‹ Vie d'Alfred-le-Grand, roi d'AngleterreChapitre 55 sur 215 · CHAPITRE 111. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. I

17. Le christianisme disparut de la Bretagne au fur et à mesure des conquêtes des Saxons, lesquels firent des prêtres les objets particuliers de leur fureur d'extermination. Le joug de fer qui pesa sur les Bretons leur enleva jusqu'à la nationalité de leur langage qui ne se conserva intact que dans les pays de Galles et de Cornouailles. La langue des Germains devint celle de l'Angleterre ; et elle s'y conserva assez pure malgré le mélange de danois qu'elle reçut au neuvième siècle , jusqu'à ce qu'au onzième elle fût complètement dénaturée par les aventuriers normands et français avec l'aide desquels Guillaume le conquérant soumit la belle Angleterre. Des débris des langues saxonne , danoise , normande et française, (à quoi il faut encore ajouter la langue des Bretons dont nécessairement une foule de mots durent passer dans la langue des Saxons par suite de leurs rapports continuels avec le peuple vaincu ), s'est

io6 VIE h'alfred-le-grand.

formée la langue anglaise telle qu'on la parle aujourd'hui. Mélange de plusieurs langues différentes, elle est pur elle-même fort incomplète ; mais grâce à la constitution du pays qui favorise et développe l'éloquence ; grâce à la liberté qui électrise le cœur, éclaire l'esprit et lui donne un essor sublime; par suite, grâce au grand nombre d'écrivains de génie qui l'ont maniée , elle est parvenue à réunir l'élégance à la concision et à l'énergie , ainsi qu'à se prêter merveilleusement à l'éloquence et à la poésie.

18. Bien que parmi les conquérants qui vinrent successivement débarquer sur les côtes de Bretagne , il se soit probablement trouvé des aventuriers appartenant aux différentes tribus de la Germanie , Bède * cite seulement les noms de trois peuplades qui prirent la part la plus active à cette

' Btdîe , Hist. écoles. And. i. i5.

Page 1