‹ Vie d'Artus Prunier de Saint-André: conseiller du roy en ses conseils dChapitre 15 sur 23 · HENRI IV AUX ÉCHEVINS DE LYON · texte numérisé non relu

HENRI IV AUX ÉCHEVINS DE LYON

Très chers et bien amcz, le soin que nous avons du bien public de ce royaume n'a pu permettre qu'ayant .entendu le tumulte advenu dans nostre ville, nous ne soyons entrez en considération et crainte du danger que cet accident y pourroit apporter , oii ailleurs dans ce païs, de quelque entreprise de nos ennemys. Ce qui doit inciter ceux qui y ont quelque intérest d'y user de toutes les précautions et remèdes qui s'y peuvent apporter.

Et ayant sur ce advisé d'envoyer par de là nostre aœé et féal, le sieur de la Fin, conseiller en nostre conseil d'Ëstat, pour faire office de nostre part envers les sieurs genlîls-

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hommes du pals, à ce que, par une bonne intelligence, ils veuillenl tous soigneusement prendre garde et s'employer à maintenir vostre dite ville en seureté contre tous les desseins qui pourroyent estre faicls au dommage d'icelle et du païs par les ennemys ; nous luy avons aussy donné charge d'y faire intervenir nos forces et serviteurs, si le besoin le requiert, et de vous y offrir toute assistance de nostrepart. Et nous remettant & ce que luy avons ordonné de vous représenter sur ce de nostre bonne intention au repos public de cedit royaume et à la conservation et prospérité particulière de vostre dite ville, nous a'estendrons la présente plus avant que à prier Dieu qu'il vous ayt , très chers et bien amez, en sa saincte garde. Escript à Fontainebleau , ce 28* jour de septembre iJgS. Signé Henry, et plus bas Revol.

Ibid. p. 156: année iSg!.

INSTRUCTION REMISE AU SIEUR DE LA FIN, ET AU SIEUR PRUNIER DE SAINT-ANDRÉ , CONCERNANT LES NÉGOCIATIONS QU'ILS DEVRONT DIRIGER POUR RAMENER LA VILLE DE LYON A L'OBÉISSANCE ROYALE.

« Le Roy ayant eu très agréable la négociation faite par c le sieur de la Fin à Lyon et en autres endroits oti il a auroit naguères esté , par le commandement de sa Ma- « jesté, en suivant la charge qu'elle luy avoit donnée, et a considérant que pour conduire les affaires d'icellesné- ( gociations à leur effet, pour le bien de son service , elle « n'en sçauroit commettre la charge à personne plus capa- • ble que ledit sieur de la Fin , mesmes pour la connoîs- ( sance qu'il a des personnes avec lesquelles il est besoin

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■ de traiter desdites affaires qui pourront aussi, ensuite ( de la première communication qu'ils ont eu ensemble,

< prendre plus confiance de luy que d'un autre,

a Sa Majesté a advisé de le renvoyer audit pays , pour « poursuivre ce qui a esté commencé en soii premier voyage, « et essayer d'en faire sortir de bonnes et utiles résolutions « que sa Majesté désire pour le bien public de ce royaume. c Et néantmoins, d'autant que la dcspcscbe que sa Majesté

■ fait par luy à monsieur le duc de Montmorency ne luy

■ pourra permettre de s'arrester longuement à la discus- « sion desdites affaires, avant que passer outre et que l'in-

< termission d'iceux, attendant son retour, ne pourroit « estre que trop préjudiciable à son service, sa Majesté a a trouvé bon de joindre avec luy en ladite charge le sieur

■ de Saint-André, premierconseiller en son Conseil d'Estat, ft et président en la Cour de Parlement de Dauphiné ,

< poury vaquer eus deux ensemblement, afin que par cette

< communication ledit sieur de Saint-André s'en puisse « mieux instruire, et après luy seul continuera d'y faire c ce qui échera, durant le voyage que ledit sieur de la Fin « fera en Languedoc.

