‹ Vie d'Alfred-le-Grand, roi d'AngleterreChapitre 201 sur 215 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Alfred favorise la culture et le perfectionnement de la langue nationale.

1. Alfred, qni par la seule force de son génie s'était élevé à une hauteur d'où il dominoit à l'instar de Charlemagne tous ses contemporains, sentit aussi l'importance d'une langue nationale et l'impossibilité de civiliser un peuple dont la langue reste inculte et négligée.

2. Il avoit été héros et poète, législateur et sage avant d'apprendre le latin. C'est en faisant usage de la langue nationale qu'il s'étoit formé; mais je doute fort qu'il fut jamais devenu ce qu'il a été , si on lui

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avoit d'abord appris à penser et sentir dans une autre langue.

3. C'est un admirable don de Dieu que celui qui fait que l'enfant qui bégaye encore s'approprie par le moyen des mots des idées qu'on devroit croire bien au-dessus de sa portée. Le don de Dieu doit sanctifier aux yeux de chacun sa langue maternelle , ainsi appelée non pas seulement parce qu'elle est parlée par la mère , cette première et tendre institutrice de l'homme ; mais parce qu'elle enfante dans l'intelligence de chacun une foule d'idées et de sensations.

4. Loin de moi la pensée de déprécier le mérite des langues anciennes : je crois seulement que l'enfant qui connoît bien sa langue maternelle , en pénétrera mieux le génie.

5. Au temps d'Alfred , la langue allemande n'étoit point à la vérité ce qu'elle est devenue depuis» ; mais elle étoit déjà

riche, énergique, pleine d'expression et de souplesse. Déjà elle se prêtoit aux traductions en prose d'autres langues. Or, partout la prose fut la sœur cadette de la poésie. Hickes^ que les anglais considèrent comme un des plus profonds explorateurs des antiquités du nord et de la langue anglo-saxonne, dit qu'Alfred a égalé César pour le style historique *.

6. Les hommes qui aiment la poésie ne sauroient trop regretter que les poèmes d'Alfred ne nous aient pas été conservés. Il passoit pour le premier des poètes anglo-saxons. Avec quelle pureté et quelle plénitude, le torrent de vie et de poésie ne devoit-il pas s'échapper de son cœur si plein d'amour et de générosité ! Peut-être lui quiaimoitla liberté avec passion, s'affranchissoit-il dans ses vers de la contrainte

' Hickesii Thésaurus.

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