‹ Vie d'Anne Catherine EmmerichChapitre 25 sur 49 · Au mois d'octobre de Tan 180S, Anne Catherine fut · texte numérisé non relu

Au mois d'octobre de Tan 180S, Anne Catherine fut

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chargée d'aider une des sœurs (1) à faire monter au grenier, pour y sécher, le linge mouillé du couvent. Elle était debout au trou du plafond pour recevoir les paniers pleins de linge à mesure qu'ils arrivaient. La sœur placée au-dessous, qui avait à les hisser lâcha la corde par inadvertance au moment où Anne Catherine voulait prendre un de ces pesants paniers et le déposer sur le plancher. Celle-ci courut par là le danger de tomber sur la sœur avec ce fardeau beaucoup trop lourd pour elle : heureusement elle en fut préservée par son ange qui saisit aussitôt la corde abandonnée à elle-même. Mais le violent effort qu'elle ût la jeta à la renverse sur le plancher et le panier tomba sur sa hanche gauclie. Il en résulta diverses meurtrissures à l'os de la hanche ainsi qu'à d'autres parties du corps, et ces lésions auraient eu certainement des suites fatales, si Dieu ne lui avait conservé la vie par une assistance toute particulière. Il fut bientôt évident que cet accident, fortuit en apparence, avait été ordonné de Dieu comme quelque chose d'aussi important dans sa vie que la chute sur la glace dans celle de Lidwine : car non-seulement cette addition à ses infirmités corporelles amena un accroissement extraordinaire de ses souffrances expiatoires, mais les suites incurables de ces meurtrissures lui procurèrent des occasi(ms continuelles de supporter pour l'amour de Dieu les humiliations les plus pénibles. Ainsi, à dater de ce moment, elle ne put plus sonner la cloche du couvent, comme sous-sacristine, qu'avec une extrême difficulté. Plusieurs fois même il lui fut impossible de s'acquitter de cette charge, ce qui la fit accuser d'orgueil et de paresse. Mais, en réaUté, c'était pour elle une grande privation que de ne pouvoir plus sonner la cloche : car cet ofiice était à ses yeux une forme de prière si grave et si auguste qu'elle semblait, en le remplissant, oublier ses crue Iles souffrances.

(1) C'est la religieuse dont il sera parlé plus Ioîd au n*d6.

c( Quand je sonnais la cloche bénite, disait-elle un jour, je me sentais tout heureuse, comme si j'eusse par là répandu la bénédiction et appelé à haute voix toutes les personnes d'alentour à louer Dieu. J'unissais à chaque son de la cloche mes soupirs et ma prière, afin que ce son pût chasser le mal du cœur de tous ceux qui l'entendaient et les exciter à glorifier Dieu. J'aurais aimé à sonner beaucoup plus longtemps que je ne le devais et qu'il ne m'était prescrit.»

Qui ne voit que la tendre dévotion de cette pauvre religieuse sonnant la cloche, au milieu de tant de souffrances, devait, aux yeux de Dieu, servir d'expiation pour les ignobles violences de cette époque incrédule, qui proscrivait avec une fureur presque inexplicable l'usage des cloches bénites.

31. Il était aussi devenu très-pénible et parfois tout à fait impossible pour elle de travailler au jardin, de laver et de repasser le linge de l'autel et dé la sacristie. Dieu seul peut savoir quels efforts elle s'imposait pour faire la lessive de l'église, malgré ses cruelles souffrances. Mais le fait suivant montre comment son zèle était récompensé. Un jour qu'elle repassait les aubes avec quelques autres sœurs, le fer brûlant tomba de ses mains sur une aube. Tremblant qu'elle ne fût brûlée, elle saisit courageusement le fer, après avoir invoqué intérieurement le secours de Dieu, le retira de dessus l'aube et le posa sur le plancher où il fit un trou, mais ni l'aube, ni la main ne furent endommagées. Et pourtant ses mains étaient si délicates et tellement amaigries par des douleurs locales continuelles, qu'elle put dire un jour : a Pendant que j'étais encore au couvent, mes mains me faisaient toujours beaucoup souffrir. Je les mettais au soleil et elles étaient si maigres que les rayons passaient au travers comme des flèches. »

