‹ Vie d'Anne Catherine EmmerichChapitre 31 sur 49 · Anne Catherine elle-même a dit une fois · texte numérisé non relu

Anne Catherine elle-même a dit une fois

tt Je ne puis faire usage des prières de l'Église traduites en allemand. Elles sont pour moi trop insipides et trop rebutantes. Dans la prière je ne suis liée à aucune langue et, dans tout le cours de ma vie, les prières latines de l'Église m'ont toujours paru beaucoup plus profondes et plus intelligibles. Au couvent, je me réjouissais toujours d'avance quand nous devions chanter des hymmes et des répons en latin. La fête était alors plus vivante pour moi et je voyais tout ce que je chantais. Notamment quand nous chantions en latin les litanies de la sainte Vierge, j'v voyais successivement dans une merveilleuse

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Tision toutes les figures symboliques de Marie. C'était comme si mes paroles eussent fait apparaître ces images, et au commencement j'étais tout effrayée de cela ; mais bientôt ce fut pour moi une grftce et une &veur qui excitaient beaucoup ma dévotion. J'ai vu là les tableaux les plus admirables. »

8UVPBI8BI0M DO COUVINT. — ANNE CâTBIBIin EIÇOIT LIS STXaMATCS

1. Le 3 décembre 1811, le couvent d'Agnetenbeif; fut « supprimé et Téglise fermée. Quoiqu'Anne Catherine eût depuis longtemps yu d'avance cet événement infiniment douloureux pour elle et quoiqu'elle eût offert à Dieu de souffrir toutes les peines imaginables pour détourner ce malheur, elle ne se crut pourtant pas de force à quitter ainsi pour toujours des lieux qui lui étaient si chers. La séparation de T&me d'avec le corps lui paraissait quelque chose de plus facile que sa séparation d'avec le lieu où elle s'éudt donnée au fiancé céleste par les saints vœux de religion, afin d'y vivre cachée au monde et d'y servir Dieu dans la souffrance. « Je devins si malade, raconta-t-elle plus tard, que les autres religieuses crurent que j'en mourrais infoilliblement. Alors la mère de Dieu m'apparut et me dit : « Tu ne mourras pas encore. On fera encore beaucoup de bruit à ton sujet : mais ne crains rien ! quoi qu'il t'arrive, t(i seras toujours secourue . » Plus tard , j'entendis dans toutes mes maladies la voix intérieure qui me disait que je n'étais pas encore prête. » Pendant que les autres religieuses quittaient le couvent les unes après les autres, Anne Catherine y resta encore jusqu'au printemps de l'année suivante. Elle fut pendant tout ce temps si faible et si malade qu'elle ne put pas sortir de sa cellule. Les scènes pénibles occasionnées si souvent par l'antipathie des autres sœurs n'avaient jamais pénétré dans cette sombre,

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humide et froide cellule. BUe y était toujours seule, abandonnée à elle-même et à ses souffrances. Mab les colombes et les moineaux venaient la visiter &milièrement sur la fenêtre, les souris sautaient sur sa couverture pour jouer près d'elle et recevoir ses reproches quand elles avaient détruit les œufs d*un nid de colombes. Et maintenant, si Tabbé Lambert et une vieille servante du couvent n'avaient pas eu pitié d'elle et ne lui avaient pas rendu par charité les services les plus nécessaires, elle serait restée oubliée de tous les humains. Les autres sœurs étaient trop occupées de leurs propres affidres pour penser à Anne Catherine ou tourner les yeux vers eue. Cependant, à peine l'eurent-elles perdue de vue quelque temps qu'aucune d'elles ne sut plus dire pourquoi elles avaient été si malveillantes à son égard. Car, lorsqu'il leur foUut rendre réponse aux supérieurs ecclésiastiques qui leur demandaient « d'où venait qu'Anne Catherine n'était pas aimée dans le couvent et y avait été tellement tourmentée, » toutes donnèrent leur assentiment à ces paroles de la maltresse des novices : « Anne Catherine, il est vrai, n'était pas très-aimée, mais je ne sais pas au juste d'où cela venait. > Seule, la révérende mère essaya de donner une raison et dit : € Gela venait, à ce qu'il me semble, de ce que plusieurs ne pouvaient supporter que l'abbé Lambert s'occupât particulièrement d'elle, et en outre quelques-unes croyaient qu'avec ses maladies elle était une trop lourde charge pour le couvent. »

