‹ Vie d'Artus Prunier de Saint-André: conseiller du roy en ses conseils dChapitre 7 sur 23 · PARALLÈLE DE L'HISTORIEN ET DU PEINTRE · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DE L'HISTORIEN ET DU PEINTRE

Par la mesme raison qu'il est utile d'imiter les grands hommes, il est nécessaire d'escrire leurs vies. Ce soin est un des sacrez devoirs qu'exige de nous la vertu. Elle n'a jamais parfaittement tout ce qu'elle mérite , que quand elle est parËtittement connue. De sorte qu'il ne peut qu'estre avantageux aux grands hommes que l'on voye toutes leurs actions , et que l'on entre dans leurs plus secrettes pensées. Il faut les voir dans eux-mesmes pour les bien voir : après on n*a qu'à dire ce que l'on a veu pour les bien louer. M'estant proposé d'escrire l'histoire du célèbre

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Saint-Andrd (i), premier président du Parlement de Dauphiné, je n'ay qu'à imiter les bons peintres. L'historien en est un. Ils regardent fixement leur objet, et leurs pinceaux ne font que coppier fidellement l'idée qu'ils en ont conceuë.

Je n'ay pour foire un ouvrage utile et louable qu'à ne détourner point mes yeux de dessus ce sage et savant magistrat, qu'à le faire voir tel qu'il est. Je n'ay ny à oster, ny à ajouster : ce que je luy osterois du sien manqueroit à ce tableau , ce que j'y ajousterois du mien le gasteroit. La vérité seule en doit estre tout l'art , et toutes les couleurs.

(i) Au début de cet important ouvrage où Chorier retrace la vie d'Artus de Prunier, noua allons foire connaître su lecteur l'opinion de Guj Allard sur cette remarquable personnalité :

■ Artus de Prunier , II* du nom , seigneur de Saint-André et de Virieu, a été l'un des plus grands hommes de son siècle. Il commença par rendre de signalés services à Charles IX et à Henri III contre ceux de la religion prétendue réformée et contre ceux de i^iâgae. Henri IV étant parvenu i la couronne, il tilt l'un des premiers de ses sujets catholiques qui se déclarèrent ouvertement pour lui dans cette province au Parlement où il étoit président. Le pany de la Ligue prévalant dans Grenoble, il k retira auprès du colonel d'Ornano, lieutenant du roy en celte province, i qui sa Majesté donna ordre de ne rien faire que perses conseils et par sa participation. ■ — Guy Allard, Dtcltoitnairt du Dauphiné, 1684, t. u, v<r*o Prunier,

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Ori^oe de It MiÎBon de Prunier. — Am» Prunier, I" du uoni -, il aert en Italie soua François l», pui» il t'^Ublit en Daupbiné. — Son mariage avec Jeanne de la Colombitre. -- Prunier Saint-André est noromf gouverneur de la principauté d'Orange,. — 1548 : naissance d'Attus de Prunier, II* du nom : aon enfance, aea iiudea. -- Disacrlation aur l'ancienneté et l'utilité de la langue hébraïque. — Jacques Cujas et Forcatel. — Artua est conduit i Bourgca par Saint-André, ion père. — Cujas est appelée Valence par Jean Truchon et Jean de Bellièvre. — Artua est envoyé à Turin et & Padoue ; Soffrey Calignon l'y accompagne. — 11 se bit recevoir docteur en droit dans cène denùtre ville-, aea amia : Jacques Auguste de Tbou, Jacquet Paye d'Eapeisses et Nicola* Brulart de Sillery.

La Maison de Prunier est ^originaire d'Anjou où est le fief de Pruniers qu'elle y possédott avec d'autres terres qui luydonnoient de l'élévation et de l'éclat (1). La noblesse sans bien n'est pas un bien. D'Anjou elle passa en Touraine ob pour elle la fortune fut amie de la vertu. Elle y produisit des hommes de mérite qui eurent des emplois dignes d'eux et qui firent des alliances illustres.

La mère de Jean de Prunier, seigneur de Fouchaut ,

(1) Noua ne rechercherons point ici la véritable origine de la maison de Prunier : dans la troisième partie de cette biographie, Chorier a coniacré tout un chapitre à sa généalc^e, nous placerons là nos obcervations.

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fut cousine germaine du cardinal Briçonnet (i) , et il fut . l'un des genfilshommes de la chambre du roy Louis XI. Il épousa Marie de Rets , de laquelle il eut deux fils. Ce furent Jean de Prunier et Artus de Prunier : la branche de celluy-lâ finit en Marie de Prunier, épouse de l'incomparable chancelier Pompone de Bellièvre (2). Finir si glorieusement vaut une perpétuité.

Artus Prunier donna ses premières années à la profession des armes : il commanda une compagnie franche. On n'avoit pas encore l'usage des régimens , mais les compagnies les plus foibles estoient de trois ou de deux cents hommes. 11 falloit, pourestre misa leur teste, beaucoup de naissance et beaucoup de mérite. Elles estoient un honneur â la noblesse et une récompense à la vertu. Il servit en Italie sous le régne de François I*'' et sedistingua avantageusement par son courage et par sa conduitte. Esunt en Dauphiné avec une partie de l'armée , la réputation de sage et de brave qu'il y apporta luy facilita le succçz du dessein qu'il forma alors de s'y establir.

U épousa Jane de la Colombière, fUle de François de la Colombière (3), seigneur de Peyrins et trésorier général

(1) Briçonnet (Guitlaume), cardinal, né à Tours «n 144S, joua un rdle important eous les règnet de Louis XI, Charlei VIII et Louis XIL U mourut en 1S14 dans un âge avancé.

(2) Marie de Prunier, fille de Jean de Pninier, cousine germaine d' Artus, premier président, avait Épousé, en 1 56y, Pomponne de Bellièvre, chancelier de France.

{3) < FranfoÎEde la Colombière ne laiosa de Marthe Gaultier que trois filles, dont l'une Jeanne, épousa, le 6 mars ibty (i53i suivant Cuy Allardy, Artus Prunier, seigneur de Saint-André , de Virieu, de la Buisslire, de Bellecombe et autres places, à qui elle poru les charges de son père, n — G. Vallier , Note sur une médaille Je François de Ui Colombière, trésorier et receveur général du Dauphiné. Grenoble, F. Allier, 1872, p. g.

Artus de Prunier, pire du grand magistrat qui nous occupe, avait, comme on le voit, Marthe Gaultier pour belle-mère. Celle-ci étah fille de Louis Gaultier, gouverneur d'Orange. Franfoisjde la Colom-

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unique du Dauphin^, de Savoie, de Piémont et de Salusseff. Elle n'avoit que de bonnes qualitez, et celle d'estre une riche héritière donnoit de l'éclat aux autres. Prunier devint ainsy Dauphinois. Néantmoins ce mariage ne luy fit pas faire divorce avec les armes.

La Principauté d'Orange appartenoitâ un princeennemy de la France : le Roy s'en estoit asseuré par la conqueste : il n'y avoît pas d'autre moyen. Saint-André, (il avoit alors ce nom par Pacquisition qu'il avoit faitte de la terre de Saint-André dans le Royans), y fut envoyé pour y commander. Son gouvernement fut si sage et si doux, et par conséquent si agréable aux peuples, qu'après que cet Estât eut esté rendu à son prince, ils désirèrent qu'il fut continué dans cet employ, et l'obtinrent. Si est-ce qu'ils estoîent presque tous d'une créance opposée à la sienne, car il estoit bon et zélé catholique. Mais sa piétc n'avoit rien de cruel, son zèle n'estoit point une fureur. C'est pourquoy Gordes, lieutenant de Roy dans le Daupfainé, voulut avoir avec luy une étroitte liaison. 11 le consultoit dans les affaires les plus difficiles et les plus importantes. Ses sentimens luy estoîent un préjugé de l'avenir. Il fut père de plusieurs enfans tous également vertueux. C'est le mérite et non le nombre des enfans qui rend la fécondité lotiable. Elle n'est pas un bien, s'ils ne sont bons.

Artus de Prunier qui est le sujet de ceste histoire fut l'aisné. Le Dauphiné n'a pas eu de plus grand homme dans la magistrature. 11 naquit à Grenoble l'an mille cinq cent quarante-huit et ce fut le mesme mois que le roy Henri II y passa allant en Piémont (:)■ On commeniçaà

bière épousa, en secondes noces , Marguerite de Beaulieu dont il eut deuï fiPlea : Guigonne et Louise.

(i)Le3i juillet 1S48, Henri 11, se rendant en Piémont, traversai) incognito ta ville de Lyon : il dut arriver à Grenoble quelques jours ■près. Donc Artus de Prunier naquit au commencement d'août 1 548. — A. Péricaud, Notes et Documatta pour servir à l'Histoire de Lyon,

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voir dans sa première enfance des marques non douteuses de ce qu'il seroit un jour dans un âge plus avancé. Il se porta d'abord par une inclination née avec lui , à l'amour des choses vertueuses, avant qu'il les connut. La nature mène elle-mcsme les grandes âmes au bien sans qu'elle s'en apperçoivent, comme le raisonnement y conduit les piédiocres avec quelque sorte d'effort. Son pire le destinant aux lettres n'espargna rien pour l'y faire exceller, et il en comprit facilement les principes qui sont , dans ces ccHnmancemens, ce qu'elles ont de plus difficile et de plus désagréable. Son esprit se fortifiant avec son âge, il pénétra dans tous les secrets des langues savantes. Il apprit parfaitement le grec et le latin, et ne voulut pas ignorer t'hébreu quoy que ceste langue n'ait presque rien de bon à nous dire, ny de savant à nous communiquer.

De grands personnages sont mesme persuadez que celle qui en a aujourd'fauy le nom est une invention des rabins qui vivoient, il y a environ mille ans. On a de fortes raisons pour croire que la vraye langue hébraïque est morte entièrement (i). Et Josèphe apprend que de son temps elle estoit desji hors d'usage^ et que dans Hiérusalem & peine

(0 A l'époque où écrivait Chorier, la science de la linguistique n'était point encore aie. On ^'occupait alors de philoto^e, c'esl-i-dire de l'histoire des langues et parfois aussi de leur eitenûon géographique -' on préférait l'étude critique des littératures , sous le rapport de l'archéologie, de l'art et de la mythologie à l'anatomie même du langage. On accordait une large place à la restitution et i la correction des textes , mais la linguistique proprement dite , cette science qui consiste , comme le dit excellerotnent M. Abel Hovelacque k dans la double étude de la phonétique et de la structure des langues ■, n'existait pas. A la fin du XVIII* siècle, des travaux importants furent publiés: de nos jours les deux Burnouf, Abel Rémusat ont inauguré d'une façon brillante une série de publications sur ce sujet, et, k l'étranger, dM hommes fort distinguée^ tels que Bopp, ont dirigé leurs efforts du même cdié. GrSce aux ouvrages de MM. Pictet, Renan, Bréal, E. de Rougé, Maspero, Picot, la linguistique a formulé les prinùpe* d'une science conridérable.

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y aroit-il trois savants, qui en eussent une légère connoissance. De manière que ce que nous appelions l'bébreu est une imposture. Ces rabins ont ainsi prétendu combattre la religion chrestienne par les armes mesmes qui la font régner. Ils s'avisèrent de traduire le grec des Septantes, interprettee du vieux Testament en ceste langue qu'ils avoient faitte avec autant d'artifice que de malignité. Ils se servirent des vrais caractères de l'ancienne langue hébraïque mais il y ajoustërent des points qui luy avoient estes inconnus (i). Ils persuadèrent Facilement par la figure des caractères que cette nouvelle langue estoil l'ancienne, et par ces points ils rendirent tout douteux, y ayant peu de mots qu'ils n'ayent rendus susceptibles de divers sens. Ils en fixèrent et en formèrent les racines avec tant de précaution que leur rapportans les mots qui en procédoient, ils prétendoient emporter la victoire dans leurs disputes avec les chrestiens. Ils espéroient de rafTermir le judaïsme chancelant. Quand des gens d'esprit qui n'ont qu'une mesme fin travaillent avec une égale application, il est presque impossible qu'ils ne réussissent mesmes pour le mensonge. Prunier (nous l'appellerons ainsy), devint si savant dans ceste langue, qu'il n'y avoit pas de rabin qui en seut plus que luy. Mais ces langues que nous appelions savantes ne sont pas des sciences. Elles sont des clefs qui ouvrent les trésors. Prunier, ayant cette ayde, devint

(i) H Bien avant l'époque des Macchabée, l'araméen était tlevenu prépondérant en Palestine. Jusqu'au! derniera siècles de l'ère ancienne, l'alphabet phénicien, roide et anguleux était également l'alphabet hébraïque. Il fut remplacé, non sans avantage pour la commodité et la rapidité de l'écritiire, par l'alphabet chaldéen, plus arrondi, plus suivi dans ses fortnes. L'alphabet nouveau ne distinguait pas plus les voyelles que ne le faisait le vieil alphabet, dit phénicien. Celait là une lacune considérable. 'C'est aux Massorètes, dit-on , que l'on doit l'invention des points voyelles ; elle daterait du commencement do sixième siècle de notre tre. » Abel Hovelacque, La Linguistique , p. 171 et suiv. Paris, 1S76. *

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dans peu d'années un des plus doctes de la province qui en avoir alors plusieurs.

Il s'appliqua à l'estude de la philosophie, et il en puisa tous les secrets dans les sources : il leut Platon (i) et Aristote, et s'establlt un commerce Êttnilier avec eux. L'histoire enseigne par ses exemples ce que la philosophie enseigne par les préceptes. Elle est une morale pratique comme l'Éthique en est une spéculative. Ce fut avec le mesme esprit qu'il leut aussy les historiens grecs et latins. Il passa après à la poësie : ces deux langues n'ont point de poëtes célèbres dans la conversation desquels pour ainsy dire il n'entrât. Il n'avait pas de meilleurs amis que les livres , ny avec qui il fut aussy souvent , ny si ordinairement (2]. Lorsque la critique ne se fait pas une occupation de recherches ou puériles ou frivoles, quoy qu'elle soit la plus basse des disciplines, elle porte du jour dans les plus relevées. C'est par ceste raison qu'elle estoit en ce tems-U

(:) ■ Outre la science du droict, il esioit profond dans ta philosophie des Grecs dont il possédoit la langue parfaitiement, ayant mesme traduit le Traitté de l'immortalité de l'âme de Platon de l'original grec, qui est de m main, en manuscrit, dans la bibliothèque de Monsieur le président de Saioct-André. U avoit fait cette traduction pour satisfaire & U curiosité d'une dame qu'il ne nomme pas, mais il fallait qu'elle fût de grande condition, car il luf parle avec un grand respect ainsy qu'on le voit dans la Pré&ce- • — Manuscrit de M. Amédée de Bouf-

(1) u U avoit une intelligence profonde et généralle de l'histoire et de la critique, grande lecture des Pères de l'Église, beaucoup de connoissancede la langue hébraïque dont il y a deux volumes de recueils de prières et fragments de la Saincte Écriture, couverts de velours, écrits de sa main, outre deux ou trois cayers non reliez contenans les principes de ceste langue- Dans la mesme bibliothèque sont conservez douze volumes in-folio, de Tépoisseur chacun de quatre doigts, huict volumes in-octavo , outre deux grandes piles de cayers non reliez , le tout de rccûeili escrils de sa main où il a ramassé tout ce qu'il y a de plus lîn et de plus recherché dans la belle Antiquité grecque et romaine. • — Manuscrit de M. A. de BoulBer, ibid.

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dans la république des lettres une partie de l'estude des plus grands esprits, et toute celle des médiocres. Prunier y fit de si grands progrez, qu*il sapperceut qu'il y avoit fait de nouvelles découvertes. Mais ces arts et ces sciences ne sont que des aydes à la politique. Ils sont un secours à l'art du gouvernement qui est le plus difficile et le plus noble de tous. La )urisprudence en est l'esprit qui l'anime.

La science des lois est la raison de la politique , sans laquelle celle-cy n'auroit jamais de mouvement louable. Jacques Cujas (i) l'enseignoit àBourgesavec tantdesuccez el d'honneur qu'on venoit à luy de toutes les provinces du royaume, comme au plus fîdelle interprète qu'elle eut iamais eu. Thoulouse, où il estoit né, lui avoit préféré Forcatel. Cette injustice l'avoit porté à s'en bannir luymesme pour s'en venger. « Ingrate patrie , dît-il , en la quittant, tu n'auras pas mesmes mes os. > Il luy tint sa parole. Elle ne put jamais, quelque avantage qu'elle luy proposât, luy faire changer de résolution Un grand cœur peut excuser et pardonner tout, excepté le mespris.

Prunier fut .mené à Bourges par Saint-André son père

(i) Cujas (ut appeléi Bourges en t5b5: rUniversiiÉ était alors dam tout l'&lat de sa gloire ; Duarcn et Doneau, pour l'enseignement du droit civil , FBYaieDt ^aeée au premier rang , en Europe , parmi sea célèbres rivales. Armand Bazenerye, Cujas et l'École de Bourges,

1876, p. 16. — Cujas (Jacques }, le fondateur de l'étude tnodeme du droit, naquit à Toulouse en iSïï et mourut à Bourges le 4 octobre I bgo. Son père était foulon et a'appelsit Cujaus, mais le fils changea de bonne heure ce nom. Cujas suivit les leçons d'Arnaud Ferrier : i rige de Tingi^inq ans, en 1 ^47, il ouvrit, à Toulouse, un cours sur leslnstitutes. Le succès qui accueillit U jeune professeur fut immense. Autour de sa chaire, il voyait Pasquier, Jean Amariton, Antoine Loisel, Pierre Pithou. Une ciiaire de droit romain fut vacante, en i554, à l'universiié de Toulouse : Jean Bodin était l'ennemi acharné de Cujas, aussi ce dernier n'y fut-il point nommé. En i5â6, on y appela maître Etienne Forcatel.— Wouveffe biographie générale, t. xu, p. 591-606. — Bacenerye, Cujas, p. ii-i5.

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pour apprendre sous ce grand matstre l'art qui apprend d'estre le maîstre des autres hommes. Il n'avoit pas alors plus de seze ans II fut logé chez Cujas mesme L'avantage qu'il Y avoit à estre son pensionnaire favorisoit celluy d'cstre son disciple On dit aussy qu'on ne trouvoit pas moins Cujas dans ses conversations particulières que dans ses actions d'éclat, et dans ses leçons publiques. Les récréations des savants ne sont jamais si stériles qu'elles ne produisent quelque chose. Prunier mérita dans peu de temps toute son estime par son application à l'estude, et par son assiduité aux leçons et â la lecture. Il ne sortoit de celleslà que pour passer à celles-cy. Ses soins commençoîent & former aïnsy dans luy le grand homme que l'on attendoit d'une si heureuse disposition. Cujas fut appelle à l'Université de Valence (i) par les souhaits de tout ce qu'il y avoit de gens de mérite dans la province.

Jean Truchon et Jean de Bellièvre, seigneur de Hautefort, travaillèrent avec zèle à procurer cet honneur à ceste université qui a tousjours eu ce bonheur d'avoir des personnes d'un sçavoir consommé.

Hautefort estoit beau-frère de Prunier qui suivît Cujas et continua l'estude du droit. C'estoit une coustume en ce temps-là, plus honneste qu'utile, d'aller puiser dans les sources estrangères Les connoissances dans cest art sont inépuisables comme les matières en sont infinies. Prunier qui s'estoit enrichi des trésors de cet illustre professeur, passa à Turin.