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32. La préparation des hosties était aussi pour elle excessiyement pénible à cause de la pesanteur du moule en fer dont elle se servait. C'était, à ses yeux, une importante, ou, pour mieux dire, une sainte fonction dont elle s'acquittait toujours avec respect et en priant continuellement. Un jour, elle était au lit, très-malade ; il fallait mettre au four de nouvelles hosties, et comme elle était dans l'impossibilité de se livrer à ce travail, cela l'attristait beaucoup. Elle implora alors le secours de Dieu, sortit de son lit à grand'peine, se traîna dans Téglise et pria de nouveau devant le Saint-Sacrement, afin d'obtenir la force nécessaire pour apprêter les hosties. Elle se sentit bientôt toute baignée de sueur, mais suffisamment forte pour fedre son office de boulangère. Toutefois, elle ne fut pas seule à travailler : car son ange lui vint en aide. A peine eut-elle fini qu'elle se retrouva aussi malade qu'auparavant, et ce ne fut qu'à grand'peine qu'elle put regagner sa cellule.

33. Après l'accident occasionné par le panier de linge, Anne Catherine fut forcée de garder le lit jusqu'en janvier 1806. Vers ce temps, les douleurs autour du creux de l'estomac augmentèrent tellement qu'elles amenèrent de fréquents vomissements de sang. Quoiqu*il y eût quelques interruptions, ils se renouvelaient de temps en temps avec tant de violence que, pendant son travail, le sang lui sortait de la bouche, quelquefois avec une abondance qui faisait craindre aux sœurs une hémorrhagie mortelle.

34. Celles-ci ayant pu se convaincre à plusieurs reprises qu'Anne Catherine se remettait promptement de certaines défaillances qai pourtant avaient semblé annoncer une mort prochaine, ou du moins qu'elle recouvrait assez de force pour retourner à ses travaux contre toute attente» se

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persuadèrent de plus en plus qu'en général toutes ses maladies étaient sans gravité et qu'aucun mal, si terrible qu*il fût en apparence, ne pouvait lui causer un grand préjudice. On peut s'imaginer à quoi se réduisait, avec cette manière de voir, le soin qu'on prenait d'elle quand elle souffrait. Les religieuses s'étaient habituées à ne plus guère penser à Anne Catherine, lorsqu'elle était hors d'état de quitter sa cellule ou son lit; aussi pouvait- il arriver facilement que, pendant le froid de l'hiver, la paille de son lit gelât contre le mur humide de sa cellule ou que la pauvre malade, en proie aux ardeurs de la fièvre,soupirât inutilement après un verre d'eau fraîche. Une personne compatissante de Dulmen entendit parler de cet état de détresse et en informa le duc de Croy, qui flt établir dans le couvent une infirmerie chauffée par un poêle, afin qu'Anne Catherine pût y être transportée.

35. En 1813, le médecin du couvent déposa ce qui suit devant l'autorité ecclésiastique :

« La sœur Emmerich, pendant ses maladies, n'était pas soignée au couvent comme elle aurait dû l'être. Je la trouvai une fois, après une très- forte transpiration, tremblant de froid dans son lit. Elle n'avait pas de linge, blanc pour changer; sa chemise et les draps de son lit, tout trempés de sa sueur, étaient gelés et raides. La plupart des religieuses se plaignaient souvent de la charge que les fréquentes maladies de la sœur Emmerich faisaient peser sur la communauté, et indisposaient quelquefois par là l'infirmière, la révérende mère et celle des sœurs qui étaient mieux disposées pour la malade.

« Au commencement du mois de mars de l'année 1810, elle fut prise d'une violente fièvre nerveuse. Pendant cette grave maladie qui dura plus de deux mois et pendant laquelle elle resta couchée dans sa froide cellule, elle eut à

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souffrir cruellement. Des transpirations excessives, de forts évanouissements, des convulsions et de violentes douleurs se succédèrent plus ou moins pendant ce temps. »

36. Lorsqu'Anne Catherine elle-même fut obligée, pour obéir aux supérieurs ecclésiastiques, de rendre compte de la manière dont elle avait été soignée au couvent pendant ses maladies, elle s'exprima ainsi :

