Toutefois, cette arrivée subite n'était aussi pas inat
VIB D'ANNB GATnERlNE BMMBRIGH 277
tendue pour Anne Catherine que le vicaire général se Tétait ' figuré : car, peu de jours après, le vicaire Hilgenbeig déposa sous la foi du serment qu*il lui avait rendu visite le samedi soir, 27 mars, après le chant des litanies, et que lui ayant demandé comment elle se trouvait, il en avait reçu cette réponse : « J*ai eu une très-mauvaise semaine à cause de Tenquéte sur les stigmates fiiite par les médecins d'ici, mais demain et la semaine prochaine j'aurai à souffrir encore davantage par suite de nouvelles enquêtes. »
3. c Nous arrivâmes vers quatre heures à Dulmen, dit dans ses notes le vicaire général de Droste : le dimanche, nous vtmes deux fois Anne Catherine Emmerich et nous nous entretînmes avec elle, avec son confesseur et avec le doyen. Le lundi matin 29, nous vtmes encore la sœur Emmerich, et nous eûmes un nouvel entretien avec elle. Je parlai aussi à sa compagne d'enfance, Clara Soentgen, de Coesfeld. Vers dix heures, nous repartîmes de Dulmen. Dans cette première visite, la chose nous parut plus sérieuse que nous ne nous y étions attendus. »
4. Le 28 mars était le quatrième dimanche de carême et en même temps le jour de la fête de saint Joseph pour le diocèse de Munster. Le vicaire général lit dresser un procès-verbal spécial des observations faites ce jour-là et le jour suivant touchant Anne Catherine : en outre, Overberg nota soigneusement tout ce qui lui avait paru digne de remarque. Le procès-verbal s'exprime ainsi :
« Vers cinq heures de l'après-midi, nous avons visité la sœur Emmerich pour nous assurer des phéncMnènes particuliers qu'on nous avait dit se produire sur son corps. On ne remarqua rien de frappant dans sa physionomie.
rien qui indiquât qu'elle nous attendit, aucun signe de joie, oud*étonnement. Quand on signifia à la sœur Emmerich que Taulorité ecclésiastique voulait s'assurer de son état, elle donna son acquiescement à tout. Elle laissa voir sans hésitation ses mains, ses pied^, son côté droit. Elle se borna à dire qu'il lui était pénible d'avoir à subir des examens de ce genre, mais que du reste elle ne désirait rien autre chose que de se conformer à la volonté de Dieu.
« Le plus léger attouchement est, à ce qu'elle assure, très-douloureux pour ses plaies. Son bras tressaillait chaque fois qu'on touchait la plaie de la main, ou même quand on faisait seulement remuer le doigt du milieu.
« Vers neuf heures du soir, il y eut une nouvelle visite et bientôt après Anne Catherine tomba en extase. Tous les membres semblaient raidis comme par une paralysie, cependant les doigts pouvaient se remuer et même l'attouchement des plaies et du doigt du milieu excitaient des tressaillements. La tête ne pouvait être relevée qu'avec peine, et alors la poitrine, comme suivant le mouvement de la tête, s'élevait aussi. Diverses questions faites par les médecins restèrent sans réponse. Elle ne donnait aucun signe de vie (i). Alors M. le vicaire général lui dit : a Je vous ordonne de répondre en vertu de l'obéissance. > A peine ces paroles furent-elles prononcées, qu'elle rejeta sa tète du côté où nous étions avec une rapidité surprenante, nous regarda d'un air singulièrement affectueux et répondit à toutes les interrogations qui lui furent adres.sées. Plus tard, ou lui demanda comment il s'était fait qu'étant sans connaissance, elle eût si promptement tourné la tête sur le commandement du vicaire général, comme si elle eût entendu ses paroles ; elle répondit : « Non ! je ne les ai pas entendues, mais quand, étant dans
(i) D'après le rapport détaillé d'Overberg.