S. L'abbé Lambert, lui-même malade, exilé et sans une ftme sur la terre près de laquelle il pût espérer de trouver quelque sympathie pour sa vieillesse et sa cruelle position, resta fidèlement près d'Anne Catherine dans cette détresse extrême. Ce qu'il avait observé en elle depuis dix ans, lorsque personne n'avait le moindre soupçon de la direc-

tion menreUleuse à laqodle elle Mail squmise el qa'dk loi avait fût connaître, il Fanit jusqu'alors gardé fidèle» ment pour lui. U se crut appdé par Dieu à pnUgar contre les hommes, autant qu'il le pouvait, le mystère de la Tîe d'Anne Catherine et sa personne eUe-mème en tant qu'instrument choi» de Dieu; il vit en elle comme un trésor précieux dont il n'aurait à rendre compte qu'à Dieu, puisque lui seul avait reçu la grftoe d'en bien connaître la valeur. C'est pourquoi, torsqu'il devint impossible qu'Anne Catherine restât plus longtemps dans le couvent, il alla avec elle dans la maison de la veuve Roters, à Dulmen. Elle était encore si malade qu'elle ne put qu'à grand'peine, traînée dans la ville par la vieille servante, gagner la petite chambre située sur la rue, au res-dechaussée, qui devait remplacer pour elle la paisible cellule dont la sainte pauvreté s'était si souvent montrée à elle comme le del sur la terre.

c J'étais si inquiète et si effrayée, » laconta-t-elle, que, lorsqu'il me fiiUut sortir du couvent, je croyais que chaque pierre de la me allait me dévorer. »

3. A peine eut-elle été conduite dans sa misérable petite chambre où retentissaient tous les pas des passants et où rien ne pouvait se dérober aux r^ards de la rue, parce que l'appui de la fenêtre était à peine élevé de quelques pieds au-dessus du sol, qu'elle tomba dans un état de langueur très-grave. Il semblait qu'elle allait se flétrir, comme une plante qui, du haut d'une montagne éclairéedu soleil et que le pas d'aucun homme n'a touchée, serait jetée sur une route poudreuse dans un sombre bas-fond. Bien que le couvent ne connût plus la stricte observation de la règle religieuse, cependant c'était pour elle un lieu consacré à Dieu et sanctifié par les prières et les œuvres de pénitence de celles qui l'avaient habité autrefois , dans

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des temp6 meilleurs, et où elle-même s'était appliquée sans relAche à accomplir ausst parfaitement que possible tous les deYOirs de Tétat religieux. Elle s*était comme identifiée avec la discipline conventuelle ; la prière au chœur et tous les restes des saints exercices de piété qui s'étaient encore conservés malgré les envahissements de la décadence, étaient, pour son ftme brûlante du zèle de la gloire de Dieu, comme un aliment nécessaire à sa vie et que rien ne pouvait remplacer. Mais avant tout, le voisinage du trèssaint Sacrement et la maison de Dieu accessible pour elle à tous les instants, étaient, pour une créature si merveilleusement conduite par Dieu, la chose principale, celle qui lui était le plus nécessaire pour pouvoir rester sur la terre et y accomplir sa tâche. Tout cela maintenant lui est enlevé ; du fond de Tasile consacré à Dieu où sa vie était cachée,Celle est jetée sans appui et sans assistance dans un coin placé sur la voie publique pour y commencer la dernière et la plus pénible partie de sa mission pour rtigUse.

