LES SERVICES D'UN MAGISTRAT DAUPHINOIS A LA FIN DU XVI' SIÈCLE
Avant d'entrer, au cœur de cette étude, il nous semble utile de jeter ua coup d'œil sur le siècle à la fois si brîU lant et si triste oti vécut Artus Prunier de Saint-André, et sur ce Dauphiné , oh son intelligence supérieure se révéla au milieu des plus graves événements.
De cette vie si bien remplie, nous exprimerons seulement trois faits : son attitude à la Saint Barthélémy, en face des
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ordres de la Cour, sa conduite en Provence à la tête du Parlement royaliste, et ses négociations pour ramener à l'obéissance la ville de Lyon.
Dans son atuchante biographie, Chorier nous a longuement raconté les actions de cet illustre magistrat , nous sommes loin de lui en faire un reproche, mais comme il écrivait à une époque oti ces souvenirs n'étaient point encore effacés, il a négligé de nous peindre les hommes et la société de ce temps-là , et c'est précisément cette lacune que nous nous efforcerons de combler. Il a omis de nous parler de ses contemporains, et surtout de nous dire quel fut, à la fin du XVI* siècle, le rôle des Parlements dans cette crise politique et religieuse oti faillit périr notre unité nationale, fruit précieux d'efforts séculaires. La figure de Prunier, pour se détacher en pleine lumière , a comme besoin d'être encadrée par l'histoire générale : elle seule nous permettra de comprendre la grandeur de ses services. Tel est le but de cette Introduction.
Pour donner plus de poids à notre récit, nous aurons constamment recours au manuscrit de M. Amédéede Bouffîer, et nous appuierons nos jugements sur les lettres qu'il renferme, pour ta plupart inédites. Cborîer s'est contenté de citer, au cours de son ouvrage, quelques fragments de iMtc importante oorTespODdance | presque tocjours il n'en extrait que des phrases : loin de l'imiter, nous allons, en -' parcourant la carrière du Président, reproduire avec un soin jaloux ces documents dans leur exacte teneur.
Comme le fait excellemment remarquer un écrivain de valeur : » L'étude attentive d'un homme politique en c apprend quelquefois plus sur l'esprit véritable d'une
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< époque que les histoires les plus complètes > (i). Celte réflexion nous a frappé par sa finesse, et nous espérons, à notre tour, en démontrer l'exactitude. C'est maintenant qu'il faut appliquer à Prunier ces belles paroles ; « N'est-il t pas juste de retirer des morts vulgaires un personnage si « éminent, de refaire les funérailles d'un magistrat dont « la vie résume tout ce que les devoirs du juge ont de plus ■ sérieux et de plus élevé ■ (2) î
Dès le début du XVI" siècle, l'esprit humain prend un essor incroyable : la Renaissance et la Réforme attestent d'énergiques efforts et le double courant qui l'entraîne. Partout , dans l'Europe occidentale , se livrent d'incessants combats : les questions se tranchent par la plume ouparl'épée. La lutte est engagée sur tous les points: histoire , science , philosophie, religion même , tout est remb en discussion : le moyen âge s'en va, une ère nouvelle commence.
Buonarotti peint alors la chapelle Sixtine, sculpte son Moïse, et lègucà la postérité le Jugement dernier, cette fresque incomparable oii les artistes viennent encore puiser les inspirations du génie ; mais le Penseroso et la Nette sont
(0 û. Baguenauli de Puchesse, Jea» de Morvillier, Préitce. (1) Sorbier, Biographie de Claude Groulart, p. 4, 1867.
