‹ Vie d'Artus Prunier de Saint-André: conseiller du roy en ses conseils dChapitre 5 sur 23 · XI.V1I · texte numérisé non relu

XI.V1I

c chargés de grains; de même, plus les boirimes sont tno- ( destes en leurs discours, visage et contenance , plus ils ■ témoigœntqu'ilya en eux du savoir et de la vertu > Tel était le langage de cette magistrature qui , au milieu des périls dont TÉtat était menacé, sentait grandir cliaque )our son éloquence et son courage.

Il a eu d'étranges destinées ce XVI* siècle, si brillant à ses débuts, alors que la Renaissance répandait sur toutes choses son éclat incomparable, et si sombre au déclin, quand la France n'était plus qu'un immense champ de bataille ob les enfants d'une même nation s'égorgeaient sacs pitié. En lisant l'histoire, on ne remarque pas assez les terribles dangers que notre pays courait à ce moment : en effet, notre nationalité a &illi périr dans ces luttes sanglantes pour la liberté de conscience, < une enclume qui < use tous les marteaux. >

Les politiques, i ces honnêtes gens ayant de l'esprit », comme les appelle si bien Saint-Marc Gîrardin, ont rendu à la France un triple service : ils ont sauvé le catholicisme des excès de la Ligue , écarté du trône les Guises qui en montaient déjà les degrés, et empêché les protesUnls de commettre un crime effroyable, celui de briser notre unité nationale, oeuvre de tant de siècles. Le traité d'Hamptoncourt', signé en i563 par Gaspard de Coligny et Louis de Condé, (et ce honteux expédient a marqué leur mémoire d'une tache ineffaçable), avait aussitôt révélé aux esprits sages, si rares alors, l'imminence du danger.

De nos jours, M. le duc d'Aumale a retracé, avec un talent supérieur, la conduite de ce parti dont les Parlementaires étaient à la fois l'âme et la tête. En lui se sont

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incarnés le bon sens «t le génie français : il a ramena dans la voie véritable le patriotisme enâammé par de généreuses aspirations, mais bientôt égaré par les ambitions les plus coupables (i).

Dès ses débuts, en effet, la Ligue eut une grande pensée : le peuple, avec l'élan qui est propre à son cceur , et pour sauver sa foi, }eta dans la mêlée la force aveugle de ses bras nerveux , sans demander a ses maîtres, jusqu'où ils le conduiraient. Au mois de juin 1S84, mourut le Trère de Henri III, François, duc d'Anjou ; lesdernières espérances des ligueurs s'évanouissaient ainsi|, et Henri de Navarre devenait l'héritier présomptif de la couronne. De ce jour, les exaltés prirent la lëte du mouvement religieux, et, sous leur fougueuse impulsion , il se transforma en mouvement révolutionnaire.

D'une part, l'Espagne convoitait ardemment la France et ne pensait pas l'acheter trop cher, même en épuisant les trésors du Mexique : Philippe II mettait au service de cette convoitise une volonté de fer, et Henri de Guise, son allié, la bravoure traditionnelle de sa famille.

D'autre part, Elisabeth envoyait des secours aux protestants français, ses coreligionnaires, sous le spécieux prétexte de les aider à conquérir la liberté de conscience, mais en réalité elle ne bornait pas là ses desseins. Elle avait tressailli

(1) Sorbier, Biographie de Claude Groulard . pp. 6 et i5. — Aug. Thlttry, Essai 3ur l'Histoire du Tieri-État, pp. loo, lOi, Ii3-ii5. Paris, 1860. — M le duc d'AumaLe, Histoire des princes de Condi pendant le XVI' et le XVII' siècle, 1. 1, pp. i6ï-i63.- Henri Martin, Histoire de France, t. ix, p. 140. Paris, 1860.

