CHAPITRE XVII
AdmiDistration intérieure.
I. L'histoire des quatre dernières années de la -vie d'Alfred ne contient plus aucun événement reinarquable. Il conyiendroit donc peut-être de raconter icisa mort, et ensuite d'exposer les travaux de ce grand roi pour le bien de son royaume, sa manière de vivre et l'intérieur de sa maison.
1. Je demanderai cependant à mes lecteurs la permission de commencer par cet exposé. Si je dois les juger d'après moimême, ils écouteront avec plus de plaisir ce que j'ai encore à leur dire sur ce grand
VIE D ALFREU-LE-GKAND.
prince , tant qu'il leur apparoîtra vivant et agissant. li n'en seroit pas de même , si déjà ils assistoient à ses funérailles. Si je suis dans l'erreur , je sollicite d'avance leur indulgence.
3, C'est un fait vraiment bien remarquable , qu'Alfred , dans la situation où il trouva son royaume dévasté par la guerre contre les Danois et menacé d'une ruine très probable , ait pu dès son avènement au trône travailler avec tant de zèle et tant de courage à sauver la nationalité et la liberté de sa patrie , et en même temps à la civiliser.
4. Son peuple dont la civilisation avoit déjà, près de deux cents ans avant lui^ pris un essor élevé , par les soins de l'archevêque Théodore de Canterbury et de tant d'autres grands hommes de cette époque , avoit été plongé dans la plus profonde barbarie par les dévastations sans ces^ renouvelées des Danois. Tous les monastères
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a voient péri. Les religieux, les seuls hommes qui, à cette époque, s'occupassent de conserver et d'accroître le précieux dépôt des sciences , avoient été massacrés. Ces collections de livres, tirées à grands frais d'Italie et devenues peu à peu d'immenses bibliothèques , avoient été livrées aux flammes.
5. Dans son appendice si remarquable à sa traduction de la Pastorale du saint pape Grégoire-le-Grand , Alfred se plaint à son ami Wulfsig , évéque de Londres , de l'ignorance dans laquelle sont tombés les Anglais. Il sait, ajoute-t-il, qu'il y avoit autrefois en Angleterre un grand nombre d'hommes sages et savants ; qu'une foule de rois prenant pour guide de leur conduite la sainte volonté de Dieu, rendirent leurs peuples heureux ; il sait quels étoient alors le zèle et l'instruction du clergé; il sait que jadis les étrangers affluoient de toutes parts en Angleler-rc pour y étudier, tandis qu'au-
jourd'hui il faut chercher la science partout ailleurs. Il raconte qu'à son avènement au trône, il a trouvé en-deçà de l'Humber très peu d'hommes qui comprissent bien le sens de leurs prières en langue anglaise , et qui fussent capables de traduire un livre latin en anglais; mais qu'il se rappelle bien n'en avoir rencontré qu'un seul au sud de la Tamise. Dieu soit loué , continue - 1 - il ; on trouve maintenant quelques prêtres en état de prêcher! Il exhorte ensuite l'évêque à communiquer généreusement les conaoissances profondes que Dieu lui a données. « Songez, » lui dit-il , aux peines que nous appelons w sur nos têtes , lorsque nous n'aimons pas » le savoir , et que nous ne voulons pas le » laisser acquérir à d'autres ! Hélas ! nous M aimons le nom de chrétien , parce que » nous nous disons chrétiens ; mais com- » bien peu d'entre nous pratiquent les M devoirs du chrétien ! » Il lui rappelle l'époque où l'extéiieur suhsistoit bien