‹ Vie d'Anne Catherine EmmerichChapitre 27 sur 49 · Il arrivait aussi assez fréquemment qu'Anne Cathe · texte numérisé non relu

Il arrivait aussi assez fréquemment qu'Anne Cathe

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rine, dans l'état d*extase, recevait de son ange l'ordre de rappeler à ses sœurs l'observation de la règle. Elle paraissait ensuite devant elles sans sortir de cet état, et citait, en versant des torrents de larmes, les prescriptions de la règle qui se rapportaient au silence, à l'obéissance, à la pauvreté, à l'office divin, à la discipline claustrale et qui étaient le plus fréquemment violées. Souvent elle se jetait aux pieds d'une sœur chez laquelle elle voyait s'élever des mouvements d'aversion ou même de haine prononcée, la suppliait de pardopner et d'être charitable, et Taidait par là à surmonter la tentation et à reconnaître combien de pareils sentiments étaient coupables. Ces humbles supplications avaient assez souvent pour résultat que les religieuses, au lieu de prendre mal la chose et de se ftcher, se sentaient poussées ou forcées en quelque sorte à aller trouver Anne Catherine pour s'ouvrir à elle et même à lui dévoiler leur intérieur. Elles lui demandaient alors ses conseils et ses prières pour remédier à leurs manquements : mais elles retombaient bellement dans des accès de mauvaise humeur et devenaient méfiantes, s'il leur semblait trop pénible de suivre le conseil reçu, de pratiquer telle ou telle mortification, de remporter sur elles-mêmes telle ou telle victoire qui leur eût été pourtant si nécessaire. Il s*éveillait dans ces fiûbles cœurs de nouveaux soupçons; elles s'imaginaient qu'Anne Catherine maintenant ne cessait de penser aux manquements et aux fautes dont elles s'étaient accusées devant elle, tandis qu'en réalité elle n'y pensait pas le moins du monde : car elle avait coutume de recevoir ces sortes de confidences intimes comme quelque chose qui lui aurait été communiqué en vision, et elle n'en conservait le dépôt que pour Dieu et en vue de l'Ame qui avait besoin de son assistance. En outre, quand elles lui étaient faites, elle écoutait bien moins la voix de la

personne qui lui parlait que la voix de son guide céleste, parce qu'elle demandait à Dieu la lumière nécessaire pour donner de bons conseils et une utile assistance à celle qui en atait besoin, et c*est pourquoi dans ces moments-là, toute personnalité disparaissait pour ainsi dire à ses yeux.

7. c Souvent aussi, disait-elle, pendant que j'étais occupée d'un travail, ou malade et couchée dans mon lit, je me trouvais en même temps présente en esprit parmi mes sœurs; je vqyais et j'entendais ce qu'elles faisaient et disaient, ou bien je me trouvais dans l'église devant le Saint-Sacrement quoique je n'eusse point quitté ma cellule. Gomment cela se faisait-il, c'est ce que je ne puis dire. La première fois de ma vie que je m'apperçus de quelque chose de semblable, je crus que c'était un rêve. C'était dans ma quinzième année, lorsque je demeurais hors de la maison paternelle. J'avais été poussée à prier pour une fille légère afin de l'empêcher' d'être séduite : une fois pendant la nuit, il me sembla voir qu'on tendait un piège à cette fiUe. Dans mon angoisse, je courus bien vite à sa chambre, je chassai le valet de la maison qui se trouvait devant la porte et j'entrai dans la chambre où je trouvai la fille dans un grand effroi. En réalité je n'a* vais pas quitté mon lit et je r<^ardai cela comme un simple rêve. Le lendemain matin la fille était très-intimidée devant moi et n'osait me regarder en face. Plus tard elle me raconta toute l'histoire avec de grands remerciements, disant que j'avais chassé le tentateur, que j'étais venue dans sa chambre et l'avais défendue delà séduction. Alors il me fallut bien penser que c'avait été quelque chose de plus qu'un simple rêve. A une époque postérieure de ma vie, il m'arriva très-souvent des choses du même genre. Ainsi une femme que je n'avais jamais vue des yeux du corps vint à moi tout émue,* et quand

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elle put me parler seule, fondit en larmes, me remercia et me raconta avec un grand repentir sa faute et sa conversion. Alors je la reconnus, elle et son histoire : c'était un travail par la prière qui m'avait été précédemment imposé par Dieu.

