XXXIX
pelle Lacroix du Maine ; Innocent Gentillet ; Daniel Cbamier ; Odde de Triors, l'ami de Soffrey Caliguon; Qaade Mitalier ; Pierre 1 1 de Boissat, se signalent par des œuvres qui ne sont point encore oubliées (i)-
Lors du Procès des Tailles, qui eut un si douloureux retentissement dans notre province, nous voyons apparaître quelques hommes d'une valeur peu commune : Claude Brosse, Jean Vincent, Ûaudede la Grange, et Antoine Rambaud. Le premier surtout, le plus remarquable de ces intrépides champions d'une cause juste, mais difficile à gagner, consacre, avec une abnégation admirable, sa vie entière au triomphe de la justice. Le Tiers-État le vénère comme un martyr, et quand il meurt, il a la noble satisfoction d'avoir gagné la bataille.
Plus tard, Artus de Lionne et Abel Servien occuperont l'un et l'autre une place au Parlement, et ces deux noms célèbres évoquent aussitôt de grands services rendus à la France et de glorieux souvenirs.
Les armes sont dignement représentées : c'est de Gordes « vir antiqui moris et disciplina «, selon la belle expression de l'historien de Tbou, ce héros qu'un Dauphinois, aussi distingué par l'esprit que par le cœur, a tiré de l'oubli immérité où la postérité ingrate levait comme enseveli. M. Jules Taulier, en effet| a remis en lumière cette illustre
(t) A. TeiMwr, Lei Éloges des hommes sanants, t. tn , p. 32. ~ Cboner, Histoire générale de Dauphiné,fp- 6ii, 730-733.— Rochas, Biographie du Dauphiné. Parii, 1860. — Bron-Durand, Chambre de l'Éditde Grenoble, 1873. — De U BBlie, Armoriai de Dauphiné, p. St. — C1.de La Grange, Responset U Salvations des pièces produietet par les gents du Tiers estât de Dauphiné. Puit, 1 599.
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mémoire, el il lui a sufE pour cela de rappeler que notre province a été sauvée des horreurs de la Saint- Barthélémy parce vaillant soldat avec l'appui du Parlement (i). II était l'oncle d'Artus de Prunier : il lui apprit ces hautes leçons que donne la vie, lui inspira le culte de l'honneur, et lui montra comment, après avoir été toute sa vie fidèle à son Dieu et dévoué à son pays, oo sait mourir debout et le sourire aux lèvres.
C'est Lesdigutères, dont la brillante destinée remplit à elle seule nos Annales, et dont la figure se détache, avec un éclat incon^ inarable, dans un siècle où les grands hommes ne sont pas rares (2). Lesdiguières sera l'ami du président Prunier : tous deux s'empresseront de saluer Henri IV comme roi, et s'efibrceront, au milieu de luttes sanglantes, de &ire reconnaître son autorité en Dauphiné. Quand i'épée du premier aura dispersé les Ligueurs et ouvert leurs citadelles, l'habile diplomatie du second interviendra pour recueillir les fruits de la victoire, et ainsi, appuyés l'un sur l'autre, ils entreront dans Grenoble reconquis, arracheront la Provence aux mains de Charles-Emmanuel qui s'y installait dJjà en maitre, et enfin, au prix d'eSbrts inouïs, sauveront ces deux provinces des étreintes de la Ligue et des convoitises de l'étranger.
Nous sommes arrivés à la Saint-Barthélemy, le grand crime d'un siècle pris de vertige et d'une royauté affolée.
ti) JuUs Taulier, Notice historique tur Bertrcmd-Rajrmbaud Simitou. baron de Corda. Grenoble, iBSg.
(i) Comte Douglas erJ. Romnn, Actes et Correspondance du Connétable de Lesdiguières. Grenoble. E. Allier, 1X78.
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Mais après avoir âétri cette affi'cuse exécution que rien ne saurait jamais justifier, il &ut, pour être ud impartial historien, rappeler ta rébellion de i562 et les massacres opérés, â diverses reprises, par les protestants, tels que la Michelade. < Ce qui avait été bâti en quatre cents ans, nous a dit Michel de Castelnau.fut détruit en un jour, sans parc donner aux sépulcres des rois et de nos pères ■ (i). Aussi quand la Cour donna le signal , le peuple exaspéré, qui , depuis de longues années, respirait l'odeur du sang, se livra â d'atroces représailles.
Prunier avait â peine débuté dans la carrière, quand le Parlement fut consulté par de Cordes au sujet des sinistres nouvelles venues de Paris et des ordres envoyés par le roi. Les magistrats se trouvèrent ainsi en Eace de la plus grave résolution qu'ait jamais eu ft prendre un corps politique. « Avant que de se déterminer, nous dît Chorier « dans la vie d'Artus Prunier, Gordes conféra avec Saint- 1 André et luy ouvrit son cœur. Ce dernier le confirma f dans le dessein où il estoit de ne souiller pas ses mains du « sang de tant de gens dont tout le crime estoit de ne pas c croire dans la religion ce que leurs pères avoîent creu. » c — Vous devez toujours estre fidèle au Roy, luy dit har-
(i) litichel de Caitelnau, Mémoire», lir. v, chtp. L — Saulx-Tavannei, Mémoirtt, CoUectioD Micbaud, t. m. — Henri Martin , Hittoire de France, t. a, pp. i34-i4i, 4* édition. — M. le duc d'Aumale, Hùtmre dei princes de Ctmdi pendant le XVI' et le XVII' tiède. Paris, i863, — Revue dei Questions historiques , La Saint-Bartkilemy, letoriginet, son vrai caractère, tes suites , t. i, pp. 11-94 et 311-391. Puis, 1866.— Catherine de Médidi {iiii)~tbHg),prt. iSii(j6. Paris, 1880.