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là aussi pour nous rappeler les tristesses du Florentin. De son côté Raphaël Sanzio crée ses Vierges éblouissantes, et, radieux de gloire et de jeunesse, laisse inachevée la Transfiguration, sublime défi jeté à l'art de l'avenir. Partout on fouille les bibliothèques , on exhume de la poussière les manuscrits oubliés : l'imprimerie (i) les reproduit et les livre par milliers aux lecteurs avides. On va chercher dans les entrailles de la terre les monuments que les révolutions de la nature ou des hommes y ont enfouis. On vénère, comme des retiques, ces statues du Partbénon, merveilleux débris cil les modernes ont trouvé des modèles qui les désespèrent. A Florence, auprès des Médicis,dansla Rome des Papes, à la cour de François I", la fortune et les honneurs attendent les peintres et les poètes : Le Tasse meurt sur les degrés du Capitole , une couronne à la main. Un souffle puissant nous arrive de l'Italie rajeunie , les chefed'œuvre des grands maîtres traversent les monts et sont accueillis avec enthousiasme. Léonard de Vinci meurt à Amboise; Jean Cousin est son digne émule, et sous l'habile ciseau de Jean Goujon naissent des statues d'une pureté de lignes admirable. Les grands et les rois saluent la Renaissance avec bonheur, et les magistrats ne tardent pas à les suivre, quand ils ne les devancent point. Pierre Bûcher, procureur général au Parlement du Dauphiné c étoit un « excellent sculpteur, et l'on voit de ses ouvrages dans la « maison dont il a été lui-même l'architecte, qui méritent ■ l'admiration des plus excellents ouvriers- Le roi
(0 .Vmb, Firmin D'idoi , Aldt Mtmuct a l'helUnitme à Keniie, p. 3.
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I Henri IV en Bt tant d'estime, qu'après les avoir consi- 1 dérez, il désira d'en pouvoir faire enlever un manteau de < cheminée pour le porter à Fontainebleau * (i).
Le mouvement littéraire n'est pas moins étonnant : Jean Lascaris, un des proscrits de Constantinople , nous apporte le génie de la Grâce qu'il révèle à Pierre Danès et au savant Guillaume Budé. L'Université de Paris met à sa tête le maître de Vatable, Jérôme Aleandro qui fait connaître et propage l'étude de l'bébreu. Ainsi au XVt* siècle, la révolution intellectuelle est complète.
Inspirés et guidés par Scalîgeret Turnèbe, les Estienne, une des gloires de notre pays , offrent au public les plus belles œuvres des anciens , et c'est encore un magistrat, Emar de Ranconnet, proclamé par Pithou l'un des quatre grands hommes du siècle, qui les aide â en corriger les textes. Marot est fêté, Ronsard, l'hôte des rois, Malherbe, sont l'objet d'une nouvelle idolâtrie ; Artus Prunier, Soffrey Caiignon , le grave de Thou, Pasquier, Expilly, et vingt autres, vouent un culte à la poésie.
Ainsi la Renaissance rayonne en tous sens et laisse après elle une trace lumineuse. Nous avons rappelé ses résultats généraux, parce que la magistrature française s'associa, pour une très large part, â ce prodigieux mouvement des intelligences (2). Guy du Faur de Pibrac, Etienne de la
(1) Ghorier, Histoire générale de Dauphini, t. ii, p. 607.
(i) Consulter : Ant. Teissier, Les Éloges des hommes savants, 1. 1, p. 377. — Revue des Questions hisiorique», Le Président de Ranconnet, t. ï, p. 23o. — Les Poèmes du sieur d'Eipiîly. Paris, iSgfi. — E Cougny, IHbrae, sa vie et ses écrits, chap. II, p. 10. — De Matineville, Éloge d'Estienne Pasquier, p. 17. — E. Dupré-Lasale, Mi-
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— XXIII -■ Boérie, Montaigne, Etienne Pasquier, L'Hospital, dontScévole de Sainte-Marthe disait, t qu'il avait égalé Horace par ■ la grandeur des idées et surpassé par l'harmonie et la « chaleur de sa diction » , Guillaume du Vair, ont laissé des témoignages irrécusables de la supériorité] de leur esprit. Ces hommes, qui dédaignaient tout ce qui n'était point une forte nourriture pour leur âme , semaient leurs écrits de pensées philosophiques de l'ordre le plus élevé. L'érudition est en si grand honneur auprès d'eux qu'elle devient parfois leur seule passion, et ce côté de leur caractère n'est pas te moins curieux à étudier.