4. Qu'un peu avant le commencement du Carême de l'an 1813 , une pauvre nonne malade se fit conduire à travers les rues de la petite ville jusqu'alors très-ignorée de Dulmen, c'était sansdouteunévénementbien obscuret bien vulgaire aux yeux des hommes. Pourtant, devant Dieu et dans l'intérêt de son Église, il y avait là une disposition providentielle d'une importance inc <lculable : car, sur cette pauvre vierge du cloître usée par les peines et les macérations, privée de tout appui, méprisée du monde, persécutée à cause de sa profession. Dieu a placé toutes les tribulations de son Église maltraitée et méprisée, comme cela ne lui était peut-être jamais arrivé depuis sa fondation, à l'égal d'un cadavre d'où la vie s'est retirée. Mais de même que l'Homme-Dieu en personne a voulu opérer notre rédemp-

V6'i VIE

lion, comme « le rejeton sorti d'une terre altérée » (1), comme le plus méprisé et le dernier des hommes, ooomie rhomme de douleurs, couvert de blessures et brisé à cause de nos crimes; de même qu'il n'a pas voulu empêcher que la parole de la croix devint un scandale pour les Juifii et une folie pour les Gentils, de même, dans tous les temps, il a conduit son Eglise et Fa sauvée dans le danger en choisissant ce qui est folie aux yeuxdu monde pour confondre les sages, ce qui est fi&ible pour vaincre les forts, ce qui est petit, méprisé, ce qui est comme un néant pour renverser ce qni est quelque chose (2). Voulant accomplir cette opération si incompréhensible au monde, si sublime pour les habitants du ciel et si consolante pour les fidèles, il tire maintenant sa fiancée de la retraite profonde où, sous sa direction , elle a conquis la force spirituelle qui surpasse toute sagesse et toute grandeur humaines, afin qu'elle procure le salut de l'Église à laquelle elle est substituée comme victime expiatoire.

Un grand nombre de religieux des deux sexes avaient quitté sans regret les saintes demeures et s'étaient h&tés de rentrer dans le monde dont, en dépit de leurs vœux solennels, ils ne s'étaient jamais détachés intérieurement. Partout on rencontrait des moines et des prêtres impies qui se mettaient au service de la puissance laïque, pour infecter du poison de Terreur et de la révolte contre la hiérarchie sacrée et les traditions de l'Eglise les cœurs de ceux qui étaient appelés à remplir, d'une manière bien insuffisante, les vides chaque jour plus nombreux Mis par la mort dans les rangs du sacerdoce. C'est pourquoi la sainteté et la dignité du caractère sacerdotal ainsi que les gr&ces et les pouvoirs qui y sont attachés étaient alors

(1) Iiale, LUI, 2-5.

(2) I Ck>r., I, 27.

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méprisés et niés par ceux-mèmes qui en étaient revêtus; et les ennemis du nom chrétien n'étaient pas les seuls auxquels l'anéantissement de l'Ëiglise sembl&t un ikit à peu près accompli, car même la petite troupe de ceux qui étaient restés fidèles était découragée au point d'avoir perdu toute espérance. C'est cet état de tribulation de l'Église dans toute son étendue et avec toutes ses conséquences qu'Anne Catherine doit maintenant prendre sur elle; et voilà pourquoi elle est couchée le long de la voie publique, sans protection et comme mise hors la loi, livrée sans assistance, ainsi que l'Église elle-même, à la méchanceté de quiconque veut l'outrager et lui nuire. C'est l'Église avec son fiancé céleste qui souffre et gémit dans la personne d'Anne Catherine, et nous verrons avec surprise dans tout le cours de cette vie pleine de mystères, comment tout ce que pouvaient faire souffrir à TEglise la déraison, l'aveuglement et la méchanceté du monde venait prendre place dans la sphère de ses souffrances expiatoires.