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€ dimuit Saint-André, vous n'en devez jamais esire le
< bourreau. ■»
Gordes se rendit au Parlement, le 3 septembre i573,et lui demanda en ixtte soiennelle occasion, de l'éclairer de ses lumières et d'approuver le projet qu'il avait déjà formé de désobéir â la Cour. Cette mémorableséancea laissé dans nos Annales un souvenir qui ne s'est point encore e&cé. Gordes, le premier, ouvrit ainsi la discussion : « Pourra-
< t-on se persuader que le Roi soit bien dans le dessein de c punir sur tant d'innocents les crimes que l'on impute à ■ l'Admira) ? Si on ne le peut facilement, serons-nous blâ-
< mez de n'avoir pas bien compris ce qui est si opposé à « toute vraysemblance ? >
Truchon (i\ qui joignait  une solide instruction les
(i) M. i. Roman, un érudit qui nous a rendu de signalés semces lors de nos lecherches sur le président Prunier , nous communique, à la dernière heure, sur ce personnage peu connu, Jean Truchon, une note précieuse que nous lésumons ici. Jean Truchon est né à Monifortl'Amaury, entre Dampierre et Mantes, en 1 507 (Na vieillesse qui est de soixante-sii ans : Lettre originale du 3i mai 1373 : B. N. MS F. 15557, p. Î35). Il était fils de Robert Truchon, bourgeois de Montfon, et il eut plusieurs frères et sœurs, enireautres ; Chartes, mari de Françoise de Villeneuve, morts tous deux en 1578, laissant une seule fille, nommée Jacqueline ; Marie, femme de Tierre le Camus, morte en 1D7H ; Jean, conseiller do roi, receveur en Guyenne de r573 à i5S3 (B. N. J'ièets originales du Cabinet des Titres)-
Une so:ur de Truchon, nommée Martine, épousa honorable homme Pierre de Bazemont. marchand â Méré, pris Mootfbn-l'Amaurjr. Ils eurent plusieurs enfants, entre autres : Laurent ; Nicolas , marchand à Montfort-rAmaury; Guillaume, marchand à Méré; Denis; Michelle, femme de Nicolas Dieudonné, enfin, Louis de Bazemont. seigneur de Sainl-Julien et de Chenevières, né à Méré (ou Mère;). Celui-ci fut amené en Datiphiné par ïon oncle Truchon, nommé secrétaire du prince Dauphin, gouverneur de cette province, «vivait encore en i58o.
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sentiments les plus éleva, appuya cette généreuse motion. « G}n3enrons>lui ses sujets, dît-il à ses collègues , qui sont
■ ce qu'il y a de plus précieux dans son rolal héritage. > Et Fiansaycs ajouta : « Ce n'est pas défendre la religion
« que d'oster la vie k qui lui résiste; désarmer l'obstina- < tion par le raisonnement et luy soumettre les volontez « par la persuasion, c'estvraiment combattre pour elle,qui
■ aime jusquesâ ses ennemis. >
Le président Jean de Beliièvre et le conseiller Emery exprimèrent eux aussi, dans les mêmes termes, leur ferme désir d'épargner de telles horreurs à notre province. Prunier se rangea du côté de ces hommes aussi fermes qu'indépendants. ( Son courage et son esprit, nous dit encore « Chorier, luy fournirent des raisons qui animèrent beuc reusement les pensées de Gordes et de Saint-André, son
■ père. *
Voilà une délibération qui honorera à jamais le Parlement de Grenoble, et l'histoire doit en garder religieusement te souvenir (i).
De Cordes écrivit aux consuls de Romans : Estant
(B. N., Pièces originales du Cabinet des Titres, vol. aoS, n* 4666.) Adrien et Macé de Bazemoni dont Chorier nous parle dans la vie d'Anus Prunier, ne sont menrionnés nulle part ; selon toute vrabemblance, ils devaient ftre les fils de Louis de Ba/emont- Jean Tnichoo fut noinmf, par lettres du 17 juin i554, premier président du Parlement de Oauphiné, mais sa r&eption n'eut lieu que le 4 mars t335 (1) Jules Taulier, Notice sur le taron[de Gordes, pp. 88-8q. — I. D. Long, La Réforme et les Guerres de religion en Dauphiné, pp. lou-ioi. — Chorier, Histoire géniraie de Dauphiné, 647-649— Brun-Durand, £»>iî historique sur la Chambre de VÉdit de Graioble, I. - D'Aubigné, liv. i, ehap, V. — De Thou, liv. ljvi. - Chorier. Histoire J'Artui de Prunier, pp. 1 5- 1«.
