‹ Vie d'Anne Catherine EmmerichChapitre 22 sur 49 · Le lecteur peut aisément s'imaginer quels furent les · texte numérisé non relu

Le lecteur peut aisément s'imaginer quels furent les

sentiments d'Anne Gatlierine lorsqu'elle prononça au pied de l'autel les vœux solennels auxquels elle aspirait de^ puis si longtemps et pour lesquels elle avait tant eu à souffrir. Elle s'était préparée pour cet heureux moment avec le même zèle et le même désir qu'elle l'avait fait seize ans auparavant pour sa première communion. Quoique, pendant les derniers jours, elle eût multiplié ses pratiques de pénitence et qu'elle fût très-affaiblie par les inquiétudes et les tribulations qu'elle avait eues à supporter peu auparavant, elle se montra pourtant le jour de sa profession avec toutes les apparences de la force et de la santé. La joie de son âme et le sentiment de bonheur infini que lui causait son union prochaine avec le fiancé céleste se manifestaient au dehors et la foisaient paraître comme lumineuse. Elle avait l'intuition continuelle de la signification intime de cette cérémonie, ainsi que de toutes les voies, les directions et les épreuves par lesquelles elle avait passé depuis son premier appel à l'état religieux, et son cœur surabondait de joie et de reconnaissance pour tout ce que Dieu avait opéré jusqu'alors en elle et par elle. Elle se trouvait revêtue de la parure de fiancée et des habits de fête qu'il lui avait fallu préparer si laborieusement depuis des années d'après les indications de sa grande vision ; elle reconnaissait comment le fruit et l'effet de chaque pas en avant, de chaque victoire sur elle-même, de chaque soupir, de chaque pratique de patience, de chaque souffrance y figuraient comme des fleurs d'or, ou comme des pierres précieuses, des perles et des broderies merveilleuses. Elle sentait maintenant combien tout cela lui avait été nécessaire pour pouvoir arriver bien préparée à ces noces auxquelles son fiancé céleste lui-même assistait visiblement dans l'église du couvent avec les saints de Tordre de S. Augustin. De même qu'à son baptême elle s'était vue mariée avec l'enfant Jésus

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par Marie, ce fut aussi cette fois la reine des vierges qui la remit à son fiancé. Pendant que sa bouche prononçait les paroles de la profession, elle vit cette tradition solennelle de sa personne à Dieu s'accomplir comme d'une double manière : car ce fut l'Eglise sur la terre qui la reçut et ce fut le céleste fiancé qui daigna l'accepter par l'Eglise et des mains de l'Eglise, et qui scella son acceptation en lui octroyaAt des dons et des ornements magnifiques. Anne Catherine vit alors la nouvelle et haute position qui lui était faite, en vertu des vœux, dans la sainte hiérarchie delà société ecclésiastique : mais elle vit et ressentit aussi d'une manière inexprimable comment, dans son corps et dans son &me, dans son cœur et dans son esprit, elle était munie de forces, de bénédictions et de grftces abondantes, et gratifiée de la dignité insigne attachée à sa qualité de fiancée, dignité que, dès lors, elle ne pouvait considérer en sa personne qu'avec respect. Il lui arrivait ce qui arriverait à un prêtre pieux pour lequel, lors de la réception des saints ordres, sa propre ftme deviendrait visible avec toute la splendeur communiquée par le caractère indélébile, et qui verrait les grftces et les fiicultés' surnaturelles qui en émanent se communiquer aux puissances de l'ftme. Elle sut et sentit comment désormais elle appartenait à l'Eglise et par l'Eglise au fiancé céleste d'une manière toute nouvelle, comme un don consacré, ofiert à Dieu en corps et en ftme : et, de même que Colombe de Rieti, Lidwine de Schiedam et Ift bienheureuse Colette, elle connut la signification spirituelle de toutes les parties et de tous les membres de son corps de fiancée consacré à Dieu et leur relation symbolique avec toutes les parties du corps de l'Eglise.