8. « Ce n'est pas toujours en esprit seulement que j'ai été envoyée au secours de, pauvres personnes comme celle-là, mais j'y suis allée aussi corporellement. Il y avait dans les b&timents du couvent des domestiques laïques; or; une fois que j'étais retenue au lit par une grave maladie, je vis là pendant la nuit deux personnes qui tenaient ensemble des discours pieux en apparence, mais dont le cœur était plein de mauvaises pensées. Je me levai voyant clair, et je me rendis par le cloître aux bâtiments en question afin de séparer ces gens. Quant ils me virent venir, ils s'enfuirent effrayés et me témoignèrent par la suite de la mauvaise humeur. Comme je m'en retournais, je revins à moi : je me trouvai au milieu de l'escalier du couvent et je ne pus regagner ma cellule qu'à grand'peine, tant j'étais faible.

9. « Une autre fois une des sœurs crut m'avoir vue près du foyer de la cuisine, prenant quelque chose dans tm pot pour le manger en cachette, ou cueillant des fruits dans le jardin. Elle courut aussitôt trouver la supérieure pour lui révéler la fourberie : mais on me trouva couchée dans ma cellule et malade à la mort. De tels incidents faisaient de mon état quelque chose de pénible pour les autres religieuses qui ne savaient pas ce qu'elles devaient penser sur mon compte. »

10. Depuis qu'Anne Gattierine était entrée dans le coor rentj aucune souffrance ne lui parut pouvoir être mise

en balance avec le suprême bonheur d'habiter dans le voisinage du très-saint Sacrement et de pouvoir passer en sa présence une grande partie de la journée. Etait-elle dans sa cellule, ou se trouvait-elle occupée à travailler dans quelque autre endroit du couvent, elle se tournait comme involontairement vers le tabernacle de l'Eglise, car le sentinient de la présence réelle et vivante du Seigneur n'était jamais absent de son cœur. Ni Téloignement, ni l'épaisseur des murailles ne pouvaient être pour son œil une barrière qui Tempùchât de se porter vei's le saint Sacrement, en quelque partie du couvent qu'elle se trouvât : car chaque fois qu'elle y pensait avec amour, cette pensée la mettait eu état de contemplation, et si Tobéissance n'enchaînait pas l'aspiration de son âme, elle se trouvait prosternée sur lesdegrés de l'autel, en même temps qu'elle était corporellement dans sa cellule ou au travail devant ses compagnes. Dans tout ce que la règle du couvent lui imposait, elle savait trouver quelque chose qui se rapportait au saijit Sacrement, et c'est pourquoi elle était aussi lidèle et aussi scrupuleuse dans les plus petites choses que dans les grandes. Les arrangements qu'elle avait à faire en qualité de sacristine étaient spécialement pour elle une fonction si sainte qu'elle était souverainement heureuse de ne pouvoir s'en acquitter qu'avec de grandes douleurs physiques : car elle savait qu'elle servait le roi des rois et que les anges lui portaient envie pour cela. Ainsi elle était à la lettre incessamment tournée vers son Seigneur dans le saint Sacrement comme la fleur vers le soleil; tout était dirigé vers lui, son corps et son âme, ses pensées et ses sentiments, avec tous les trésors dont son cœur était rempli ; tout faisait monter vers lui le doux parfum de l'amour et de la souffrance. Et ses souffrances pour le saint Sacrement étaient grandes comme son amour : car aucun péché ne criait plus haut vers le ciel