D'ANNE GATHBR1NE BMIIERIGH 279
cet état, quelque chose m'est commandé en vertu de Tobéissance, c'est comme si une Toix puissante m'appelait »
« En ce qui touche les plaies, elle av^ua qu'elle avait prié Dieu de lui enlever les signes extérieurSi mais il lui avait été répondu : « Ma grftce te suffit; » sur quoi le vicaire général lui prescrit de recommencer sans cesse cette prière. »
S. Le lendemain matin, les visiteurs vinrent une troisième fois. Le vicaire général décida alors que le chirurgien Krauthausen de Dulmen laverait avec de l'eau tiède les plaies des mains et des pieds pour faire tomber les croûtes de sang desséché, qu'il les banderait avec des compresses bien sèches et qu'il veillerait à ce que ces bandages apposés aux mains et aux pieds y restassent ainsi huit jours pleins sans interruption, de manière à ce que ni les doigts ni les [)Ouces ne pussent se mouvoir librement. Anne Catherine déclara qu'elle se soumettrait sans difficulté à cet arrangement : elle répéta même plus d'une fois, suivant le procès-verbal, qu'elle donnait son assentiment à toutes les expériences qu'on voudrait faire sur les plaies, et en général sur sa personne. Elle pria seulement qu'on voulût bien éviter tout ce qui pourrait faire de l'éclat.
Les assistants non- seulement furent pleinement satisfaits de la manière dont se comportait en tout Anne Catherine, mais encore Tempressement sincère avec lequel elle prêta une obéissance aveugle à Tordre de l'autorité ecclésiastique, malgré le surcroit de souffrances qu'il lui préparait, produisit sur eux une forte impression et ils consignèrent ce qui suit dans le procès- verbal :
ce Pendant les divers entretiens, la physionomie de la malade se rasséréna notablement, et on fut frappé de ce que son regard avait de candide et de bienveillant.
2^0 VIB D'ANNE CATHERINE EMMBRICH
« A la fin, le vicaire général s'entretint seul avec elle et lui dit qu'on pouvait bien désirer d'avoir part aux souffrances du divin Rédempteur et aux douleurs de ses plaies, mais non aux marques extérieures elles-mêmes. A quoi elle répondit : « Les marques extérieures sont précisément ma croix, »
MBSUiUlS FRI8B8 PAS LE VICAIRE GÉNÉRAL DE DROSTE
i. Après son retour à Munster, le vicaire générai prit pour la continuation de Tenquête des mesures prouvant clairement que l'impression personnelle faite sur lui par toute la manière d'être d'Anne Catherine cédait à des considérations d'un ordre supérieur.
0 Je ne pouvais pas, dit-il dans le procès-verbal, espérer comme résultat d'une seule enquête l'assurance que l'imposture ou Tillusion étaient impossibles. La question de savoir si, dans le cas où l'on ne rencontrerait ni l'une ni l'autre, ces phénomènes frappants peuvent s'expliquer naturellement n'est pas mon affaire. Les stigmates sont tellement visibles pour quiconque les regarde qu'on ne peut se tromper quant au fait lui-même. La question est donc celle-ci : La sœurEmmerich a-t-elle fait ces marques elle-même, oui ou non ? quelque autre personne les loi a-t-elle faites? Gomme elle a déclaré formellement que ni eUe, ni personne autre ne les avait faites, il me reste à rechercher si elle trompe ou si elle est trompée. Si l'enquête me conduit à cette conclusion qu'on ne peut raisonnablement supposer aucune tromperie, je n'ai point à pousser plus loin mes perquisitions. Pour arriver là, je dois me servir uniquement de moyens qui ne blessent ni la justice, ni la charité. »
2. Quand un homme est résolu à régler sa manière d'agir d'après de semblables principes, et que cet homme,
:S'i VIE
comme Droste Vischering, unit à une inébranlable force de caractère une sensibilité d*&me poussée à ce point qu'il lui arrivait souvent d'acheter des oiseaux pris au piégepour leur rendre la liberté, on doit s'attendre d'avance que les souffrances qui résulteront inévitablement de l'enquête pour Anne Catherine seront allégées autant que possible. Toutefois, cet adoucissement n'était pas dans les desseins de Dieu qui, à cette époque d'épreuves si douloureuses pour l'Église, avait appelé Anne Catherine à être l'instrument de ses miséricordes. En cette qualité, elle avait à prendre sur elle toutes les souffrances par lesquelles l'endurcissement du siècle pouvait être vaincu et préparé à recevoir les bénédictions qui devaient découler des tortures de l'innocente pénitente. De là vint que, dans tous les procédés du vicaire général, la sensibilité de son &me prévalut moins que la nécessité de tenir compte de Pesprit de son époque et aussi sa situation très^difOcile, comme administrateur d'un diocèse depuis si longtemps orphelin et exposé à de continuelles vicissitudes politiques : tout cela lui imposait des obligations devant lesquelles toute autre considération devait être mise de côté.
