malmesbury. Spelman.