A MONSEIGNEUR DE BELLIÊVRE, CHANCELIER DE FRANCE
Monseigneur, il y a quelque temps qu'en ceste ville nous eusmesadvis que quelques estrangers, lesquels se glissans
DigmzcdbyGoOgle
parmy nous soubs habit de religieux, voire mestney3cc«ptans et prenansàscrvicedescur:;s se mesloient fort avant de magie. Et de faict nous en fisme prendre un, vestu en religieux de l'ordre Sainct Francoys, lequel se dict estre gentifaomme romain et se faict appeler Francesco de Nobihbus, lequel nous trouvasmes chargé de bagues ou anneaux, des peaux et parchemins, des tables qu'ils appellent sacrées et de certaines images ou statues et aultres semblables choses desquelles ils se servent avec leurs livres magistraus et manuscrîpts. Et du depuis en fut pris un aultrc lequel tenoit la cure de Brezin près la Coste Sainct André, lequel se dict estre du Monidevis en Piémont et s'appeller Bernardin Rey, en la maison ou chambre duquel l'on trouva presque autant et plus de pièces, aucunes aux précédentes, aultres différentes, mesmes tendant à vénéfîce fort insigne, et desquels toutesrois ils se couvrent de façon, disant avoir trouvé ces choses là et par aultres responces dignes de ce mestier qu'il y a eu peine à les convaincre.
Et tant y a, leur a fallu former leur procès avec beaucoup de circonspection, qui nous a par mesme porté à quelque longueur. Mais enfin la chose en est venue là que nous avons eu subject commettre des nostres pour visiter le couvent des religieux dudict Sainct Francoys et maison de la Magdaleine de ceste ville de Grenoble, et particulièrement la chambre du père Gabriel Castagne, natif d'Avignon et gardien dudict couvent, lequel y ayant rapporté beaucoup de difficulté s'est encore plus roidy quand il est venu à visiter sa chambre particulière, de façon qu'il a fallu quenosdicts commissaires y ayent usé du pouvoir que nous leur avons donné.
Et ayant trouvé dans icelîechambre, et lictpropredu susmentionné frère Gabriel Castagne, une fille ou femme, laquelle s'est trouvée fort différente en ses responses à celles dudict père Gabriel Castagne, et presque toutes les chambres dudict cou vent garnies de fourneaux àfairedistilation et fondre métaulx, et plusieurs pappiers ennemys ceux-là dudict
DigmzcdbyGoOgle
père Gabriel Castagne, le chargeant d'avoir exposé fautx ou bas or ou argent par luy fabriqué et alchimisé et aultres le chargeant de pratiques ou receptes dépendant de magie; ils envoyarent iceluy père Gabriel Castagne, ensemble la susmentionnée fille ou femme, en prison. Et sur cest emprisonnement, ledict père Gabriel Castagne ayant voulu faire entendre qu'il avoit chose à dire qui concernoit la vie et honneur du Roy, nous avons jugé à propos qu'il s'en expliquât mesmesà monsieur de Lesdiguières etâ monsieur le premier président, suivant ce qu'il avoit marqué désirer leur parler. Et toutesfois se roidissant iceluy père Castagne à ne le vouloir dire à aultre qu'au Roy, auquel mesmes il requéroit que l'on le feîst conduire ; sur les divers rapports que l'on nous faisoit de son honneur, nous prejugeasmes le mesme que nous avons trouvé du depuis, que ce qu'il en faisoit, n'estoit que pour autant esloigner la formation de son procès sur les diverses accusations qu'il se voyoit préparées, unt pour nous avoir attiré et introduictence pals, ou du moins receu en son couvent, les susmentionnés et plusieurs aultres soupçonnés de magie, que p>our le bulx ou bas or d'alchimie qu'il a faict et exposé, voir par la déposition de quelques tesmoins se trouve en avoir Ëbriqué faulce monnoye, à la recherche et vérification desquels crimes et de quelques aultres à luy imposés nous travaillons. Cependant et pour la susmentionnée difficulté qu'il faisoit de s'expliquer de ce qu'il faisoit estât avoir à dire au Roy concernant sa vie et honneur, nous ordonnasmes suivant le droit qu'il seroit appliqué à la question, laquelle luy estant présentée, il s'est esclarcy à monsieur de Lesdiguières et à monsieur du Vache, plus antien conseiller du Roy en ceste Cour, de ce qu'il disoit avoir à dire au Roy, de façon que monsieur de Lesdiguières a jugé que quand iceluy père Castagne auroit esté mené au Roy, sa Majesté eust jugé qu'iceluy père Castagne n'estoit pas un sage. Et toutes fois nous a iceluy sieur des Diguières assuré qu'il estime qu'il luy aye dict tout ce qu'il présupposoit avoir à «4
DigmzcdbyGoOgle
dire au Roy, mais que ce n'est chose qui regard&st sa vie ou honneur et croit, comme cy sus, que ledict père Gabriel Castagne ne le disoit que pour éviter ou prolonger la formation de son procès à laquelle l'on travaille comme plus particulièrement nous vous marquerons, le cas y échéant. Cependant avons nous estimé à propos vous advertir de ce qui s'y estoit présenté, affin que si d'ailleurs il en venoit quelque choses â vos oreilles, vous sceussiez ce qui en est au vray, avec assurance qu'en cela et tout aultre chose qui regardera le service de sa Majesté, nous rapporterons tousiours ce que ladicte Majesté et vous pouvez attendre et désirer de, Monseigneur,
Vos bien humbles et affectionnés serviteurs,
Les gens tenans la chambre ordonnée en temps de vacations au Parlement de Dauphiné.
BORYN.
A Grenoble, ce XX< aoust i6o5.
(Voir un mtéresEant article d'un archéologue distingué, M. J. Romao, dans la Revue du DauptUni, n* 8, — Août 1877.)