5. L'état d'Anne Catherine empira si promptement que son entourage la crut à toute extrémité : alors son ancienne maltresse des novices fit appeler le P. Limberg, dominicain, qui habitait Dulmen depuis la suppression de son couvent à Munster, et le pria de la confesser. Voici ce qu'il a raconté à ce sujet :

< Dans le Carême de 1812, ma tante, ancienne maitresse des novices de la sœur Emmerich, me fit appeler pour entendre celle-ci en confession. Je m'y refusai en all^^nt qu'il fallait une permission spéciale pour confesser une religieuse; mais comme on m'assura que cette restriction n'existait plus, je me rendis auprès d'elle sur la demande de ma tante. Je la trouvai dans un si triste état qu'elle ne pouvait plus parler et je fus obligé de

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l'interroger sur ce qui touchait à sa conscience. Je la croyais à rextrémité et je lui portai aussitôt tous les sacrements des mourants. Mais elle se rétablit et je devins dès lors son confesseur ordinaire. Auparavant, c'avait été le P. Chrysantbe, augustin, mort depuis peu. Elle portait une ceinture de pénitence en fil de laiton et un ciÛce de crin en forme de scapulaire que je lui fis ôler.

« Antérieurement, je n'avais pas connu particulièrement la sœur Emmerich : je Tavais seulement vue quelquefois. Je disais souvent la sainte messe dans Téglise du couvent et je le &isais volontiers parce que tout y était d'une grande propreté. Gela m*avait aussi fait fiiire connaissance avec le chapelain du couvent, Tabbé Lambert La sœur Emmerich était sacristine et je l'avais vue plus d'une fois aller et venir; elle paraissait dans un si triste état que je la regardais comme perdue et que je me disais souvent : « Quoi donc ! cette pauvre personne vitencore ! >

8. Pendant tout le temps du Carême, Anne Catherine fut hors d'état de se lever de son lit; du reste la plupart du temps son esprit était absent, ce que l'entourage prenait pour des évanouissements causés par son extrême faiblesse. A partir de P&ques, elle put, quoiqu*avec beaucoup de difficulté, gagner Téglise paroissiale pour y faire la sainte communion : mais elle y alla pour la dernière fois le i novembre 1812, car depuis lors il lui fut à jamais impossible de quitter son lit de douleur. Au mois de septembre, elle était encore allée en pèlerinage à un lieu appelé THermitage, qui est tout proche de Dulmen. Un ermite de Tordre de saint Augustin y avait vécu et près de sa demeure était une petite chapelle. Anne Catherine voulait y demander radoucissement de souffrances qui lui étaient devenues intolérables; nais elle tomba en extasêvoequi la rendit raîde et immobile contac une statue. Une jeune

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flUe qui raccompagnait, saisie d*effroi, appela au secours une paysanne qui donna à Anne Catherine les soins qu'elle eût donnés à une personne évanouie, et ce fut ainsi qu'elles découvrirent sur sa poitrine une croix saignante qui y avait été imprimée à la dernière fête du saint patron de son ordre, mais qu'elle-même n'avait jamais vue.

Quand elle revint à elle, elle était si bible que la paysanne et la jeune fille furent forcées de la rapporter à son logis.

7. Trois jours avant le commencement de la nouvelle année 1813, la fille de la veuve Roters trouva Anne Catherine en extase; elle priait, les bras étendus. Cette fiUe s'aperçut que le sang jaillissait de la paume de ses mains, mais elle crut que c'était par suite de quelque blessure accidentelle. Lorsqu'Anne Catherine revint à elle, elle lui fit remarquer que son sang coulait, sur quoi celleci la pria de ne parler de cela à personne. Mais le 31 décembre, le père Limberg lui porta la sainte communion et vit alors pour la première fois des plaies saignantes sur le dos des mains.

c Je fis savoir cela, dit-il dans son rapport, à l'abbé Lambert qui demeurait dans la même maison. U vint aussitôt dans la petite chambre d'Anne Catherine, et, voyant le sang couler, il lui dit : < Ma sœur, n'allez pas vous croire une sainte Catherine de Sienne, n Mais, comme les plaies persistèrent jusqu'au soir, il me dit le lendemain : « Mon père, personne ne doit le savoir. Gela doit rester entre nous, autrement la chose fera du bruit et nous attirera beaucoup d'ennuis. »