Il y fit du séjour, l'université de ceste ville ayant de savants professeurs qu'il voulut oUyr. Ilyreceut toutl'honneur que l'on ne refuse jamais au .grand mérite. Après il

(i) Cujss professa pour la première fois à Valence en décembre i ^bj, et termina son enseignement avec l'année 1559. — M. l'abbé Nadal Histoire de l'Université de Valence, p. 49. — Bazenerye, Cujas,

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allaà PadoQe. L'univenit^de ceste fameuse ville estoitcelle d'Italie qui faîsoit le plus de bruit. Yestre fait docteur, c'eStoit une preuve de doctrine II ne luy fallut pas beaucoup de tempe pour y estre connu

Quand la science et la vertu esclattent également , l'impression qu'elles font pour la loUange et pour l'estime est aussy prompte que forte. Mais il voulut avant que de Fe présenter au doctorat faire quelques expositions publiques des lois les plus difficiles : ce furent en tous sens des chefsd'œuvre que les plus savans admirèrent. On alloit au doctorat par un chemin oti la vertu seule osoit entrer et seule pouvoit marcher d'un pas seur et ferme (i). Il fut receu docteur le xxviu du mois de févrierde l'an m.dlxxi avec l'applaudissement de tout ce qu'il y avoit de savant et de vertueux dans l'université. Jaque Menoque, Marc Mantua, Tibère Decian , et Jean Cephalus en estoient les principaux professeurs que leurs ouvrages avoient rendus célèbres. Ils furent les admirateurs et les patrons de la vertu de Prunier à laquelle nul de ses condisciples ne refusa ses acclamations. De ce nombre estoient Henry d'Escoubleaux deSourdis [2), François de RoncharoUes de Meneuîlle, Pierre Delbène, Abbé de Belleville, Nicolas Bruslart (3), Pbitippes du Plessis Mornay , Jean de Tumery, Charles Faye (4), Nicolas du Fay, Jean et Jacques de Bouquemar

(i)Cequi«uît jusqu'iui mots: • néantmoinslacarrière, etc. a, ne K trouve point dins le manuscrit de M. le C* Louis deSaint-Ferrio).

(1) Famille noble et ancienne, originaire du Poitou : il fut évfque de Maillczais.

(3) &nery (Nicolas Bruslart, marquis de), né en 1544 k Sillery en Champagne, ftit chancelier de France, et mourut le i" octobre 1C24.

(4) H y a sans doute une erreur du copiste à l'yard du prénom, Charles Faye est né en 1577, époque où le Parlement de Grenoble possédait Prunier, comme conseiller depuis bIi ans. L'ami dont il est ici question doit (tre le pire de Charles Faye , Jacques Faye , né en janvier 1 543. La maison Faye est ori^naire du Lyonnais ; sa noblesse et sonantiquitéremontenl aux premières croiHdes- Le pire deJacquea

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frères, Pierre de Bonshons de Coroooe; Pol Barrât, Charles Maillan Savoisien , et Jean Besson, Dauphinois. Il se forma entre eux une amitié qui n'a pas moins duré qu'eux. On ayme jamais bien que lorsqu'on estime. Néantmoins la carrière de ses estudes ne finit pas icy. EUe a esté pour luy et pour l'honneur des lettres aussy longue que celle de sa vie. Le magistrat qui ne veut qu'estre médiocrement savant ou qui croît l'estre assez ne sera jamais, quelque esprit qu'il ait, qu'un médiocre magistrat; et quand il en seroit un excellent , i! n'y aura pour luy que de médiocre loUange. Les amitiés qui se forment entre les vertueux dans leur jeunesse et dans les escoles jettent des racines dans les cœurs que ny l'esloignement, ny le temps, ne sauroient entièrement arracher. Prunier eut encores entre ses condisciples qui eurent le plus d'habiiude avec luy , Jacques-Auguste de Thou(i), Jacques Fayed'Espeisses(2),

fut Banb^emy Faye, seigneur d'Espeisses, fils de Pierre Faye, fcuyer, et de Méraude Paterin. Il avait épousé, en 1S41, Marie Viole, «a cousine ; nommé président aux enquêtes le 19 aoflt 1570, il mourut en i58i, laissant cinq enfants. — Antoine Péricaud, Notes et Doc. pour servir à l'htstoire de Lyon (1574-1589).

(1) Jacques Auguste de Thou, baron de Meslal, d'une ancienne et très illustre famille de robe, était le troisième fils de Christophe de Thou, premier président au Parlement de Paris, et de Jacqueline de Tulleu, II était né à Paris en i553 ; il-fui maître des requêtes en I S84, puis président à mortier au Parlement en i586. Il rejoignit Henri III à Chartres après la journée des Barricades en 1 588, et fiit envoyé avec Schomberg en Allemagne, puis à Venise où il apprit la mort de ce prince. Il fut employé par Henri IV, notamment A la confé ■ rence de Suresnes en 1 593, aux négociations avec le duc de Mercœur, à la rédaction de l'édit de Nantes en 1598 et à la conférence entre Du Plessis Mornay et du Perron en 1600. 11 fut chargé avec ce dernier de la fondation du collège de France. Malgré tant d'importantes occupations , iJ a laissé les cent trente-huit livres de l'Histoire de son temps. Il mourut à Paris le 16 mai 1C17. — Berger de Xivrey, Recueil des lettres missive» de Henri IV. t. v, p. a58.

(2) Jacques Faye, seigneur d'Espeisses, naquit en janvier i543. Maître des requêtes de l'hAtel du duc d'Anjou, il accompagna ce prince

- .i3 — - Nicolas Bruslart de Sîllery et quelques autres <\t ce mérite. Les deux premiers furent présidens au Parlement de Paris, Sillery fut élevé à la charge de chancelier qui est le faîste de tous les honneurs de la robe. Le président de Thou s'est rendu célèbre par les cent trente huit livres de son histoire générale. Soffrey de Calignon'(i) accompagna Prunier dans ces voyages par le choix que Saint-André son père en fit, il estoit né avec de grandes vertus qu'il eut soin de cultiver. Ce fut tout l'avantage qu'il eut en naissant, la nature luy ayant esté plus favorable que la fortune, lient part à la confidence du roy Henry IV qui l'employa en des a&tres importantes, et enfin la récompense de ses services fut la charge de chancelier de Navarre dans laquelle il mourut.

L'estime que Prunier lui témoigna alors fut le premier degré de son élévation. Un amy de grand mérite est une preuve éclatante que l'on en a. Elle persuade et confond la haine et l'envie.

en Pologne. Avocat général tu parleineni de Paris en 1 58o, il montra en divenes occasions, notamment aux étata de Bloit, son éloquence et ta fermeté. A la journée des Bairicadet, il quitta Paris et fut créé pré- «idenl. Il maintint le Parlement à Tours, ménagea l'entrevue entre Henri III et Henri IV, et mourut au siège [de Sentis en i5go. — Biographie universelle, t. ii, p. 578.

(i) Calignon (Sofirey), nâ le 8 avril i55o à Sainl-Jean, pris de Voiron. Nommé président de la chambre tri-partie, le 3 mars i5gi, il fut chancelier de Nsvarre en 1 593 et mourut à Paris le 9 sept. 1 6o6. — Brun Durand, Chambre de l'idit de Grenoble, verbo Calignon. — J. D. Long, la Réforme et les guerres de religion , en Dauphiné ; Pari», i8i6, p. aS». — Guy Allard, Vie de Soffrey Calignon, chancelier de Navarre. Grenoble, Jean Nicolat, iGji. — O* Douglas, Vie et poitiet dt Sojrey de Caligno». Grenoblt, Allier, 1874.

Bataille [de Moncoutour. — La paix est &ite avec lei huguenots. — Jean de Bellièvre, seigneur de Hautefort, devient président «u Parle-

■ ment; Anus de Prunier, au mois d'avril 1571, est nommé conseiller. — La Sainl-Banhélemy: belle conduite de de Gordes, sesconKrences avec Prunier Saint-André. — Noble résolution du Parlement ; Jean Trucbon. — Mission d'Hector de Maniquei. — Mariage d'Artut de Prunier, en février 1572, avec Honorée de Simiane. - Estime du Parlement pour ce jeunemagistrat; le président Gyvai a ; sa pauvreté, — Portrait du premier président Truchon. — Composition du Parl^ meot : énumération des membres les plus distingués. — Le procureur général Pierre Bûcher. — BofOn et Ruzé, avocats généraux.

La paix avoit esté faitte avec les hugueDote après la bataille de Montcontour (i), et néantmoios le royaume estoit dans un état douteux entre la paix et la guerre ; il n'avoit bien ny l'une ny l'autre. Les deux partis estoient encore sous les armes dans le Dauphiné. Ils se craignoient et la paix n'est pas là où est une réciproque méffîance. Si est-ce que la sage conduite de Gordes , qui savoit fortifier son authorité dans les occasions par celle du Parlement, estoit un grand obstacle aux meschans, et une puissante protection aux bons. Il estoit de l'intérest du Roy et des peuples qu'il n'entrât dans ceste célèbre [compagnie que des esprits fidèles et modérez. Les Parlements sont les corps sensibles et visibles de la justice souveraine et le Roy est la

(i) EUe fut livrée le 3 octobre 1569.

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— i5 — teste de ces corps Tout y est en désordre , sî les membres ont d'autres mouvemens que ceux que leur impriment les esprits que la teste y envoyé.

Autefort (i) estoit l'un des conseillers de ce Parlement et y eut, quelques années après, la première place. Il avoit épousé Magdeieine de Prunier, l'une de sœurs de Prunier. Ce qui fit qu'aspirant alors à la troisième présidence , i! luy résigna sa charge de laquelle Prunier fut pourveu le mois d'avril de l'an mille cinq cent soixante-onze. Il estoit alors âgé d'environ vingt-trois ans (2), Mais levrayage des grands hommes est dans leurs excellentes qualitez, et non seulement dans leurs années , comme l'est celluy des hommes ordinaires. Ce nouveau conseiller eut bientost les occasions que désire la vertu et que fuyent les âmes peu généreuses. 11 entroit dans la vie civile en des temps bien difficiles. Mais les pilottes courageux ne craignent pas de quitter le port , quoy qu'ils voyent la mer agitée. Le 3o jour du mois d'aoust de l'année suivante qui est cetluy auquel on chôme la feste de l'apostre Saint-Barthélémy fut aussy fetal à la gloire de l'Estat que funeste à ceux qui faisoient profession de la religion P. R. L'amiral de ChastiK Ion estoit l'a me et le cœur du party; il avoit esté blessé deux jours auparavant par des assassins secrets. Celluy-cy fut tué par les ordres de l'authorité publique. Oncreutque

(i) Claude de Belliivre, liU de Barthélemi II, père de Jean et de Pomponne, fut nommé premier président au PatlemeDt de Grenoble, le 24 mai 1541. Il se démit de ses fonctions en i S49, pour reveiùr i Lyon où il rcfut le titre d'échevin honoraire et perpétuel. Son fils aîné, Jean de Bellièvre, seigneur de Hautefort et de Talbeaux, devint à «on tour premier président, le 23 novembre 1578. — Klot deThorey, Inventaire sommaire, etc., t. 11, série B. — Ant. Péricaud, Notes et Docwnents, etc., Henri II, p. 17.

(i) VWoiiKTii.otvf, Inventaire sommaire, etc., 1. 11 Lettre» de Paris, du 11 avril 1571, nommant conceiUer Arthus Prunier, docteur en droit, avocat en la Cour.

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— lépour guérir le corps de l'Estat de la frénésie des guerres civiles, il avoit besoin d'une saignée abondante. Mais on ne prévoyoit pas qu'elle ne luy laisseroit que la langueur et la foiblesse. U fut hiU un horrible carnage dans Paris. Les innocens n'y furent pas mieuK espargnez que les coupables. Le fruit de ceste conspiration fut la perte de plus de trente mille hommes (i). Les gouverneurs des provinces eurent ordre d'imiter cet exemple de cruauté en faisant main basse sur les huguenots.

Gordes l'ayant receu en eut horreur (2). Il n'y avoit pas d'ame plus généreuse que la sienne. Avant que de se déterminer il conféra avec Saint-André et luy ouvrit son coeur. Ils n'eurent qu'un mesme avis. Saint-André le confirma dans le dessein oti il estoit de ne souiller pas ses mains du sang de tant de gens dont tout le crime estoit de ne pas croire dans la religion ce que leurs pères avoient creu. « Vous devez toujours estre fidèle au Roy, luy dit hardi-

(i) Davila, l'auieur du Tocsin, et celui des Mémoires de l'Estat de France compteni onze mille morts; de Thou, Tavannet et Papyre MassoD, deux mille ; Capilupi, d'Aubigné, AdrianI, trois mille ; Brantdme, quatre mille; Haton, plus de sept mille; Mézeray, cinq mille; Michieli, deux mille au moins, quatre mille au plus; la Popeliniire, mille. Parmi les modernes : MM. Ronke et H. Martin , évaluent le nombre à dtui mille, M. Coquerel, i cinq mille; l'sbbé de Caveirac, à mille. Donc le chiffre de mille à douie cents approche le plus poiùbledela vérité. Revue lies Qiiestions historiques, 1. 1, Paris 1866, p. 33o,

(2) H Ayant re(u pareil ordre, de Gordes s'eicusa de l'exécuter sur la puissance de Monibrun et des protestants du .Dauphiné, et représenta qu'il serait très dangereux de les réduire au désespoir. » De Thou, Hist. univ., liv. 66.

■ C'est surtout dans cette occasion , dit M. Jules Taulier , que se manifesta la généreuse fermeté dede Gordes, dont le nom est digne de vivre éternellement dans l'histoire et dont le Dauphiné doit être fier comme du plus noble et du plus illustre de ses enfiints. • — Jules TtiXiXiW.SoHee historique sur Bertrand Raymbaud Simiaae, baron de Gordes, p. S8-89 et suiv. Grenoble, i85g.

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■ ment Saint-André, vous n'en devez jamais cstre le bour- ( reau. Il n'y a pas de plus utile fidélité que de conserver f â son Roy ses sujets contre les mouvemens impétueux < de sa colère. ■ Le Parlement ob Gordes entra pour luy communiquer les lettres qu'il avoit recettes de la Cour et ses pensées sur leur exécution, lolta sa sagesse. Trucbon , savant dans les lettres et dans l'art du gouvernement, n'estoit pas capable d'avoir un sentiment opposé. L^es bons n'aiment pas la violence et il est difficile d'estre savant et de n'estre pas bon. Il estoit à la teste du Parlement : tous les membres de ce noble corps approuvèrent ceste résolution d'obéir â la royauté en ceste occasion en désobéissant au Roy (i); la royauté est une protection. Les huguenots furent désarmez et renfermez dans les églises. Il fut deffendu à la populasse de rien entreprendre. Ce n'est que ceate basse partie du peuple qui est d craindre dans ces désordres. La fureur que l'exemple inspiroit, s'ettant insensiblement dissipée, ceste ville eut le bonheur de n'avoir pas esté comme tant d'autres la parricide de ses enfants en répandant etle-mesme le sang de ses habitants. La prudente conduite de Gordes fut depuis louée du Roy et des grands, et mesmes de toute la monarchie. On eut sujet de souhaitter que les autres, qui avoient prétendu recom-

(l) Nous ne connaissons aucune délibération plue mémorable que celle du parlement de Grenoble, au lendemain de la Saint-Barthâemy. Les annales de notre pays n'ont pas enregistré une page plus belle que celIe-11. L'histoire n'a pas assez mis en relief cette grande leçon donnée, en ce moment [terrible , à la royauté affolée et à un siècle intolérant. • Gordes vint le III* (ourdu mots de septembre ib-ji, (au Parlement} et mit en délibération, s'il devoit permettre dans son gouvernement contre les huguenots, ce qui l'avoit esté dans les autres. En ces conjonctures, dit-il, il est permis de hésiter; pourra-t- on se persuader que le roi soit bien dans 1; dessein de punir sur tant d'innocents les crimes que l'on impute è l'admirai 1 • Truchon appuya de Gordes de sa parole et de son autorité. — Nicolas Chorîer, Histoirt générale de Daupkiné, t. ii, p. 647.

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mander leur obéissance par leur aveuglement et parleur précipitation, eussent esté plus retenus 11 n'y eut que les ennemis du nom françois ou de ces zélez mélancholiques, qui confondent )a piété avec la frénésie, qui y applaudirent.

Il fallut que le Roy envoyât Hector de Maniquet (i), seigneur du Fayet,gentilhommedeDauphiné,aux princes d'Allemagne pour justifier ce qui s'estoit fait dans Paris, et ailleurs, ou du moins pour l'excuser. L'excuse ne manque jamais oti mesmes on ne peut jamais espérer de justification. Prunier fit son devoir dans le Parlement : son savoir et son esprit luy fournirent des raisons qui animèrent heureusement les pensées de Gordes et de Saint-André son père.

Il avoit épousé, depuis quelques mois seulement, Honorée de Simiane, fille de François deSimiane, baron de Chasteauneuf, chevalier de l'ordre du Roy, qui estoit alors celui de Saint-Michel et gouverneur du chasteau d'If et des îles d'Htères ; elles sont les Stœcbades de l'ancienne géographie. Gordes estoit son parent très proche : ce que

(i) Chorier et Guy AUard »e sont trompés sur le but de sa mission, t Hector n'eut pas à rejeter sur la populace de Paris la responsabilité de la Saint-Bai iliéiemy. Cette tAche ingrate, dit M. Anatole de Gallier, était réservée à PJbrac et ii Schomberg. Maniquet fut envoyé en Allemagne plusieurs mois auporanuit, puisque ses instructions portent la date du 7 janvier 1571. L'envoyé trao^ais fiil chargé de solliciter de Jean- Casimir des délais pour les arrérages de la solde des reîtres combanant BOUS les ordres de ce prince dans la campagne de i ^68 au secoure des Huguenots , ces arrérages ayant été mis à la charge du gouvernement par les condition* de la paix de Longjumeau. Les deux autres souverains qu'il dut visiter étaient le landgrave de Hesse, Guillaume IV, et Auguste l", électeur de Saxe. > Maniquet devait aussi leur fournir des explications sur i'échaufiburée de la rue Saint'Denis au sujet de la croix de Gastines.— V. le remarquable travail de M. Anatole de Gallier, Nàtice sur Hector de Mmiqutt,pp. tt, i3, 14, là et suiv. Valence,

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ceux qui ont escrit la généalogie de cette illustre famille ont remarqué. Elle estoit dans l*age où la beauté commence à se découvrir, et à se foire aymer. Et les qualités de soa esprit respondotent dign«nent â celles de 'sa personne. Les nopces furent faites le mois de février de l'an M. D LXXII dans le chasteau de Gordes. L'assemblée des part;nts fut nombreuse et illustre. Les principaux furent Gordes (i), lieutenant de Roy, Guigonne Aleman de Laval, sa femme ; Saïnt'André, le président Jean de Bellièvre, Jean de Simiane de la Coste, Protonotaire, Veines et Cobanes, qui ont dans le Contrat la qualité d'oncles de l'épouse. Enfin i) ne manqua rien à l'honneur ny à la joye de ceste feste (2). Ce mariage fut heureux , et tous le seroient sien vouloit. Mais ce nouveau mary ne devint pas un antre homme. Il n'avoit pas à changer pour devenir

(i) BertraïKt R&ymbaud Simiane, baron de Cordes, naquit le itj octobre i5i3. Eapparteneitàune famille d'unenoblessetrisancienne, otiginairede Provence. La terre de(iordes, située au bailliage d'Apt, fiit érigée en marquisat par Louis XIII, l'an i6i5. Sonptre était Bertrand Raymbatid de Simiane, quatrième du nom, baron de Caaeneuve et de Gordes ; sa mère Pierrette de Pontevei, fille de Jean de Ponievez et de Sibylle de Caitellanne. Onze filles et sept fib naquirent de ce mariage : de Gordes fut l'aîné. La fomiile de Simiane, d'après Guy Allard, te divise en quatorze branclies. Celle de Chasteauneuf à laquelle s'allia la maison du Prunier serait la sizîËme. — Jules Taulier, Notice sur Bertrand Raymbaud Simiane, pp. 7-1 1.