« Au commencement, lorsque j'entrai au couvent, il me sembla qu'en général on prenait peu de soin des malades, n n'y avait pas de pièce particulière pour elles, jusqu'au moment où le duc de Croy, ayant appris que les malades étaient obligées de rester couchées dans leur cellule ordinaire, qu'elles y étaient sans feu pendant l'hiver et assez mal soignées, non-seulement s'occupa de foire établir une inflrmérie, mais encore donna un poêle pour la chauffer. Deux fois j'ai été malade et soignée par ma sœur Soentgen autant que le lui permettaient les leçons qu'elle avait à donner. Masœur Neuhaus aussi m'a donné les mêmes soins charitables pendant ma maladie, lorsque Soentgen en était empêchée. Tant que j'ai été soignée par ces deux personnes, je n'ai pas eu à me plaindre d'être molestée ou de n'être pas convenablement assistée, quoique toutes les deux , à cause de la charité qu'elles me témoignaient, eussent à supporter plus d'un désagrément de la part de quelques autres de nos sœurs peu favorablement disposées pour moi. Ensuite, la sœur E. . . fut nommée infirmière, et celle-là m'a trop souvent donné lieu de me plaindre à cause de ses singuliers caprices et de sa négligence à s'acquitter de ses fonctions au lit des malades. Souvent, quand elle aurait du venir me visiter, elle allait dans sa cellule pour y travailler à sa bntaisie : souvent, le matin, elle me laissait si longtemps dans mon Ut, sans s'occuper de moi, que je tremblais de froid dans ma chemise toute trempée de

sueur, et qu*en outre, ne pouvant m*aider moi-même, j'avais à endurer une soif insupportable et d'autres incommodités douloureuses. JTai souvent porté plainte à la révérende mère, non-seulement de la conduite d*E... à mon égard, mais de ce .qu'on me laissait manquer des choses les plus nécessaires. Je l'ai bit d'après l'avis de mon confesseur : mais cela ne m'a guère servi, parce que la révérende mère ne m'était pas très-favorable. Quelquefois elle faisait droit à mes réclamations : d'autres fois, elle me répondait que le couvent était trop pauvre pour procurer aux malades tout ce qu'il leur fallait, et que je n'étais jamais contente. Je dois dire aussi à sa décharge qu'elle avait peu de compassion pour moi dans mes maladies, parce qu'elle ne me croyait pas aussi malade que je l'étais réellement; j'ajouterai qu'elle prenait plus de soin des malades qu'on ne le fiûsait autrefois, à ce que disaient les plus anciennes des religieuses, et même qu'à cause de cela elle a pu avoir à éprouver des désagréments de la part de l'une ou de l'autre. »

Cette infirmière était précisément la personne à laquelle Anne Catherine s'attacha à rendre les services les plus affectueux quand, atteinte elle-même de maux qui excitaient le dégoût, elle était évitée de tout le monde dans le couvent à cause de son caractère acariâtre. Ce fut pour Anne Catherine l'occasion toujours bienvenue, non-seulement de payer par les marques de la bonté la plus touchante les mauvais traitements qu'elle avait reçus, mais encore de s'en attirer par là de nouveaux, supportés avec une charité encore plus grande.

37. La seule nourriture terrestre dont Anne Catherine ressentit le besoin, lorsqu'elle pouvait sortir de son lit, aller au chœur et au travail, était le thé ou un café léger. « Souvent , déposa-t-elle devant le doyen Rensing ,

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j'ai passé plusiears nuits de suite sans sommeil. Rarement, très-rarement, j*ai un peu dormi : mon sommeil n*était le plus souvent qu'un assoupissement léger et fréquemment interrompu. Il résultait de là, surtout quand j'avais en outre de fortes sueurs, que je me trouvais trèsmal le matin et que je ne pouvais pas me lever pour aller à matines. Hais aussitôt que j*avais pris un peu de café et qu'ensuite j*avais entendu la messe, je me trouvais en état de vaquer à mes travaux. C'est pourquoi les sœurs se moquaient si souvent de moi à cause de mes maladies qu'elles disaient simulées, ou imaginaires, ou très-exagérées. » D'après un usage établi dans le couvent, les religieuses devaient pourvoir elles-mêmes à leur déjeuner. Hais, comme Anne Catherine n'avait ni argent, ni provision de café, elle allait le matin avec sa petite cafetière dans la cuisine, où elle recueillait les restes de café que les sœurs avaient laissé tomber, et se faisait avec cela une boisson qu'elle prenait sans sucre. Clara Soentgen, à laquelle nous devons la connaissance de ces détails, avait quelquefois pitié d'elle et partageait avec elle son déjeuner : mais cela ne dura pas longtemps, parce que, d'après ses propres aveux, Clara s'en laissa dissuader par les propos des autres sœurs. Alors l'assistance vint d'ailleurs : car, un jour, Anne Catherine revenant du chœur dans sa cellule qu'elle avait laissée fermée, trouva sur la dalle du chambranle de la fenêtre deux thalers qu'elle porta aussitôt à la supérieure, et celle-ci l'autorisa à se procurer avec cet argent une petite provision de café qui lui suffit pour longtemps.

