‹ Vie d'Alfred-le-Grand, roi d'AngleterreChapitre 202 sur 215 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

de la rirae, et se servoit-il du rhythme qui n'étoit pas aussi inconnu à nos ancêtres qu'on veut bien le dire aujourd'hui,

7. Le danois Ole "Worm, ce profond et judicieux explorateur des antiquités du nord, nous apprend en effet que les Scandinaves avoient d'innombrables modes de rhythme , parmi lesquels cent trente six étoient les plus usités , sans comprendre les vers rimes ^

8. Ce que dit un savant Islandais, Magnus Olaus , de ces rhythmes et des dithyrambes désordonnés dans lesquels se répandoit l'enthousiasme poétique de quelques poètes islandais est vraiment remarquable... « Aliqui ferventiori quodam impetu omnia gênera rhythmi y sponte profundunt , ut rhjthmus sit quicquid

' Olai Wormïï Antiquitates DanicaB,in appendice litteralurœ danic ae.

43o VIE d'alfred-i.r-grand.

conentur dicej'e.... ' » C'est comme ce que Horace dit de Pindare, dont les odes magnifiques parvenues jusqu'à nous, nous font d'autant plus vivement regretter les dihyrambes.

— Per audaces nova Dithyrambes Verba devolvit, numerisque fertur Lege solutis '.

9. Mais pour en revenir à mes Anglosaxons, je citerai encore ici ce que dit un homme qui connoissoit bien leur langue, Wanley : « Les Anglo-saxons qui avoient la » conscience de la dignité, de la finesse, w de la douceur et de l'harmonie de leur » langue, cultivoient beaucoup la poésie.

' Vid. Magnum Olaum apud Slephanum Joaunem Stephauium in nolis uberioribus ad praefat. Jase. Gramm,

"" Horat. Od. iv , 2.

CHAVITRE XX. ^3 I

» L'espèce de vers qui leur plaisoit le plus » étoit l'adonique , composé d'un dactyle » et d'un spondée. » (Par exemple : ômnïâ tëllùs, cûiidëre gëntêm).

lo. J'ai cité ce passage pour répondre à ceux qui, ennemis du rbythme vif et indépendant , prétendent en interdire l'usage aux Allemands, sous le prétexte que nos ancêtres ne le connoissoient pas *. Cette assertion ne repose sur rien; mais fût-elle fondée, elleprouveroit peu de chose contre l'usage du rhythme libre. Aussi bien il ne s'agit pas ici de savoir quelle espèce de vers plaisoit davantage à nos aïeux, mais quelle est celle qui convient

I Les anciens Allemands ontiU donc connu par hasard le sonnet ou bien les rime octave? La plupart des chants rimes ont une disposition de strophes empruntée aux étrangers. Les Français sont-ils plus dignes d'imitation <jue les Grecs ?

4^2 VIE d'alfrrd-le-grand.

le mieux à notre langue. Les Français n'ont point de rhythme, et ne peuvent pas se passer de la rime pour laquelle leur poésie est si propre. Les Italiens et les Anglais dont la langue a été essentiellement modifiée par la conquête de Guillaume-le-Normand et par l'arrivée en Angleterre des Français venus à sa suite , n'ont que peu de rhythme; aussi leur poésie se passe-t-elle difficilement de rime. Cependant les Italiens ont leurs vers blancs (yersisciold); et Milton comprit que la rime et ses ridicules entraves sièroient mal à la sublimité du sujet dont il avoit fait choix. Il préféra le vers ii.mbique de cinq pieds et sans rime; ou plutôt il s'en servit, parce que sa langue ne lui offroit pas de rhythme meilleur. Le grand Shakespeare rejette aussi le plus souvent la rime.

II. KIopstock, pour lequel certains littérateurs affectent aujourd'hui un si risible dédain, mais dont la place fut tou-

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