En :552, de Gordes épousa Guigonne Alleman, fille de Charles Alleman, seigrieur de Champ, et d'Anne d'Atbigny. Il en eut sis enfants: le premier, Laurent, qui mourut jeune ; Gaspard , qui se trouva à la bataille de Lépante et fut tué à l'flge devïtigt-et-un ans, par tes protestants, àMont^limar; Baltasard, tué le 3o mai 1 586 devant le Monestier-de-Clermonl ; Charles, chef de la troisième branche dite de Pianesse; Laurence, femme deRostaingd'Urre; Marguerite, femmed'Anoine de Clermonl. — J. Taulier, ibid., pp. iî-:3.

(î) Ce passage commençant ain« : • Les nopces furent faites, ■ et finissant aux mots ■ ce mariage fut heureux • n'est point contenu dans le Ms de M. le C" de Saint-Ferriol.

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meilleur. L'amour de sa femme ne luy osta pas celle des Muses. Le mariage est un prétexte aux fainéans qui se rebuttent des labeurs loUables. Il continua le même genre de vie, et il estoit plus à sa charge, et à l'estude qu'aux plaisirs. Il travailloit heureusement à se rendre digne du haut rang que la fortune sembloicdesjà promettre à sa vertu. Il estoit celluy des jeunes officiers qui estoit le plus estimé dans le Parlement et qui y estoit le plus considéré , ce qui est l'eSet nécessaire de la véritable estime.

Truchon eil estoit le premier président, Guillaume de Portes (i) en estoit le second, et Jean de Bellièvre le troisième. Ce fut seulement l'an mille cinq cent quarante un qu'un second président y fut ajousté. Alors Claude de Bellièvre (2) estoit unique comme tous ses prédécesseurs l'avoient esté. Gyvais(3) remplit ceste seconde place qui fut donnée à sa vertu. Il ne s'enrichit pas et il y estoit entré pauvre. Il se contenta toujours de ce qui luy estoit absolument nécessaire, et il ne voulut rien au delà, ny pour le plaisir, ny pour l'ostentation. Tellement qu'il mourut dans une pauvreté, qui n'estant pas incommode, faisoit qu'il ne s'en appercevoit point. Ufellut que le Parlement eut le soin de ses obsèques et qu'il en fît les frais. L'indigence est une misère, la pauvreté ne l'est pas.

(i) Guillaume de Portes , docteur en droit, professeur de droit à l'Université de Grenoble, fut nommé conseiller (office créé de coneeiJier-derc) par lettre* de Saint-Germain-en-Laye, en date du 1 3 avril ib^i. 11 fut plus tard nommé, le 27 iuin 1^34, second président du parlement de Savoie. — PilotdeThorey, Inventaire som.,l. 11, B. (2j V. la note de la page i5.

(i) Gyvais fiit ajouté au pariement de Grenoble, en qualité de second présidenleni^Sg. Sa nomination est confirmée deux ans après en 1341. Ce magistrat recommandable par son intégrité mourut si pauvre que la Cour, comme ]e raconte Cliorier, le fit enterrer â ses Irais. La délibération qui contient cette disposition et qui ivote la dépense des funérailles existe encore dans un re^ sire. — Pilot, Invent, tom., ibid.

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Tnichon , né à Montfort l'Amaury, estoit un grand homme de lettres. Il possédoit parfaitement la langue grecque, et avoit une vaste lecture de tous les savans livres. Le duc de Guise l'avoît élevé à ceste dignité et il parut qu'il le méritoit (i). Il estoit un juge incorruptible et un politique infatigable dans l'action. Deux de ses neveux vinrent avec luy dans le Dauphiné, et s'y establirent. Le premier eut une charge de président dans la Chambre des Comptes, le second eut l'abbaye d'Aiguebelle, et tous deux servirent avec esprit et avec succez en plusieurs négotiations qui leur furent commises. De|Portes , qui avoit succédé à Gyvais, avoit aussy beaucoup d'érudition, et sa bibliothèque, dissipée seulement depuis quelques années , le tesmoignoit. La religion catholique n'eut pas de plus zélé

(i) t Si noua en croyons M. de Rivoire de la Bâtie q^i, dans le peu qu'il en rapporte, ne fait que reproduire quelques lignes empruntées à Chorier et à Guy Allard, Jean Truchon, de Monifort l'Amaury en Beauce [Seine et Oise), fui pourvu en 1549, de la charge de premier préudent du parlement de Dauphiné. Une pièce des archives de Grenoble rectifie ces erreurs de date, en nous apprenant qu'il était auparavant second président au parlement de Savoie , et que ce fut par lettres du 17 juin t bb^ qu'il fut nommé premier président, en remplacement et sur la résignation ^de Claude de Bellièvre. ■ — G. Vallier, Médaillt de Jean Truchon (i 5^5-1578), pp. 3-4.

Pendant qu'il était premier président, Truchon eut l'heureuse fortune de voir siéger auprts de lui le plus illustre des conseillers de France, Jacques Cujas. En effet, alors qu'il était régent et professeur de l'université de Valence , il fut nommé conseiller par lettres de Fontainebleau, en date du 1 5 mai 1 S73 (office créé). Il est dit dans l'exposé de ses lettres, que le roi voulait, par cette création d'un office en feveur de Cujas, ajouter à la célébrité et renommée d'icelui la qualité due à ses mérites. Cet office fut d'abord simplement honoraire, mais, dès l'année suivante, le roi par d'autres lettres du 1 7 septembre 1^74, attribua à Cujas les mêmes gages qu'avaient les autres conseillers et qui étaient alors de 3-jb livres. Par les premières lettres du i3 mai 1 573, Cujas avait été dispensé des rapports, il fut plus tard et par d'autres lenres patentes datées de Romans, du l'i février 1575, à cause de ses leçons , dispensé de la résidence.— P'iloi. , Invenl. som., tu, série B. (Suite).

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deffenseur , le Roy de plus iîdelle sujet, ny la liberté de la province de plus ferme appuy durant la première guerre civile, contre les séditieux et les violences du baron des Adrets. Mais Bellièvre eut cet avantage qu'une troisième présidence fat créée dans ce Parlement pour estre une récompense de ses services, et pour honorer sa vertu. Il avoit fait aussy de grands progrez dans les sciences : les langues savantes ne )uy estoient pas estrangères et il estoit excellent homme de palais par sa grande capacité, et par sa longue expérience. 11 estoit gendre de Saint-André et beaupère d'Ennemond Rabot, seigneur d'Ittins, qui luy succéda en la première présidence , en laquelle il avoit succédé à Trucbon. Le nombre des conseillers n'estoit que de vingtdeux qui faisoient deux chambres. Les six premiers estoient de l'ancienne institution et Prunier en estoit le sixiesme. Il avoit esté &it une crue de six autres par un ëdit du roy Henri II, del'an mille cinq cent quarante-trois, et une autre de huit, l'an mille cinq cent soixante-huit, par un édit du roy Charles IX. Mais toutes ces charges n'estoient pas remplies. Gaspard Fléard en estoit le doyen : Laurent Rabot ( i), Simon Odoard (3), sieur de Fiansayes, Aimar du Rivail, Charles Veilheu (3), Pierre d'Emery, George Bailly(4), MichelThomé, Guillaume d'Emé(5), Jean Robert, seigneur

(1 ) Ce magistrat appanenaii à une famille qui avait produit des mtgislratB célèbres. Jean Rabot, né en 1444, fut l'un des grandGmagiGtrau dont s'honore le parlement de Grenoble. Laurent eut pour fiU Ennemond Rabot qui épousa la nièce d'Anus de Pronier et hitpremier président. — Rochas, Biographie du Dauphlni,(. », p. 3 16. Paris, iS^6.

(î) Plutôt Sévérin Odoard, sieur de Fiancey, docteur en droit, nommé conseiller le 9 mars i55o, en remplacement de Pierre Civai, décédé.

— Pilot de Thorey, Inveal. sont., 1. 11, série B. (Suite).

(3) Chartes Velhieu, docteur en droit , nommé conseiller par lettres d'Amboise, en remplacement et sur la r&ignation de Franfois Vidal.

— Pilot , ibid.

(4). V. la note de la page 41.

(5) Guillaume Emé , vibailli de Briançon , nommé consûller par lettres de Paris, en date du i5 juin i56S, appartenait à une auciennc

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de Boquéron, Jean de Vachon, Claude Berthier, el Ennemond Rabot estoienr ceux que l'on estimoit le plus. Mais le dernier estoit conseiller clerc. Quand ces charges n'auroient deu estre données qu'au mérite, ils auroient tous eu droit d'y préteadre. Pierre Bûcher (j) , seigneur de Saint- Guillaume, estoit procureur général du Roy, Félicien Boffin I2) estoit le premier avocat général, et François Ruzé(3) le second. Bûcher ezerçoit cette charge depuis l'an mil cinq cent cinquante-trois. Il ne manquoit ny de probité ny de savoir : il avoit mesroes de la fermeté. Mais ses manières estoient particulières et les singularitez sont rarement louables. J'ay parlé de luy ailleurs, Boffin estoit

l^mille noble de l'Embrunois , connue plus lard bous les noms de seigneurs de Saint-Julien et marquis de Marcieu. — Rochas, Biog. du Dauph., 1. 1, p. 356. — Pilot, ibid.

(i) Bûcher (Pierre), l'un des plus grands personnages de notre province au XVI> gitcle , fiait docteur en droit et eierfa d'abord la profession d'avocal. En r 53S, il fut menacé d'un singulier procès devant te Parlement pour avoir reliisé , après s'en Stre chargé, de jouer le rAle de Jésus-Christ dans un mystire. Heureusement Taffitire fiil arrangée, tl devint peu après l'un dee conseiUers de la ville, puis,en 1S39, substitut du procureur général; en 1 546, doyen de l'Université où il était professeur de droit depuis 1542 ; et enfin, le i!> avril i553, procureur général du Parlement. — Rochas, Biog. du Dauph. t, I, p. 184. — Chorier, Hist. gin. du Dauph., l, 11, p. 607. — Revue du Dauph. , t. V, p. g3.— Guy Allard, Diction, ffu Dauph., verbo Bûcha,

(2) Boffin, famille noble originaire d'Allemagne el fiiée en Dauphiné vers le XV* siËcte, Romanet Boffin, apris avoir visité les lieux saints> fonda à Romans le Calvaire en !5i6. Félicien Boffin, son fils, seigneur d'Argenson, fut avocat gt!néral au parlement de Grenoble; il exerça cène charge vingt-sept ans et mourut en i58i. Thomas Boffin, conseiller d't.tat , acquit par échange , en 1 53o , de Gaspard Alleman la terre il'Uriege. Son unique héritière la porta dans la maison de Langon. — Rochas , Biog. du Dauph. , t. 1 , p. 1 48. — De la Bâtie , Armoriai, p 83, — G. Allard , Bibhoth. de Dauph.. p. 34.

(3) François Ruzé , sieur de Ponuut, fut nommé a\-ocBt général par lettres de Fonienay en Brie, du 14 (uillet iS-]\. — De Coston, Bulletin de la Société d'Areh de la Drôme,Ta, p 386,

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- M plus propre à la société civile, et ce qu'il savoit estoit plus convenable à sa profession. Que ce que Bûcher se pouvoit vanter de savoir parfaittetnent , c'estoit la sculpture dans laquelle il n'ignoroit rien. Mais Ruzé, qui estoit d'une famille célèbre, avoit des qualités qui le faisoient aymerde cbascun, outre qu'il avoit de l'esprit et du savoir, il estoU très beau et fort boa. 11 mourut l'an mille cinq cent quatre vingt, revestu d'une charge de président en ce mesme Parlement; et Guillaume Ruzé, évesque d'Angers, son frère, luy fit une épitaphe qui se lit encore aujourd'huy dans l'église des religieuses de Sainte-Claire de Grenoble od il a son tombeau. Aînsy cet illustre corps estoit une assemblée d'hommes vertueux et savans dans le sanctuaire de la Justice. Le bon génie qui préside au gouvernement des Estats en avoit inspiiéle choix, et sembtoit l'avoir fait luy-mesme. H ne sufhsoit pas de n'avoir nulle meschante qualité pour y estre lobé. L'émulation a cella de commun avec l'envie qu'elle déprime tousjours les vertus médiocres au-dessous de ce qu'elles sont , et , avec l'ambition , qu'elle donne aux excellentes plus d'élévation qu'en effet elles n'en ont. Ainsy les unes sont l'objet de son mespris, et les autres sont celluy de ses désirs. Entre les collègues sageset judicieux, les vertus se soustiennent, se secourent et s'animent mutuellement.

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Charles du Puy, tcigneur de Montbrun. — La paix wt conclue avec le» protestants. — Antoine de Clermont et Louis Bérenger du Gua. — Le duc d'An)ou est élu roi de Pologne : Jean de Montluc. — Prise et reprise du château de Saint-André dans te Royans. — Fran- (ois de Bourbon vient en Dauphinf. Ses troupes sont d£failes par Montbrun. — Mort de Cliarles IX. — Siège de Livron : de Gorde» et le maréchal de Bellegarde. — Les États sont assemblés àRomans.— Le roi les préûde : Jean Trachon , Guillaume de Portes , François Fléard , Saint-André et Sébastien de Lionne sont les commissaires du roi, — Montbrun pille les bagages de Henri IIL — Gordes remporte une victoire auprès de Die : Montbrun est fait prisonnier. — Il est condamné à mort et eiécuté , 12 août 1575. - Lesdiguières reçoit le commandement des forces protestantes — Mars 1576 ; cinquième paix générale.

Charles du Puy (l), seigneur de Montbrun, estoit un Huguenot très zélé et un très grand capitaine. Il avoit pris

<i) Du Puy, — de Podio, — ancienne et illustre Tamille originaire dltalie, et fixée dès le milieu du XII* Micle en Dauphiné, où elle posséda d'abord la terre de Peyiins (DrAme). Elle a formé plusieurs branches, entre autres celle* de Montbrun, d'où est sortie une des plus grandes illustrations de cette province.

Du Puy Montbrun (Charles) , célèbre chef militaire des protestants du Dauphiné, naquit au chSteau de MonltH^n .in 1 53o. Il fit ses premières armes en Italie sous Aymard du Puy, son père, et servit ensuite tous Bernardin du Motet, depuis ibbi jusqu'en ib5^. De retour en DauE^né, il embrassa les principes de la réforme. La violence qu'il employa pour contraindre tous ses vassaux à suivre son exemple ,

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les armes pour la deffense de son party desjà sous le règne de François II et son exemple les avoit mises dans les mains de tant d'autres rebelles sous cetluy du Roy Charles IX. Les trois premiers siècles du christianisme ont conservé toute sa pureté. C'est l'aveu de ceux qui ont prétendu le réformer dans le siècle dernier. Tout ce qui s'est escrit, et tout ce qui s'est fait dans cet âge d'or de la piété chrétienne par ceux qui l'avoient embrassée doit estre, disent-ils, le suppost de nostre créance, et le modelle de nos actions. Mais quelques persécutions qu'ils ayent alors souffertes, quelque haine que les empereurs, les grands et les peuples idolâtres ayent exercée contre eux arec tant d'inhumanité, ils ne se sont pas armez pour se deffendre ou pour se venger. Ils n'ont pas formé des conspirations , ils ne se sont pas soulevez contre les puissances. Elles viennent toutes de Dieu qui les a establtes, se révolter contre elles n'est-ce pointune révolte contre Dieu? La faction est orgueilleuse et inquiette; la religion est humble, soumise et paisible.

La mort de l'Amiral, et le massacre îa'it dans les principales villes du royaume estourdirent ce grand party, mais ils ne l'abbatirent pas. La France fut incontinent toute en feu, Montbrun ayant recommencé la guerre dansleDauphiné i il n'attendoit jamais d'estre attaqué, et l'on ne craignoit guère moins son esprit que son espée. Il savoit gaigner ceux qu'il vouloit estre ft luy et il avoit des intellî-

ditermma le Parlement il instruire contre lui. Montbrun fait prisonnier le prévAt Marin Bovier qui venait pour l'arrêter. Plus tard il surprend La Motte Gondrin dans un défilé , et taille sa troupe en pièces. Il se retire i Genive vers ta fin de i55f|. Il succède, en i56i. au baron des Adrets, dans le commandement da protestants. Il assiste aux batailles de Jamac et de Monlcontour. y fait des prodiges île valeur, rentre dans le Oauptiiné en 1^70 , défoit de Cordes au passage du Rhône (28 mars). Après la Saînt-Banhêlemy, il reprend les armes. Le présent manuscrit nous conduit maintenant jusqu'à sa mort. — Biag. uni» , t. iv,p 348. — Rochas, Biog.du Dauph. , 1. 11, pp. 342

gences partout. On le croyoit par elles présent où a il n'estoit pas.

On découvrit dans Grenoble une conspiration qu'il yiornooît, l'on ne s'y croyoit pas en seureté, mais, le Parlement unissant ses soins à ceux de Gordes, on n'y eut que de la peur. Cependant la paix fut conclue avec les principaux cheis des huguenots : ce qui sauva la Rochelle que le duc d'Anjou avoit assiégée et réduite à l'extrémité. Antoine de Clermont (t), vicomte de Talar, et Louis Bérenger du Gua {2) se distinguèrent dans ce siège par tant d'actions d'une vertu non commune, que nul des plus braves ne leur reffusa ses louanges. Mais il en cousta la vie au premier qui . fut tué dans un assaut. Le duc d'Anjou avoit esté eslu roy de Pologne par la négotiation de Jean de Montluc (iX évetque de Valence: Ce Iraitté de paix conclu en forme d'édit pour estre plus authentique fut envoyé à Gordes, et à

(1) La maison de Clennont est sans contredit la plus grande et ta plus illustre de la province tant psr son origine que par les hommes distingués qu'elle a produits. Bernardin de Clermont, vicomte deTallard, chevalier, acquit, le 3 juillet iSiç, la terreet seigneurie de Montrevel d'Antoine de Grolte Meuillon. — Rivoire de la Bâtie, Armoriai, p. iSg.

(i) Louis de Bérenger, seigneur du Gua, Imvori de Henri III, mestre de camp du régiment des gardes , assassiné i Paris, dans la fleur de rige, par le baron de Vittsuz, le i*' nov. t575. Il aimùt les lettres, il tenait un livie au moment de sa mort. — Rochas, Biog. du Dauph , t.i,pp. io5-io6.— iVow. Biog. gin., t. ««,p.3îi.— De Thou.W*., Ub. ux. — J. D. Long, la Ré/t>rme, p. 249.

(3j Monluc (Jean de Lasseran Massencome), frère du maréchal Biaise de Monluc, né vers t5o8, mort le i3 avril 1579 à Toulouse- Son grand savoir, son esprit souple et délié, sa prudence en firent un diplomate remarquable. De son propre aveu , on lui confia plus de seize ambassades : la plus célèbre fut celle de Pologne , en 1571. Drs 1^53, il fut nommé à révèché de Valence et de Die. — N.Biog.gén., t. xxivi, p. 3 1 3. — Brantôme, Capitaine» illuttres, liv. v. — Ph. Thamisey de Larroque, Nota et Docum. pour 'serv. à la biog. de Jtan deUonluç. Paris, 1871.

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- a8 - Montbrun. Il fut dané du mois de juillet, et c'est laquatriesine paix générale faitte avec eux. Mais Moatbrun ne voulut ny la recevoir, nyla refuser. Dans la politique, c'est une loy qui excuse tout de céder au temps, quand mesmes il semble n'estre pas bonneste de céder à ses ennemis.