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< survenue U blessure , et après , la mort de Mon- ■ sieur l'Admirai, à l'occasion de la querelle qui estoit
< entre luy et la maison de Guyse , faire incontinent pren- « dre les arr es aux catholiques, surtout avec telle modestie ( qu'il ne soit iàict aulcung desplaisir à ceulx de la nou- 1 Telle religion. A quoy foire, vous ne foudres de tenir la « main, et prendrés bien garde que aulcune émotion ne se « ensuyve » (i).
A Dijon, dans un Conseil convoqué par le comte de Chabot-Chamy, qui gouvernait la Bourgogne en l'absence du duc d'Aumale, un ami de Prunier, Pierre Jeannin, lit valoir en foveur des protestants des arguments d'une haute sagesse et montre ouvertement les sentiments de son cœur. Comme il était le plus jeune, il opina le premier. U demanda aux messagers de la Cour de représenter un ordre écrit : ceux-ci ne le purent. Jeannin rappela alors que Théodose, regrettant amèrement un massacre , ordonné dans un mouvement de colère , défendit désormais aux gouverneurs des provinces « d'exécuter tels mandements c extraordinaires, sans avoir attendu trente jours, et pris c de nouveau les ordres de l'empereur, en bonne et due « forme »
Chabot-Charny et Jeannin, d'un commun accord, résolurent d'exiger de la Cour des lettres patentes, et la Bourgogne fut ainsi préservée (2).
(1) D' Ulysse Chevalier, AnnaUf de la ville de Romaus, pp. 56-57- Valence. 1875.
(î) De Mon^ps, Le Président Jeannin, pp. 13-14, I^'i*" ■ '856. — Aug. Thierry, Essai sur l'Histoire du Tiers-État, pp. 98-90- ''*^°'
La France perdit par cette nuit funeste son prestige en Europe, et son influence en fut ébranlée pour longtemps.
La Motbc-Féaelon, chargé d'expliquer la Saint-Bartbélemy à Elisabeth, répondit à Charles IX : Adressez-vous,
■ Sire, à ceux qui vous l'ont conseillée. »
De son côté, Gaspard de Schomberg, l'habile diplomate qui s'efforçait de nouer des relations amicales avec les princes protestants de l'Allemagne pour opposer un jour leurs forces à l'Espagne, écrit, après la Saint-Barthélémy :
< Toute ma négociation s'en est allée en fumée ! avant c tout maintenant, il faut consolider la plaie que la mort c de l'amiral et l'effusion du sang des huguenots ont faite
■ au cœur des princes, car présentement on n'aura nulle
< raison d'eux. »
Eniîn l'évëque de Dax, un membre de la maison de Noailles, laisse échapper, lui aussi, son amère douleur, dans' une lettre envoyée de Constantinople, où il résidait : < L'exéc cution du 24 août est advenue justement en un temps f que les affaires de Flandres nous promettaient non-seu- ( lement une apparente déclination de leur accoutumée • prospérité (la prospérité des Espagnols) , mais aussi faic saient voir et toucher au doigt la plus lourde chute et la c plus pressante révolution que reçut jamais monarchie;
< les éclats de laquelle ne pouvaient tomber qu'à nos pieds > Et, sur la fin ; c Dieu en a voulu autrement : les affaires
■ du roi d'Espagne se sont inopinément, et quasi en un « clin d'œil, relevées en une incrédible prospérité > (i).
(i) M. le Mi> de Noailles, Henri de Valoii et la Pologne en ibji. Michel Lévy, )868. — Ed. Fremy. Un amtassaJeiir Hèéral sous aarla IX et Henri ttl. Paris, tttSo.
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Arnaud du Ferrier, notre ambassadeur à Venise, écrivait â Catherine de Médicîs, ■ qu'il la plaignait d'avoir vu le ( roi, son fils, contraint de mettre si avant la main au sang c de ses sujets. »
C'était un commencement d'eipiation nationale : il ne fout jamais oublier que Dieu exerce sa justice envers les peuples comme envers les individus.
Le t8 octobre i585, Prunier Saint-André fut nommé c président au mortier au Parlement de Dauphiné. »
C'était, d'après les termes des provisions, « pour récom- 1 pense de ses services et ta considération du bon et fidèle « devoir qu'il avoit fait, tant en Testât de Conseiller qu'en € plusieurs charges oti il avoit esté employé pour le ser- « vice du Roy >(i).
Claude Groulart, qu'il rencontrera, huit ans plus tard, i l'assemblée de Mantes, était déjà le chef du Parlement de Normandie, et cependant 11 n'avait que trente-quatre ans. Mais le talent, une vaste érudition, etia vertu, mûrissaient ces hommes avant l'âge. Le jour de sa réception , il prononi;ait ces belles paroles : « Les épis, qui baissent la ■ tête, réjouissent le laboureur, et prouvent qu'il sont fort
inédit de M. Am£dé« de Bouffier, p