« Mais avant qu'aller plus outre, ledit sieur de la Fin € passera en Auvergne vers monsieur le comte de Cier- « mont, faisant aussi tous les offices qu'il verra estre nét cessaires envers la noblesse du pays, pour entretenir en • bonne dévotion au service de sa Majesté ceux qui se souf tisnnent et y attirer les autres.

a Passant outre, si le sieur de Saint-Germain d'Apchon I est en sa maison, il lui dira le contentement que sa Ma-

■ jesté a de luy, sçachant de quelle affection il s'emploie « envers son beau-frère pour le faire résoudre à ce qu'il luy « a dés longtemps déclaré vouloir faireà sa Majesté.

c Sa Majesté a trouvé bon de le faire passer vers le sieur «. de Chevrièrcs et marquis d'Urfay pour chercher les ( moyens de se mettre bien ensemble ou au moins emp«s- « cher que leur querelle ne fasse tourner une partie des

« forces du pays du costé de l'ennemy, au cas que la ville » de Lyon se résolve, parle moyen de monsieur de Lyon,

■ à reconnoistre son devoir envers sa Majesté.

M De là, lesdits sieurs de la Fin et président de Saint- « André s'en iront trouver ledit sieur de Chevrières, au- « quel ledit sieurde la Fin, assistant ledit sieur de Sainta André, dira que sa Majesté a esté très aise de l'asseurance « qu'il luy a portée de sa part, tant par les lettres qu'il luy

< a escrites que de bouche, de vouloir embrasser son ser- Œ vice et employer ses moyens, son industrie et son crédit

pour y attirer la ville de Lyon, et le pays dépendant du a gouvernement d'icelle, et qu'elle désire aussi si bien re- « connoistrc le mérite qu'il acquerera en ce faisant, qu'il «. ait occasion de s'en contenter; estant son intention de • luy donner le gouvernement de ladite ville, et des pays de «: Lyonnois et Beaujollois, comme de cette heure elle en a fait expédier la provision en son nom, et que ledit sieur « de la Fin porte quant et soy (sur soi). Que sa Majesté se « trouve aucunement en peine de la prétention du sieur

■ archevesque de Lyon à la mesme charge, au moins de « Lyon et du Lyonnois, et que ceux de ladite ville qui dé- > sirent la voir réduite à i'obeyssance de sa Majesté donnent

< advis delecontenter pour le pouvoir qu'il y a et ledan- « ger qu'ils craignent en ne le contentant pas.

« Que si cela se pouvoit faire en luy donnant toutes «t sortes d'honneurs, qu'elle pourra accompagner de bonnes « commoditez et bienËiits,la difficulté en laquelle se trouve ( sa Majesté seroic vuidée selon son souhait, qui est que ( ledit seigneur de Chevrières demeuras! audit gouverne- K ment, et que ledit sieur archevesque en luy donnant sa-

1 tis&ctjon en autres choses, apportast ses moyens en la j; réduction de ladite viile en son obeyssance.

« Que pour mieux juger lestât qui se doit faire dudit i; sieur archevesque, il est besoin considérer qu'encore qu'il [ y eust apparence de le pouvoir effectuer sans son moyen, [ s'il y Va du temps à le faire, la longueur pourroit faire

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c naistre des accidents qui en pourraient faire perdre le « fruit, dont sa Majesté s'asseure qu'il sçaura bien penser « à la conséquence pour se résoudre à ce qu'il jugera estre ( plus seuret utile pour son service.

€ Et s'il est d'advis qu'il soit nécessaire contenter ledit t sieur archevesque, ledit sieur de la Fin lui dira que s'i 1 propose en cela son particulier, sa Majesté ne veut pourd tant qu'il abandonne l'espérance de cette charge qu'elle « luy désire plus qu'à tous autres, comme elle luy a dès c longtemps vouée, et qu'il ne tiendra à chose qui puisse < accommoder ledit sieur archevesque delà part de sadite Ma- * jesté, après la réductionde Lyon,qu'iln'en prenne récom- « pense, pour laisser icelle charge audit sieur de Chevrières, « lequel pourra penser de bonne heure aux moyens qui se c pourront tenir pour réduire à cela ledit steur archeves- « que. Et pour ce feire, sa Majesté promet dès cette heure, f bailler en récompense la somme de cinquante mille es- « eus, etoU ledit sieur archevesque n'y vou droit entendre, ( elle veut et entend que laditesomme soit baillée audit sieur « de Chevrières, en attendant que par d'autres moyens, il ( puisse estre pourveu dudit gouvernement.