Gordes ne l'ignoroit pas : tl suivoit les conseils de Saint- André qui les establissoit sur cette vérité : que l'honneur est dans l'heureux succez des aHaires et non dans les manières et dans les formalitez. II entra en négotiation avec Montbrun qui enfin consentit à une trêve mais ce ne fut qu'après que Basemont, neveu du premier président, eût porté ceux de Vivarois à une pareille suspension d'armes. Elle fut mal gardée, et quand elle fut finie, il n'y eut point d'actes d'hostilité que Montbrun ne commit. Il fît mesme faire des courses jusques aux portes de Grenoble, par ceux qu'il avoit mis dans Vif et k la Mure, places dont il s'estoit rendu maistrepar le courage et parle bonheur de Lesdiguiëres. Quoy que Saint-André fut dans son alliance il le considéroit comme son ennemy parce qu'il estoit fidelle au Roy et à son devoir. Dans les guerres civiles, l'intérêt du party tourne vers luy toutes les passions. Il fit attaquer le chasteau de Saint-André dans le Royans, et le prit; mais ceux qui l'avoient emporté, n'ayans pas eu le temps de s'y fortifier, les catholiques le reprirent en mesme temps.Peutestre que Montbrun avoit eu la pensée de se rendre seulement redoutable, et non celle de se rendre plus puissant au préjudice d'un homme de ce mérite pour qui il auroit eu de l'estime, quand il n'auroit pas eu du respect.

Ce fut environ ce mesme temps, que François de Bourbon, Dauphin d'Auvergne (i), gouverneur général de Dau-

(i) Voir 1r note delà page 49. — A l'occasion de l'arrivée à Romans (12 mai 1574) àe Françoia de Bourbon, piîncede la Rochc-sur-Yon, gouverneur du Dauphînë, l'asôemblëe décide qu'on lui fera la meilleure réception possible. On lui offrira quelque pièce d'argenterie de la va-

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phiné y vint avec des troupes. Il estoit Jïls de Louis de Bourbon, comte de Montpensier, et il nesepromettoit rien moins que des victoires et des triomphes Toutes les fonctions de la justice distributive avoient cessé dans la ville de Grenoble^ et, dans toutes les autres, les lieux oti elle Se rend aux peuples estoient fermez. Ce temps de troubles et de désordres en estoît un de vacation, mais Prunier en faîsoit un de tranquilité pour luy. 11 donnoit â l'estude les heures dont il pouvoit disposer, et préparoit pendant la guerre les armes qui sont nécessaires au bon magistrat pour faire régner la justice et les bonnes mœurs durant la paix.

Le Prince nefîtrîenquiresponditauxespérances. Estant à Saînt-Marcellin, il envoya de ses meilleures troupes dans le Royans. Elles se logèrent dans le Pont qui est une petite ville fort peuplée qui appartient à l'illustre maison de Sassenage. Montbrun,qui estoit tousjours à cheval,les y attaqua et les deffit. Le chagrin qu'en eut le Prince fut si grand qu'il ne pût le dissimuler. 11 commença dez lors â pensera la retraitte. Mais pour avoir part aux grâces de la fortune, il ne Ëiutpas se rebutter quelques maux qu'elle fasse. Cestoit vers la fin du mois de may, et le dernier jour de ce mois fut aussi le dernier de la vîe du roy Charles IX-

Cest accident qui n'estoit pasnéan tmoins impréveu arresta le Prince dans leDauphinéjusquesàcequeleroy de Pologne, successeur de son fràreen la première couronne de la chrestienté, fut arrivé; cequ'il Bt le mois de septembre suivant. Dans cest intervalle, le prince fit son entrée solennelle dans Romans, et dans Grenoble, mais la guerre continua, la venue du nouveau Roy portant plus décolère que de crainte dans l'esprit des relïgîonnaires, qui le croyoient l'autheur des cruautez de la Saint-Barthélémy. De sorte que Li-

leur de 1 à 3oo livres, el l'on fera confeclionner un pally (dais) de laffètas aux couleurs et aui arnrn dudii seigneur, pour l'honorer i son entrée. — D' Chevalier, Annales de la ville de Romms, p. 64.

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— 3o — vron (i), ayant esté assiégé, fut deffendu avec tantd'opiniastreté que ceste bicoque, qui n'avoit rien de fort que le courage de ceux qui la deffendoient, ne peut estre prise. Le mareschal de Bellegarde (2) et Gordes avoient commande en ce siège et le Roy mesmes, pour animer les soldats, l'avoit honoré de sa présence durant quelques heures. Les Estais de la province furent assemblez à Romans, et il y voulut iuy-mesme présider et foire les propositions sur lesquelles il luy plût que l'on délibérât. Le duc d'Alençon, son frère, le roy de Navarre, le chancelier René de Birague et Gordes, lieutenant général, l'y accompagnèrent.

Jean Truchon, Guillaume de Portes, l'un premier et l'autre second président du Parlement, François Fléard, premier président de la Chambre des Comptes^ Saînt-André et Sébastien de Lionne y assistèrent comme commissaires choisis et députez par le Roy. Guillaume d'Avançon (3), archevesque d'Ambrun, procureur de François d'Avançon évesque de Grenoble, président né des Estats, son onde; Basemont, abbé d'Aîguebelle , grand vicaire du mesme

{i)V. Jules TauÙtT , Notice sur Btrtrmd Raym^aud de Simiane , pp. ii5-ii6. — J. D. Long, La Ri/orme en Dauphiné, p. lîi etmiv.

(1) Roger de Ssint-Lary'de Bellegarde, de la maison de Terniet, mort en 1579.

(3) Saint-Marcel d'Avançon , femi lie noble qui reroonuit au XIV' giicle, et s'ett éteinte ver* la Bn du XVI* siide. Ses biena ont passi dans celle de Simiane.

Saint-Marcel d'Avançon (François de), Alt de Geoi^es et de Suzanne de Morges, ét^t conseiller clerc au parlement de Grenoble, prieur de Sigotier et prévOt de l'église Saint-Andrf, lorsqu'il fiit élu év£que de Grenoble, le 3o octobre iSfii. L'année suivante, il osa résistera des Adrets, et. grfice à ses prières, obtint que les autels ne fussent point alnttus. Il mouiut le i février 1 57b,

Saint-Marcel d'Avançon (Guillaume de) , son tjevcu, né en ii3i , assista au concile de Trente. Nommé archevêque d'Kmbrun en 1^61, il rentra en France, prit part au colloque de Poissy et en 1 576 fut l'un des députés du clergé auiËlats de Bloii. Il mourut à Grenobleen juillet 1600. — Rochas, Biog. du Dauph., t.u, pp. 3tto-38t.

— 3i évesque, le grand vicaire de l'arcbevesque de Vienne, et Ancelme Aquin, précenteur et chanoine de l'église Nostre- Datne de Grenoble, y furent les députez du clergé. Le baron de Sassenage le fut de la noblesse et André Aréoud, premier consul de Grenoble, et un consul de Vienne, le furent du tiers ordre. 11 n'y eut jamais d'Estats aussy célèbres que ceui-cy ( i ). Quand les roys ne sont pas en estât de se {aire accorder par les armes ce qu'ils veulent, on ne l'est jamais de rien refuser à leur affabilité. Les priires des grands imposent aux plus mutins, et aux plus séditieux la nécessité d'obéjrr. Le Roy avoit des vertus admirables : il savott beaucoup, il estolt éloquent, il aimoït les gens de lettres, et, comme je l'ay remarqué ailleurs, il avoit résolu, quelque tempsavant sa mort, deleurtesmoigner dans toutes les provinces de la monarchie ion estime par ses bienfaits. Il estoit bien informé qu'il y avoit d'escellens esprits que leur naissance ft cent lieUes de la cour y tenoit comme cachés, et que la fortune y arrestoit. C'estoit un moyen infaillible d'éterniser sa gloire et de s'immortaliser dans la mémoire des hommes. Mais la vengeance luy estoit agréable, et il ne croyoît pas que pardonner fut une vertu royale.

Une partie de son bagage passant, & son retour de Pologne, dans les montagnes de Daupbiné, Montbrun donna dessus et le pilla. Il refusa mesmes de le rendre, et respondit à ceux qui bUsmoient une action si hardie d'un sujet envers son Roy, < que le jeu et les armes esgalloient les hommes. > Une lettre qu'on luyattribuoit fut portée au

(i) 16 janvier 1575. —Le roi Henri UI, accompagna du duc d'Alenfon, ton frère, du roi de Navarre, du chancelier de Birague et du baron de Cordes, préside les États de Dauphiné, réunis à Romans. On y arrête que , pour continuer la guerre contre Montbrun , le Tiers-Etat de la province entretiendra 3,000 hommes de pied et la noblea«e 5o horomea d'armes. I-e roi partit le lendemain pour Saini-Vallier, l* dispense pour son séjour monta à 275 livrea, 5 sois, q deniers,— D' Chevalier, Amudti dt la ville de Roman, p. 66.

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Roy : il faisoit responce & une personne de qualité qui luy avoit reproché, par une autre, qu'il sembloit avoir perdu tout respect ( qu'il estoit bien ridicule d'en attendre d'un ennemy qui estoit à cheval, les armes à la main, i Cette bravade offença si fort le Roy qu'il tesmoigna son ressentiment par son chagrin et par ses menaces. Montbrun fut fait prisonnier après un combat longet sanglant que Cordes gaigna auprès de Die (i). Sa prise fut tout l'honneur de la victoire et toute la joye que le Roy eut de l'avoir gagnée. Il commanda au Parlement de luy faire son procez et quelques raisons qui s'opposassent à ce dessein, rien ne put l'en dissuader. Un prince plus politique auroit fait bien des réflexions qu'il y avoit à faire. Mats l^mour de la vengeance ne raisonne pas. Montbrun fut conduit & Grenoble par Gordes mesmes, et il y arriva le vingt-neufvième du mois de juillet. Saint-André et Prunier eurent la permission de le voir dans la prison, l'alliance qui estoit entre eux les y obligeoit. Us ne pouvoient que le consoler, maïs il n'avoit pas besoin de consolation ; et il ne leur estoit pas permis de luy rendre d'autre office. Il jugeoit bien qu'il estoit perdu, mais il craignoit que sa mort ne fut imputée à quelque autre chose qu'à son zèle pour sa religion. Il tâcha de leur persuader qu'il n'avoit ny tenu ce discours insolent, ny escrit cette lettre si libre. Un de ses ministres l'avoit escrite et composée et la luy avoit présentée à signer, ce qu'il avoit fait, sans la lire. Ces sortes de gens pouvoient tout en ce temps-là, et souvent ils abusoient de ce qu'ils pouvoient et de la crédulité des foibles. Son procez fut fait, instruit et jugé en moins de douze jours. Quand le désir

(i) Henri [II, au dire de Braniflme, te serait éciii, en apprenant la capture de son redoutable ennemi: < II verra à ceBle heure, »'il eat mon compaignon. » Rochas, Biog. du Dauph., t.'i , pp. 346-347. — J. l>. Long. La Ré/brmt m Dauph , pp. 146-147,— J. Taulier, Notice sur le baron de Gordes, j^ tïj-134.

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de s'aquérir, en obéissant, la bonne grâce du souverain qui commande, s'unit à ceUuy de rendre justice , -la précipitation est une vertu : te mespris de formalitez inutiles est lotJable. Il fut condamné à perdre )a teste, et il la perdit sur un eschaffaut, 1« douziesme du mwsd'aoust (i). Il eut le tiltre de vaillant, et cest éloge luy auroit esté une loUange, s'il l'avoit mérité par des actions loCkables. Mais sa rébellion contre son Dieu, «t contre ton Roy en ternit l'éclat. Saint- André a Prunier qui estoîent aussy fidelles ft l'un et l'autre qu'ils l'avoient pu estre, ne laissèrent pas de le plaindre. Les jugements de la philosophie ne gouvernent pas tous- )ours les sentimens de la nature dans les plus sages.

Prunier n'eut pas alors ce seul déplaisir de la perte de Montbrun, son allié, il eut encorecelluy de perdre le savant Cujas, ton précepteur. Un ordre exprez du Roy te rappela en ce mesme temps de Valence à Bourges. Prunier et Saint- André son père , secondants en celta les désirs des savans, et pour l'honneur des lettres, luy avoient procuré celluy d'ectre pourveu par le Roy d'une charge de conseiller au parlemeot de Grenelle, Ils y. avoient contribué de leurs soins et fait agir leurs amis. Saint-André fut mesme un des tesmoins dans son enqueste d'office qui déposèrent de sa vie et de ses moeurs. Néantmoins il ne fut pas d'un grand service dans ceste charge. Il estoit plus propre à expliquer les loix qu'A les appliquer et à enseigner la jurisprudence dans l'école qu'à la mettre en usage dans le palais. Pour estre un bon jurisconsulte, il faut de l'esprit, de la mémoire et de la lecture. Mais pour estre un grand magistrat, il faut

(i) Sa femme, Justine AUeman de Champs, dans l'espoir de lui Muver U tête, offrit en vain de livrer aux catholiques Serres ou Livron, place* fortes occupées par le* ptoiettants. — Rochas, A'o^., p 346.— J.-D. Long. fai?e/ar»ie, p. 291. A cet endroit l'on trouve le : « Discours en forme de cantique sur la vie et mort de Charles du Puy. seigneur de Montbrun et FerraasiËrea. 1— Ouy AUard, Vit de Charles Dupigr, 1G75.

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toot celU, et encore une dextérité et une prudence que les hommes, qui se sont donnez uniquement & l'estude, ont rarement.

La mort de Montbnin ranima la haine des religionnaires contre les catholiques. Les principaux chefs de ce party s'estant assemblez donnèrent à Lesdiguiéres le commandement générai qu'avoit eu Montbrun. Lesdiguiéres n'estoît pas moins vaillantquecelluy-cy,mais il estoit plus traittable et il savoit se modérer. La guerre se renflamma, et quoy que la paix eut esté publiée dez le mois de mars de l'année suîvante,quifutcelledemîlle cinq cent soixan te seze, Lesdiguiéres ne la receut qu'à la fin du mois de juin. C'est la cinquiesme paix générale faitte avec tout le corps de ce party ; elle fut premièrement publiée dans Grenoble, et après, dans les autres villes de ta province. Si est-ce que Lesdiguiéres ne désarma point. La guerre n'est pas & ce que l'on croit aussy naturelle que la paix. Si cella est d*oti peut provenir que l'on court avec tant de rapidité â la guerre pour de foibles sujets, et que l'on revient sî lentement à la paix, quelque forte raison que l'on ait de la désirer.

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6 décembre tSjS : les États-Gfnéraux s'ouvrent & Blois.— Lesdiguière* fait prisonnier le conseiller Emë.— Laurent Allem an tombe ■us mains des catholiques. Sixième guerre civile. — Un ordre du roi rend AUières à la liberté. — Gardes assiège le château d'AlUères et l'emporte d'assaut. — Nouvelle paix conclue i Poitiers. — 2: février 1578, de Cordes meurt à Montélimar : Laurent de Maugiron lui succède. ~ Mort du premier pr&ident Truchon. — Arrivée de Catberine de Médkis à Grenoble: 21 iuillet iâ7g. — Le roi de Navarre envoie Sofirey CaUgnon à Lesdiguières. — Traité de paix conclu au Monestitr-de-Clermom. — Le château d'Alliires est rendu à Laurent Aileman. — Prunier de Saint-André, Sgé de quatre-vingts ans, meurt au cbâteaude Virieu. — Énumération de sesenbnts. — Villemor et Fontaines.

L'honneur fut rendu à Montbrun par un des articles de ce traitté de paix, et le jugement qui l'avoit condamné A mort fut anéanty. C*es^ une satisfaction aux vivants qui seroit inutile aux morts, si l'honneur ne leur estoit pas une espèce dévie plus noble et plus durable que celle qu'ils ont perdue. Les Estats généraux du royaume furent après assemblez à Blois, et l'ouverture s'en fit lesixiesme du mois de décembre de cette mesme année mille cinq cent soixante seze. Au lieu d'estre un remède aux maux del'Estat, ils leur furent un poison. Tout ce qui avoit esté accordé aux religionn aires pour leur liberté, et pour leur seureté y fut désapprouvé et révoqué : ce fut une déclaration de guerre. Lesdiguières savoit qu'à la guerre, qui attaque, ébranle son

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ennemy, s'il ne l'estourdit. Il se mil en campagne et fit prisonnier ie conseiller Emé qui fui conduit premièrement au cbasteau d'Allières. Lesdiguières estoit maistre de cette pl.ce.

Un party des catholiques enleva aussy presque en mesme temps Laurent Alleman (i), seigneur de cette terre, gendre de St-André. On Paroena à Gordes. Ce fut le commencement d'une stxièsme guerre civile dans ceste province. Mais ceste prise ne fut pas approuvée de chacun . Non seulement la noblesse huguenote, mais aussy la catholique, publia qu'elle avoit esté mal faitte. La raison estoit qu'Allières n'avoit point esté pris les armes à la main et que, depuis que la paix avoit esté publiée, il n'y avoit point contrevenu. Mais Lesdiguières avoit donné l'exemple, et on n'avoit fait contre luy qu'exercer un droit de représailles. Sofirey de Calignon avoit achevé d'infecter l'esprit de ce gentilhomme et de sa femme par les conversations que l'accez libre, qu'il avoit dans la maison de Prunier, luy avoit facilitées avec eux. Il leur avoit persuadé ses senlimensdansla religion et ils y furent depuis si étroittement attachez que rien ne pût les en déprendre, Néantmoîns Saint-André ne les abandonna point. Il fit agir tout son crédit auprès de Gordes qui ne voulant pas que ses ennemys luy peussent rien imputer, consulta premièrement Manddot {2), gou-

(i) Famille noble et illustre du Daupbiné dont l'origioe paraît remonter au X* siècle. Dans une assemblée que tinrent à Grenoble les AUeman le l'r mai i^Si, vingt-quatre rejetons de !a famille se trouvèrent présents. Laurent Alleman , seigneur d'Allièrcs, épousa Bonne de Prunier. Quatorze en&nls naquirent de ce mariage. Une de leur* tilles, Blanche Alleman, épousa Samson de Péiissol , président en la chambre de l'Édit. — Rochas, Biog. du Dauph., t. i, pp. ao-ii. — J -D, Long, la Réforme, p. iS5.

(2) François de Mandelotfut nommé le 17 février 1571 gouverneur de Lyon, en remplacement de Jacques de Savoie , duc de Nemours, démissionnaire.— Ant.Péricaud,?A>t«efI>ocum., année iSji, p. 67.

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verneur de Lyonnois, et après le Dauphin d'Auvergne, gouverneur de la province. Mais enfin Saint-André obtint par ses amis un ordre exprez du Roy qui mit AUîères en liberté. Gordes, avant que d'exécuter cet ordre, voulutqu'it consentit qu'il mit une garnison catholique dans, le chasteau d'Alliàres. 11 le refusa constamment, et Gordes, choisissant le party le plus honneste, le laissa aller sans condition. Souvent on inspire la foy en tesmoignant qu'on n'en doute pas. Mais Aliières n'en ayant pas fait sortir la garnison que Lesdiguières y avoit mise, Gordes l'assiégea quelque temps après. Elle fatsoit des courses et des ravages jusques aux portes de Grenoble qui en estoit extraordinairement incommodé. De sorte que les prières de ses consuls et de ses habitansle portèrent àceste entreprise. Lesassiégez attendirent le canon, et, la bresche estant feitte, ils se dépendirent avec tant d'obstination qu'à la réserve de deux ofHciers, etdedeux soldats, ils furenttous tuez. Ce fut noncourage, mais désespoir. Les deux officiers qui estoient la Pérouse et Montagnac furent pendus. Le capitaine la Balme y fut laissé avec vingt cinq soldats, Gordes n'ayant voulu alors le démolir par la considération qu'il eut pour Saint-André et pour Prunier. Mais depuis la Balme en fut retiré, la raison du bien public et du repos de la ville ayant enBn porté Gordes au dessein de ruiner ses fortifications qui fut en mesme temps exécuté. Les deux partys souffroient avec une égale impatiance la paix et la guerre. Rien ne satisfait l'inquiétude des corps malades.