38. Clara Soentgen en 1813 déposa devant les supérieurs ecclésiastiques touchant un autre cas du même genre :

c Depuis que j'avais &it connaissance avec Anne Catherine Emmerich, dit-elle, je remarquais que c'était pour

elle une grande joie de pouvoir donner quelque chose aux pauvres. Avant d'entrer au couvent, elle avait donné tout ce qu'elle avait : elle fit de même au couvent. Je lui demandai un jour pourquoi elle faisait cela, étant ellemême dans le besoin. « Ah! me dit*elle, je reçois toujours plus que je ne donne ! » J*ai souvent vu, à mon grand étonnement, que c'était la vérité.

c Un matin elle se leva, n'ayant ni café, ni argent pour s'en procurer. Elle va au chœur après avoir fermé sa cellule et, quand elle revient, elle voit de l'argent sur la fenêtre. Il était étalé avec beaucoup d'ordre et il y avait de grandes pièces de deux gros. Gela lui arriva encore une autre fois.

« Elle n'avait pas de plus grande joie que de pouvoir rendre à ses sœurs un service charitable. On pouvait lui demander ce qu'on voulait ; elle donnait avec joie, même ce qui lui eût été le plus nécessaire. Elle se montrait surtout bonne pour celles qu'elle savait lui être contraires. »

39. Plus tard elle reçut d'une bienfaitrice deux livres de café pour le jour de sa fête. Elle fit son déjeuner avec cela pendant toute une année sans que la provision diminuât, en sorte qu'elle s'en réjouissait souvent de tout son cœur. Mais, ayant été attaquée d'une maladie qui dura longtemps et pendant laquelle elle reçut des remèdes d'un ordre supérieur, le don de cet aliment terrestre cessa.

40. a Un jour, raconta Anne Catherine, le vieux comte de Galen me força de prendre deux pièces d'or que je devais donner aux pauvres pour lui. Je les fis changer en petite monnaie avec laquelle je fis faire des vêtements et des chaussures que je distribuai. Il y eut sur cet argent une merveilleuse bénédiction de Dieu, car, toutes les fois que je l'avais distribué en détail, je retrouvais les deux

pièces d'or dans ma poche et je les faisais de nouveau changer. Gela dura bien un an, et avec cet argent j'assistai beaucoup de pauvres. Cette gr&ce prit fin pendant une maladie par suite de laquelle je restai deux mois sans pouvoir faire un mouvement et le plus souvent sans avoir ma connaissance : comme toutes les autres s'emparaient de mes effets, Dieu retira ce qui aurait pu scandaliser. I)

41 . Par une disposition toute particulière de Dieu, malgré les souffrances incessantes auxquelles Anne Catherine était en proie dans le couvent, les personnes les plus diverses venaient la trouver et lui demander son assistance pour leur détresse ou leurs infirmités. Plus un malade était délaissé et plus son état était triste, plus il pouvait être certain de recevoir d'elle les marques de charité les plus touchantes. C'étaient le plus souvent de pauvres gens de la classe inférieure qui imploraient le secours de la religieuse malade : mais les sœurs du couvent savaient aussi avec quelle charité elles seraient accueillies si elles lui demandaient un service ou faisaient seulement mine de ne pas le repousser, en sorte qu'Anne Catherine ne manquait jamais d'occasions de servir son fiancé céleste dans la personne des malades, des infirmes, des nécessiteux. L'excès de ses propres souffrances semblait agrandir à l'infini sa tendre compassion pour les souffrances bien moindres des autres : car le désir de servir et d'aider autrui et le plaisir qu'elle y trouvait faisaient d'elle comme une personne forte et vigoureuse, lors même qu'elle était encore malade et dans un misérable état. Ainsi, cette pieuse tille à laquelle, d'habitude, on n'accordait pas les moindres soins, ni la moindre attention, ne pouvait mettre de bornes à son zèle charitable quand il s'agissait de soulager les maux d'autrui. ËUe avait le sentiment de ce