Mais là où les magistrats ont surtout brillé, c'est dans la science du droit : il faudrait tous les citer, si l'on voulait se faire une juste idée de leurs vastes connaissances qui les préparaient si heureusement à remplir les plus hautes fonctions. Les Séguier, les Lamoignon, les Mole, les d'Ormesson, les Prunier, les de Thou, les Frémyot, les de Harlay, se sont illustrés non-seulement par leur intégrité et leurs vertus, mais encore par leurs travaux juridiques et littéraires : tous ces vaillants soldats de la loi nous ont légué, avec d'impérissables souvenirs, des modèles difficiles i imiter. Aussi, quand on voit ces hommes énergiques repousser victorieusement tant d'assauts qui menaçaient
chel de l'Hôpital (i5o5-i558). - Sapey, Essai sur la vie et les ouvrages de Guillaume du Vair, chap. II , p. 149. -~ Tamizey de Larroque, Lettres inédites de Guillaume du Vair, pp. 4-5, 7-8. — FrançoÎB Blanchard. Les Présidents au Mortier du Parlement de Pans, pp. 297,319,397 — J, B. de l'Hiirmiic-Souliers « Fr. Blanchard, Les Éloges de tous les Premiers Présidents, p. 77.
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d'emporter la royauté, on pense que la Providence les a réunis à dessein, et l'on se dit avec Pasquier : « Qu'il est « grand l'effort de la justice, quand elle esteiercée par de « braves sujets »
Le barreau ne se laisse point distancer : lui aussi compte dans ses Annales des pages glorieuses. Il entre résolument dans ce rapide courant d'idées où s'étaient jetés Érasme, Machiavel et Rabelais.
Gilles le Maistre, François de Montholon, l'Aristide français, Gabriel de Marillac, Louis Servin , l'émule de Pic de la Mirandole , du Mesnil , Antoine Loisel, Pierre Pithou que Cujas présente au monde savant, «. comme une M lumière qui doit l'éclairer :», Simon Marion , Antoine Arnauld , Pierre Versoris, composent comme une élite d'hommes prodigieusement érudits et dévoués qui défendent de leur plume et de leur parole l'équité, la raison, les lois méconnues, et souvent même, au péril de leur vie, les liberté publiques (i). Peut-on oublier aussi ces fameuses Universités qui donnaient à la France de si remarquables magistrats, Cujas, le Papînien moderne, et Charles Du-
(0 F. MJrilhou, Les Parlements de France, ch. VIII, pp. igo-agi. — k. Chéniel, Hist. de l'Administ. monarch. en France, Disc, dt la vie de feu Messire Olivier Lefèvre, t. ii, p. 319. — B. de Xivrey, Lettres Missives, t. v, pp. 4S9 et 5oS. — A. Teissier, Les Éloges des kommes savants, t. 11, p. $41 et i. iv, p. ï68. — A. Demasure, Antoine Loisel et son temps, pp. 9, 11, 17, 38. — L. Sandret, Journal de Nieotas-Édouard Olier, pp. 8 et 12. — E. Cougny, La Philosophie che:^ les jurisconsultes du XVI' siècle. — Revue critique. De Vinfiuence de Dumoulin, par M. Aubépin, t. v, p. 33 1. —J. Simonne! , Les Parlements sous l'ancienne monarchie, pp. 46-47. - Pasquier, Lettre XIl, liv. vn.
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moulin, t l'aigle du barreau », ainsi que Fabrot l'appelle ?
Malheureusement ce brillant tableau a des ombres : la seconde moitié du siècle est remplie par les drames alfreux des guerres de religion, la Réforme agite sourdement les peuples, et la France, échappée comme par miracle aux déchirements des partis et aux convoitises de l'étranger, saluera plus tard, dans Henri IV, le sauveur de sa nationalité. Mais avant d'arriver au port, il faut que notre pays traverse les horreurs de la Saint-Bartbélemy et subisse quarante années de représailles et de massacres.