Une nouvelle paix fut conclue a Poitiers (i) et elle fut si

(i) Le traité de Bergerac, destin j à demeurer «ecret, futaignéle 17 septembre 1 377 par le duc de Montpensier , de Biron , d'Escars , de Saint-Sulpice et de la Mothe-Féneion pour Henri UI , et au nom du ir>i de Navarre et du prince de Condé, par François de la Noue, Louii du Fsur de Grateîns, Louis de Saint-Gelais , Chauvigny, Arnaud du Faut de Caseneuve. L'iîdit de Poitiers, signé le î3 septembre 1S77, et rendu public, complétai! les concessions faites aux calvinistes par

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avantageuse, et par conséquent si agréable aux religionnaires, que l'édit en estant porté à la Rochelle, il y fut publié aux flambeaux. La mémoiredeMontbrun en fut encore un des articles. Ce qui montre quelle estoit l'estime qu'il s'estoit acquise dans un party, et qu'on n'osoit pas lui contester dans l'autre. Si est-ce que ceste paix n'apporta pas le calme dans le Daupbiné, elle n'y fit qu'apaiser un peu la tempeste. Gordes trouva des difHcultez à la faire observer ot) il eut besoin de toute sa prudence, de toute sa modération et, pour tout dire, de tout son esprit et de loute sa vertu. Mais une maladie que tant de soins et tant de fatigues luy avoient causée ne luy permit pas d'achever ce grand ouvrage. Il telaissa imparfait. Il mourut â Montetimar{i)leXXIM jour du mois de février de Tan mille cinq cent soixante dix huit, et, en luy, un homme admirable en toutes sortes de vertus chrestiennas, morales et politiques. S'il estoit né au temps des premiers romains, il y en a peu de ceux que nous lotions le plus, qu'il n'eut effacez. Saint- Andréet Prunier jugeoient de luy par son mérite et non par sa dignité. Ils le regardoient comme un héros et l'avantage qu'ils avoient d'estredans son alliance, comme un honneur. Ils le pleurèrent et regrettèrent dans leur perte particulière celle que l'Estat avoit faitte. Les hommes ordinaires ne sont sensibles que par leurs propres intérêts mais ceux qui ont

le traitf de Bergerac. — Joseph de Croze, les Guises, ha Valois et Philippe 11, 1. 1, pp. 140-241. — H, Martin, Hittoire de France, t. a., 4"t édit., pp. 466-467.

(1) Nous ne connaJBSons pas de mon plus belle que celle de de Gordes. Le grand homme s'éteignit comme un héros chrétien. Il avait généreuEement immolé sa vie à l'apaisement des passions et il pouvait sans crainte rendre sa belle dme à Dieu , après avoir si bien servi son pays et l'honneur. Si Bayard l'eût vu mourir, il eût été content de son élève. M. Jules Taulier a supérieurement retracé cette dernière page de sa vie.— Jules Taulier, Notice sur le baron de Gordes, pp. i36-

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de l'élévation sur les vertus communes ne le sont que par les intérêts de la patrie qui ne touchent pas les autres.

Laurent de Maugiron succéda à Cordes et reprit son rang oti son mérite l'avoit desjà porté une fois. Il entra d'abord en négotiation avec Lesdiguiéres pour le disposer à la paix. Jacques Faye d'Espesses, amy de Prunier, estoit celluy du conseil duquel le Roy vouloit que Maugiron se servît pour faire cest accommodement avec le party huguenot du succez duquel dépendoit le repos de la province. Il fut conclu mais le Roy ne l'approuva pas, quoy qu'ils n'eussent rien résolu qu'après avoir bien consulté l'Estatde la province. La Reine se promettoîtde pacifier elle seule par sa prudence et parsa dextérité tousles troubles du royaume. Elle s'y disposoit dez lors. Cependant le premier président Truchon suivit Gordes de bien prez (i). II ne luy survescut que d'environ six mois, et en luy, Prunier perdit encore un amy qui luy estoit d'autant plus cher qu'il estoit un des plus grands hommes du royaume dans la magistrature et dans les lettres. Adrien de Basemont, abbé d'AlguebelIe, et Macé de Basemont, second président de la Chambre des Comptes, ses neveux, furent ses héritiers.

La Reyne venant de la conférence qu'elle avoit eue à Nerac avec le roy de Navarre, s'estoit proposé d'en avoir une pareille avec Lesdiguières. En effet, elle arriva à Grenoble leXXI du mois de juillet,dei'an mil cinq cent soixante

(i) H Estant tombé diinsune maladie mortelle, vers la lin du mois d'octobre de cette année (1^78), il fil son testament, et légaau collège de Grenoble quatre cents écus d'or. Leur destination fut que de celte somme il s'en acheptit une rente perpétuelle qbi fût à l'avenir emploïée i l'entreienenient d'un professeur qui enseigneroit la rhétorique. Il en recommanda le soin au procureur général du Parlement, et aux consuls de la Ville qui étoient alors et qui seraient dans la auiite des temps. François Faure étoit alors dans la charge de procureur général, et Urbain Fléard dans celle de premier consul, n — Chorler , Hisl. gin. du Dauph., 1, 11, p. 6Si.

dix neuf. Charles de Lorraine, duc de Mayenne (on l'appelpit alors ainsy), l'ayant accompagnée en ce voyage, Prunier eut divers entretiens avec luy, et ce prince en conceut une esrime très particulière. La Reyne en eut aussy plusieurs avec les principaux officiers du Parlement sur les affaires de la province, et Prunier luy parut si sage et si judicieux dans ses discours et dans ses sentîmens, qu'elle en conserva une idée si favorable qu'elle luy fut depuis en bien d'occasions aussy utile que glorieuse. Tous tomboïent d'accord que la négotiation estoit le plus seur moyen d^ calmer les esprits, comme elle estoit le plus doux. Mais le roy de Navarre qui n'estoit pas satisfait, avoit envoyé Calignon à Lesdiguières pour luy deSendre d'entrer avec elle en aucun traîtté. De manière qu'elle n'eut alors de luy, pour responce à ce qu'elle luy fît proposer, que des tesmoignages de grands respects et des honnestetez. Toutesfois, après qu'il y eut bien pensé, il fut fait un traitté de paix entre luy et les députez des compagnies souveraines, et des Estats de la province au Monestier de Clermont oU ils s'assemblèrent. Ce traîtté fît espérer la paix mais il ne la rétablit pas.

Si est-ce que Saint-André et Prunier se servirent de ceste occasion pour faire rendre à Laurent Alleman le chasteau d'Allières dont les fortifications n'avoient pas esté si bien démolies qu'il n'y eut encore une garnison catholique. Les commis des Estats et lesconsuls de Grenoble y consentirent, Saint-André leur ayant promis qu'il auroît soin qu'à l'avenir son gendre ne se portât à rien qui peut estre blasmé, ny qui les obligeât à se repentir de leur complaisance. Ainsy AUières rentra chez soy : ce fut le seul fruit qu'il eut de s'estre sacrifié pour ce party.

Néantmoins Lesdiguières demeura armé, et, quelques fours après, il se remit en campagne. Ce fut pour exécuter les ordres que le prince de Condé luy avoit donnez dans une conférence de quelques jours qu'il eut avec luy dans la ville de Gap. Il fit ouvertement la guerre aux catholiques,

et il iiaUoit à ceux-cy un secours capable de mettre leurs ennemys à la raison. La paix ne se persuade jamais mieux à ceux qui U refusent qu'en les menaçant de les accabler par les armes. Le Roy jetu les yeux sur le duc de Mayenne pour restablir en Dauphitié la paix par la guerre, les Estats de la province l'ayant demandé avec instance.

Ce fut en oe tempi-cyque Prunier fit une nouvelle perte qui l'afBigea infiniment. Saint-André, son père, mourut dans le chasteau de Virieu (i), terre maintenant érigée en marquisat. Il estoitagé de plus de quatre vingt ans. Mais en quelque ageque meurent les hommes d'un aussy grand m^ite, c'est toujours trop tost. Tout ce qu'il y avoit deraisonnable et de vertueux dans la province le regretta Elle luy avoit de grandes obligations; leur insensibilité aurait esté une ingratitude criminelle. Il eutde Jane delà Colombiére trois fils et deux filles. Laurent de Prunier, seigneur

de Montavit fut l'aisné des fils, les autres furent de

Prunier (a) qui mourut estant encore un enbnt, et Artus Prunier qui porta le nom d'Agnêres durant la vie de son tipire. Le premier ayant épousé Claudine de BuUion n'en eut qu'une fille qui fut mariée ft Philippe de Chabo de l'EKherène- Magdelène de Prunier fut l'aisnée des filles et fionne fut la puianée. Celle-là fut mariée à Jean de Bellièvre, premier président du parlement de Grenoble, et Bonne lefutà Laurent Alleman seigneur d'Alliéres et d'eux naquirent six fils et huit filles. Les masles n'ont point laissé

(t> La terre daVirieu, entr^dantlamaiiondeClerniont àlasuiie du mariage çonutaé au mois d'avril t lao, par Siboud, fils de Guillaume, seigneur de Germont, avec Béatrix, tille de Martin , seigneur de Virieu, liit vendue le 14 août 1S73 par messire Antoine de Clermont, chevalier de l'ordre du roi , premier baron du Dauphin^, à Arthus Prunier, seigneur de Saint-André en Rojrans. — [ivoire de la Bfttie, Armoriai, p. 1S9.

(.t) Nous n'avons retrouvé nulle part le prénom de ce second cnrant.

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Arrivée du duc de Mayenne en Dauphiné , iuilIetiïSo. Leïdiguières jure soleoneUement U pais. — Le doc de Mayenne a un fils ; Charles Emmanuel esi son parrain. — Lafemmed'Artuade Prunier accouche en mfnie temps d'un 6k : Charles de Lorraine le tjenl sur les fonts. — D'Espùsses vient à Grenoble. — Naissance de la Ligue, ~ Mort de Fran;oisde Vachon. — i8 octobre i585. Prunier de Saint- Andri es i nommé président au Parlement. — fi mai i58S, journée des Barricades. — Le prince de Dombes obtient le gouveinemenl de Dauphiné. - Assassinat du duc de Guise. — La lieutenance générale est donnée è Alphonse d'Omano. — Ce dernier est contraint, par une sédition qui éclate à Grenoble, de se retirer au chflteau de la plaine. — Albigny, fila de de Gordes, devient chef des Ligueurs. — Le duc de Savoie se saisit du marquisat de Saluces. — 11 envoie des députés au Parlement : leur réception. — La peste se déclare à Grenoble. — Henri 111 est assassiné.

Le duc de Mayenne arriva en Dauphiné vers ta fin du mois de juillet de l'an mille cinq cent quatre vingt. — D'abord il dissipa par la seule peur de ses armes et par la force de l'autborité les séditions populaires qui s'y estoient élevées. On s'estoit promis qu'il seroit le libérateur de la religion et que les huguenots, quelques bons chefs et quelques places qu'ils eussent , seroient contrains de luy demander la pais qu'ils refusoient avec tant d'obstination et de fierté. Prunier que nous appellerons doresnavant Saint- André, estant devenu le chef de sa maison, fut celluy â qui il ht le plus de part , non seulement de ses caresses, mais encore de son amitié, et de sa confiance. Ce prince estoit

4Sbon (■ ), vaillant, généreux et tris modéré. Il avoit l'art de se faire aymer, et U montra bien qu'il n'ignoroit pas celluy de se faire craindre qui consiste en la science des armes. Après divers combats, plusieurs prises et reprises de places d'importance, U contraignit Lesdiguiëresà faire conaoistre qu'il ne t'esloigneroit pas d'un accommodement , si U négotiation , qui en avoJt esté interrompue , en estoit reprise. Enfin U fut conclu à la satisfoction des deux partys : Lesdiguiéres jura solennellement la paix.

Le duc allant à Gap passa k Lesdiguiéres et y logea mesme. U n'y eut entre eux que des tesmoignages d'estime et d'amitié. Le duc estant de retour à Grenoble à la fin du mois d'octobre , Lesdiguiéres y vint passer une partie de l'byver. Durant le séjour que le duc y fit , la duchesse sa femme accoucha d'un fils dont le nom fut Charles-Emmanuel , que le duc de Savoye (2) luy donna sur les fonts. L'amitié qu'il avoit pour Saint-André creut de beaucoup parla connoissance plus particulière que, dans ces loisirs, de firéquentes conversations luy donnèrent de ses bonnes qualitcz. Tellement que la femme de Saint-André s'estant accouchée d'un fils, le duc voulut estre son parrain, et luy donna son nom eu baptesme. Lesdiguià'es ne fut pas aussy sana beaucoup de commerce avec Saint-André. AUières fut 1« premier moyen qui commença â unir leurs

(1) Mayenne (Charlecde Lorraine, duc de), deuxième fils de Fran- {ois, duc de GuJK, né en i554. Après la mort àe ses deux frères (Henri 1" de LorraiDe , lli* duc de Cuite , et de Lmiis de Lorraine, cardinal de Gui»e), il domina dan« le conseil de la Ligue , sous le dire de lieutenant général de l'htat et couronne de France. Il mourut A S<Mtson* en 1611. — Nervèze, Histoire de la vie de Charlet dtLor' ''aine, due de Mayenne. Paris, 161 3.

(1) Charles Emmamiel I", fils d'Emmanuel-Phi liben et de Marguerite de France, fille de François 1", était né à Rivoli eniS6t. [1 Tut l'un des prince* les plus habiles qu'ait produits l'illustre Maison de Savoie. U mourut au bourg de Savillan, le iG juillet 1 63o.

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« esté employé pour le service du Roy, > et elles sont dattées du dlï huitUesme d'octobre de l'an mille cinq cent quatre vingt cinq (i).

La Vallette(2), frère d'Espernon, vînt cestetnesme année en Dauphiné oti il travailla avec quelques succez àraffermir t'authorité royalle, contre les ^orts et les violences de la Ligue et contre les huguenots. Ces deux partys estoîent ennemys l'un de l'autre et i'estoient également du souverain : ils convenoient en ce point par des motifs différens. Ainsy il estoit avantageux au Roy que les ligueurs ne l'emportassent pas sur les huguenots. La Valletle avoît le secret du Roy, et il apportoit plus de soin à affoiblir ceuxlà qu'à combattre ceux-cy. Tout estoit dans une estrange confusion.

En ces entrefaittes, les Parisiens se sousievèrent contre le Roy par l'inspiration des principaux chefo de la Ligue, et par les mouvemens qu'imprimèrent à leurs esprits ceux par qui et pour qui elle agissoit. 11 fut contraint d'en sortir. C'est ce que l'on appelle la journée des Barricades qui fut une espèce de vengeance de tant de sang reapandu en celle de la Saint-Barthélémy. Les séditieux ne gardèrent plus de mesures, il n'y eut plus de respect pour te sacré caractère du Roy. Du manque de respect, on passe bien tost ft la

(i) Artlnis Prunier, seigneur d'Agnières et de Saint-André, Ajt. nommf président au Parlement par lettres de Paris, en date du tt octobre i585; ilfiii[refu le ag novembre. Pilot de Thorcy, Invmt.

SOm., t. 11.

(i) Bernard de Nogaret, seigneur de la Valette, fils de Jean de Nogaret, aeigneur de la Valette, et de Jeanne de Saint-Larl, a£ en |553, âait le frère aîné du duc d'I^pernon. Il fut chevalier des ordres du roi, gouverneur du marquisat de SeluceE, du Dauphinf, de Lyon et de Provence, meatre de camp de la cavalerie légère et amiral de France. 11 mourut, le 23 février iSga, des suites d'un coup de feu i la léie, re(u treize joura auparavant au siège de Roquebrune. — Berger de Xivrey, Rtcuelt det Lettm miHJtvt dt UnH IV, t. ii, p. Si.

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haine et aa mespris. Le duc de Montpensier (i) avoit le gouvernement de ceste province et sa fidélitû y estoit un exemple et une persuasion aux véritables catholiques. Le Roy pour luy tesmoigoer son estime, en lui accordant une grâce que le prince regardoit comme une debte, pourvut le prince de Dombes (2) son fils de ce mesme gouvernement. Mais il luy donna un pouvoir de plus d'estendue, et des droits dont tous les autres gouverneurs n'avoient pas jotiy. En ces occuions, l'introduction des nouveautez, quelque louables qu'elles soient, est tousjours suspecte. 11 y avoit lieu de craindre que le Parlement n'y apportât quelques modifications (3).

Le prince savoit combien le président de Saint-André y estoit puissant par cette authorité suprême que le savoir et la vertu donnent aux grands magistrats. Il luy recommanda cet intérest par deux lettres qu'il luy escrivît expressément. « Encore que j'escrîvisse, dît-il dans l'une, une I bien ample lettre à la cour pour la supplier de procéder c à la publication pure et simple du pouvoir qu'il a plu au c Roy Monseigneur me donner de gouverneur et lieutea nant géi^al pour sa majesté en son pays de Dauphiné, t si est-ce que- sçachant la place que vous y tenez, je n'ay ■ voulu obmettre de vous faire la présente en particulier € pour vous prier, comme je Ëiis bien afTectueiisement, c Monsieur le président, m'y vouloir départirvostre bonne

(i> A partir de là , le long passage qui suit iutqu'aux mou : v Le duc de Guise lui tué ■ a été omis dans le Ms. des arcfiives d'Uriage,

(1) François de Bourbon , fils de Louis de Bourbon, fut nommé gouverneur du Dauphiné en 1 567. U porta comme son père les titres de duc de Montpensier, de souverain de Dombes, de prince de la Rochesur- Yon, de dauphin d'Auvergne et de pair de France. Son fils, Henri de Bourbon, d'abord prince de Dombes , ensuite duc de Montpensier, fut pourvu du gouvernement du Dauphiné, pendant la vie de aon pire, en i588. Pilol de Thorey, Slalistique géaér. du départ, de IJsère, t. m.

(3) E. Berger, le Parlement de Dauphiné, p. 77, Grenoble, itiCg.

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- 5o — I foveur, et que lesdittes lettres puissent estre publiées «: sans aucune restriction, ny modification, selon l'intention

■ de saditte Majesté. >

Cette lettre est du i S' d'aoust.

L'autre est du 21 octobre. Il dit au président dans celle-cy ■ qu'encore qu'il luy ait desjà escril une fois pour « cette affaire, il n'a pas voulu pour le désir qu'il a d'ac- • quérir son amitié, laisser passer cette occasion sans luy

■ donner mémoire de soy el le prier affectueusement V vouloir croire qu'en toutes les occasions qu'il pensera < luy donner contentement, il sera très disposé de s'y « employer, »

Les princes, quelques grands qu'ils soient, ne sont jamais plus puissans que quand ils ne veulent pas ne rien devoir qu'à leur grandeur. Cependant les Estats Généraux du royaume avoient esté assemblezà Blois. Le sujet qui fait vanité de sa faute, n'offanse jamais impunément son Roy, si son Roy sait régner. La vengeance est une vertu politique quoi qu'elle en soit rarement une dans la morale. Le duc de Guise fut tué (i), presque aux yeux du Roy mesme, qui estoit persuadé que ce prince si vaillant et si pieux aspiroit à la royauté. Quelques mois auparavant il avoit esté résolu que le duc de Mayenne seroit envoyé en Dauphiné avec une armée pour y ruiner les huguenots. Mais la nouvelle de la mort du duc de Guise son frère, l'arresta à Lyon, et porta d'estranges pensées dans toutes les villes de la province contre la fidélité : celle de Grenoble fut plus agitée que nulle autre. Les amis que le duc de Mayenne y avoit, y firent d'abord de grands progrez pour la Ligue et c'estoit les faire pour luy.

(1) Pour suivre les pJripAîes de ce drame Einglant, V. J. de Croie, les Guises, les Valois et l'hilippe II, t. it, chap. VIII. — Mémoires et Journal de l'Estoile. Relation de Miron, éd. Chempollion. — Aug. Thierry, Essai sur l'histoire du Tiers~Êtat, pp. 144-14G. — H. Forneron, Lfs du.sde Guise el leur époque. Paris, E. Pion.