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et n'aTait un plus grand besoin d'expiation que celui dont les hommes de cette époque se rendaient coupables en s'attaquant à Tadoration et à la confession de la présence réelle. Au temps même où brûlait dans le cœur d*Anne Catherine une flamme d*amour assez puissante pour réchaufler une multitude d'&mes^ non-seulement les maisons de Dieu étaient profanées et détruites en très-grand nombre, mais la lumière de la foi à la présence vivante de Dieu dans le Sacrement menaçait de s'éteindre presque partout, parce que la haine de la secte janséniste avec ses prétendues lumières cherchait à bannir des églises le sacrifice non sanglant et les saintes solennités qui en entourent Toffrande depuis son institution, de même qu'à chasser des cœurs la vénération envers la très-sainte Vierge. Toute la suite de ces abominations passait devant son &me, et la remplissait d'une tristesse indicible, chaque fois qu elle s'agenouillait devant l'autel; c'était comme si elle avait eu à supporter corporellement à la place de son fiancé les douleurs causées au cœur de Jésus par les outrages envers le saint Sacrement. Où aurait-il pu chercher une compensation pour ces injures puisque ses plus cruels ennemis étaient dans les rangs de ceux auxquels il avait confié le pouvoir le plus élevé sur le gage de son amour? Souvent Anne Catherine, dans les ténèbres de la nuit, se réfugiait devant l'Eglise fermée et restait devant la porte à gémir et à se consumer dans la douleur et le désir jusqu'à ce que, toute transie de froid, elle pût y être introduite au point du jour. Car aux peines expiatoires qu'elle supportait pour l'amour du Sauveur, elle ne pouvait trouver d'adoucissement et de consolation que dans son voisinage. Or ses souffrances étaient aussi diverses que les péchés des hommes de son siècle contre le saint Sacrement. Depuis la tiédeur et l'indifférence du commun des chrétiens dans la préparation et l'action de grâces avant et après la sainte

communion jusqu'aux sacrilèges des ennemis de l'Eglise, il n'y avait rien pour quoi elle n'eût à fiiire pénitence, et elle aurait bien vite succombé à cette terrible tftcbe, si Dieu ne se fût hftté d'effacer de sen &me les violentes et terribles impressions des tableaux oà elle voyait ces crimes et s'il ne l'avait pas remplie de ses consolations. Plus sa merveilleuse intuition de la magnificence et de la grandeur du sacrement devenait vive et profonde, plus ses aspirations vers lui devenaient ardentes, plus aussi augmentaient sadévotion, sa sainte vénération et sonhumilité intérieure : il arrivait ainsi, que toutes les fois qu'elle devait recevoir la sainte communion, il s'élevait en elle une lutte entre l'amour enflammé de désir et la sainte frayeur d'une créature accablée par le sentiment de son indignité et de ses fautes, lutte à laquelle l'obéissance seule pouvait mettre un terme. Jamais elle ne cessa de craindre que œ ne fût elle qui, par suite de ses imperfections, fût la première responsable de tant d'infractions fidtes à la rè^e de l'ordre et de tant d'atteintes portés à la charité par ses sœurs : et c'est pourquoi dans son humilité sincère, elle n'osait pas s'approcher de la sainte table aussi souvent qu'elle en avait besoin et que le voulait son confesseur.

11. Voici ce qu'Overberg rapporte à ce sujet : «•Son confesseur voulait qu'elle communiât plus souvent que ses compagnes n'avaient coutume de le faire. Elle le fit pendant quelque temps, mais elle y renonça, C(mtrairement à la volonté du confesseur, depuis la Purification jusqu'un peu après la Pentecôte, et cela, par respect humain, parce que sa communion fréquente était regardée comme une affectation de sainteté et qu'cm tenait à ce sujet toute sorte de propos. En outre, elle se regardait comme trop mauvaise pour pouvoir communier ai souvent. Mais elle tomba par Ut dans un si triste état

qu'elle ne savait plus que faire pour en sortir, et que souvent elle ne pouvait s'empêcher de murmurer et de se plaindre. A la fin, elle reconnut la faute qu'elle avait commise en ne suivant pas les avis de son confesseiur et se remît à communier plus fréquemment. Toutefois, il lui fallut expier cette désobéissance durant deux ans, car, pendant ce temps, toute consolation lui fut retirée et elle fut laissée dans une sécheresse complète.

« Au bout de ces deux ans, les consolations revinrent et elle ressentit un si ardent désir de la sainte communion qu'elle ne pouvait attendre l'heure ordinaire pour la recevoir. Son confesseur régla donc les choses de manière à ce qu'elle pût faire ses communions extraordinaires avant le lever des autres sœurs, afin que la chose lût moins connue et ne fit pas d'effet. Elle allait alors frapper à la porte de l'abbé Lambert qui avait la bonté de lui donner la sainte communion de très-grand matin.

« Elle venait souvent avant le temps marqué, parce qu'elle ne pouvait résister plus longtemps à la violence du désir qui la portait vers le saint Sacrement Une fois elle vint très-peu de temps après minuit, parce que son désir était si ardent qu'elle se croyait au moment d'en mourir. C'était comme si tout son intérieur eût été en feu et elle se sentait attirée vers l'église avec une telle vic^ence que ses membres semblaient près d'être arrachés de son corps. L'abbé Lambert fut très-mécontent de Tentendre frapper sitôt à sa porte : mais quand il vit dans quel état elle se trouvait, il vint lui donner la sainte Eucharistie.

