CHAPITRE XVll
encore , mais où déjà la vie avoit disparu (c'est-à-dire, avant la guerre contre Guthrum , car cette lettre fut écrite avant la guerre contre Hastings) , l'époque où, dit-il , les églises étoient décorées de riches ornements ou de livres, et encore remplies de fidèles ; mais où ces fidèles étoient peu instruits , parce que les livres qui leur auroient aidé à dépouiller leur ignorance , n'étoient point écrits dans leur langue maternelle. « Je me suis souvent étonné , « ajoute-t-il, que les sages de ce bon vieux » temps n'aient pas songé à traduire en » langue nationale les livres de religion. » Cela vient sans doute, ai-je ensuite pensé, » que nos aïeux étoient loin de se douter » que nous serions si paressenx. Ils avoient » cru que la sagesse feroit d'autant plus de » progrès qu'on seroit obligé d'apprendre » plus de langues.» 11 dit que dans son opinion, qu'il soumet d'ailleurs à l'approbation de l'évéque , de même que les
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Grecs traduisirent en grec les livres hébreux de l'ancien testament et que les Latins traduisirent toute l'Écriture sainte en latin , les ouvrages les plus indispensables doivent être traduits en saxon ; qu'il convient donc d'ordonner que tout enfant de condition libre et que ses parents sont en état d'élever , devra , avant d'être admis à faire l'apprentissage d'un art ou d'un métier , avoir appris à lire dans la langue nationale. Quant à ceux qui veulent pousser plus loin leurs études , ils doivent être astreints à apprendre le latin.
6. Dans la même lettre ^ Alfred annonce à l'évêque qu'il a traduit en anglais la Pastorale de Grégoire , après en avoir bien approfondi le sens avec l'aide de Plegmond , archevêque de Canterbury , de l'évêque Asser, et de ses chapelains Grimbaud et Jean ; et que son intention est d'en envoyer un exemplaire à tous les sièges épis-
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copaux de son royaume , parce qu'on ne peut pas savoir , ajoute-l-il , s'il y aura toujours en Angleterre des évêques aussi savants qu'il y en a partout, grâce à Dieu , à l'heure où il écrit.
7. Alfred cons«ltoit souvent les ecclésiastiques , nommés dans cet appendice , sur les affaires de l'Eglise et sur celles de l'instruction publique , quelquefois aussi sur les affaires d'administration intérieure, à cause de l'ignorance générale des laïques. Mais si je ne me trompe , c'est à tort que Spelman avance qu'ils formoient le conseil privé du roi.
8. Plegmond , archevêque de Canterbury , étoit un homme très instruit pour son siècle. Il étoit originaire du royaume de Mercie , où il avoit pendant long-temps été ermite ^.
' Spelman , life cf king- Alfred. Fleury . hist. ccclés.
^72 VIE d'alfred-le-granu.
9. Grimbaud était prévôt du cloître de Saint-Bertin , en France, dont il avoit refusé d'être abbé. Lorsqu'Alfred , dans sa jeunesse , traversoit la France pour aller à Rome , il avoit vu Grimbaud à Rheims. Le religieux avait accueilli avec bonté le royal enfant, et produit une impression profonde sur son jeune esprit. Devenu roi, Alfred pria Fulco, archevêque de Rheims, de lui céder ce prêtre dans lequel il avoit une grande confiance. Aidé par Grimbaud , qui joignoit une vertu solide à une érudition profonde et à des connoissances étendues en musique , il introduisit le plain - chant en Angleterre , de même qu'avant lui Charlemagne avoit introduit dans ses états l'usage du plain-chant ordonné par le pape Grégoire-le-Grand.
10. Nous voyons dans diverses éditions de la biographie d'Alfred par Asser , que ce Grimbaud et d'autres savants hommes venus avec lui de France, et à qui proba-