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— 5i — N^ntmoins les soins d'Ennemont Rabot d'IUins, premier président, et du président de Saïnt-AnJré furent un frein à la frénésie du peuple durant quelque temps. Il ne s'y fit rien alors qui choquât l'authorité souveraine. En ces révolutions^ c'est beaucoup gaigner pour l'Estat d'arrester la fureur populaire au-deçà de la révolte déclarée. Le Roy en remercia Saint-André et par une lettre dont il l'honora, il le loua de ■ son entière et inviolable fidélité. > Il en estoît persuadé à ce point, qu'ayant donné, après la mort de Maugiron, la lîeutenance générale au colonel Alphonse d'Ornano(i), il lui commanda de ne rien faire d'important sans le communiquer à Saint-André, et de suivre ses conseils. Tous les corps de la province avoientsouhaitté que le comte de Maugiron succédât à son père. Ils en avoient mesme supplié le Roy, non seulement avec beaucoup d'instance, mais aussy avec beaucoup d'ardeur. Son zèle pour la religion catholique en un temps où il importoit de dissimuler bien des choses en faveur des protestans pour le repos public, fit qu'il ne fut pas jugé propre à cet illustre

(i) Omano, famille du tncicns comies souT«nùos de Corse, ducs de Mittiliano, princes de Montlaur et de Cistria. Elle descend du préfet du prétoire, le prince Ugo Colonna, queLfon III chargea de conquérir la Corse tur les Sarrasins, et qui, d'apris Alcuin , fut investi par Chatlemagne de la souveraineté de cette Ile tous le titre de comte. Alliée aux maisons impfriaks de Julîa, de Paléologue, de Lascarii, de Bragsnie et de Bonaparte, aux maisons royales d'Aragon et de Bavitte, la Tamille d'Ornano a donné à Tégiise romaine un cardinal et plusieurs autres prélsts, trois maréchaux à la France. Alphonse d'Ornano était le fils aîné de Sanpietro d'Ornano , surnommé di Bastorga, tûgneur de Benano et de Vanina d'Ornano. De Thou a raconté, dans le livre xu de son histoire , la mon tragique de Bon pire et de sa mire. Alphonse succéda à son pire dans la charge de colonel général des Corses , fut ambaasadmr à Génet , gouverneur du Pont-Saint- Esprit et lieutenant général en Dauphiné. — Nouv. Biog.gén., t. xxxviii, pp. 85^-663. — Berger de Xivrey, Recueil des lettres missives, t. iti, p. 21 1. Br^bot du Lut et Péricaud , Biographie lyotuiaise , fuit ,

Techener, 1839.

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employ. Tellement que le colonel passa d'abord pour un usurpateur de ce qui appartenoit à Mauglron, et, en mesme temps, pour un homme de peu de religion. Il fut receu dans Grenoble avec tant de froideur qu'il eut sujet de la regarder comme le premier pas que les habitans faisoient contre luy pour aller A la rébeliion . Il fut mesme contraint de se retirer au chasteau de la plaine, peu esloigné de la ville. Le Parlement n'avoit pu calmer une violente sédition . La multitude, dans ces premiers mouvemens de sa fureur, ne voit ny entend rien que par elle. Ce feu estant dissipé, le premier président d'Illins et le président de Saint-André pour le Parlement; François Fléard, seigneur de Pressins et Bertrand Plouvier, seigneur de Serres, pour la Chambre des Comptes en laquelle ils estoient l'un premier, et l'autre second présidents furent priez de s'employer à pacifier ce trouble et à ramener le colonel à Grenoble. Ils l'allèrent voir pour cella ; mais ceste conférance n'abouttit à rien. Le colonel descendit à Saint-Marcellïn oii il establit sa résidence ordinaire. L'autborité royalle se vît dans ce désordre soumise à celle de la Ligue. Le premier président et Saint- André l'y suivirent quelques jours après. Depuis, l'afbire fut de nouveau mise en négotiation mais sans succez. Ce fut assez d'empescher une révolte absolue : tout y estoit disposé, Albigny, fils de Cordes (i), appuyé du pouvoir

(t) Charles de5imiaiie,seigneurd'AJbign7, deBully, de Montroman et de Cabanes, est un personnage qui eietfa, durant plusieurs années, beaucoup d'influence sur les relations entre la France et la Savcne. Après avoir joué un rôle dans lepartidelaLigue, il avait suivi Charles, duc de Nemours, en Savoie, où la foveur du duc Charles- Emmanuel le Ht tout-â-fajt renoncer à sa patrie. Ce souverain lui donna en mariage, le i6 Kvrier 1607, sa sœur naturelle Matbilde, légitimée de Savoie, marquise de Pianezze. Les plaintes continuelles de Henri IV décidèrent le duc, sur le point d'entrer dans l'alliance de la France, à disgracier Albigny. Il fut arrêta et, quelques jours après, on le trouva mort dans sa prison, à Turin, le 17 lévrier lâoH. — Berger de KiYrey, Lettres miss'ves, t v, p. 65i.

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qu'avoit sur les esprits la mémoire de son père et son propre mérite, y estant le chef des Ligueurs, et presque tout puissant. Le colonel ne fit rien sans en avoir conféré avec Saint-André qui fut prié par le Parlement, et par le Corps de la ville de revenir à Grenoble. Mais il ne jugea pas qu'il eut de party à prendre que celluy du colonel qui n'agréoit pas ce retour. Ils changèrent depuis d'avis, lllins et Saint- André retournèrent â Grenoble, où le colonel ne douta pas qu'ils ne fussent nécessaires au service du Roy. Quand les gens de bien quittent leur poste, ils l'abandonnent aux œeschans.

Saint-André eut de fréquentes occasions de tesmoigner l'amour qu'il avoit pour sa patrie : le duc de Savoye n'avoit pas laissé eschapper celles que les désordres de TEstat luy présentoient, de s'agrandir. Il s'estoit saisy du marquisat de Salusses, et ne manquoît pas de prétextes. Cette principauté estoit un fief de Dauphiné. C'est pourquoy il envoya ses députez au lieutenant de Roy et au Parlement pour justifier son procédé. Ils virent à Saint-Marcellin le lieutenant de Roy et furent ouïs ft Grenoble dans le Parlement. Ib n'eurent pas sujet d*estre satisfaits des responces qui leur furent faittes et Saint-André forma par son opinion celle du Parlement. En ce mesme temps, afin que rien ne manquât aux misères de la province, la peste s'y estoit meslée. Elle s'estoit fait ressentir dans Grenoble, oti elle avoit attaqué la maison du président, ayant osté la vie à un de ses domestiques. Cet accident l'épouvanta peu : il changea de logis seulement, et ne sortit point de la ville. Il savoit combien il y estoit non seulement utile, mais aussy nécessaire. Son zèle pour son devoir luy fiit un antidote. Il préféroit le service qu'il devoit au Roy et au public, à tout intérestet à sa propre vie.

Le colonel admiroit sa vertu, et le louant de sa fermeté, il luy parle en ces termes dans une lettre qu'il luy manda de Saint-Marcellin. c La première despesche que je feray à < sa Majesté, je ne luy passeray pas sous silence les bons et

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( fidelles services que vous lui rendez journellement, afin « qu'elle vous récompense selon vos mérites, ainsy que je le < désire. » Les affaires estotent en cet estât quand le Roy fut assassiné par un exécrable parricide. Le royde Navarre luy succéda. C'est le grand et l'auguste roy Henry IV. La religion P. R. dont il feisott profession, fortifia merveilleusement contre luy le party de la Ligue. Elle persuada {acïlemcnt aux esprits foiblesoupeu éclairez toutes les pensées de sa rébellion. Ce fut alors que la ville de Grenoble se donna entièrement à elle et que Saint-André ne délibéra pas, comme plusieurs avoient fait, sur le choix du party. Le premier président et quelques autres suivirent son exemple (t). On ne montre jamais mieux sa fidélité qu'en fuyant tout commerce avec les sujets infidèles Mais assurément les royallistes paroissoient les plus foibles, et la mort iraprévetle du Roy sembloit devoir l'estre aussy des espérances des gens de bien. Néantmoins Saint-André avoit feiit le prognostique de l'avenir à l'avantage de ceux-cy. Il avoit escrit au colonel « de ne perdre pas cœur pour la f perte qu'ils avoient faîtte de leur soleil, s c'est le mot dont il se servit, ■ que l'éclipsé en estoit grande, mais qu'il ■ se promettoit tant de la bonne fortune de ce royaume « qui avoit tousjours esté sous la singulière protection de c Dieu, qu'il permettrait qu'elle en versât les effets sur ceux c qui estoient la cause de leurs malheurs. > Les politiques savants et expérimentez voyent dans les choses passées les événemens futurs.

(I) V. Appendice 1.

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Henri IV envoie au colonel Alphonse d'Ornano des lettres patentes pour transférer le Parleinent, 1 5 décembre i ^89.'— La PoypeSaint- JuUin commande les ligueurs dans le Viennois. — ) bgo : Vacbon la Magdelène s'empare du château de Virieu.— Assemblée de Vienne. — Alphonse d'Ornano est feit pnsonnier. — 14 avril i5go, une assemblée de la noblesse confie au président Prunier de Saint-André la lieuienance générale par intérim. — Reprise du chfiteau de Virieu.

Le nouveau Roy (1) n'oublia rien de ce qui pouvoir porter les rebelles â se reconnoistre. Et pour les y obliger, il envoya au colonel ses lettres patentes en forme d'édit, ■ pour « transférer de Grenoble en une autre ville, le Parlement, « la Chambre des Comptes et le bureau des Finances. > Elles sont dattées du camp de Laval, et du xv du mois de

(i) Le manuscrit de M. te comte Louis de Saint- Ferriol s'arrÉie au milieu du chapitre 11 <i' partie) de la présente biographie. Jusqu'à ce chapitre VI, Chorier, sauf les variantes ou additions que nous avons signalées, s'est copié mot pour mol dans tes deux manuscrits. A partir de là, il racontera encore les mfimes faits, mais dans un ordre tout différent. En opposant soigneusement les deui tcitea , on comprend que l'historien dauphinois a tenté, dans le manusciït d'Uriage, un premier essai sur la vie de Prunier, Plus lard de nouveaux documents l'ont engagé à refondre son œuvre : le manuscrit de M. Amédée de Bouffier en est la .preuve et en foit pleinement foi. Le troisième manusctit, le plus précieux et le plus considSrable , celui de Pupetières, est, à nos yeux, le fruit de ses derniers travaux.

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décembre de cette mesme année h.d.lxxxix. Si est-ce qu'elles ne furent publiées que longtemps après par de bonnes considérations. Alphonse se prometloit que la ville de Grenoble, et ceux du Parlement qui y estoient encore,retourneroîent à leur devoir, sans qu'il fut besoin d'user de ce remède extraordinaire et violent. Le Roy qui estoit très satisfait de la sage et fidèle conduitte de Saint-André luy escrivit sur ce sujet, et l'informa de son intention.

c Combien que je sois mal satisfait, luy dït-il, de pluc sieurs de mon Parlement que je suis averty qui ont aydé f et consenty à la rébellion qui est advenue en ma ville de c Grenoble, aussy je toile et estime ceux qui ont eu cette € vertu de s'y opposer tant qu'ils ont pu Et si la furie de c la multitude l'a emporté, pour le moins ils n'ont point a cédé en leur particulier, et ont voulu conserver leur bon- • neur et leur conscience pure et nette de cette criminelle ■ offanse; entre lesquels sçachant que vous avez esté des c plus résolus, je vous ay bien voulu tesmoigner par ceste- € cy que j'en suis très content et satisfait, avec bonne inc tention de reconnoistre ce bon devoir, auquel vous avez c persévéré, de faveur et grâces particulières, quand l'occa* c sion s'en présentera. »

Le Roy estoit alors campé devant Falaise, et voilà le premier tesmoignage qu'il rendit i la vertu du président. Mais il fut dans peu de temps suivy de bien d'autres Alphonse et Lesdiguières estoient les chefs des royaUistes dans le Dauphiné, et Albigny l'estoit des ligueurs dans Gre* noble. Saint-André estoit égallement estimé d'eux, et ils ne tardèrent pas de luy en donner des marques. Albigny estoit dans le party ennemy, sans en avoir toutes les pensées. Il révérojt un homme qui avoit esté si bien avec Gordes son père. Et d'ailleurs il y avoit de l'alliance entre eux. Lesdiguières tut le premier qui luy envoya une sauvegarde «pour luy, pour sa famille et généralement pour tout ce qui luy appartenoit, déclarant qu'il les prenoit sous la protection du Roy, et sous la sienne, > la qualité qu'il y prend est celle

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de ■ commandant générallement en Dauphiné pour le service du Roy. » Le colonel, comme « lieutenant général, » et A11»gny comme « commandant pour le service du Roy sous l'autborité du Parlement dans la ville de Grenoble, et bailliage de Graisivaudan, > firent la mesme chose.

Le duc de Montmorency (i), mareschal de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roy en Languedoc, qui avoit les intérêts de Saint-André en singulière recommandation, s'en déclara particulièrement le protecteur. Les séditions et les divisions sont des maladies du corps politique. Lessavansen l'art de gouvemeren sontles médecins, et il importe que ceux qui savent guérir les corps ou les esprits malades ayent toute liberté . En effet, Saint-André estoit entré en négotiation avec cette partie du Parlement qui estoit dans Grenoble, et avec Albigny. Il avoit mesme, pour en faciliter le succez, fait un voyage en Languedoc. Il y avoit engagé le duc, devenu connestable, à te favoriserde ses soins. Et le Royagréant cette entreprise avoit dépesché Calignon en Dauphiné avec des lettres. Mais Monteson estoit celluy qui, à cause de l'alliance qui estoit entre luy et Albigny, agissoit le plus utilement ne luy estant pas suspect. D'ailleurs, Saint-André avoit judicieusement laissé sa femme à Grenoble, par le moyen de laquelle il portoit avec

(i) Montmorency (Henri I", duc de), fils du connétable Anne, fit ta première campagne en Allemagne et en Lorrùoe<i553), pasMcntuile à l'année de Piémont où il commanda la cavalerie légère, et, à son retour en France (l 557), reçut le collier de l'ordre de Saiot-Michel, i l'tge de vingt-quatre ans. Il lit prisonnier le prince de Condé à la bataille de Dreux (t56i), obtint le gouvernement de Languedoc l'année tuiruite, et le blton de maréchal en 1 566. La guerre s'étant rallumée en 1567, il se distingua à la bataille de Saint-Denis. A la Sainl-Barthélemy, il chercha un asile dans son gouvernement de Languedoc. Li, il se mit à la l£te des mécontents, qu'on nommait les politiques, et vécut en souverain. Henri IV, qu'il fit proclamer A la mon de Henri III, dans toute* les villes où il commandait, lui envoya l'épée de connétable en 1^93. — UiDOuruià Ag(le,eDi6i4. — Si'og'. untp., t. IV, P171.

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- 6o — Le chasteau en est flanqué de quatre tours; il est dans une situation avantageuse pour commander à tous les environs. Ce fut ce qui inspira la pensée à la Magdelène de s'en rendre maistre, comme il iit par une surprise oii il n'eut pas du danger à essuyer. Ce fut au commencement de l'an M.DXC. Il l'assura à son party par une garnison qui y fut mise avec le capitaine Villetton. Des affaires plus pressantes ne permirent pas d'abord à Saint-André de [>eu5er à arracher ceste place des mains de ces gens qui n'esloient ses ennemys que parce qu'ils l'estoient de l'Estat.

Il estoit accablé, et il ne luy restoit pas un momentqu'il put donner à ses propres aS'aires. Le colonel le consultoit en toutes choses, et, sans luy, il ne s'engageoit à rien d'important. Des affoires de ceste qualité le contraignirent, au mois de mars, de faire un voyage en Languedoc pour y conférer avec le duc de Montmorency et le colonel y consentit avec difficulté. Mais les affaires d'Estat gouvernent les hommes establis pour les gouverner. Il se devoït faire dans Vienne, au commencement du mois d'avril, une célèbre assemblée oti les principaux du corps de la noblesse avec les députez du corps du Parlement se dévoient trouver pour y traitter de plusieurs choses, un prétendoit entre autres y moyenner une trêve avec la ville de Lyon, et le duc de Nemours (i), qui s'y estoit estably une espèce de souveraineté, et conclure un accommodement avec celle de Gre-

(i) Anne d'Est, comtesse de Gisors ei dame de Montargis était fille, d'Hercule d'Est II , duc de Ferrare, et de Renie de France, fille de Louis XU. Elle avait éxé marine en 1 349 avec François de Lorraine, duc de Guise , qui tut tué en 1 563 , par Poltroi, au uége d'Orlâuis. Leurs enfants lurent le duc Henri de Guise, tué i Blois, le duc de Mayenne, le cardinal de Guise, trois auties fils morts jeunes, et la duchesse de Montpensier. Remariée en 1 566 à Jacques de Savoie, duc de Nemours , elle en eut, en 1 56y, Cha ries -Em manuel de Savoie, duc de Nemours (c'est celui donc il est ici question)!, Henri de Savoie , appelé ' le marquis de Saint-Sorlln du vivant de son fr£re , et une fille morte jeune. — Berger de Xivrey, Lettres missives, t. v, p. 190.

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noble. Le colonel et Lesdiguières avoient promis d'y estre, et le colonel avoit espéré de s'y servirdes conseils de Saint- André. Il n'en écoutoit pas facilement et n'en demandoit jamais d'autres. II ne se iîoit parfaittement qu'à Saint- André qui luy avoit donné tant de preuves de sa foy, et de son amitié, de mesme que de sa prudence, et de sa dextérité dans les affaires.

Cette assemblée fut infructueuse pour le dessein qui l'avoit fait résoudre : il n'y eut ny de trêve avec le duc de Nemours, ny d'accommodement avec ceux de Grenoble, les choses ny les esprits ne s'y trouvant pas assez disposez. Le duc vouloit que les royallistes luy remissent le bourg de Sain te- Colombe avec la tour qui ferme le pont de Vienne sur le Rhosne, de ce costé. Et le luy donner, c'estoit presque le loger dans ceste ville. De sorte que ce Iraitté estant rompu, ie marquis de Saint-Sorlin, frère du duc, s'approcha de ce lieu avec ses troupes pour l'insulter. Le colonel qui estoit prompt outre mesure, et hardy jusques à la témérité, ne putsouffrîrcest affront, eC sortit, mais trop foibte pour reconnoistre etmesmepour combattre i'ennemy. La partie estant trop inégale, il ^t blessé et prispar le marquis de Seaecey qui le mena à Auxonne (i). Aussy le Roy,

<i) Dans le manutcrît d'Uriage n u Le colonel s'eBttmt avancé presque à Thoissay dans la Dombe estoit tombé dans une embuscade qui luy avoit esté dressée par le baron de Senecey qui estoit au duc de Nemours. > Ms.,ç.Z-j.

Ces trois lignes renfermaient une erreur : le manuscrit de Pupedère^ en eat exempt, c'est là un ftit qui prouve encore le remaniement que Chorier a fait subir à son premier travail.

i5go. — Avril 19, jeudi saint. — Sortirent de Vienne le sieur Alphonse d'Ornano, Maugiron, Blacon, Lesdiguières, Montbellet, Gouremet et autres, accompagnas de quatre ou cinq cents hommes , lesquels votiloj'ent charger l'armée du sieur marquis de Saint-Sorlin, qui taisoit les approches de Vienne, et fui prins ledit Alphonse prisonnier.

1 590. - Avril i3. — Fut emmené de Givors le sieur Alphonse par le sieur de Senecey en Bourgogne.— Ani. Péricaud, Notes et Documents, année tSgo, p. 66.