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de joie, quand elle avait vu ses soldats entitr au Hftvre et de nouveau occuper ces rivages, d*où Tépée victorieuse de François de Lorraine les avait naguère chassés. îVoilà quel était le redoutable écueil, mais les politiques, et c'est là leur tilre de gloire, ont épai^né à la France la douleur d'être partagée comme la Pologne, et â ses en&nts l'humiliation de devenir Anglais ou Espagnols. Le mémorable arrêt, rendu le 28 juin iSçS, par le Parlement de Paris, il nefiiut pas l'oublier, a déjoué les coupables intriguesqui enlaçaient le pays de [tous côtés et placé Henri de Navarre sur les marches du trône (i).

Le 9 mai i588, le duc de Guise, malgré la défense du roi, entrait dans Paris, La ville, aussitôt en proie à une joie qui touchait au délire, couvrit de fieurs < ce nouveau c Macchabée. > Henri III céda â cette violence et put, en quittant sa capitale, apercevoir les barricades qui s'élevaient près du Louvre. Il se réfugia à Chartres, et de là, à Rouen, auprès de Claude Groulart, le grand magistrat dont nous rapportions plus haut [les paroles. Groulart accueillit avec

{i> Aug. Ttùarj, Estai itir l'Histoire du Tiers-Êtat, pp 108-109. — H. Fomenon, Les duct de Guite et leur époque. — Le mitae^ittoire de Phaippe IL Parit, 1 8S0.

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une respectueusecompassion cette royauté fiigitiYE et d(Mina les plus sages conseils à ce monarque chassé par ses sujets, car il n'était pas de «s hommes qui n'osent, comme dit Tacite, lesexprimer â leur maître que dans leur testament. Henri de Lorraine hésita, quand il fallut mettre la main sur cette couronne dont il était si près. Montaigne a bien raison : « Les prétendans trouvent tous les échelons, jus- € qu'au marche-pied du trdne, et petits et aisés, mais le c dernier ne se peut franchir pour la hauteur. ■

En effet, lorsqu'il alla sonder les intentions du premier président Achille de HarUy, il en reçut cette admirable apostrophe : c C'est grand'pitié quand le valet chasse le

■ maistre. Au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est à c mon roy et mon corps entre les mains des mescbens et à € la Potence qu'on en fasse .ce qu'on voudra, i Henri de Guise insiste et le conjure d'assembler le Parlement : f Quand la majesté du prince est violée, reprend Harlay,

■ le magistrat n'a plus. d'autoritéI>

Quelques mois après, ce prince idole de la France, périssait assassiné au château de Blois sur les ordres du roi dont il avait usurpé le pouvoir, espérant toujours régner à sa place.

A cette nouvelle, le pays entra en révolte ouverte contre Henri III, et la Ligue, maltresse de toutes les grandes villes, déchaîna les fureurs populaires : ces excitations portèrent leur fruit. Le i6 janvier iSSg, à Paris, Bussy-Lederc pénètre dans la Grand'Chambre et somme le Parlement de proclamer la déchéance du dernier des Valois, Achille de Hariay proteste contre cette violence, mais inutilement. Le triste héros le déclare prisonnier : soixante conseillers se

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lavent et veulent partager le sort de leur chef Ulustre (i).

1 C'était un spectacle digne de compassion de voir tant ( de personnes respectables par leur autorité, leur savoir et « leur probité, arrêtées comme des criminels, par un homme < de néant. > La foule les suit et les insulte. Les conseils de la Iflcheté' n'ont jamais servi : jdus tard le président ^mabé Brisson en fera la triste épreuve et expiera cruellement un instant dé foiblesse.

A l'autre bout de k France, Toulouse, assistait, le ti fifvrier de la même année, à desscênes plus odieuses encore. Le premier président, Etienne Durant!, avait refusé de pactiser avec la Ligue : la populace irritée l'avait jeté en prison avec l'intention de l'immoler aux mflnes des Guises. Ce jour-lâ. Chapelier, le cbefdes factieux, le livra à sessicairCs, en s'écriant : < Voilà l'homme ! i. < Me voici, > répondit la noble victime frappée aussitôt d'un coup d'arquebuse. Duranti était encore revêtu de sa robe : elle servit â l'envelopper comme d'un glorieux linceul. Jacques Daffis, avocat général, fut aussi massacré par cette horde furieuse (2),

Au milieu de ces cruelles épreuves, grandissait encore le

(i) Hénault, Histoire de France, pp. 538-539. Pi'i», '756. —De Manias , De la Grand'Chambre , de ton origHie et de «M AùMre, pp. 41-45. Pari*, iti57. — J. de Croie, Let Giiut, la Valms tt Phillppe II, i. a, chap V[I1, pp. 143-165.— De TboM , histoire laihertelle, liv; icoi. — Euieone Puquier, liv. xui, lettre V. — Dom Fâibien,t. u, p. 1177.