Cependant, un chef illustre de la magistrature, éleva sa voix, à plusieurs reprises : il tenta, mais en vain, de réagir contre l'intolérance de ses concitoyens et de les amener à laconciliation. c Michel de L'Hospital, nous dit Brantôme, c étoit un autre censeur Caton, il savoit très bien censu- «. reret corriger le monde corrompu. Tous les Etats le < craignoient et sutout Messieurs de la Justice : assurez- « vous qu'il les remuoit bien, s'ils n'étoient pas capables, n C'est lui encore qui prononçait , dans une remontrance adressée au Parlement de Rouen , ces admirables paroles: I Si ne vous sentes assez forts et justes pour commander « vos passions, et aimer vos ennemis, selon que Dieu ■ commande, abstenés-vous de l'office de Juge » (i). Il mourut de douleur, en maudissant ce siècle qui s'obstinait â ne pas l'entendre, et qui a transmis à l'histoire son nom écrit avec du sang. Un souffle de haine avait alors passé
(i) Bernard de la Roche Flavin, Traje livres tUs Parlements de France, liv. xiii, — Aug. Thierry, Estai sur l'hiitoi.edu Tiers-Etat, p. ii3. — Villemsin, Vie du cfumeelier de l'Hôpital, pp. y 1-97-
sur la France, et les ruines se dressaient partout au milieu des campafines désertes. Le cœur est vraiment saisi d'une immense tristesse, quand on lit dans Fromentau le terrible bilan de nos discordes civiles, publié en iSSi, les chiffres nous montrent la réalité dans son jour affreux :
■ Occis, 765,200; villes bruslées et rasées, 9; villages
■ bruslez, 252; maisons détruites, 124,000; 3 millions et « tant de personnes appauvries ou ruinées > (i).
La magistrature française au XVI> siècle se distingue par deux qualités ; la simplicité et la grandeur. Les hommes, qui devaient jouer un rôle si considérable dans nos malheurs publics, recevaient, dès le berceau, une forte instruction et leur âme était nourrie des pensées des plus élevées qu'inspire le foi chrétienne. La France compte peu d'enfants qui l'aient aussi fidèlement servie, et surtout aussi honorée.
■ Claude de BuUion, devenu surintendant des finances, c me parlait souvent avec plaisir de la manière dont il € avait été nourri à B&ville, avec feu mon père (Chrétien « de Lamoignon), qui était son onde. 11 nimait à me con- € ter comment on les portait tous les deux , sur un même c flne, dans des paniers, l'un d'un côté, Tautre de l'autre.
(1) FroDMDieau, Le Secret detfinancet. Étal final : pp. 378-379.
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c et qu'on mettait un pain du côté de mon père, parce c qu'il était plus léger que lui, pour faire le contre-poids.» C'est Guillaume de Lemoignon qui nous raconte cette touchante anecdote qui peint sur le vif les mœurs de ces graves parlementaires : je ne l'ai jamais oubliée depuis que je l'ai lue(i). Sur le point de mourir, Frémyot s'incline sous la msin de son fils André, archevêque de Bourges, qui l'absout en pleurant (s) : l'illustre moribond, heureux de s'en aller à Dieu, sourit à la mort qu'il a tant de fois bravée et la sérénité de son âme n'est pas troublée un seul instant.
Prunier Saint-André conduisit lui-même son fils Artus & l'Université de Bourges : il voulait le préparer dignement, par les plus solides études, à rendre plus tard des services à son pays. Ses espérances ne furent point trompées. La gloire de Cujas, qui, selon Pasquîer, < n'aura par avanture jamais son pareil >, rejaillissait sur cette célèbre école, et de toutes parts, même des nations voisines, on s'empressait d'y accourir. Prunier, selon la coutume de son temps, visita encore les Universités étrangères les plus renommées, et, à vingt-deux ans, se lit recevoir docteur ft Padoue. Souvent on juge un homme par ses amis, ses plus intimes furent : l'historien de Thou , Jacques Faye d'Espeisses, au dire de Loisel, • homme de grand sens et d'une profonde doctrine joints â une merveilleuse éloquence », enfin Soffrey Calignon, son fidèle compagnon de voyage,
<t) Sorbier, Biographie de Guillaumt de Lamoignon. Tati», i (I) Scipion Doncieux, U Président Frémyot et la Ligue en 1 gogne,fp. 5a-53.