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Le Parlement envoie ton premier buÏBÙer à Saint-Marceltin et A Romans. — Lesdiguières te foit arrêter. -~ A Grenoble, les «éditieus piUeni la maison de Sebastien de Lionne. — Saint-André ae rettd au Pont-Saint- Esprit pour voir la femme du colonel Alphonse d'Ornano. — Dispute entre deux compagnies de gens d'armes à Saint-Marcellin. — La rançon d'Alphonse d'Ornano est fii& à 40,000 jcus.— Juillet 1590, deuxième assemblée de la noblesse A la Côte-Saint- And ré. — Le président Prunier y est continué dans ses pouvoirs. — Le conseiller de Dorne» et l'auditeur Valemod sont députés au Parlement. — Prunier Saint-André aide La Valette i battre les ligueurs de la Provence. — Lesdiguières y deacend. — Par les soins de Soflrey Calignon et de Prunier, le Parlement est traos- Kré à Romans. — Prise d'EiiUea et de Morestel.

Le colonel ayant esté foit prisonnier (i), ie Parlement qui stégeoit dans Grenoble n'oublia pas ce qu'il devoit â la cause à laquelle il s'estoit donné. 11 n'estoît point encore

(i) Nous continuons le récit de Guy Allard sur le président Prunier: > d'Ornano ayant été pris entre Vienne et Lyon par un party des troupes du marquis de Saint-Sorlin, la noblesse de Dauphiné assemblée à Vienne nomma et élut Saint-André pour exercer les fonctions de gouverneur sous le bon plaisir du Roy, par un acte du 24 avril 1 Sgo, ce qui hil confirmé pat les Étals de la province tenus à Voyron, la même année, et approuvé par le Roy, par une lettre de cachet du îï de septembre iSqS.

Lesdiguières ayant ensuite pris Grenoble, il y entra à la tête de ses troupes et y reçut le serment de fidélité au nom du Roy.— Guy Allard, Dictionnaire de Dauphiné, 1G84, t. 11, verbo Prunier.

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interdit, quoyqu'H fut vray qu'à la réserve des environs de Grenoble il n'estoit plus reconnu en nul lieu.L'édil du Roy n'avoir pas encoreesté publié. Il envoya son premier huissier i Saint-Marcellin avec ordre de descendre jusques à Romans pour avertirles villes et les communautezdenese point émouvoir et les membres de ce corps, qui s'en estoient séparez, de revenir à leurs charges. Il devoit aussy passer en Lan. guedoc pour rendre au duc de Montmorency les lettres de cette compagnie. Il estoit homme d'esprit et capable de négotier une affaire importante. Le vibaillif de Saint-Marcellin et quelques autres qui s'y trouvèrent le receurent si bien, qu'ils donnèrent lieu à l'opinion que l'on avoït d'eux qu'ils n'estoient pas aussy ennemys de ceux qui l'estotent du Roy, qu'ils dévoient l'estrê. Tellement que Lesdiguiéresi quand l'avis luy en fut porté, ordonna qu'ils fussent arrestez, et l'huissier le fut effectivement à Romans. Ils eurent les uns et les autres recours à Saint-André qui calma cet orage.

Ce qui rendott tout ce qui venoît de Grenoble suspect, estoit que l'Evesque, poussé par l'esprit violent et séditieux de la populasse, estoit allé luy-mesme demander au duc de Savoye son secours et sa protection. 11 croyoit la religion perdue, s'il ne la conservoît par la rébellion. Les zéiez jugent focilement de l'avenir par la veuë des choses présen* tes, et, ne parlans jamais que de la Providence divine, ils ne se fient pas tousjours avec la mcsme résignation qu'ils veulent qu'on se fie à eux. Saint-André )ugeoit mieux de sa religion, aussy tout luy prospéroit et il n'y avoit que . misère et confusion dans Grenoble. On y pilla la maison de Lionne, controUeur général des finances de la province. On menaça celle de Saint-André, mais Lesdiguières ayant dit hautement qu'il en feroit la vengeance aux despens de ceux de la ville qui avoient leurs biens dans les lieux où il estoit le maistre, cesie menace la conserva. Saint-André estoit tout à son devoir, et n'appréhendoit rien que de le blesser.

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■ 66 - Le colonel f i) n'eut pas sujet de s'en plaindre. Saint-André

ressentit son malheur comme un parfait amy, et il rendit à sa famille tout les bons offices qu'il peut. Marguerite de Ponteau, femme du colonel, trouva tousjours en luy dans ses besoins c un secours tîdelle et toujours prest x comme elle l'avouoît par ses lettres. 11 descendît mesme au Pont- Saint>Esprit, où elle estoit pour luy tesmoigner la part qu'il prenoit à son déplaisir, et les services qu'il luy rendit depuis l'expliquèrent mieux que ses paroles ne firent alors. Presque en mesme temps Calignon fut envoyé en Dau< pbiné, le Roy l'y jugeoit nécessaire. Et en effet il seconda heureusement Saint-André, en plusieurs occasions, et tl s'en présentoit tous les jours à Saint-André oti il avoit besoin de toute sa sagesse et de toute sa dextérité : les plus fréquentes estoient les querelles. Comme il estoit à Saint- Marceltin, il y en eut une qui produisit un grand tumulte. La compagnie des gens d'armes du colonel Alphonse y estoit en garnison avec une d'infanterie corse, commandée par le capitaine Manuel et une de français, qui avoit Gilbert CoUonges pour son capitaine. Celluy-cy estoit un esprit fier et chagrin qui ne savoït ny souffrir, ny dissimuler. Or son caporal de la compagnie corse luy avoît déplu, et luy déplaire, c'estoit l'offancer. I! l'avoit attaqué dans les fossez de la ville oii il l'avoit rencontré, mais on les avoit séparez. Manuel y estoit accouru, et le ressentiment de Colonges fut tel que Manuel, se retirant la nuit de la porte de la ville qu'il avoit en garde avec quelques soldats

(i) a Après la mon de Monsieur de Gordes, Monsieur Domano, dit lors le colonel Alfbnce et depuis mareschal de France, fut lait lieutenant général du Itoy. Il estoit vaillant et grand capitaine, mais soit comme étranger, soit comme étant élevé aux seuls exercices militaires, il estoit peu versé aux ai&ires du cabinet. Aussy le Roy jeita les yeux sur ledit sieur de Sainct-André pour l'assister et donna ordre audit sieur colonel de ne rien faire sana sa participation. >— Manuscrit de M, A. de Bouffier, p. 3.

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qui l'accompagnoient, il l'attaqua estant suivy pour ceDa de quelques>uns de ses meilleurs hommes ; chacun accourut au secours de sa nation. Le désordre auroit esté funeste à l'une et l'autre, si Saint-André ne l'eut arresté par la force de son authorité. Mais comme Collonges estoit chargé d'estre l'autheur de tout ce qui s'estoit fait, et de tout ce qui s'alloit faire, il ordonna à Claude de ta Grange (i), lieutenant particulier au bailliage de ceste ville, d'en informer diligemment. Quand mesme par de bonnes raisons on n'a pas dessein de chastier, il n*y en a jamais d'assez bonnes pour empescher qu'on ne menace. Ne faire ny l'un ny l'autre, est authoriser la violence et animer ta témérité. Saint-André fît du bruit : il luy fut mesme donné des mémoires contre Collonges non seulement désobltgeansj mats injurieux. Néantmoîns il vuida ce démesié par un accommodement qui satisfit chascuo. Ainsy les affiiires ne luy donnans nul repos ne luy permettoient pas mesme de s'arrester beaucoup en un lieu.

Maugiron qui n'osoit quitter Vienne à cause des desseins du duc de Nemours, le prioït d'y venir ayant A conférer avec luy de bien des choses pour laseuretéde cette ville. Et en effet il y vint vers la fin du mois de juin , et alors mesme il y receut une lettre du colonel, par laquelle ceiluy-cy, qui estoit encore prisonnier à Auxonne, luy marquoit la joye qu'il avoit du choix que l'on avoit iait de luy pour le gouvernement.

« Je me sens, luy dit-il, le plus obligé serviteur que vous 1 ayez en ce monde de voir comme vous avez embrassé les < afiaires du service du Roy, en ce qui regarde ma charge.

(0 Lagrange (Claude de), ni .à Saint-Marceltin , étudia le droit i l'univeniié de Valence, BoutCuja*, de 1571 à liyi , et fut d'abord avocat au parlement de Grenoble. Plus tard il obtint la charge de lieutenant particulier au bailliage de m ville natale. On ignore l'époque de M mort. — Rochaa, Biog. du Daupk. , t. u , p. ao. — J.-D. Long, la Rifitrme, p. 167. ~ Guy Allard, MWath. de Daupk.. p. 1 18.

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« Ne m'estimez jamais homme d'honneur, si je cache ■ jamais au Roy les signalez services que vous lui « rendez, s

Après il le prie de s'employer poiir sa liberté : c'estoit presser celuy qui couroit. Saint-André et le premier président n'avoient rien plus à cœur que de luy tesmoigncr en ceste occasion ce qu'ils estoient pour luy. Sa rançon avoit esté fixée & quarante mille escus, et le premier président fit proposer au colonel que, s'il avoit besoin de son secours pour cella, il luy donneroit ce qu'il avoit de vaisselle d'argent, et mesmes toutes les bagues et tous les joyaux de sa femme, tout autre moyen de le secourir luy manquant, à cause que k plupart de ses biens estoient occupez par les ennemys; si l'amitié est véritable et syncère, l'amy ne remarque pas de la différence entre luy et son amy.

Saint-André moyenna durant son séjour à Vienne une suspension d'armes, entre ceste ville et celle de Lyon : et cependant Calignon qui l'attendoit à Romans avoit commencé à disposer les choses avec le premier président pour y transférer le Parlement 11 avoit parole de plusieurs de ses officiers qu'ils obéiroient, et desjà Saint-André que l'a^ire touchoit de plus prez y avoit travaillé avec autant de succez que de sagesse et de secret ; et sans le secret, il n'y a pas de parfaitte sagesse. Pélissîer (i), procureur général estoit à Romans et approuvoit ce nouvel establissement que Lesdiguières jugeoit ne pouvoir estre que très utile aux affaires du Roy dans la province Mais le connestable de Montmorency désiroit que l'on reprit avec le Parlement et Albigny la négotiation qui avoit esté commencée quelques mois auparavant, entre Saint-André et leurs députez, en sa

(i) Jacques P^Jissier, docteur en droit, vit^nâchal au siège de Créai, procureur gfnéraJ par lettres de Paris du i S mai i b-}6, en remplatement et sur la résignation de Fnuifoisdu Faute, recule i" mars 1577. - Pilot de Ttiorey, Invent. lùm., t. n, série B. (Suite).

: comme médiateur. Il en escrivit mesme à Saint- André, qui jugea sagement que le moins que l'on deut à l'entremise d'un homme de cette qualité estoit de ne rien haster, et de laisser les choses en suspens. £n effet, Lesdiguières n'approuvoit nullement que l'on rentrât en traitté avec des personnes dont il croyoit l'obstination invincible ; et ce qui i'augmentoit dans ces momens estoit le secours que le duc de Savoye leur avoit envoyé, et la prise de Montbonod qui estant au pouvoir des royallistes les incommodoit extrêmement. D'ailleurs Cugié ayant attaqué quelques troupes de la Ligue auprès de Vausserre avoit esté repoussé, et une course qu'il avoit faitte dans le Viennois jusqu'à Morestei contre Saint-Jullin n'avoitguères mieux réussy.

Pour celta et pour d'autres raisons, il se fît une seconde assemblée de la noblesse à la Coste-Saint-André, vers la fin du mois de juillet, et elle estoit d'autant plus nécessaire que les trois mois de la commission de Saint-André estant expirez, il Taisoit difficulté d'en continuer l'exercice. Les sages, quelque ambitieux qu'ils soient, ne se font jamais une loy des conseils de l'ambition seule. Lesdiguières, Maugiron, Montbrun, et la plupart de ceux qui avoient esté en la première et quelques autres s'y trouvèrent. I>e pouvoir de Saint-André luy fut continué encore pour trob mois qui finissoient avec le mois de septembre suivant. On luy donna mesme celluy de faire de son autborité une imposition de trante quatre escus, trante sols, sur chaque Feu, pour la subsistance des troupes et pour les affaires publiques, sans qu'il eut besoin de recourir ny au Parlement, ny à la Chambre des Comptes. Ce fut le premier jour du mois d'aoust, et peu de temps après Saint-André estant de retour à Romans envoya le conseiller de Dornes (i) et l'auditeur

(i) Il avait pour arritr»^rand-père Amoine de Dôme , professeur, puis doyen de l'universiiâ de Valence, de i5îo A i55o. • 11 mérita,

Valeraod (i^ à Grenoble pour conférer de sa part avec le Parlement et avec le corps de la ville. Le connestable désiroit que l'on mit tout en usage pour les ramener à leur devoir par la douceur.

Mais ce fut temps et peine perdue. La populasse n'estoit pas assez raisonnable pour suivre les bons conseils, ny le Parlement assez libre pour tuy en donner. Tellement qu'il n'y eut pas moyen de différer plus longtemps de penser tout de bon â en tirer ce corps qui sembloit n'y pouvoir plus rester avec honneur, et sans faire tort à la dignité de la justice souveraine. Mais Lesdiguières et Saint-André jugeoient qu'il estoit de leur devoir de donner auparavant avis au Roy de Testât des choses et de luy demander ses ordres. Vulson fut chargé de ceste commission de laquelle il s'acquitta trte bien. Et cependant le Parlement fit response à Saînt-AndiJ qu'il n'avoit pu deslibérer sur les remontrances que Dorne et Valernod luy avoient faittes de sa part, que tous ceux qui le composoient ne fussent assemblez. Ce n'estoit qu'une défoitte estant bien certain que les absens

dit Guy Allard, d'catre ennobty par son mérite, m vertu et son sçavMT sous Henri II. 11 a laissé de doctes manuscrits qui sont entre les maint d'Antoine de Marville, professeur de la laÈme université. ■ D'aprÈs Choriar, • son corps fut accompagné au tombeau par les consuls de Valence qui résolurent, en une assemblée générale, que cet honneur lui seroit retulu à cause de son rare mérite. • II eut pour fils Jean de Dorne, r^ent delà mCme université en i53g, qui lui-même laissa François de Dôme. Ce dernier fut conseiller au Parlement et père de celui dont ilest ici question. Il existe à Valence un descendant d'une branche collatérale de cette famille qui est demeuré fidèle aux traditions d'honneur et descience si chèresaux Dorne du XVI' siècle. — Rochas, Biog. duDauph.,l. i,p. 3^6.~-G\iyA.\\tid, Biblioth. Je Dauph..verba DoTTM. — Chorier, Hist.génér., t. ii, p. 540.— Nadal, Hist. dtl'Unw.de Valence, p. 37. — Pilot, Invent. ïom,, l, 11.

(i) Valernod, famille originaire de Saint- Vallier. Alexandre, sieur deCtaamfagot, fut pourvu, en 1 553, d'une charge de maître ordinaire en la chambre des compte* de Grenoble.

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ne retourneroient pas à Grenoble, et que Saint-André, quand ils le voudraient, n'y consentirait pas.

La Provance estoit alors en feu : Saint-André en regardoit le salut avec le mesme esprit que s'il avoit esté obligé de le procurer, et par ceste raison, i) favorisoit la Vallette qui en avoit le gouvernement pour le Roy contre les ligueurs, en toutes occasions, et le plus utilement qu'il le pouvoit. Tellement que le Passage et quelques autres ayant résolu de passer en Provance pour le servir durant quelques jours, Saint-André les confirma danscedessein, en l'approuvant et en le loUant. Ils n'avoient garde de partir sans son aveu. Lesdiguiëres avoit pris Briançon et emporté divers avantages sur les ligueurs. Ils paroissoient rebutezà moins que le duc de Savoye ne songeât à restablir leurs affaires. Ainsy la Vallette l'ayant appelle à son secours it fut en estât de l'aller trouver, et le Passage et les autrei:, au nombre desquels estoient Blanieu, et Saint- Lathter, le suivirent Dans ces entrefaines, le Roy qui aymott le colonel, avoit fait avec Brissac qui commandoit dans Paris, que le colonel aurait la liberté de le venir trouver pour penser aux moyens de la luy procurer entière. Quelques mois néantmoins s'écoulèrent avant que Senecey (i) y consentit. A son arrivée le Roy luy donna uneespéedesa main, avec cetteloOange « qu'il estoit asseuré de ne la pouvoir donner à personne f qui l'employa de meilleure voltonté que luy pour son « service. »

Le Plessis Mornay (s) estoit aussy un des plus fidèles ser-

ti) Claude de Bauf&emont, baron de Senecey, gouverneur d'Auxonne, lieutenant général au gouvernement de Bourgogne, fil> de Nicolas de Bauffremont et de Denise Patuin. [| était né en i S46 et mourut en

(2) Mornay (Philippe de), «eigneur du Pleuis-Marly, d'une de* plus anciennes fiiinillefl du Berry, né en 154g à Buhy (Vexin français) . d'un pire catholique, embrassa ouvertement la réforme ei mourut en i6i3. En 1S75, le toi de Navarre lui conf.a l'administration de ses fi-

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TÎteursdu Roy. Les biens du duc d'Autnale dans ]e Daupbiné furent un fonds d'ott luy vînt une gratiRcation plus lobable par sa cause qu'utile par le profBt. Le Roy lui fit don de tous leurs fruits, de quoy le Pkssis informa Saint- André, en le priant de le favoriser de son crédit et de son authorité, sans quoy il estoit persuadé que la libéralité du Roy seroit sans effet. Pour l'y porter, il le fit ressouvenir de leur ancienne amitié qui estoit née entre eux dez leur jeunesse, dans les escholes de l'université de PadoUe. Il y a apparence qu'il s'estoit perverty depuis et que la pensée de se rendre plus agréable aux yeux du roy de Navarre, luy avoit inspiré celle de changer de religion. En effet, il avoit esté employé dez lors en des affaires delà plus haute importance et ce roy, estant devenu Roy de France, n'avoit pas changé d'esprit pour luy. Saint-André luy apprit par ses bonsoftîces qu'il n'oublioit pas ses amis et surtout un amy tel que le Plessis qui faisoit honneur â l'amitié qu'on avoit pour luy.

Ce fut en ce mesme temps que le Parlement fut transféré â Romans(i), le Roy l'ayant enfin voulu, et toute espérance de regagner ceste ville par la douceur estant perdue, La populasse est une beste farouche, il ne faut pas luy estre doux pour l'adoucir, ny la flatter pour l'apprivoiser. Aussy le connestable de Montmorency fit savoir A Saint-André qu'il approuvoit fort cest establissement, dans une ville

nances. Momay fut pendant cinquante ans le véritable chef dei protesttnis en France. — Biog. imtV., t. iv. — Bouillet, Dict., p. t3o3.

(i) Alphonse d'Omano fut fait prisonnier le ig avril i Sgo : Chorler rappelle cet événement au début du présent chapitre, puis il ajoute plus loin : • Ce fut en ce même temps que le Parlement fut transHré à Romani. ■ Cette date n'est pas d'une rigoureuse exactitude. ■ Par lettres patentes, en date du 1 5 octobre 1 58g, données à Laval , Henri établit â Romans la cour du Parlement avec la Chambredes Comptes, le bureau des finances, le bailliage de Graisivaudan et la n D' Uljpsse Chevalier , Annota <U la vtlU d* Ronutm , pp. : Vaknce, 1875.

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tîdèle qui ne pouvoit estre qu'une bonté à une opiniosCreté qui tomboit dans une rébellion ineicusable. Le Roy estoit auss^ très content de la manière de Saint-André dans le gouvernement des aflaires d^Estat ; et quoy qu'il eut imposé comme de son autborité privée, sans la participation du Parlement, ny de la Chambre des Comptes, sur la province ce qui avoit esté résolu dans l'assemblée tenue à la Coste, tout fut approuvé ; l'employ des deniers levés fut la justification de la levée.

