‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 25 sur 71 · V I E D U G II A N C E L I E R · texte numérisé non relu

V I E D U G II A N C E L I E R

jours plus tôt, il avait promis à d'autres envoyés d'accepter à Bologne.

Mais au milieu de ces solennités et de l'organisation nouvelle que le Roi voulait donner à son duché, des bruits de peste se répandirent. On disait la contagion établie près du château qu'habitait François Ier. Il dut partir, sans s'éloigner toutefois, et « il laissa dans Milan monsieur le connétable, pour donner ordre aux affaires de la guerre, et monsieur le chancelier pour les affaires de la justice et pour instituer le sénat de Milan...

« Il le composa d'un certain nombre de seigneurs, tant français qu'italiens, et tous autres officiers, ainsy qu'il avoist accoutumé d'estre tenu du temps du feu Roy Louis, dernier décédé, et fut envoyé quérir messire Jean de Selve, premier président au parlement de Bourdeaux, pour être vice-chancelier de Milan '. »

Jean de Pins, qui avait suivi le Roi en Italie, « aussi vraiment estimé de son maître, qu'il l'avoit toujours été de son premier ministre, et qui avoil pleinement justifié l'idée avantageuse qu'Antoine du Prat avoit donnée de lui à sa Majesté", » fut un des sénateurs nommés à cette époque.

« Aussy, durant ce temps, y eut quelques compositions, faicles par messieurs les connétables et chancelliers de France au nom du Roy, avec les habitants de Milan, par laquelle ceux de Milan estaient tenus payer grosse somme d'argent pour les grandes rébellions et désobéissances qu'ils avoient commises : on outre , quelques habitants de la ditte ville dévoient

1 Bibl. imp., f. Saint-Germ,, fr , 980; Mémoires dressés par un secrétaire di chancelier du Prat.

'■'• Mémoires pour set vir « l'histoire (le .Terni de Pins, p. .'îi el 3 h.

demeurer ù la volonté du Roy, pour faire d'eux à sou plaisir.

« Puis cet ordre établi, les connétable et chancelier allèrent trouver le Roy , pour luy taire rapport de la composition qu'ils avoient faitte avec ceulx de Milan, et pour quelques autres affaires '. »

Le jeune Roi ne tarda pas à quitter une retraite que la prudence lui avait conseillée, mais que n'avait pas choisie une timidité qu'il ne connut de sa vie, que n'avait pas môme indiquée cette volupté qu'il écouta trop souvent et qui du moins ne le détourna jamais de l'honneur. 11 revint à Milan, et là, en récompense des services nouveaux que lui avait rendus Antoine du Prat, il le nomma comte de la Valteline : titre et faveur que les historiens et les généalogistes semblent avoir ignorés, mais que constatent des lettres authentiques adressées vers cette époque au chancelier par les évêques de Meaux et de Saint-Malo, par Raoul Hurault seigneur de Cheverny, secrétaire du Roi, et par Auguste Pavigarola2. Elles témoignent les unes par la gravité de leurs auteurs, les autres par les détails d'administration donnés à Antoine du Prat de la réalité de ce titre, et de l'importance des droits attachés à cette possession. 11 y a plus encore : les archives impériales conservent le titre de la donation3. Le Roi fait abandon au chancelier du Prat, à perpétuité, à lui et ses descendants à l'infini du comté de la Valteline avec ses villes et villages. 11 le décharge de toute redevance

1 Bii)l. iuip., Saint-Germ. , fr., 980; Mémoires dressés par un secrétaire du chancelier du Prat.

s A. J. M. M., 199."), n"- 71 et 72. loir le n° 5 de V Appendice à la fin du volume.