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qui pouvait faire du bien aux autres ; elle voyait la nature et le siège du mal, quels étaient les remèdes les mieux appropriés, et répandait un soufDe de bénédiction sur tout ce qu'elle soignail en priant, et touchait de ses mains bienfaisantes. Elle montrait une patience si affectueuse, une mansuétude si sereine, une sollicitude si inventive, même auprès des malades irritables, grondeurs et impatients, que tous oubliaient trop facilement qu'elle-même n'était pas dans sa vie un instant sans souffiîr. Elle savait, par l'impression irrésistible de sa bonté toujours aimable, vaincre la résistance de malades opiniâtres près desquels le médecin du couvent lui-même l'appelait, lorsque personne ne pouvait en venir à bout.

42. Parmi les pensionnaires du couvent se trouvait une jeune personne fiûble d'esprit, nommée K... et native de M..., qui, ayant à la nuque un abcès d*une mauvaise nature, s'échappait des mains du médecin quand il voulait lui mettre un bandage et repoussait tout ce qu'il voulait faire pour sa guérison. Alors la supérieure fit venir Anne Catherine à laquelle la malade obéit de bonne gr&ce. Elle prit de sa main des remèdes et un bandage, et, lorsque l'abcès creva, Anne Catherine suça les plaies qui guérirent sans laisser de traces.

43. Une servante du couvent qui avait un abcès sous l'aisselle se glissa la nuit près du lit d'Anne Catherine, la pria de la traiter et reçut d'elle, pour l'amour de Jésus, le même service charitable.

Une autre jeune fille native d'Amsterdam avait un caractère insupportable et se querellait avec tout le monde dans le couvent : Anne Catherine seule savait l'adoucir et lui avait inspiré une affection que les autres ne pouvaient s'expliquer.

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44. Voici ce qu'elle-même raconta à propos d*an cas du même genre :

« Le médecin du couvent qui était un peu bourru avait rudement grondé et menacé une pauvre femme qui avait im doigt très-malade et dont le bras était très-enflé et déjà tout noir, parce qu'elle avait négligé son mal; il lui dit même qu'il serait forcé de lui couper le doigt. Làdessus la pauvre femme, paie de terreur, vint me trouver et me pria de lui venir en aide. Je priai pour elle, et ce qu'il 7 avait à fidre me vint tout de suite à l'esprit. Ten parlai à la révérende mère, qui me permit de bander la plaie de cette femme dans la chambre de l'abbé Lambert, Je pris de la sauge, de la myrrhe et de l'herbe de Notre- Dame que je fis bouillir dans de l'eau avec un peu de vin : j'y ajoutai un peu d'eau bénite et j'en fis un cataplasme pour le bras de la femme. C'était sans doute Dieu lui-même qui me l'avait inspiré, car le lendemain matin le bras était déjà tout désenflé : quant au doigt, qui était encore très-malade, je le fis tremper dans de la lessive de cendres chaudes avec de l'huile; alors il s'ouvrit et j'en tirai une grosse épine. La femme fut bientôt tout à fait guérie. »

45. Voici comment elle s'exprimait sur la nature de la compassion qu'elle portait aux malades et aux mourants:

c Je ne puis avoir pitié d'une personne qui meurt avec calme, pas même d'un enfant qui souffre patiemment : car la souffrance supportée avec patience est Tétat le plus digne d'envie pour l'homme dans son corps de péché. Il est très-rare que notre compassion soit tout à fait pure; il s'y mêle souvent de la mollesse et un sentiment égoïste produit par l'horreur que nous avons nous-même pour la souffrance et pour tout ce qui blesse la sensibilité. La compassion deNotre-Seigneur pour les hommes fut seule parfidtement pure, et aucune compassion humaine n'est

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pure si elle ne s'unit pas à celle de Jésus. Tai seulement pitié des pécheurs, des hommes aveuglés, de ceux qui sont livrés au désespoir. Héks! j'ai souvent trop de pitié pour moi-même. »