3. Le pays de Munster avait perdu en 1802 son dernier souverain ecclésiastique, le prince évoque Maximilien-Xavier, frère de l'empereur Joseph II, et la Prusse l'avait occupé pendant la vacance du siège. La décision rendue par la députation d'Empire, en l'an 1803, mit la Prusse en possession définitive de la ville éptscopale de Munster et de la partie méridionale du pays dont le reste fut partagé entre sept autres petits souverains. Dulmen échut à un catholique, le duc de Criiy, qui plus tard fit entièrement démolir avec son église l'ancien couvent d'Agnetenberg qu'Anne Catherine a rendu célèbre. Coesfeld et Flamske échurent au comte de Salm.
D ANNE CATHERINE EMMRRIGH 2S3
Après la bataille d'Iéna, ces territoires furent de nouveau retirés à leurs possesseurs et unis au grand-duché de Berg que Napoléon avait érigé en faveur d'un enfant au berceau, le (ils aîné de sa belles-sœur Hortense^ reine de Hollande. L'année 1810 mit (in à cette union parce que Munster, avecGoesfeld et Dulmen, fut appelé à faire partie du grand Empire français, jusqu'au moment où la Prusse, au congrès de Vienne, se fit donner tout le pays de Munster.
4. On voit assez combien devait être difficile la position d'un supérieur ecclésiastique envers ces pouvoirs qui changeaient sans cesse, dans un pays dont a population regrettait chaque jour davantage la paix et le bonheur dont elle avait joui sous le sceptre paternel de ses princes évêques. En outre, Clément Auguste appartenait à une des familles les plus anciennes et les plus considérées de la noblesse du pays de Munster, et c'était une raison pour qu'il fdt regardé d'un œil méfiant par les dominateurs étrangers. En 4807, le chapitre catliédral lavait mis à la tète de l'administration du diocèse qui était sans pasteur depuis 1802; mais, le 14 avril 1813, le doyen du chapitre, comte de Spiegel, fut nommé évèque par un décret de Napoléon et le chapitre forcé de lui remettre l'administration du diocèse. Clément Auguste se trouvait par là dans la nécessité de se substituer le comte Spiegel comme vicaire général, mais c'est ce que Rome naturellement ne pouvait pas tolérer. Il reprit donc ses fonctions jusqu'à Tannée 1821, où le diocèse de Munster reçut enfin un véritable chef suprême dans la personne du baron de Luning, ancien prince évèque de Corvey. Mais celui-ci tomba bientôt dans un état d'affaiblissement intellectuel complet qui le conduisit au tombeau en 1825.
8. dément Auguste ressentait une douleur amère en voyant Tfiiglise dont il se glorifiait d*étre le serviteur, traitée par les prétendues lumières du temps avee un mépris injurieux, comme une institution qui n'avait plus droit à Texistence et destinée à tomber bientôt dans l'oubli. Il savait avec quel débordement d'outrages était poursuivie toute manifestation de la vie de TEglise tendant à démentir l'opinion que l'extinction dU catholicisme étail déjà un fait accompli : il avait même la douleur de voir un certain nombre de prêtres dans les rangs de ces ennemis de Dieu qui combattaient par leurs paroles et leurs écrits les pratiques de la foi et de la piété. On ne doit donc pas s'étonner que, sous la pression d'une situation précaire et compliquée comme l'était la sienne, un homme d'autant de prévoyance fiït très-contrarié de se trouver en présence d'un phénomème aussi étrange et aussi choquant pour toutes les idées du siècle que l'était Anne Catherine, et tùX effrayé de la foule de nouveaux embarras qui pouvaient en résulter pour lui. Il avait d'abord espéré pouvoir dévoiler tout de suite par sa brusque intervention l'imposture dont il supposait l'existence, et empêcher toute propagation ultérieure du bruit qu*on &isait de cette affaire, avant qu'elle pût être exploitée au détriment Ae TEglise ; maintenant qu'il ne pouvait plus croire à une fourberie, il se considérait comme obligé de poursuivre l'enquête aussi sérieusement que possible. Il ne devait pas laisser exposée à l'ombre d'une suspicion l'autorité ecclésiastique considérée avec tant de méfiance et de mauvais vouloir, ni donner à croire qu'elle montrait une indulgence et une incurie blAmables dans une affaire où il pouvait y avoir de la fraude, et qui, dans tous les cas, si elle n'était pas tenue dans le secret le plus profond ou ensevelie dans l'oubli, devait provoquer toute l'irritation des ennemis de l'Eglise et de la foi.