(3} Histoire véritable de ce qui s'est passé à Tholose en la mort du président Duranti. pp. 44-71. Toulouse, 1861. — Dom V«issetie, Histoire générale de Languedoc, p. 3o3, cxli.— DeTbou, Hirt. wi^.,

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prestige de la magistrature française et le martyre lui donnait la plus belle de toutes les couronnes.

A Dijon, le président Bénigne Frémyot, montre un héroïsme digne des plus beaux temps de l'antiquité. Il se retire à sa campagne de T6tes, dans le Morvan, quand le Parlement, dévoué au duc de Mayenne, ne veut plus rendre la justice au nom du roi. Quelques magistrats au cceur résolu, Bouliier, Saumaise, Bossuet, Millotet, s'eippressent d'accourir auprès de lui. Le 7 avril iSSg, Frémyot quitte la résidence de Tôtes, devenue dangereuse, et s'installe à Fkvigny avec ses courageux compagnons. Fervaque de Grancey, gouverneur de Dijon, ose lui écrire qu'il ait à dissoudre le Parlement royaliste, sinon qu'il lui enverra dans unsaclatètedesonfilsjdétenucommeôtage. Frémyot lui répond : ■ Je vous supplie de croire que ny les tourf ments que l'on pourroit me donner, ny ceux que l'on fera « à mon âls que je seatiray plus que les miens, ne me pour- ( roient esbranler à faire chose contre mon honneur et le I debvoir d'un homme de bien (t). >

Fervaque n'osa accomplir ce crime.

Un mois après, en Provence, le baron Hubert de Vins se rendait au Parlement d'Aix, et lâ, l'épée à la main, contraignait les conseillers à signer le pacte d'union. Le président Louis du Cbaine était absent. La foule surexcitée court à sa demeure, en brise les portes, et se trouve en face

(i) Scipîon Doncieus, £e PrétiJtitt Frémyot et la Ligue e» Bourgogne, pp- 33-3 1.— M. l'abM Bougaud, Histoù-e de sainte Chantai, 1. 1, p. ^44. — De Lt CuiBine, Histoire du Parlement de Bourgogne, t. Il, pp. &8, 66, 76, 84.

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— LUI — de ce grand magistrat indigné. Elle se saisit de lui et le conduit en prison. Bientôt trois de ses amis, d'Etienne Saint-Jean, d'Aymar et de Simian^ parent d'Artus de . Prunier, viennent partager sa captivité, La Ligue en était arrivée à ces déplorables excès : ce triste tableau nous remet en mémoire quelques lignes du cardinal Arnaud d'Ossat :

< Les fureurs de la Ligue ont porté dans tous les cceurs

< l'amour de l'indépendance et ont établi dans toutes les ■ villes la démocratie la plus e&énéc dont on ait jamais c vu d'exemple dans aucune partie du monde. Les Fran-

< çois ne sont plus attachés à la France, et la France ellec même n'est plus françoise, mais espagnole, dévouée au c duc de Parme et aux Suisses, savoyarde, lorraine, anc gloise, hotlandoise, allemande» (i).

Le 2 août 1S89, Henri III tombait à son tour mortellement frappé par Jacques Qément.