8. Certainement il n'y avait personne dans le couvent d'Agnetenberg qui eût le moindre soupçon de ces merveiUeuses opérations. Mais Dieu voulait que ce jour des

noces spirituelles fût pour tous un jour de joie et de douce paiy. Anne Catherine, gr&ce au reflet de la béatitude intérieure que ne pouvaient obscurcir les larmes de joie coulant sans rel&che sur son visage, fit une si aimable impression sur toute la communauté, et les paroles affectueuses avec lesquelles elle remerciait continuellement les sœurs pour l'avoir admise à la profession excitèrent une telle émotion que ce jour fut embelli, même extérieurement, par la joie et la paix répalidues dans tous les cœurs. Après la grande messe solennelle, il y eut dans le réfectoire du couvent un repas auquel les parents d*Anne Catherine furent invités. Jamais son cœur n'avait ressenti avec amertume la grande souffrance que lui aval causée le refus de ses parents de la laisser aller au couvent : mais elle avait souvent prié Dieu d'accorder à ces êtres si chers de consentir du fond du cœur au sacrifice qui leur était imposé. Elle était maintenant exaucée. Son père et sa mère furent si profondément touchés à la vue de leur fille le jour de ses noces spirituelles que, s'unissant à son sacrifice, ils la donnèrent à Dieu de tout leur cœur. Il devint clair et certain pour eux qu'elle était appelée par Dieu à cet état, et ils craignirent de résister à Dieu lui-même s'ils persistaient plus longtemps dans leur opposition. C'est pourquoi, ce jour-là, une grande joie entra dans leurs cœurs, et ils la témoignèrent si vivement à leur fille que le souvenir de cette mémorable solennité fut pour elle, tout le reste de sa vie, une grande consolation.

6. Le commencement de cette année 4803 avait amené en Allemagne, pour l'Eglise catholique, des spoliations et des persécutions qui, dans l'intention de leurs promoteurs, devaient avoir pour résultat sa destruction complète et l'anéantissement de la foi chrétienne, et qui l'auraient eu

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sans doute si TEglise n'avait pas Dieu lui-même pour fondateur et pour défenseur. De même qu*au temps de l'ancienne alliance, il avait permis la dévastation de sa ville sainte et de son saint temple, pour punir son peuple de ses inûdé-. lités et de son apostasie, de même aussi cette fois les puissances ennemies devaient lui servir de fléau et de pelle pour nettoyer son aire. Tant que dure l'exécution de cette sentence et l'abomination de la désolation, le Seigneur tient cachées en lieu sûr, comme les prêtres de l'ancien temple firent autrefois par son ordre pour le feu sacré, les choses saintes de son Eglise, jusqu'à ce que, le crime étant expié, elles puissent la faire resplendir d'un nouvel éclat. Les puits dans lesquels est sauvé le feu sacré retiré de l'Eglise sont les ftmes saintes, bien peu nombreuses, de cette époque, chargées de cacher sous les eaux delà soufTrance et de la tribulation les trésors qui furent jadis la joie et la parure delà fiancée de Jésus-Christ, et qui maintenant sont foulés aux pieds dans la poussière par ceux pour lesquels ils brillent, livrés et trahis par leurs gardiens, pillés et dissipés par ceux qui devaient les conserver et les défendre. Anne Catherine doit partager cette t&che si difficile avec un petit nombre de fidèles serviteurs : c'est pourquoi le Seigneur emploie le feu des souffrances et le marteau de la pénitence à faire d'elle un vase assez pur, assez ample et assez solide pour recevoir en lui les incommensurables richesses de l'Eglise et les protéger contre les entreprises de l'ennemi, jusqu'à ce qu'ils soient de nouveau rapportés dans l'Eglise au temps marqué par Dieu.