D'aNNE CATHERINE EMMBRICH 28^
6. Le choix des deux hommes par lesquels Oément Auguste s'était fait accompagner à Dulmen et qui devaient continuer à Fassister dans l'enquête introduite, était le plus heureux qu'on pût imaginer. Overberg, dont le nom était prononcé avec respect bien au-delà des limites de son pays natal, était Tun des plus nobles caractères de son époque, et il était regardé dans tout le diocèse de Munster comme un prêtre d'une expérience sans égale en ce qui concernait la conduite des âmes et les voies de la vie spirituelle. Clément Auguste Tappréciail à toute sa valeur; aussi, le chargea -t-il de prendre pour objet de ses investigations les plus scrupuleuses toute la vie intérieure et extérieure d'Anne Catherine depuis sa première jeunesse. Il prescrivit en outre à celle-ci, en vertu de l'obéissance, de rendre, en présence d'Overberg, le compte le plus exact de tout ce qu'elle avait jamais éprouvé intérieurement et extérieurement. Il ne fut pas difficile à ce saint prêtre d'^f^tenir d'Anne Catherine une confiance sans réserve, en 'sorte que, dès son premier entretien avec elle, il put rapporter ce qui suit :
« Elle m'a vu venir en esprit : elle m'a dit à moimême et a affirmé à d'autres qu'elle ne m'avait jamais vu des yeux du corps. « Je vous ai vu intérieurement, » m'a-t-elle dit. Cela la rendait aussi confiante que si nous nous étions connus depuis longtemps. »
La candeur naïve avec laquelle Anne Catherine s'ouvrait constamment à ce respectable vieillard permit à celui-ci de jeter de profonds regards dans l'&me de la pieuse fille, dont toute la vie intérieure fut bientôt clairement exposée à ses yeux. Plus il eut de rapports avec Anne Catherine, plus s'offrirent à lui les preuves multipliées de la réalité de sa vocation extraordinaire et de tous les dons qu'elle avait reçus, et cet homme accablé d'affaires, dont
une infinité de personnes de toutes les chsses réclamaient les conseils et l'assistance, crut devoir s'imposer le trayail de noter toutes ses observations et môme les propres paroles qu'il avait recueillies de la bouche d'Anne Catherine. Avec la rare bonté d'Overberg, on devait s'attendre que son intervention apporterait quelque adoucissement aux sou£ÛPances dont l'enquête était l'occasion pour Anne Catherine : mais Dieu ne voulait pas que d'aucun côté il vînt un empêchement aux mesures jugées nécessaires par Clément Auguste pour lever tous les doutes, quant à la réalité des grâces accordées à Anne Catherine.
7. Le professeur et conseiller de médecine de Druffel, médecin savant et considéré, était un homme d'un esprit indépendant : il examina les phénomènes qui se produisaient chez Anne Catherine avec le regard exercé d'un naturaliste profondément instruit. Lui aussi, loi'squ'on lui en parla pour la première fois, se sentit porté à n'y voir que de l'imposture et de lartitice : mais son sentiment se modifia dès la première visite. Non-seulement l'état des plaies et la façon dont elles saignaient le convainquirent qu'on ne pouvait pas voir là quelque chose d'artificiel ou l'œuvre d'une main étrangère : mais toute la personne et la manière d'être d'Anne Catherine contribuèrent encore davantage à lui faire rejeter absolument toute croyance à un mensonge et à une fraude. Il est à propos de remarquer que Druffel, comme les autres médecins Krauthausen et Wesener, avait un vif sentiment des cruelles souffrances qui allaient résulter de l'enquête pour Anne Catherine et que sa conviction, quant à la véracité de la personne et à la réalité des faits, n'avait pas besoin de l'application des mesures rigoureuses que le supérieur ecclésiastique, directeur de l'enquête, se croyait obligé de faire subir, à Anne Catherine.