< Méprisé des catholiques honnêtes, odieux aux catho-

< liques violents, détesté des protestants, il fait assassiner I le duc de Guise et périt lui-même assassiné, le dernier des c Valois et le plus misérable de cœur, de mœurs et d'esprit, c ayant laissé la France à deux doigts de sa perte et à moic tié conquise et soumise par l'étranger. > Ce jugement sévère de Saint-Marc Girardin, l'histoire le ratifie. Un seul bit cependant a réhabilité dans une certaine mesure cette mémoire souillée, c'est d'avoir, avant de mourir, désigné Henri de Navarre, comme son successeur légitime, aux

(i) Ëdouaid Frémy, Etsai sur les diplomates du temps de ta Uf ne pp. t34-t35. P«ri», 1873, — Baron de Hobner, Histoire de Sixle- QJmtt, t. iti : Oonctution. Paris, 1870.

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fidèles senrîtears qui l'entouraient. Cet acte de haute politiqueeut une portée considérable et tout l'honneur lui en revient.

Tdle est la aituatioo de notre pays au moment oti Pru' nier se produit avec éclat: sa vie politique commence. Chorier a pris soin de nous la raconter dans les plus minutieux détails : aussi, pour éviter des répétitions, nous renvoyons le lecteur à son intéressant récit. Seulement il a omis d'y insérer certaines lettres que Gabriel de Prunier lui avait communiquées^ nous allons réparer cet oubli et notre tâche sera terminée.

En Dauphiné, Alphonse d'Omano avait succédé au duc de Mayenne dans le commandement de l'armée : le 6 janvier iSig, il fît son entrée dans Grenoble. Chorier nous dit : te que Icà lettres du Roi au Parlement, sur ce qui était 1 arrivé à Blois et sur le choix qu'il avoît bit du colonel, ■ furent communiquées aux habitans de la Ville. •

Alphonse d'Omano s'aperçut promptement des menées secrètes de la Ligue et de ses progrès dans Grenoble : afin de mieux conjurer ses efforts, 11 y fixa sa résidence, et conclut une trêve avec Lesdiguières. Mats l'effervesceoce des esprits éclata bientôt : Charlesde Simiane oubliant les devoirs que lui imposait le nom de son illustre père, dirigea le mouvement séditieux. Le 3 mai 1^89, la populace in-

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vestit le colonel dans sa maison : comme il était trop £ûble pour résister, il fut obligé de se réfugier «u château de la Plaiue. Tous les tfhrts du Parlement pour apaiser cttte rébellion furent inutiles. Aussi le premier pré^dent Ennemond Rabot d'IlUns, Artus Pronier de Saint-Aadré et quelquesconseîllers quittèrent Grenoble et allèrent rejoindre Alphonse d'Omano alors à Saînt-Marcellin (i). Dès ce moment, celui-ci prit le titre de c lieutenant de Koi. n

Henri III, en face de sujets ouvertement révoltés, eut recours i un parti suprême. Par lettres patentes, données à filois aumois de février 1589, il déclara les villes de Paris Amiens, Orléans, Abbeville, Aii et autres < décbeues de c tous estais, offices et honneurs, comme rebelles, atteintes < et convaincues de crimes, attentats, félonie et lise-mac >esté au premier chef. > C'était là une mesure d'une extrême gravité. On vit alors un spectacle sans précédent : Paris, Dijon, Grenoble, Aix, Toulouse, demeurèrent le siège des Antiparlements, comme les appelle si énergiquement La Roche Flavin, «d'autres Cours, à côté d'eux, établies par le pouvoir légitime , eurent seules la mission de rendre la justice (2).

c Le Roy fut contraint, nous dit cet auteur, pour la mac nutention de son Estât, establir d'autres légitimes Parlef ments, pour contrecarrer les illégitimes, en toutes les € provinces presque de son royaume. Lesquels Antiparlc-

(0 Chorier, Histoire génirate'^de Dauphini, pp. 718, 719-730 (3) Bernard de U Roche] Flavin, Trti!fe livres des Parlementa de France, liv. i, chap. ixvi, p. Sa. — Soubrai, Le Président Du Chaîne et le Parlement de Provence pendant IdiLigue. pp. 82-83. — De Thou. Hist. lami., 1. icv. — Pasquier, Ut. xm. lettre X[.