7. Quand nous nous représentons le long et pénible chemin qu'Anne Catherine fut forcée de parcourir depuis le premier appel jusqu'à l'instant où elle put enfin faire ses vœux solennels, nous voyons que toute liberté fut laissée

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à l'ennemi du salut pour la détourner de son but et rendre inutiles ses peines et ses luttes. Mais enfin elle a triomphé de sa malice et de sa ruse par l'humilité et la patience; elle est arrivée pas à pas à une force et à une hauteur spirituelles, grftce auxquelles, hardie comme un héros, simple et naïve comme un enfant, elle poursuit sa tAche de souffrir pour l'Eglise pour laquelle elle expie et qu'elle représente. Et quelle vie l'attendait maintenant dans le couvent I La touchante impression de la fête de ses noces spirituelles s'était bien vite effacée dans l'ftme des sœurs, et Anne Catherine redevint bientôt pour toutes l'intrus accueilli à contre-cœur qu'elle était en réalité. Dieu en effet l'avait fiedte entrer comme de force dans cette communauté, contrairement à toute prévision humaine et en dehors de toute adhésion libre : dès le premier jour, par sa pauvreté et son état de maladie, elle avait contracté aux yeux des religieuses une dette qui ne lui fut jamais remise. Elle avait pris l'habit malgré la répugnance de la communauté et maintenant elle arrive à la profession quoique les nonnes elles-mèmes^ne puissent s'expliquer comment elles ont pu le permettre. Ce vaisseau de la grftce, cet instrument de Dieu est constamment une pierre d'achoppement et un objet d'aversion pour une famille religieuse à laquelle elle porte une ardente affection. Elle le sait et le sent continuellement, car elle ne cesse jamais d'avoir l'intuition la plus claire des pensées et des sentiments de toutes. Ainsi, elle était traitée, à la lettre, comme les vœux solennels et Tétat religieux lui-même Tétaient dans son temps par d'innombrables cénobites. Et, pour compenser tant de peines et de chagrins, elle n'a pas le moindre espoir de pouvoir persuader à quelqu'une de ses compagnes la nécessité de restaurer la stricte discipline d'autrefois ou d'y préparer de jeunes ftmes plus fortes : car, après elle, le noviciat se ferme pour toujours et elle

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est la dernière qui, dans le couYent d'Agnetenberg, soit devenue l'épouse de Jésus-Christ par la profession des Tœux. Elle sait, par les événements du jour comme par ce qui lui est annoncé en vision, que la famille spirituelle à laquelle elle est maintenant incorporée sera dissoute sous peu de temps pour ne plus jamais renaître. Et pourtant dans Anne Catherine sont réunies, d'après les calculs humains, toutes les conditions qui peuvent la rendre capable de servir r%lise de la manière la plus éclatante. Mais elle est dans la main de Dieu un instrument qui ne doit pas produire des résultats extérieurs et frappant les yeux ; elle doit, au moyen de souffrances incalculables, procurer la guérison du corps de TEglise tout couvert de blessures, de telle manière que les temps postérieurs puissent seuls, recevoir la bénédiction de sa vie cachée en Dieu, humble et méprisée du monde, mais dans la réalité infiniment riche et féconde. Combien sont admirables les voies de Dieu et combien différentes des voies du monde et des moyens qu'il emploie ! Pendant que celui-ci mettait au service du prince des ténèbres tout son pouvoir, toutes ses grandeurs, tous ses artifices afin de renverser l'Église, le Dieu tout-puissant appelait une timide bergère, accablée de douleurs, à marcher contre les puissances ennemies dans l'humilité de la croix. Plus Anne Catherine s'avance sur le chemin que Dieu lui a tracé, plus ses souffrancs deviennent grandes. Nous ne pourrions même pas supporter le spectacle de cette effrayante rigueur, si la bénédiction qui émane de la plus innocente et de la plus enfantine simplicité ne venait comme un souffle du paradis dorer Tocéan de douleurs à travers lequel cette pauvre vie doit se frayer passage pour conquérir la palme de la victoire.

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