D'ANNE CATHERINE EMMBRICH 287
Par suite 4a grand éclat que fit i'aoquôte, M. de Oruffel se trouva amené à &ire insérer daas le journal de médecine et de ctiirurgie de Salzbourg un long article signé de lui, où il rendit un compte exact et détaillé de ses observations médicales auprès d'Anne Catherine. Quoiqu'il « déclar&t dès l'abord son intention de ne pas chercher à expliquer les phénomènes, » (ce que les éditeurs d'un journal de médecine, surtout à cette époque, auraient dîificilâment permis), il eut pourtant la hardiesse de conclure en ces termes :
c Quant à ceux qui regardent les phénomènes observés comme une imposture, on doit leur faire remarquer que, dans l'enquête, l'autorité ecclésiastique y a regardé de très près. Cette fraude, si elle existait, serait d'une nature toute particulière et bien difQciie à constater. »
8. Il arriva pour M. de DrufTel, comme pour tous ceux qui furent en relation avec Anne Catherine, que Dieu lui fît une grâce par l'intermédiaire de sa servante. Celle-ci en effet vit l'état de l'&me du professeur et le danger dans lequel il se trouvait de perdre la foi. Dès le premier entre tien, elle en fit la confidence à Overberg, laissant celui-ci en qualité d'ami pour lequel Drufiel avait un grand respect libre d'en faire tel usage qu'il voudrait. Overberg fut très surpris et ne voulut pas croire légèrement ce qui lui était dit : mais Druffel lui même, auquel il fil part de cette communication intime, confirma cequ'avait dit Anne Catherine et donna à celle-ci les preuves les moins équivoques de l'utilité qu'avait pour lui cet avertissement.
9. Le vicaire général de Droste transmit à Dulmen, dès Le 31 mars, une série d'ordres écrits et de règlements qui furent observés avec la plus grande exactitude et qui sont une preuve remarquable de la rare fermeté, de la pru-
m viK
denceet de la pénétration de cet homme éminent dont Dieu voulait se servir pour la glorification de sa servante. La première disposition consistait en ce qu'il nommait le doyen Rensing (i) directeur extraordinaire d'Anne Gatheriiie pendant la durée de Tenquête et lui imposait l'obligation d'observer avec le plus grand soin toute la conduite de la malade et d'en rendre un compte fidèle. Il lui envoya une instruction détaillée conçue en ces termes :
« C'est le devoir de l'autorité ecclésiastique d'examiner à fond, autan t que possible, si les phénomènes extraordinaires qui se présentent sont l'effet d'une maladie, s'ils sont survenus et s'ils se maintiennent d'une manière qui sorte de la sphère de l'ordre naturel, ou enfin s'ils ont été produits et entretenus d'une manière artificielle. Il ne s'agit pas ici de ce que Con eroit, mais de vérifier ce qui est le plus exactement possible. D'après cela il est absolument nécessaire que, non-seulement tout ce qui s'est passé par rapport à r&me et dans Tàme (en tant que cela se peut sans porter la moindre atteinte au secret de la confession) et tout ce qui s'est produit sur le corps et dans le corps de lasœurEmmerlch soit décrit et rapporté de la manière la plus conforme qu'il se pourra à la simple vérité, mais encore qu'à partir du jour où cette charge est confiée à M. le doyen Rensing, toute modification dans l'état du corps aussi bien que tout phénomène physique ou moral soit noté sur un journal qui me sera envoyé tous les huit jours. Ce qui concerne Ikme est ici confié à M. le doyen Rensing. En ce qui touche le corps, M. le doyen est chargé de dire à la sœur Emmerich que, pour obéir à l'autorité ecclésiastique, elle doit laisser M. Krauthausen fiiire tout ce qu'il jugera convenable pour sa guérison corporelle. En général, elle doit s'apercevoir aussi peu que pos-
(i) « Le doyen Rensing, observa- t-il, est un homme de sens. C'esl i lui el à lui seul que je dois confier la direction de l'enquête. »
D'aNNB CATHERINE EMMERIGH 289
sible qu'elle est l'objet d*une enquête. Plus la chose sera conduite de fieiçon à ce qu'elle doive naturellement croire qu'on n'a autre chose en vue que sa guérison, mieux cela vaudra : on ne doit pas attacher la moindre importance aux plaies et aux signes, ni s'en préoccuper, comme si c'était une grâce extraordinaire. Plus toute cette histoire tombera dans l'oubli et moins on en parlera, mieux cela vaudra. »