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l'un des rédacteurs de l'Édit de Nantes, celui qu'ont loué d'une façon si expressive d'Aubigné et Casaubon.
■ Artus Prunier, nous ajoute Videl, l'un des plus grands
■ hommes de son ordre, lequel aymant tous ceux qui
■ avoient quelque talent considérable dans les lettres oli il « excelloit, gousta fort bien l'esprit de Calignon > (i ).
Et si l'on veut maintenant, pour achever ce portrait, se faire une idée de l'instruction du jeune et brillant docteur, il faut se rappeler les charmants aveux de Gabriel de Prunier sur l'érudition de son grand-père Artus II nous raconte : ■ Qu'il conserve encore douze volumes in-folio de a l'époisseur chacun de quatre doigts, escrits de sa main c ob il a ramassé tout ce qu'il y a de plus fin et de plus c recherché dans la belle antiquité grecque et romaine > (2).
Nous alloits jeter un coup d'œil sur la société dans laqudle Prunier désire se produire, et sur ce Dauphiné, oii une bellecarrière semble s'ouvrir à son ambition. Il fut nommé, en 1571, conseiller au Parlement; là, il rencontra des magistratsqui étaient dans tout l'éclat d'une réputation méritée : François de Vachon , un Mécène ; Jean de Bellièvre, son parent et le Irére du futur chancelier ; Jean Truchon, Enoemond Rabot d'illins, Jean de la Croix de Chevrières, et bientôt Expilly. « S'il arrivoit à ce dernier,
■ nous dit Boniel de Catilhon, de plaider dans les mesmes
■ causes sur lesquelles Jean de La Croix devoit après par-
(1) Ecdenne Pasquier, Les Recherchet de la France, 1643. — De Thou, Histoire urtirerselle, tiv. ciuTt. — Comte Doug^, Vie et ooHies de Sqffrey de Caligtmt.yp. 6-y, n-14. Grenoble, Allier,i874.
(3) Manuscrit inédit de M Ani£d^ de BourBer, p. 1.
■ 1er, c'estoit vrayment alors que l'on accouroit en foule i dans le palais pour voir entrer en lice ces deux braves
■ champions qui déployoient,avec une grâce merveilleuse,
■ les thrésors et toutes les lumières de leur esprit » (t). Pranier quitta à regret le barreau de Grenoble qui possédait des hommes remarquables : Félix Basset et Antoine de Lescure avaient un talent fort goûte des contemporains, et, vers la tin du siècle, Daniel Livacbe, Fine du Bonnet, et Béatrix-Robert recueilleront leur héritage et ces traditions d'honneur et d'indépendance que les avocats, d'âge en âge, se transmettent avec un soin jaloux, i Béatrix-Ro- ( bert, rapporte Guy Allard, plaidoît si bien que la Cour, > nonobstant ses incommodités de goutte, le faisait porter • au palais et souffroît qu'il parlast estant assis. > La science du droit était alors enseignée par André d'Exéa, par ce Bonnefoy, sur lequel Cujas a écrit cette phrase : E Si on me demandait qui serait capable de remplir ma I place après ma mort, comme on le demanda à Aris- < tote, au sujet de Thégphraste, je ne pourrais indiquer â c mes disciples que Bonnefoy. > Claude Froment, un peu plus tard, n'aura pas moins de succès dans ses leçons où les élèves viendront en foule.
Les érudits, les littérateurs, les poêles complètent cette brillante famille. Jean Morel, dont Scévole de Sainte- Marthe a fait l'éloge, ferma les yeux à Érasme; Jacques Besson, grand mathématicien et philosophe, comme l'ep-
(i 1 Bonicl de Calîlhon, Vie de Messirt Claude Exfiity, p. 3a. -
G. de Rivoire de La Bâtie, Armoriai de Dauphiné, p. 356.
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