c Que cependant, pour luy donner authorité, et ne le ( laisser sans charge, advenant qu'il soit d'advis de donner c le gouvernement audit sieur archevesque, sa Majesté a ad- ( visé de luy &ire expédier un pouvoir pour commander « aux forces qui servent à la campagne, dont ledit sieur o: archevesque n'aura occasion de se plaindre, pour n'estre s charge convenable à sa profession et qualité ecclésiasti- ■ que. Et néant moins : a le mieux seroit détenir ledit pouc voir secret jusques à ce que le fait de Lyon fust bien c asseuré pour sa Majesté. >

( Que si ledit sieur de Chevrières pense en venir à bout, « sans le moyen dudit archevesque, sa Majesté en seroit a beaucoup plusaise pour nedépartir, nyluy diférer l'hon- « neur qu'elle désire â luy seul.

« Au demeurant, ledit sieur de la Fin luy dira le moyen

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et le langage qu'il aura tenu audit sieur de Saint-Ger- « main pour le Faire entendre audit sieur archevesque, afin ( de luyoster la jalousiede n'avoir esté versluj- le premier : c à sçavoir que sa Majesté craignant que la querelle d'entre « luy et le marquis d'Urfay portast préjudice et empeschec ment à son service par delà et au repos du pays, a désiré ( qu'il passast pardevers eux, pour leur persuader de s'en c accommoder. Et puis que ledit sieur de la Fin se sera

< servydecet argument envers ledit sieur archevesque, c pour estre allé trouver ledit sieur de Chevrièrcs le c premier, il sera à propos que de son costé il fasse courir n le bruit que c'est ce de quoy il a traité avec luy.

« Et pour ce que ledit sieur de la Fin ne voyoit ledit

■ sieur marquis d'Urfay avant qu'aller à Lyon, cela feroit t perdre créance envers ledit sieur archevesque à l'excuser K d'avoir est(^ voir ledit sieur de Chevrières le premier, sa c Majesté estime à propos qu'il fasseaussi cette vue, et après

■ l'avoir asseuré de la bonne volonté de sa Majesté, et des ( faveurs qu'il en peut espérer, il fera mesme office en- « vers luy tant pour le fait de la querelle, que pour le re- « gard de la personne et charge dudit sieur de Saintc André.

c S'estant acquité des choses susdites, comme sa Majesté

■ désire qu'il fasse le plus diligemment que faire se pourra, > il se transportera à Lyon, et ledit sieur de Saïnt-An-

< dré avec luy, pour s'y conduire avec la résolution en « laquelle, il sera demeuré avec ledit sieur de Chevrières : « duquel si l'advis est de contenter ledit sieurarchevesque, € pour le gouvernement, au cas qu'il fist promptement ré- « soudre ladite ville en l'obéyssance deue à sa Majesté, il c s'adressera premièrement à luy, après luy avoir bailléles « lettres qu'elle luy escrit. Mais qu'ayant entendupar ledit « sieur de la Fin les déclarations qu'il luy avoit faites de a vouloir servir au bien et repos public, elle en avoit esté « très aisc,s'asscurant qu'il ne le peut entendre autrement « qu'avec le consentement et service de sa Majesté. Qu'elle

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a a longtemps désiré qu'il y voulût reprendre le lieu et • place qu'il a tenu au service du feu Roy, l'estimant des « premiers et plus capables pour y estre employé.

c Que s'il luy remet en avant, pour moyen d'accommoc der les aSaires publiques, de bailler ledit gouvernement

■ au duc de Mayenne, ledit sieur delà Fin luy estera toute « espérance ■ ensemble à tous ceux qui en auroient conceu c quelque opinion > soit par désir ou crainte que sa Ma- € jestéy veuille jamais condescendre; adjoustantqu'elleluy