Le père Limberg était si parfaitement du même avis que dès lors il songea bien plus à expliquer comme une chose sans importance ou à tenir secrets ces phénomènes inexplicables pour lui qu'à y chercher une liaison

avec ses autres expériences touchant Anne Catherine et à l'interroger à ce sujet. EUe-mëme ressentit nne grande joie de ce que les deux prêtres ne la pressaient pas davantage et elle chercha, autant qu'elle le put, à tenir cachées à tous les yeux les nouvelles et bien cruelles souffrances qu'elle avait à supporter. Le père Limberg omit de rédiger ses observations par écrit : seulement il consigna sur son calendrier ecclésiastique les courtes remarques qui suivent :

(c Le jour des Rois, j'ai vu pour la première fois les stigmates à la partie intérieure des mains.

«11 janvier. Elle est restée assise environ six heures dans un fauteuil et elle a été en extase une heure et demie.

tt 15 janvier. Elle a communié aujourd'hui. De sept à neuf heures, elle est restée en extase, raide et immobile.

a 28 janvier. EUe a été, depuis lors, tous les jours en extase pendant un temps plus ou moins long. J'ai vu aujourd'hui les marques des plaies à la plante des pieds.

« Ses mains et ses pieds ont saigné tous les vendredis : la double croix sur la poitrine, les mercredis. Depuis que j'ai eu connaissance de ses plaies, elle n'a pris aucune nourriture.

« Son état est resté inconnu jusqu'au 28 février 1813 ; mais Clara Soentgen s'en est aperçue et m'en a parlé. »

8. Comme Anne Catherine ne parlait jamais de ses stigmates, mais les dérobait à tous les regards avec une sollicitude inquiète, nous ne pouvons avoir d'autres détails à ce sujet que par l'enquête ecclésiastique à laquelle elle fut soumise dès que son état fut connu du public.

QOMmNCaiMINT DE L'INQUA» lOCLÉnAffnQOB

1. Une fois que Clara Soentgen eut pénétré le secret, la connaissance s'en répandit bientôt au loin. Au milieu de mars 4813, les stigmates étaient un sujet de conrersation dans la ville de Dulmen et, comme on avait parlé trèsvivement pour et contre dans un cabaret (1), cela fut cause qu'on prit à ce sujet des informations dont les résultats furent communiqués aux supérieurs ecclésiastiqu es à Munster. Au nombre de ceux qui avaient pris part à la discussion mentionnée ci-dessus, s'était trouvé le docteur Guillaume Wesener, médecin du district de Dulmen, qui entendait pour la première fois parler de choses de ce genre, mais qui ne voulait voir là que delà superstition ; toutefois, il se proposa de visiter la malade, afin de se mieux rendre compte de la réalité des faits. Wesener avait perdu la foi pendant les années qu'il avait passées à l'Université : mais c'était un homme d'un caractère si bienveillant et si loyal que l'aspect de la patiente produisit sur lui une profonde impression, n ne savait, à la vérité, s'expliquer aucun des phénomènes qu'il voyait, mais il espérait, gr&ce à la droiture et à la candeur d'Anne Catherine, arriver promptement à connaître la cause véritable de ce qui paraissait si extraordinaire. Après quelques visites, il offrit

(!) Cet entretien dansFauberge n*avalt pas échappé an regard d'.^noe Catherine; car, après la visite do dooteor Wesener qui en fat la oonséqoenœ, aon oonfenear lui ayant demandé comment le docteur avait connu son état, elle répondit : « Chei les messieurs de l'auberge, il a parlé contre, et ensuite il est venu ponr me voir. »