42. « Elle assistait à la sainte messe avec une dévotion e<xti^me. Quand le prêtre commençait les prières, elle se tFMisportait en esprit sur la montagne des oliviers et j contemplait Jésus. Elle priait alors Dieu pour tous les

hommes afin qu'il leur fit la grâce d'assister pieusement à la sainte messe; pour le prêtre afin qu'il offrit le saint sacrifice de la manière la plus agréable à Dieu ; enfin pour que Jésus voulût bien jeter sur tous les assistants un regard miséricordieux comme il Tavait fait pour saint Pierre.

« Au Gloria^ elle louait Dieu avec tous les anges, tous les saints, tous les pieux chrétiens existant sur la terre et rendait grâce au Sauveur de ce qu'il renouvelle tous les jours son sacrifice : elle le priait d'éclairer tous les hommes et de consoler les pauvres âmes du purgatoire.

a A rEvangilCy elle demandait à Dieu pour elle-même et pour tous les autres hommes, la grâce de bien pratiquer les enseignements évangéliques.

« A l'Offertoire, elle offrait à Dieu le pain et le vm avec le prêtre et priait pour qu'ils fussent changés au corps et au sang de Jésus-Christ : elle se disait aussi que le moment où le Sauveur allait venir était proche.

c Au SancPusy elle priait afin que le monde entier s'unit à elle pour louer Dieu.

« A la Consécration, elle députait le Sauveur yers le père céleste, l'offrait pour le monde entier, spécialement pour la conversion des pécheurs, pour le soulagement des âmes du purgatoire, pour ceux qui se trouvaient à l'article de la mort, et pour ses sœurs les religieuses. Elle se réprésentait alors Tautel comme entouré d'anges qui n'osaient pas lever les yeux sur le Sauveur et se disait qu'il serait bien audacieux à elle de regarder l'autel et qu'elle ne devait pas se le permettre.

13. « Souvent elle voyait autour du Saint-Sacrement une lumière éblouissante, souvent aussi dans la sainte hostie une croix de couleur brune, ou d'une autre couleur, quoique jamais blanche. Si elle eût été blanche

comme l'hostie, elle n'aurait pas pu la voir. La croix ne loi apparaissait pas plus grande que Thostie, mais l'hostie elle-même était souvent alors plus grande que les hosties ordinaires.

« Depuis l'éléTation du calice jusqu'à YAgnus DH^ elle priait pour les ftmes du purgatoire, présentait à Dieu le Christ sur la croix et demandait que celui-ci accomplit ce qu'eUe-méme ne pouvait pas faire. Souvent alors elle était tout-à-fait absente (hors d'elle-même), ce qui arrivait aussi quelquefois avant la consécration.

41 A la communion, elle pensait à la mise au tombeau de Jésus-Christ et le priait d'ensevelir le vieil homme et de nous revêtir de l'homme nouveau »

Si pendant la sainte messe ou en tout autre moment, elle entendait le chant ou l'orgue^ elle se disait : « Ah ! qu'il est beau de voir ainsi tout en parfait accord! Les choses inanimées forment entre elles une aimable harmonie : pourquoi les cœurs des hommes ne font-ils pas de même ! combien ce serait charmant ! » Et alors elle ne pouvait s'empêcher de pleurer.

14. « A Noël, pendant la messe de minuit, elle vit une fois le saint enfont Jésus au-dessus du calice. Ce qui lui parut très-singulier, c'est que le prêtre lui semblait tenir renfiint par les pieds et que, malgré cela, elle voyait aussi le calice. Du reste il lui est arrivé souvent de voir l'enfant dans la sainte hostie, mais très-petit.

a Lorsqu'elle était sacristine, elle occupait au chœur une place d'où elle ne pouvait pas voir l'autel : elle avait cédé celle qui lui appartenait à une sœur qui était tourmentée de scrupules quand elle entendait la messe sans pouvoir voir l'autel. Un Jour qu'elle se tenait prête à sonner la cloche pour l'élévation, elle vit l'enfant Jésus au-dessus du calice. Oh! comme il était beau! Elle se

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