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< ments de la Ligue exerçoyent leurs charges au nom de ( Chariesdijciesmetousjours prisonnier, ou mort qu'ils di-

< soyent roy de France. 1 M. Arthur Desjardins, avocat général à la Cour de cassation, a exposé, avec une science parraitement sûre et un remarquable talent, l'histoire de ces Parlements si opposés par leur origine, dont la conduite exerça une influence considérable sur la marche des événements (if.

Après l'assassinat de Henri III, le colonel Alphonse d'Omano s'aboucl)a le 1 3 septembre 1 589 avec Lesdiguiëres qui s'était rallié au parti du nouveau roi. c Dès lors ils uni- « rentleurs conseils et leurs forces : c'était une déclaration c de guerre à la ville de Grenoble, elle tenoit ouvertement ( pour le duc de Mayenne. > Par Lettres patentes données  Laval le i5 décembre 1589, Henri IV établità Romans la Cour du Parlement j avec la Chambre des comptes, le bureau des finances, le bailliage de Graisîvaudan et la monnaie. ■ Ils ( les magistrats ) , nous dit encore c Cborier, avoient partagé à ces deux villes les foncc tions de leurs charges , plutôt qu'ils ne ^'estoient I divisés entre eux. Mais après ces nouveaux désordres,

< ceux qui étoient dans Romans enjoignirent aux autres « de venir les joindre > (2).

Le 3o décembre iSSç, le roi écrit à Prunier ; c J'envoye le seigneur Alfonse, mon lieutenant général t en la province ; mes Lettres de déclaration pour trans-

(■> Arthur Desiardioa, Les Parlemtnis du Roi, pp. 6, is, i3, 11-21.

(1) Chorier, Hûtoire générale dt Dauphini , pp. ■j'i5--j36. — Dr Ulysse Chevalier, Annales de la trille de Romans, pp. loc-ioi.

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f férer mondit Parlement et autres jurisdictions, qui sou- « loient estre establîes en taditte ville de Grenoble, en

• telle autre ville qu'avec vos bons avis il coonoistra c y est« plus propre » (r).

Et i la date du 9 mars 1590 :

f Je suis bien informé que vous n'avez point esté de c ceux qui ont voulu tarder en la reconnoissance qui c m'est deue mais au contraire des premiers qui avez feit

< déclaration ouverte, vous estant vertueusement opposé c aux mauvaises propositions que vous avez veu faire

< dans mon Parlement -, et quand il a fallu s'aider de la c force, que vous avez esté des premiers qui les avez abbao-

* donnez. J'ay appris que vous estiez retiré prez du ( sùgneur Alphonse, mon lieutenant général en la pro-

< vince 0(1 je say que l'assistance de vos bons conseils luy c a esté fort utile > (2}.

Le 19 avril 1590, sous les murs de Vienne, Alphonse d'Ornano fut fait prisonnier par le marquis de Saint- Sorlin : il fut ensuite conduit ft Auxonne par le baron de Senecey.

c La noblesse de la Province tenant le party du. c Roy s'assembla à Vienne aân que le service de Sa Majesté « ne fût pas retardé par la privation d'un chef, et le 24* 4 avril 1590 esleut et nomma sous le bon plaisir du « Roy Messire Arthus Prunier de Sainct-André , lors

<i) MoHuscrit inédit de M. Amédée de Bouffier, p. 3 : liasse cot£e n'j.

(ï) Manuscrit midit de M. Amédée de BoufGer, p. 3 : liesse cotée

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c absent, pour commander, ordonner et disposer des c affoires d'Estat , police et direction des finances jusques t i ce que ledit sieur lieutenant général fût eslargy > (i).