3 Bibl. imp., f. Dupuy, nw 038 et 578.

envers lui ; il le délivre de toute juridiction et contribution auxquelles auraient pu prétendre soit le duché de Milan, soit la ville de Côme; il remet au chancelier tous les droits de souveraineté. Les termes de louanges et d'affection inusités dans lesquels cet acte est conçu ne peuvent être indiqués par l'analyse. Nous le reproduisons plus loin in extenso. Si dans le cours de sa vie, le chancelier ne se prévalut pas de tels privilèges, il le faut expliquer par le peu de durée de la domination française dans ces vallées. Les Français en furent débusqués fort promptement. Le traité de 1516 rendait aux Suisses cette petite contrée de la Valteline. Il semble naturel dès lors que le chancelier du Prat ait laissé tomber ce titre et ne l'ait point repris depuis. Quelque peu durables que furent pour lui cet honneur nouveau et ces avantages, il est important de les relever en passant. La consécration de ce souvenir est un hommage de plus rendu à la mémoire du Roi qui savait récompenser sans mesure, elle est un tribut nouveau payé à la mémoire du ministre qui se dévouait sans réserve et méritait de pareils bienfaits. Ainsi le comprirent sans doute les descendants du chancelier qui jusqu'à la dernière génération se parèrent de ce titre et s'honorèrent de ce souvenir avec une fidèle reconnaissance. L'une des cloches de l'église de Vitraux porte encore cette inscription : « L'an mil sept cent soixante-dix-neuf, sancte Germane ora pro nobis, j'ai eu pour parrain haut et puissant seigneur Augustin- Jean -Louis- Antoine du Prat, comte de Barbançon, comte souverain de la P'alteline, baron de Yitcaux et de Glessy, châtelain de Formeries, gouverneur du Valois ei di' Villers-Coterets, Goucy et Noyon, capitaine des chasses de la capitainerie royale et maître des eaux

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et forêts de Viller&*Coterets, premier veneur et conservateur général (\<*> chasses de son altesse sérénissime monseigneur le duc d'Orléans, — et pour marraine, haute ri puissante damé Marie-Charlottc-Françoiso- Xavier de Nantoiûllét (Lallemant) , épouse de haut et puissant, seigneur YvesvMarie de Sourches comte de JMontsoreau, mestre de camp du régiment de royalerayattes. J'ai été bénie, etc. '... »

Cette inscription religieuse et solennelle, en date des dernières années du dernier siècle, prouve une fois de plus que malgré le dédain des historiens pour le don du Roi François Ier, dont les conséquences furent si passagères, son bienfait n'en avait pas moins reçu le caractère d'un acte sérieux et réel, dont le souvenir s'était prolongé à travers les siècles et malgré l'oubli général.

Ce fut après avoir reçu cette munificence nouvelle qu'Antoine du Prat, le maréchal de Lautrec, le sire de la Trémoille, Guillaume de Gouffier seigneur de Bonnivet, et Jean de Pins, qui l'année suivante devait être nommé ambassadeur à Venise, furent envoyés à Bologne pour répondre aux avances de sa sainteté, pour entendre de nouveau ses vœux au sujet de son entrevue avec François Ier, pour régler les conditions et le cérémonial qui devaient l'accompagner. « Pour accorder avec les commis de notre Saint-Père de la forme et de la veue, et comme pendant icelle les gens d'un coté et d'autre se maintiendroient afin qu'il n'y eust débastre question 2. » Un traité politique précéda toutes ces discussions; ses conditions ne furent pas aussi

1 M.Beaune, Monographie inédite deïéglisedeFiteaux.Msc communiqué.

2 Bibl. imp., f. Saint-Germ., fr., 9S0; Mémoires dressés par un secrétaire du chancelier du Prat.

dures que le pape en avait la crainte. « François élevé clans le principe d'attachement et de respect envers le chef de l'Église (et n'est- il pas honorable de rappeler ici qu'Antoine du Prat avait été son précepteur), se contenta de recouvrer Parme et Plaisance et d'assurer les droits du duc de Ferrare. Loin de renverser la grandeur des Médicis, il les prit sous sa protection et les maintint à Florence. Il combla Julien et Laurent de nouvelles grâces. Le chancelier avait la conduite de ces négociations'. »

1 M. Garnier, Histoire de France.

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