46. La bénédiction extraordinaire qui s'attachait à ses soins et à ses prières pour les malades se manifesta par les Jhits suivants :

c Une paysanne que je connaissais, raconta-t-elle , avait toujours des couches très-douloureuses et qui la mettaient en danger de mort. Elle m'aimait beaucoup, se plaignait à moi de ses peines et je priai pour elle du fond du cœur. Je reçus alors, pendant ma prière, une bande de parchemin sur laquelle il y avait quelque^chose d'écrit : il me fut aussi indiqué que cette femme devait la porter sur elle. Elle le fit comme je le lui dis, et accoucha très-facilement. Quand elle mourut, elle fit mettre cette bande de parchemin avec elle dans la bière, suivant la coutume de nos paysans.

47. « Il y eut une fois une grande mortalité sur le bétail dans la petite ville : les habitants étaient obligés de mener leurs bétes dans une maison pour y être traitées, mais la plus grande partie y périt. Une mère de famille vint me trouver en pleurant et me demanda de prier pour elle et pour les autres pauvres gens. Pendant ma prière, je vis les étables de ces gens : je vis les bétes saines et celles qui étaient malades, ainsi que la cause du mal et TefTet de la prière pour leur guérison. J'en vis beaucoup qui étaient malades par suite d'un châtiment de Dieu, à cause de l'orgueil et de la fausse sécurité de leurs possesseurs qui ne savaient pas que Dieu peut donner et retirer, et ne reconnaissaient pas que le dommage qu'ils éprouvaient était une punition et un avertissement. Je suppliai Dieu

de Yoaloir bien les mettre dans la bonne voie d'une autre manière. Je vis aussi beaucoup de bêtes malades par suite de la malédiction et de l'envie des jaloux : et ceci particulièrement chez des gens qui manquaient à remercier Dieu iilialement de tout ce qu'il leur donnait et à implorer sa bénédiction sur ses dons. Je vis comme un obscurcissement dans ce bétail autour duquel erraient des ombres ténébreuses et sinistres. La bénédiction a pour effet, nonseulement de faire descendre la grâce de Dieu, mais encore de chasser les mauvaises influences de la malédiction. Les vaches que je vis épargnées par suite de la prière me parurent comme séparées des autres par quelque chose de lumineux. De celles qui furent guéries, je vis sortir une vapeur noire. Je vis de même sur ce qui fut béni de loin par la prière planer une légère lueur. Je vis le fléau s'arrêter soudainement : le bétail de la mère de famille fut épargné tout entier. »

48. Les fréquentes maladies dont il a été parlé eurent pour Anne Catherine cette conséquence qu'on ne lui confia jamais au couvent une charge particulière, mais qu'on la subordonna tantôt à une sœur , tantôt à une autre comme assistante. Ainsi le souhait qu'elle avait exprimé à son entrée au couvent d'y être traitée comme la dernière de la communauté trouva son accomplissement incessant et s'appliquant à tout. Jamais il n'arriva qu'elle fàt placée au-dessus d'une autre sœur, mais, comme le rapporta Clara Soentgen : a Elle fut toujours envers chacune des autres comme une servante, sans que jamais cela la contrariât le moins du monde ou la fît murmurer. En outre, elle était très-occupée des intérêts du couvent, très-serviable , très-diligente dans ses travaux : envers les servantes et les gens de peine, elle était non-seulement très-discrète, mais aussi vraiment charitable, et

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elle leur donnait beaucoup de bons enseignemrats. » La réTérende mère aussi fit, en 1813, la déposition suivante devant les supérieurs ecclésiastiques :

< Dans les travaux de la communauté et dans tout ce que je lui ai donné à faire, Anne Catherine s'est toujours comportée de manière à ce que je fussQ parfoitement contente d'elle ; lorsqu'on lui confia le soin des bâtiments et des jardins, elle a fiait de son mieux pour le bien du couvent, si bien que tout le monde faisait son éloge. Envers les servantes et les gens de peine, elle était trèsbonne (selon le rapport de la maîtresse des novices) , mais pourtant elle tenait à ce qu'ils fissent leur devoir : elle a toujours été très-compatissante envers les indigents. Je sais aussi qu'elle a fait des bonnets pour de pauvres enfants avec du vieux linge d'église. »

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