Enfin, grâce aux succès que les armes de Lesdiguières remportaient chaque jour et aussi â l'habile administration de Prunier, te Dauphîné fut reconquis peu k peu sur les ligueurs. Le 22 décembre 1590, Grenoble capitula. Le sieur de Virieu Poîntières, conseiller au Parlement de Romans, écrit à Saint-André à cette occasion :

< Je vous félicite par ceste-cy de l'heureux succez qu'il a « pieu à Dieu donner à Monsieur de Lesdiguières et à vous f touchant la réduction de la ville de Grenoble sous c l'obéissance du Roy. »

Le 26 juillet iSSç, le président Louis de Corîolis réunit à Pertuis quelques conseillers demeurés fidèles â l'autorité royale au milieu de tous les troubles qui agitaient alors la Provence (2). Nogaret de la Valette eut la délicate mission de protéger cette poignée d'hommes courageux contre les ligueurs qui pressaient Charles-Emmanuel d'envahir la province. Le Parlement d'Atx soutenait par son influence et ses arrêts cette insigne trahison. Seulement , A cause du dangereux voisinage de cette ville , le Parlement royaliste,

(1) Manuscrit inédit de M. Amédée de BoufBer, p. 4. — Consutter une fort remarquable Étude de M. le Président Gautier ■ Sur la prérogative du Commcmdematt dtoii la Province, attribuée à la Présidence du Parlement de Grenoble, en l'absence du gouverneur et du lieutenant-général. • Bulktin de l'Académie delphinale, pp. 49-54. T. ïi', 3* série, 1870.

(1) Soubrat, Le Président du Chaîne et le Parlement dt Provence pendant la Ligue, pp. 3z, 83.

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pour se met^ & l'sbri des surpriaes, fut obligé de se transporter de Permis à Manosque et, plus tard & Sisteroa , quand les Ligueurs le serrèrent de trop prés. C'est dans cette cité que, le 26 juin iSgi, Artus Prunier de Saint-André fit son entrée. Henri IV l'avait nommé premier président : il succédait dans cette éminente dignité à Augustin de Foresta.

Le chancelier de Chererny lui écrit alors :

< J'ay receu vostre lettre par laquelle vous me mandez ■ que vous vous acheminez en Provence pour faire la f charge de premier Président dont le Roy vous a pourveu * par le décès de feu M. Tretz. J'estime que vostre préc sence y est fort nécessaire, M. de La Valette sera très « aise d'estre assisté de vous > (i).

Forget de Fresne, secrétaire d'État, le félicite à son tour:

( Il ne me reste plus que de me conjouir avec vous de t vostre heureuse arrivée en Provence, je ne diray pas de c vostre réception en vostre charge^ ce seroit plustost ceux c de vostre Compagnie et de tout le pays qu'il en foudroit c congratuler que non pas vous. »

Le i5 décembre iSgi, Nogaret de la Valette battit au combat de Vinon le duc de Savoie que Vinceguerre et le comte de Carces appuyaient de leurs forces et de leur grande autorité : il apprit aussitôt sa victoire à Prunier Saint-André. Il existait une étroite union entre ces deux hommes qui avaient entrepris la lourde tâche d'arracher la

(0 Manuscril Mdit <U M A. de Bouger, p. 6 : 1its«e coié« n* 3.

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Provence AUX étreintes de la Ligue. Par malheur ce vaillant capitaine périt le ii février 1592, au siègede Roquebrune. A la nouvelle de ce déplorable événement, le Parlement de Sisteron prit hardiment en mains le gouvernement de la province el résolut d'appeler au secours de ce pays bouleversé Alphonse d'Ornano ou, & son défaut, Lesdiguières pour tenir tête à Charles- Emmanuel (i).

Le colonel d'Omano, qui avait recouvré la liberté, grâce à une rançon de 40,000 écus, écrivit alors à Prunier Saint- André;

« Quand il plaira au Roy me commander de m'achemi- « ner en Provence, je vous y serviray avec autant d'affec-

< tion que vous le sçauriez souhaitter et me gouverneray

< toujours en tout ce qui se présentera par vostre sage avis « et conseil, comme j'ay fait par le passé en vostre province « oti vous m'avez si dignement assisté que j'ay toutes ■ les occasions du monde de m'en louer > (2].

' Pendant ce temps-là, le duc de Savoie, dégoûté de la lutte par ses récents échecs, inspira au Parlement ligueur d'Aix d'entreprendre la négociation d'une trêve A ce sujet une conférence s'ouvrit, au mois de mai, dans cette ville: grâce à l'énergique intervention de Prunier toute suspension d'armes fut rejetée.

