‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 3 sur 71 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

des intérêts personnels enlève à l'histoire une portion de sa vérité, une moitié de ses charmes.

Abandonner à la calomnie un homme aimé de son Roi, grand par sa bienveillance, soutenu par son autorité, c'est jeter sur le choix du prince un blâme rigoureux, c'est livrer sa sagesse à la critique que subit la conduite de son ministre. Relever ce personnage dans l'opinion publique, c'est glorifier le souverain en chacun des actes qu'il lui plut d'accepter, ou qu'il sut inspirer.

L'art de régner étant surtout l'art de choisir, on ne saurait donner aux princes un meilleur éloge qu'en entreprenant celui des hommes qu'ils élevèrent jusqu'à eux, auxquels ils communiquèrent leurs vues et leur puissance. Sans préjudice du mérite éminent et personnel que les Rois de France ont pour la plupart possédé, leurs grands avantages, la haute illustration de leurs règnes tiennent surtout aux esprits élevés, aux hommes d'élite qu'ils surent discerner et grouper autour d'eux. Chacun d'entre eux compose un des chapitres de l'histoire du souverain.

Isolez Louis XIV au milieu de son siècle, il ne

PHEPACE. IX

lui donnera pas sou nom. Faute d'intelligences qui puissent comprendre son génie, qui sachent lui communiquer et lui faire accepter à leur tour leurs hautes conceptions, le Roi passera inaperçu et seulement nommé à la suite du long catalogue de ses illustres prédécesseurs, et de ses incomparables ancêtres. Mazarin, Coudé, Turenne, Colbert, Séguier, Bossuet et tant d'autres, forment autour de son front une auréole, supérieure aux diamants de sa couronne.

Écrire chacune de ces vies c'est célébrer tour à tour chacune des gloires du souverain qui sut, par un regard, par une parole, par un sourire encourager leurs travaux et récompenser leurs succès. Flétrir le moindre d'entre eux c'est éteindre une des lumières qui illuminent ce siècle, c'est abaisser d'un degré le monarque qui le domine et le dirige tout entier.

Henry IV, éloigné de Sully, perd l'un des charmes de son caractère, le meilleur conseiller de son autorité.

Que l'on retranche du règne de François 1er le nom de Bourbon, qui le servit si glorieusement

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