à Anne Catherine ses services comme médecin (1), ce qu'elle accepta de bon cœur. Or, après des observations faites avec le plus grand soin, il arriva à se convaincre que toute idée de fraude ou de tromperie préméditée devait être écartée et qu'il y avait là des faits dépassant, à la vérité, le cercle de ses expériences, mais qui ne pouvaient être niés, ni tenus secrets. C'est pourquoi il délibéra avec le doyen Rensing, curé de la ville, avec le pèreLimberg et avec un autre médecin, nommé Krauthausen, sur les mesures à prendre pour dresser préalablement un procès-verbal sur les phénomènes qui se produisaient che^ Anne Catherine. Pendant que ces messieurs discutaient au presbytère sur les moyens de mettre ce projet à exécution. Dieu dirigeait vers eux le regard d'Anne Catherine afin de la préparer à ce qui allait survenir. L'abbé Lambert se trouvait près d'elle, lorsqu'interrompant tout à coup l'entretien, elle s'écria :

« Que va-t-il m'arriver? On tient conseil chez le doyen sur un examen auquel on doit me soumettre. Si je ne me trompe, mon confesseur est là. »

Peu après ces paroles, le doyen Rensing entra chez elle et lui annonça l'enquête qui avait été décidée.

2. Elle eut lieu le 22 mars 1813. On dressa un protocole dont un passage seulement trouvera place ici :

a Sur le dos de ses deux mains, y est-Û dit, nous avons remarqué des croûtesde sang desséché, sous lesquelles était uneplaie. Dans la paume desdeuxmains, il y avait de semblables croûtes de sang figé, seulement elles étaient plus

(1) Dès tt premièra viaUe, Weseoer tint uo JoarasI cootiniié jusqu'en 1819, dans lequel il consigna Don-fleulement ses obaervationa et sea eipérieocea touebaot Anne Catherine, maia même les ezhoitationa qu'eUe lui adressait pour le ramener à la fm et à la pratique fidèle de tous les devoirs d'un bon catholique.

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petites. Noms avons trouvé ees mêmes er oûf es sur la partie extérieure des pieds et au milieu de la plante des pieds. Biles étaient douloureuses quand on les toudiait et celles du pied droit avaient saigné, il y avait peu de temps. Au cAté droit, nous avons vu, à peu près au-dessus de la quatrième oMe, en eomptant à partir d'en bas, une plaie longue d'environ trois pouces qui doit saigner quelquefois. Sur le creux de Testomac nous avons vu certaines marques de forme ronde qui figuraient une croix fourchue. Un peu plus bas, nous avons vu une croix ordinaire formée de raies larges d'un demi pouce et semblables à des meurtrissures. A la partie supérieure du front, nous avons vu, en grand nombre, comme des piqûres d'aiguille qui allaient des deux côtés jusque dans les cheveux. Sur le linge qu'elle portait autour du front nous avons vu beaucoup de petites taches de sang. »

Quand cela fut fini, Anne Catherine dit au doyen Renâng : < La chose n'en restera pas là. Voici des messieurs de Munster qui viennent pour fiiire un examen : il y a un grand personnage, il ressemble à monseigneur l'évéque suffragant qui m'a confirmée à Goesfeid : il y en a un autre qui est assez vieux et qui n'a que quelques cheveux gris. »

des paroles portaient juste : car, dès le 28 n^rs, (c'était le quatrième dimanche de Carême), le vicaire général de Munster, Clément-Auguste de Droste de Yischering, devenu plus tard si célèbre comme archevêque de Cologne, vint à Dulmen accompagné du respectable doyen Overberg et du conseiller de médecine Druffel pour «mmettre Anne Catherine à un rigoureux examen. Le 2& mars, le doyen Rensing avait adressé à ses supérieurs un rapport officiel sur l'état de la malade et il avait envoyé aussi le procès-verbal du médecin dont il a été question plus haut.