Henri IV le remercia, en ces termes, par une lettre en date du 22 juin 1592 :

« Je trouve que vous avez eu grande raison de vous op-

<i) Honoré Bouche , Histoire chrotiohgique de j pp. 753, 761, 766, (i) Maaus. inid. de M A. de Bouffier, p. 4 : liaue cotée, o<

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c poser à la tresve que l'on vouloit faire dont je vous sçay t très bon gré, comme je fais d'ouïr que par vostre pru-

< dence le désordre qui avoit pensé arriver â Sisteron fust c deztrement composé et arresté. Je vous prie de continuer

< d'y veiller et vous y emploier comme vous avez fait heuf reusement jusques icy, vous asseurant que ce service, c pour estre bit loing de moi, n'est pas tenu en moindre c considération que s'il se fust&iten ma présence > (i).

Acetteépoque, Lesdiguières descendu en Provence, sur l'instante prière de son ami Prunier de Sâiot-André, f conc tlnuait, nous dît Honoré Bouche, de courir avec trois ■ canons par ta province. >

Charles-Emmanuel, malgré l'appui de la Ligue, vît son parti s'affaiblir de jour en jour : le duc d'Epemon, frère de Nogeret de la Valette, continua la lutte devenue moins rude, et Prunier revint en Dauphîné.

A Paris, Pierre Pithou, inspiré par le plus noble patriotisme, employa toute son in&uence, auprès de ses nombreux «mis du Parlement, pour leur faire rédigerle mémo> rablearrôtdu 28 juin i593.0nn'a pas oubliécette phrase: c La Court déclare tous traictez faicts ou à &ire, pour c l'establissement de princes et princesses estrangers, nulz

< et de nul effect et valeur, comme faictz au préjudice de la t loisalique. >

Par cet acte de vigueur et de haute sagesse, le Parlement

(i> Mmuserit inédit de M. A. de Bouffier, p. 9 : liasse cotje n* 4.— Bouche, Hittoire chronologique de Provence, t. ii, p. 767. — Comte Douglu et Eloman, Aetet et Corretpondanee du Connétable de Lesdigtdèret,t.\.

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ligueur s'est rétubitité «ux yeux de la postérité. Le président Le Maistre, Edouard Molé.Michel deMarillac, Guillaume du Vair ont été les héros de cette journée célèbre : cet arrêt, qui venait si heureusement confirmer les victoires de Henri de Navarre, demeurera l'éternel honneur de la magistrature française (i). C'est elle qui dira bientôt Âce roi, dans une de ses remontrances : t Si c'est vous désobéir c que de vous bien servir, la Cour fait ordinairement cette < faute. >

Quelques jours après, Prunier Saint-André, Achille de Harlay, Qaude Groulart, Frémyot, tous ces vaillants champions de la royauté, se trouvèrent réunis à Mante* autour de ce Maître qu'ils avaient û bien servi, « l'un des c plus grands capitaines, nûui dit un historien distingué, c des plus grands et des plus sages politiques qui aient c honoré la France, et par-dessus tout, le meilleur des c hommes, le plus affectueux et le plus tendre pour son c peuple» (2}.

Nous ne raconterons pas ici les longues et habiles négociations d*Artus Prunier pour ramener la ville de Lyon â l'obéissance royale-: le récit de Chorier, àcet endroit, est du plus vif intérêt. Cène campagne diplomatique mit le sceau 2 la réputation de l'illustre président.

(i) E. PaiUet , Éloge de Pierre PHhtm, pp. 19-13. Puis, litSS. - L. Swidret, Journal de Nieolat-Édouard OHer, amteiller au Parlemoit (1593-1602), pp. 8-9. Pari», 1876. — E. CaUlemer, Étude «n- Mi<^el deMarillac, pp. 2o-i3. Caen, 1863. — A. Poirwn, Histoire de Henri IV, %. 1, p. 114 « t. u, p. 69t.— Arthur Desjardins, ffatri/F <f JctPur/emenff, pp. 3i-3ï,4i, 44. Ptris, 1S77.