10. Le chirurgien Krauthausen fut chargé d'observer et de noter tous les phénomènes physiques.
« Car, dit le vicaire général, le docteur Wesener a rédigé l'acte du 25 mars, et cela l'engage trop pour qu'on puisse l'employer dans l'enquête. D'après ce que m'a dit M. le conseiller de médecine Druflel, on peut se fier entièrement à M. Krauthausen en ce qui concerne le traitement des plaies de la sœur Emmerich. Dans aucun cas les bandages ne doivent être enlevés, ni même seulement changés par un autre que lui. Si M. Krauthausen voit quelque indice qui l'y détermine, il peut retirer les bandages au bout de quatre jours, mais il fout qu'ensuite il les remette aussitôt. »
Les points sur lesquels il devait faire son rapport chaque semaine étaient not4 d'avance dans le plus grand détail par le vicaire général.
li. Rensing devait prescrire, de la part du supérieur ecclésiastique, au père Limberg, confesseur ordinaire d'Anne Catherine: 1"* d'éviter autant que possible, dans ses entretiens sur des sujets de piété, de faire allusion aux souffrances de la malade ; 2^ de ne jamais lui adresser, pendant ou après ses extases, de question sur son état intérieur et les diverses pensées qui avaient pu se présenter à 1. 19
oUe, car tout cela était désormais l'affaire exclusive du doyen Rensing ; 3* de faire part à celui-ci de tout ce qu*Aane Catherine, sans y être provoquée, lui communiquerait pendant ou après les extases.
12. Eniin, Clara Socntgcu fut chargée de Mre des rapports secrets : « car, dit le vicaire général, elle m*est bien connue comme une personne sensée et absolument incapable de tromper. Je lui ai demandé de me faire un rapport à Tinsu du doyen, alin d'arriver plus sûrement à la vérité à Taide de rapports tout à fait indépendants les uns des autres.
L*ordre écrit adressé à Clara Soentgen était accompagné de l'avertissement suivant :
« Je voudrais ici tout savoir^ non pas imaginer, conjecturer, mais savoir. Ce que je sais avec certitude a seul de la valeur pour moi. »
13. En ce qui touchait la sœur d'Anne Catherine, Tins- Ir action suivante fut donnée :
a Ou la laisse volonliei*s auprès de la malade. Mais si elle se permettait d'agir à rencontre des prescriptions données, il faudrait sans faute la séparer entièrement de sa sœur. Je dois de plus fiiire remarquer que des mesures venant d'autre part et qui seraient infiniment plus désagréables pour la sœur Emmerich ne pourront être évitées que si l'on se conforme scrupuleusement à celles que j'ai prescrites. »
44. Enfin le doyen Rensing fut cliargé d'entendre, au nom de l'autorité ecclésiastique, sur des points déterminés d'avance, toutes les personnes, prêtres, religieuses ou
d'aNNE CATHERINE EMNBRrCH 291
laïques qui, à Dulmen, à Goesfeld et à Flamske, s'étaient trouvées en relation plus particulière avec Anne Catherine et qui par conséquent étaient en mesure de foire des communications instmctives sur son caractère et toute sa manière de vivre.