■ accorde tant d'autres et si grands advantages qu'il a plus

■ que de raison que de se contenter, et qu'il ne peut refuser c sans faire connoistre à tout le monde qu'il veut plustôt « la ruine de ce royaume que la paix.

f Qu'il doit songer à soy, et que s'il fait le service qu'il

< peut à sa Majesté, c'est à luy qu'elle adjuge et accorde c ledit gouvernement de lavilleet pays deLyonnois comme « récompense quîluy est justement deue, en signede quoy

< elle en a dès à présent baillé la provision audit sieur de « la Fin pour la luy porter. Qu'outre, pour bailler plus de

■ moyen de s'y entretenir plus honorablement, elle luy ac-

■ corde la somme de mille escus par mois.

€ Quesa Majesté a estéet est encore recherchée de la part ( du duc de Nemours et marquis de Saint Sorlin à toutes € les conditions les plus avantageuses qu'ils peuvent offrir « pour embrasser sa cause ; qu'elle ne leur a voulu refuser c pour ne leur Êiire prendre autre addresse par désespoir. >

Aug. Bernard : Les d'Urfi, p. 334. — Mémoires du due de Nevers,

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RÉPONSE DU CONSULAT A LA LETTRE DE HENRI IV DU 38 SEPTEMBRE iSgS, ADRES- SÉE A M. DE LA FIN.

Monsieur de la Fin fera, s'il luy piaist, entendre â S. M. que cette ville de Lyon se sent grandement obligée pour les offres qu'il nous a apporté, tant par la lettre qu'il nous a rendeue, que par ce qu'il nous a fait entendre de bouche de sa part, c: aussi qu'elle trouvera en nous une très humble et très obéissante affection de luy rendre service pour tesmoignage de cette obligation.

11 luy donnera aussy asseurance de nostre part, que le mouvement qui est advenu en ceste ville, n'a point esté pour nous remettre en la puissance des estrangiers, ny leur donner par iceluy aucun advantage, mais plustost pour nous garder d'une violence par laquelle on nous vouloit asservir à une domination particulière et nous séparer de l'Estat et couronne de France, à laquelle nous voulons et désirons estre inséparablement joincts.

Et de cette nostre volonté, nous avons donné ung notable tesmoignage, non seulement par le serment que nous avons faict depuis ce trouble, et voulons inviolablemcnt observer, par lequel il est porté : que tout ainsy que nous voulons demeurer fermes et constans au party général de l'Union des catholiques, aussy voulons nous demeurer inséparablement unys à l'Estat et couronne de France, sans consentir d'en estre distraictz, mais encore, en ce que nous ayant M. le colonel Alphonse offert assistance contre les violences dontl'on usoit contre nous, nous avons accepté

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- 36i son secours, comme peiisans que nostre cause fust commune à tous les François de quelque party qu'ils soyent, lesquelsdoibvent craindre, éviter et empescher de leurs pouvoirs la dissipation de cest Estât.

Etcertainement les secours qui nous sont ofTerts par ledit sieur colonel Alphonse, et qu'il nous a amené fort près de nous, a esté une des choses qui a, autant que aulcune autre, arresté la violence de nos ennemys et advancé la tranquillité que nous attendons en ce pais, dont cette ville aune trôs grande obligation à S. M. et audit sieur colonel pour la diligence dont il a usé.

Remontrera aussy, et asseurera à sadite Majesté que, en toute ceste action, nous avons monstre que nous navons jamais pensé donner aucun advantage aux estrangiers, lesquels nous tiendront pour ennemys, quand ils cognoistront que nous ne voulons nous séparer delà couronne de France, soubs laquelle nous nous maintiendrons tousjours de tout nostre pouvoir, attendant qu'il ayt pieu à Dieu nous donner, par une bonne réunion, la tranquillité et le repoz dont le royaume a besoing.

Fait et arresté en l'hostel commun de ladite ville, y estant les sieurs consuls, eschevins, et ung bon nombre de principaulx bourgeois et habitans d'icelle, ce 20» jour d'octobre 1S93.

Ibid., p. 1G8, année i536.

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