{!) Aug. Poinon, Histwrde Henri IV, 1. 1, i* &liUon.

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La lettre que Henri IV lui écrivit, le 20 février 1594, est, au reste, le plus éclatant témoignage rendu à ses éminentes qualités :

c Le sieur Domano (i) m'avoit bien avertyde la bonne

< nouvelle de la réduction de ma ville de Lyon en mon * obéissance, mais non pas si particulièrement, ny avec € tant de circonstances que vous, par vostre lettre du 8" « de ce mois, qui est cause qu'elle m'a esté fort agréable.

c A la vérité, laditte réduction a esté une œuvre de haute « entreprise, bien prudemment conduitte et très beureu- ( sèment exécutée, puisqu'il n'est intervenu aucun excès, c ny violence ainsy que vous m'en escrivez. Aussy j'ay « grande occasion d'en louer Dieu, et d'en sçavoir gré â

< ceux qui s'en sont entrepris, entre lesquels je suis bien ■ asseuré que vous avez esté des premiers : combien que, f en ibe rendant tesmoignage par vostre lettre de ceu^ que « ont feit meilleur devoir, vous ne fassiez point mention de « vous » (2).

La conquête de Lyon eut, dans le pays, un si grand retentissement qu'un mois après cette lettre, le vainqueur d'Arqués et d'Ivry entrait dans Paris.

Pasquier a résumé dans quelques lignes, qui seront la conclusion de cette étude, le râle et les services des Parlements, à la fin du XVI* siècle:

(1) De Thou , Hist. mtiv , Itv. crtii, et tur U priH de Grenoble, Uv. Mrs. — J. B. Monfelcon, Hlttoire de U ville Je Lyon. t. n, pp. 713-715,

(i) Mamuerit inédit de M. Amédée de fouffier, p. 1 3 : Umk cotée n»8.

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• Chacun de nous se doit glorifier, en toute humilité,

< d*aToir Sdèlement sem son roi : celui qui étoit réfugié à « Tours, de l'avoir bit régner pendant les troubles, au mî- « lieu delà justice, l'espace de cinqans entiers, chose qui a, c dedans les ronceset les épines, aplani une belle voie i sa c prospérité ; l'autre qui étoit demeuré à Paris, d'avoir c moyenne que désormais il régnera, si Dieu plaist, avec

< toute magniScence et splendeur. Partant, quand nous c recommencerons de nous recognoistre en nos Compe- ■ gnies, il fout que nostre absence de cinq ans soit réputée c du jour au lendemain comme une présence, sans y apc porter esbahissementoureproche» (i).

Nous saluons, avec un respect mêlé d'admiration, ces hommes de caractère, la gloire de la magistrature. Que faut-il en effet le plus admirer en eux? Leur âme, ils l'ouvraient aux grandes inspirations de la foi chrétienne; leur dévouement, ils le consacraient & la défense d'une royauté impuissante et avilie, mais bientôt réhabilitée avec éclat par Henri IV; leur intelligence, ils l'employaient au service de la justice et au salut de l'unité nationale (2).

Aussi, quand notre pays épuisé, envahi par l'étranger,

(■) Puquicr, lÏT. xn, lettre II, et sur le prétident Truchon, 1 Let Rtcherekes de la France, liv. n, p. 901. — Introduction aux moiret de Sully, pp. i8i-t8i. — PiiboA Ci.yex, Chronologie m |iv.v,p. 2i5. Ed. Petitot.

(3} AgénoT Bardous, Let LigitteM au iei^ième tiècU, pp. ii-i3, ih-iÉ. — Fourchy, La Rattrée au Parlement de Parit, p. ti. Paris, 1878, — Fayede Brys, TVoi'ï magistrats français du XVI' siècle, pp, 85eti6i. — A. 5tpey, Études biographiques sur l'ancienne Magistrature frauf aise, pp. a7-46. — E. Cougny, Le parti républicain tout Henri III, pp. t-i, 19-30.

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