LE BANDAGE DBS PLAIBS
1. Le 1" avril, Krauthausen appliqua les bandages aux mains et aux pieds. Voici œ qui est dit à ce sujet dans son rapport au vicaire général :
« Conformément à la mission qui m'a été donnée, j*ai, le jeudi (d'avant le dimanche de la Passion), à huit heures du matin, lavé complètement avec de l'eau chaude les endroits marqués par des croûtes de sang desséché aux pieds, aux mains et aussi à la tête de l'ancienne religieuse augustine Catherine Emmerich : je les ai aussitôt après dnveloppés avec des bandages, de manière à ce que les doigts et les pouces ne puissent se mouvoir librement et à ce que ce bandage ne puisse être dérangé et encore bien moins retiré sans que je m'en aperçoive. La lotion, quoique faite très-lentement et très-doucement avec une éponge fine, et l'application des bandages ont déterminé chez la malade des souffrances très-vives et une agitation qui ont duré environ vingt-quatre heures. Lorsque j'eus fini de laver, je vis sur le dos des deux mains et des deux pieds une plaie ovale, longue d'environ un demi-pouce; les plaies à la paume des mains et à la plante des pieds étaient plus petites : elles étaient saines et il n'y avait aucune suppuration. »
2. Quelques heures après l'application des bandages, le doyen Rensing vint visiter Anne Catherine, qu'il trouva V pleurant à cause des douleurs tout à fait intolérables que
lui occasionnait la chaleur brûlante qui se faisait sentir dans les plaies bandées. » Consolée par lui, elle répondit :
« Je veux tout supporter de bon cœur, pourvu seulement que le bon Dieu me donne assez de force pour ne pas tomber dans l'impatience, v
Mais, lorsqu'à l'heure des vêpres, elle commença à s'unir aux douleurs de la Passion du Sauveur, les soufirances devinrent beaucoup plus violentes et elle fut prise de la peur a de ne pouvoir jamais les supporter et d'être poussée par leur excès à manquer à l'obéissance due à l'autorité ecclésiastique. » '
Elle ne put être calmée que par la promesse du doyen que lui et un autre prêtre offriraient le lendemain pour elle le saint sacrifice de la messe afin de lui obtenir de Dieu la force nécessaire, et elle répondit :
0 Je ne désire rien que cette grâce, et Dieu ne me la refusera pas si les prêtres la demandent avec moi. »
3. La nuit du 1" au 2 avril fut excessivement douloureuse, au point qu'elle s'évanouit trois fois. Ce ne fut que le matin, lorsqu'on dit la sainte messe pour elle, qu'elle éprouva quelque soulagement. Mais les élancements et la cuisson des plaies continuèrent sans interruption et, le soir du 2 avril, ce ne fut que d'une voix à peine intelligible à cause de sa faiblesse qu'elle put dire au doyen :
« Voilà encore des personnes qui veulent voir mes signes : cela me tourmente ; ne pourriez- vous pas l'empêcher? »
Ces paroles reçurent leur accomplissement le 4 avril, car le commissaire général de police français, M. Garnier, vint de Munster à Dulmen pour prendre des informations auprès des médecins et de l'entourage d'Anne Catherine et pour faire une visite ofQcielle. Il adressa différentes questions à Anne Catherine dont les réponses lui furent traduites
2i^4 VIE
en français par labbé Lambert. Il voulait surtout savoir si Anne Catherine ne parlait pas de choses touchant à la politique et ne faisait pas de prédictions. Il fit ensuite lever par Krauthausen les bandages de la main droite pour voir luimême la plaie. Toute la manière d*être d*Anne Catherine lit sur Gamier une si profonde impression que, quatorze ans après, à Paris, il parla encore de cette visite à Clément Brentano en termes très-respectueux et très-sympathiques.
4. Voici ce que rapporte le journal de Krauthausen sur l'enlèvement du bandage : .
« Aujourd'hui, 4 avril, sur l'ordre de H. le commissaire de police du département de la lippe, j'ai été obligé d'enlever le bandage de la main droite et, dans l'après-midi, vers quatre heures et demie, j*ai retiré ceux de la main gauche et des deux pieds. Par l'effet du sang dont ils étaient trempés, ils étaient tellement collés ensemble et sur chaque plaie qu'il m'a fallu un certain temps pour les amollir avec de l'eau chaude et les retirer; ea outre, ce qui est le pire, cela a causé de grandes douleurs à la patiente. Les plaies se trouvaient encore dans le même état que le 1" avril. Afin que les bandages que j'ai remis immédiatement ne se collassent plus si fortement aux plaies, et aussi pour alléger les souffrances de la malade, j'ai mis un cataplasme sur les plaies. •
Toutefois, ce cataplasme ne fit qu'augmenter les souffrances déjà si cruelles et ne |)Ut pas empêcher le sang de jaillir. Le jour suivant (S avril), les bandages étaient de nouveau traversés par le sang, en sorte que Krauthausen, sur la demande de la malade, retira le cataplasme et appliqua de nouveaux bandages de toile bien sèche. En retirant le cataplasme, il ne vit aucune trace de suppuration.