3. Le rapport que nous donnons ici toat œtier était ainsi conçu :

< Très-noble baron, très*révérend vicaire général» le cœur profondément touché et plein d'émotions religieuses, j'annonceàVotre Révérence, commeàmonsupérieur ecclésiastique, un fait bien propre à prouver de la manière la plus firappante que le Seigneur, en tout temps si admirable dans ses saints, opère encore en eux, mémedans nos jours d'incrédulité et de frivolité, des signes qui montrent dans son plus vif éclat la force de notre sainte religion et qui portent Tbomme léger à réfléchir et l'incrédule à revenir de ses erreurs. Vraiment, le Seigneur choisit encore, comme toujours, les faibles pour confondre les forts et révèle aux simples et aux petits des secrets qu'il cache aux grands et aux savants de ce monde. Jusqu'à présent j'avais été forcé de tenir le cas secret autant que possible, par suite du silence qui m'était imposé, de la condescendance que je croyais devoir à une modestie si favorisée de Dieu et par la crainte des suites fâcheuses qui pouvaient résulter de la divulgation : mais maintenant Dieu a permis que la chose, malgré toutes les précautions prises par moi , ait été pour ainsi dire préchée sur les toits, qu'elle ait acquis une grande notoriété et qu'elle ait déjà produit beaucoup de bien. C'est ce qui m'a poussé à faire à ce sujet un rapport officiel : car dans de telles conjonctures , il ne me parait plus convenable de continuer à celer les secrets du roi des rois; je crois au contraire qu'il vaut beaucoup mieux qu'on fiisse connaître les œuvres de Dieu et qu'on le glorifie à cette occasion.

a Anne Catherine Emmerich, sœur de chœur du couvent d'Augustines appelé Agnetenberg et aujourd'hui supprimé, est l'élue du Seigneur dont il s'agit. D'après le témoignage de la maîtresse d'école d'ici, Clara Soentgen^ qui a pris l'habit le même jour et chez les parents de

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laquelle elle a résidé avant d'entrer au couvent, elle a été, dès sa jeunesse, extrêmement pieuêe, et elle regardait comme le plus précieux don du ciel la conformité à la volonté de Dieu, spécialement dans les moments de tribulation, afin de ressembler toujours davantage à notre Sauveur crucifié. Cette grâce était le principal objet de ses prières de tous les jours, et Fauteur de tout bien la lui accorda de bonne heure. Pendant les dix ans qu'elle a passés au couvent, elle y a été presque constamment malade et souvent obligée de garder le lit pendant des semaines : mais ce qui augmentait encore sa souffrance, c'est qu'elle était méconnue par les autres sœurs qui ne voyaient en elle qu'une pieuse visionnaire. Elles la traitalent même d'une manière peu charitable, parce que quelquefois, ou, pour mieux dire, habituellement, elle faisait plusieurs communions dans la semaine, parlait souvent avec un saint enthousiasme du bonheur qu'il y a à souffrir, faisait beaucoup d'exercices de piété de surérogation, et, par là, se distinguait trop des autres; en outre, elle avait laissé quelquefois tomber un petit mot de visions et de révélations. Son état de maladie a continué après la suppression du couvent : maintenant, elle est forcée de rester au lit depuis quelques mois et n'a pris, depuis plus de deux mois, ni remède, ni autre nourriture que de l'eau froide à laquelle, pendant un certain temps, on a mêlé quelques gouttes de vin. Depuis trois ou quatre semaines, elle la boit sans aucun mélange. Ce qu'elle prend en sus, pour cacher au monde qu'elle ne vit que d'eau pure, est aussitôt rejeté per vomittêm. En outre, elle a de si fortes sueurs que le soir tout ce qu'elle a sur elle et autour d'elle est trempé comme si on venait de le tirer de l'eau. Elle rend par là chaque jour un nouveau témoignage à la vérité du vieil enseignement biblique que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais I. 18

de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur. Communément, elle a le soir une défaillance qui dure parfois deux heures entières et même davantage. Pendant cette défaillance que j'appellerais plutôt une sainte extase, elle devient raide comme une pièce de bois, en sorte que tout le corps se pose, comme ferait une perche, sur le côté où Ton tourne sa tète avec la main ; mais le teint de son visage reste dans cet état aussi vermeil que celui d'un petit enfant : et si, pendant ce temps, lors même qu'elle a un oreiller ou la couverture du lit devant le visage, on lui donne, à la dérobée, si je puis m'exprimer ainsi, la bénédiction sacerdotale, elle lève sa main, qui, hors de là, reste immobile comme une pierre, et fait le signe de la croix. Après de semblables extases, elle a révélé à son confesseur, le père Limberg, ainsi qu'à moi, des secrets qu'elle ne peut connaître que par une inspiration supérieure. Mais ce qui marque le plus en elle une amie particulièrement chérie de notre Sauveur est qu'elle a une couronne saignante autour de la tète, les stigmates au côté, aux pieds et aux mains, et de plus, sur la poitrine deux ou trois croix. Toutes ces plaies saignent souvent, les unes le mercredi, les autres le vendredi , et si abondamment qu'on voit quelquefois de nombreuses gouttes tomber par terre. Gomme ce privilège singulier fait le plus grand bruit et qu'il est l'objet de la critique la plus vive, j'ai voulu me mettre à même de faire un rapport sommaire àce sujet, et j'ai prié les médecins d'ici de faire un examen préalable. Tous deux ont été touchés jusqu'aux larmes en s'y livrant, et le résultat de leur enquête est contenu dans l'appendice A-a, signé par tous les deux, comme aussi par moi, par M. Limberg et par le prêtre français Lambert qui demeure dans la même maison que la malade.

<c En m'acquittant du devoir de fournir à mon supérieur, par ce rapport, les informations convenables sur un cas

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d'une nature si extraordinaire, je le prie aussi de m'indiquer comment je dois me comporter ultérieurement, spécialement dans le cas du décès de cette personne, si remarquable dans un temps comme le nôlre. Elle craint par-dessus tout que la blessure faite à son cœur par la publicité donnée à son histoire ne soit rendue encore plus douloureuse par Tintervcntion de l'autorité civile : mais j'espère que vous pourrez l'empêcher. Si Votre Excellence voulait se convaincre personnellement par le témoignage de ses yeux de la vérité de mes allégations et du caractère surhumain de certaines circonstances accessoires que pour le moment je ne puis confier au papier, je la prierais d'amener avec elle le respectable M. Overberg, si expérimenté dans les voies Spirituelles, et de me faire l'honneur de descendre chez moi.

« J'aurais voulu vous porter moi-même ce rapport, d'autant plus que j'aurais pu le compléter de vive voix , mais l'état de maladie de quelques-uns de mes pénitents, le catéchisme que j'ai à faire pour préparer les enfants à la première communion, et les autres affaires paroissiales qui s'accumulent dans cette saison, ne me permettent pas de m'éloigner quant à présent. Votre Excellence trouvera certainement cette excuse trop bien fondée pour ne pas l'agréer complètement. C'est dans cette confiance que je suis, avec le plus profond respect, etc.

Duimen, le 21 mai 1813.

Kbnsing.

PRBMlfcRI VlSm DU VICAIRB GÉNÉRAL DE DROSTI A DUUIBN

1. Le rapport qu'on vient de lire fut accueilli trës-froi- ' dément par le vicaire général de Droste, auquel il parvint

le 37 mars.

« Lorsque j'eus reçu, dit-il lui-même, l'écrit de Rensing, avec le procès-verbal des médecins, je fus bien loin d'envisager l'afiTaire comme elle paraissait être représentée dans ces rapports. Je supposai de l'illusion ou même de la fraude comme je le supposerai toujours dans des cas semblables. Jusque-là je n'avais pas encore en* tendu dire un seul mot de cette affaire. Gomme je vis qu'à Dulmen, elle était déjà devenue le sujet des conversations de la ville, comme en outre, puisqu'il s'agissait de choses qui tombaient si fort sous les sens, je pensais qu'on découvrirait la vérité sans beaucoup de peine, je me rendis le jour suivant à Dulmen, où certainement l'on ne m'attendait pas sitôt. Je priai M. Overberg et le conseiller de médecine Drufiel de m'acccompagner. Je m'adressai spécialement à ce dernier, parce que je le considère comme un observateur très-perspicace et comme n'étant pas disposé à croire légèrement, ce qui aurait beaucoup d'inconvénients dans un cas comme oelui-cû •

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