Les armesdu Roy prospéroient dans les mains de Lesdiguières et la Liguen'avoit pas d'ennemy plus redoutable, ny plus victorieux. Il ajousta à ses conquestes, en ce mesme temps, Exilles et Morestet, dansleGraisivaudanets'approchant de Grenoble, il fbrmoit dans son esprit le dessein de l'emporter par la force, ou de le surprendre par l'intelligence, et par la négotiation. Cette ville estoit comme bloquée et Polémieu qui commandoit dans Moirenc avoit si bien l'œil sur toutes choses de ce costé, qu'il dcnna à Lesdiguières tout sujet d'estre satisfait de sa vigilance. Moirenc estoit un prétexteâ Lesdiguiéres de s'approcher de temps en temps de Grenoble et de luy faciliter ainsy le moyen d'avoir de secrettes conférences avec les amys qu'il y avoit. Il Y descendit, le mois d'octobre estant desjà bien avancé, pour assister à une assemblée qui s'y fit, à laquelle Maugiron et d'autres personnages avoîent aussy esté appelez. Mais il n'entreprenoit rien sans la participation de Saint- André. Il le coasultoît presque en tous. ses desseins oti il n'avoit jamais de la peine à se résoudre de suivre ses conseils. Les plus sages présument toujours d'eux moins que les autres hommes. Ils se conforment facilement aux sentimens de ceux qu'ils estiment. Ce leur est un aiguillon pour l'entreprise et une justification pour le succez : un prudent conseiller est un garant.

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vin.

Embrasement e( ruine du château de la Tour-du-Pin. — La Valette envoie Tabaret à Saint-André pour lui oRrir la place de premier président i Aix. — Le roi Henri IV confirme par lettres patentes les pouvtHrs conféras à Saint-André. — Falcoz, capitaine de la garnison de Grenoble, CBteoupfonnf de trahison, son procès, son évasion. — Les États de la province sont convoqués à Voiron par le président Prunier. — Pendant la nuit du 24 au 2^ novembre 1590 , Lesdlguiires,grâ>:e au concierge Simon, pénètre dans Grenoble. — lien ftit le siège. — 11 décembre iSgo, la ville capitule. — Entrée de Lesdigiiières et de Saint-André. — On presse les magistrats de Romans de revenir à Grenoble.

La Poippe Saînt-Jullîn soustenoit dans le Viennois avec réputation les intérêts de la Ligue. Il s'estait saisy delà Tour du Pin, de Morestelj de Faverges et de quelques autres lieux qui le rendoient maistre de la campagne Mais ce qu'il y eut de funeste fut la ruine et l'embrasement duchasteau de la Tour du Pin. Les troupes ne s'y croyanspas en seureté, et désespérans de se le pouvoir conserver y mirent le feu. C'est la manière de la guerre de perdre pour tout le monde ce que l'on ne peut garder pour soy. Ainsy périt la maison oU estoient nez les premiers Dauphins de la troisième race. Il n'en resta alors que les murailles qui marquoient encore par leur hauteur et par leur époisseur la puissance et la dignité des princes qui les avoient élevées. Maisentïn elles ont esté renversées en nos jours et leurs ruines mesmes ayant esté ruinées pour estre employées à d'autres ouvrages sont péries.

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On avoit projette d'aller attaquer le chasteau de Virieu après la prise de celluy de Faverges. Revot qui y commandoit en avertît Saint-André qui y pourvut. Lesdiguières luy estant amy comme il estoit son secours ne luy aurott pas manqué, s'il en avoit eu besoin. Lesdiguières envoya en ce mesme temps Vulson â la cour, et il luy commanda de passer à Grenoble, car il estoit & Puymore, pourvoir Saint-André. Il le chargea d'une lettre par laquelle il luy ofTrott toute la feveur qu'il avoit auprès du Roy. > J'ay c chargé ce porteur, luy dit-il, que {'envoyé présentement f vers sa Majesté, pour affaires concernant son service, de c vous voir de ma part, et offrir ce peu de faveur que nostre € maistre me fait cest honneur me départir-, mesme de ( vous dire qu'il a en ses mains quelques miens blancs ob

< il remplira ce que vous pourriez souhaîtter de moy enc vers sadite Majesté. C'est peu de choses au respect de ce c que j'aurois envie de foire pour vostre service, m'ayant,

< comme vous savez, si étroittement obligé, et continuez à « le faire et me donner de vos avis que je reçois en aussy ■ bonne part comme du meilleur endroict qu'ils me sau- • raient arriver, >

Saint-André oepouvoitestre mieux avec Ler^liguïères et il estoit en mesme temps très bien avec la Vallette dont Lesdiguières estimoit infiniment la sagesse et la valeur- Tabaret estoit celluy des secrétaires ds la Vallette à qui il se fioit le plus et qui en effet estoit très capable des fonctions de ceste charge et fort habile homme dans la conduitte, et dans le dénouement des affaires. Saint-André avoit de l'estime et de l'amitié pour luy ; de sorte que la Vallette, ayant voulu pressentir s'il aurait du penchant à vouloir servir le Roy dans la charge de premier président du parlement de Provance, qui estoit alors vacante, il s'estoit fié à Tabaret. Saint-André avoit trop d'eipériance pour douter que ce que Tabaret luy proposoit, ne fût une proposition que la Vallette luy-mesme luy feisoit. Dans ceste veuë, il s'cstoit expliqué à Tabaret et il luy avoit tesmoigné qu'il n'y au-

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roit pas de l'aversion, si le service du Roy l'y appelloit. Après ceste déclaration, la Vallette ne fit pas difficulté de s'expliquer luy-mesme à Saint-André : il le remercia premièrement, et après il envoya exprès au Roy pour luy faire connoistre combien un homme, tel que Saint-André, seroit utile à son service dans ceste charge, et mesme pour le luy demander comme un second qui luy estoit nécessaire.

Mais il ne l'estoit pas moins à Lesdiguières qui luy découvrit alors l'intelligence qu'il avoit dans Grenoble, et concerta avec luy les moyens de la faire réussir : le meilleur futde tesmoigner qu'on nepensoit à rien moins en s'appliquant ouvertement à d'autres affaires d'éclat Pour cella, il se fît une assemblée de notables à Romans au commencement de novembre, et une à Vercoiran de la noblesse de la religion P. R- Le sujet de celle-cy fut que le Parlement avoit supprimé la Cbambrede justice queLesdîguièresavoit establie dans la ville de Die, et refusoit de recevoir ceux de ceste Chambre, qui estoient auparavant de ses membres à cause de leur religion. Leurs sollicitations auprès du premier président et de Saint-André ne leuravoient servi de rien et Lesdiguières s'intéressoit pour eux. Il ne le dissimula pas à Saint-André et luy tesmoigna néantmoins qu'il estoit disposé à luy rendre en ceste occasion * tout le service a qui dépendront de luy pour sa satisfacttonet pour celledu Parlement. « Celle qu'avoit le Roy delà fidélité des services de Saint-André dans sa charge, luy fut apprise par la lettre qu'il luy escrivit le quatriesme du mois de novembre. Il approuva de nouveau le choix qui avoit esté fait de sa personne, et tout ce qu'il avoit fait. Il luy ordonna mesmes de continuer jusqu'à ce que le colonel eut esté mis en liberté. Et pour donner plus d'authorité et de dignité ft ceste commission, il la fortifia par des lettres patentes dattées du XVI de ce mois qui furent envoyées à Saint-André. Aînsy ce qui n'estoit en son origine qu'un effet du consentement des sujets leur devint un ordre auquel ils ne pouvoient plus ne pas obéïr sans crime.

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Lesdiguières (i) l'avoit alors averty qu'il seroil environ le douziesme suivant à Moirenc. C'estoit luy dire qu'il se prometroit de l'y voir, et de conférer avec luy du sujet qui l'y appelloit, et c'estoit l'exécution du dessein qu'il avoit sur Grenoble- II fut ménagé avec tant de secret, que quelque diligence que fissent Albigny et les partisans de la Ligue à veiller sur tous les babitans, ils n'en découvrirent rien. Falcoz, l'un des capitaines de la garnison, estant soupçonné d'avoir quelque secrette liaison avec Lesdiguières avoit esté enfermé dans les prisons du palais, et Simon en estoit le concierge. 11 avoit trouvé le moyen de

(i) Lesdiguières est assurément l'un des personnages les plus remarquables qu'sit produits le Dauphin^ : sa tigure est si originale et ai puissante que le cadre un peu étroit de notre histoire semble mal la contenir, — Lesdiguières (François de Bonne, duc de), pair et connétable de France, appartenait à une famille de pauvres gentilshommes de Champsaur. Il était fils de Jean de Bonne, seigneur des Diguières et du Gtaisier. Il naquit à Saint-Bonnet (H au tes- Alpes), le i" avril 1543. Après avoir débuté dans la carrière des armes, comme simple archer, d'une compagnie d'ordumiance de de Gordes, il assiata en 1S69 aux bal^lles de Jarnac et de Monconiour. En i iyb il prit part au combat du pont d'Oreille et à celui du pont de Blacons où Monlbrun fiit fait prisonnier. Après la En tragique de ce dernier, il devint le chef des protestants avec des pouvoirs qui lui furent confiés par le maréchal de DamviUe, le roi de Navaire et le prince de Condé. Il prit Grenoble sur les ligueurs le 14 décembre 1 Sgo et remporta à Pontcharra , le itt septembre iSgi, une victoire signalée sur Amédée, bâtard de Savoie : c'est lison plus brillant bit d'armes. Il servit sous Henri IV, en 1600, dans la guerre contre le duc de Savoie. Déjà créé maréchal de France par brevet du 27 septembre 1609, il fut nommé duc et pair par Marie de Médicis : les lettres sont du mois de mai 161 1. Enfin le 25 juillet i6xï, il abjura le protestantisme, et Créquy, son gendre, lui remit les lettres qui le nommaient connétable. Il mourut à Valence, le 28 septembre 1626. — Rochas , Biog. du Dauph. , 1. 11 , pp. 53-83, L'auteur lui a consacré un remarquable article.— Berger de Xivrey, Lettres missives, . L t. — C" Douglas et Roman, Actes et Corresp. de Lesdiguières. — Louis Videl , Histoire du eormest. de Lesdiguières , Grenoble , Jean Nicolas, 3"' édit., 1649.

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se sauver, et le concierge fut accusé d'avoir favorisé son évasion. De sorte qu'il fut mis à la question. Mais il n'avoua rien : on fut contraint de l'eslargir après avoiresté si rudement chastié. Ce fut la peine d'un soupçon qu'on luy avoit tourné à crime, quoy que la seule qualité de concierge l'eut bit naisire et qu'il n'y eut rien de son tait. Un violent désir de se venger le porta à Chapareillan, d'oti il fut conduit à Lesdiguiéres à qui il proposa le moyen qu'il avait de le rendre maistre de Grenoble, sans perte et tnesmes sans danger. Ce n'est pas mon sujet d'entrer dans le destail de ceste négociation : je l*ay fait dans le dernier livre du second volume de l'histoire de Dauphiné. Il me suffira de dire que Simon, ayant disposé un de ses amis i donner entrée par sa maison dans la ville aux troupes de Lesdiguiéres, la nuit du vingt quatriesme du mois de novembre fut choisie pour rexécution.

Cependant Lesdiguiéres qui avoit fait convoquer les Estats de la province par Saint-André à Voîron s'y trouva. L'assemblée fut célèbre par le nombre et par la qualité de ceux qui la composèrent. Les principaux avec Lesdiguiéres furent Maugiron, Viriville, Montlor (i), Sassenage, Gouverne!, Blacons, la Baume d'Hostun (2), Blanieu Poligny, Polemieu (3), Morges, Gotelrey, la Buisse, la Villette, Saint-Ferriol, et Villars. La ville de Vienne y avoît envoyé Boissat son premier consul, avec Floris du Bois aussy consul. Les autres villes y eurent de mesme leurs députez.

(i) Montlor, Fran;ois-Loiiit Arthaud de Montauban d'Agoult de Veec, Migneur de Montlaur et de Bauchine, comte de Sault, chenlier des ordres du Roi, gouverneur de Lyon (iSât), épouia ChriBIÏDe d'Aguerre.

(s) Antoine d'Hotlun, seigneur de La Baume, bailli dea Baronniei , Unéchal de Lyon, maréchal de camp , épouia Diane de Gadagne, mort en 1609. — Comte Douglas et Roman, Actes et correip. , etc. t. 1 , p. 55i.

(3> Gaspard de Baronat, S' de Polleymieu et de Poliénas, lieutenant de la compagnie de Maugiron, épousa Laurence de Monteynard.

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De l'avis de tous, la commission de Saint-André pour le gouvernement luy fut continuée non-seulement pour un temps limité, mais jusques au retour du colonel ou jusques à ce que le Roy y eut autrement pourvu ; et le Roy estoit trop satis&it de Saint-André pour mettre en sa place un autre de moindre dignité qu'Alphonse. On ne s'imaginoit pas dans Grenoble que Lesdiguières pensât alors à autre chose qu'à ce qu'il feisott si ouvertement. On jugeoît de ses pensées par les apparences. Mais les grands hommes se servent des apparences pour couvrir leurs pensées, comme dans Homère les dieux se servoient des nuages pour se cacher, et pour n'estre pas veus dans les lieux mesmes où ils attachoient leur plus forte action.

La nuit destinée à l'exécution de son dessein estant venue, il entra dans la ville comme nous l'avons raconté ailleurs. Mais il ne put se rendre le maistre du pont, de sorte qu'il ne le fut que de la rue Saint -Laurent et de cell» de la Perrière, qui sont cette partie de la ville qui est au-delà de l'Isère. Ainsy c'estoit une conqueste imparfaite, et seulement un commencement de victoire. Il convoqua quelques jours après une nouvelle assemblée de la noblesse à Saint-Laurent. II n'avoit pas de moyen plus infaillible de se fortifier; et ce luy estoit un secours d'autant plus utile, qu'il ne seroit composé que de gens de qualité et de coeur (i).

Saint-André y vint des premiers, aussy y estoit-ii plus nécessaire que nul autre. Et cependant Lesdîguières fît approcher de Grenoble tout ce qu'il avoit de troupes aux environs : ce ne fut qu'un blocus. Geste ville estoit environnée et accablée d&tous les maux que produit la guerre, et, une foible espérance d'un secours que le marquis de Saint-Sorlin luy promettoit, luy estoit une douce illusion qui la trompoit en la flattant. Enfin les plus sages se désa-

(0 V. Appendictj II, m et IV.

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- 8o — busirent et prêtèrent l'oreille aux conseils de Saint- André \i). Albigny qui n'avoit alors que deux compagnies de gens de pied et une de chevaux légers, n'y estoit pas le plus fort',et il falloit nécessairement qu'il suivit lesmouvemens du corps de la ville, ou qu'il en fut entraisné malgré luy. On capitula, et Saine-André signa immédiatement après Lesdiguières les articles de la capitulation Elle fut conclue avec les députez du Parlement, du corps des Estais, de la ville et d'Albigny. Les députez du Parlement furent les conseillersSoffreydeBocsozel-ChastellaretClaudeAudeyer; celluy des Estats fut Charles du Mottet. Charlesdu Bonnet- Finé (2) fut pour la ville, et Louis de Buffevant, seigneur de Moidieu, pour Albigny. Pour rendre ce traitté plus solennel (3), Lesdiguières voulut que la noblesse qui estoit alors auprès de luy ou qui avoit accompagné Saint-André le souscrivit ; et ce fut en cet ordre. Lesdiguières, Saint- André, Gaude Audeyer, Chastellar-Bocsozel, BuSevant, Moidieu, Gouvernet, Briquemaur, BJanieu, Montlor, Morges, Mures, Calignon, Poët, Saint-Sauveur, la Laupie, la Frette, du Bonnet Fine, Viriville, Velheu, Barberon, de

(1) 1S90. — Mesures à prendre pour la pacification de« trouble*; nomination de Charles du Bonnet Fine , docteur et avocat , député de la ville, à l'elTet de se joindre aux autrea députés du Parlement et de d'Albigny pour fttire traitement et accord avec M. des Dîguières au plus grand soulagement de la ville que faire se pourra. — Pilot de Thorey, Ville de Grenoble, Inverti., rom.j BB., 43. — Bulletin de la Soàété de statistique, etc., de l'Isère, t" série, t. 11, p. 117. — V., pour se faire une idée exacte de ces importantes négociations , Comte Douglas et Roman, ^cfe*e»corr«;'.,rtc., 1. 1, CXVIII-CXXVI.

(a) Fine du Bonnet (Charles) ëiait, d'après nos écrivains dauphinois, un célèbre avocat du parlement de Grenoble. Veta 1^93, il quitta le barreau et se retira à Valence où il devint premier régent de l'Université — Rochas, Biog. du Dauph., 1. 1, p. SçS. — Guy AUard, la BibUot.de Dauph., p. 106.

(3) Les articles de la capitulation furent signés le 11 décembre iSço. — Comte Douglas et J. Roman, Actes et corresp. etc., CXX VII.— Pilot de Thorey, Ville de Grenoble, Invent, som., BB., 4S.

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- 8t - Lionne, Crussillieu. Le mesme ^ur Lesdigiiiires entra dans Grenoble en victorieux, ayant Saint-André & son costé. Ce fut un jour de triomphe à la vertu militaire de l'un et à la sagesse politique de l'autre.

Les jours suivans furent employez à rappeller les habitans à la reconnoissance de leur devoir, et k remplir le Consulat de nouveaux officiers. Les habltans firent le serment de fidélité qu'ils dévoient au Roy entre les mains de Saint-André assisté de Cbastelar et de Calignon ; et Alliires, beau-frère de Saint*André, ffat porté au Consulat. La première place luy en fiit donnée. Elle est tousjours destinée à la noblesse. Le Roy avoit donné à Lesdîguières les offices de ceux du Parlement qui n'ayans pas voulu obéir^ s'estoient obstinez à demeurer dans Grenoble après qu'il eut esté transféré à Romans. Il avoit non-seulement la liberté mais le droit d'en disposer â leur préjudice en faveur d'autres. NéanUnoins il en usa plus généreusement et suivit le conseil de Saint-André et sa propre inclination. Il les leur rendit et ne les inquiéta point. Il ne pouvoit pas mieux se les acquérir. Tout estant paisible dans Grenoble, le Parlement qui siégeoit & Romans députa â Lesdiguières et à Saint-André le président de Buffevant Malissole (i) pour leur tesmoigner la part qu'il prenoit à ce bonheur public. Mais Lesdiguiéres ayant fait à la haste tout ce qu'il avoit pu pour remettre dans Grenoble l'ordre qui y devoit estre, et se reposant pour ce qui y restoit à faire sur la prudence de Saint-André, en estoit party. 11 avoit tousjours plus d'un dessein dans l'esprit et l'exécution de l'un ne luy estoit pas un repos mais le commancement d'un nouveau travail. Le repos des hommes nez pour la gloire est dans l'action. Buffevant fut obligé d'aller oti estoit Lesdiguiéres. Cependant ia réunion du Parlement estant désirée de

(i) Jean de Buftevent, S' de Mallisaolcs, président ai Grenoble (1574), ancien vibailli de Vienne.

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— 8z -chascun fiii proposée à ceux qui estoient dans Romans, et fusques à ce qu'elle eut esté Eaitte, te palais demeura fermé dans Grenoble. Ce fut par l'avis de Saint-André que Lesdiguiéres fît deffence à ces officiers qui avoient tesmoigné si peu de zèle au Roy de faire aucune fonction de magistrature jusques à ce que leurs collègues fidèles et zélez, en se rejoignant à eux, les en eussent de nouveau rendus capables. C'estoit c un honneur > que Lesdiguières, comme il récrivit alors à Saint-André < croyoit estre dû à ceux qui « estoient demeurez fernfes dans l'obéissance du Roy au a péril de leurs biens et de leurs vies. * La fidélité est le suppôt de toutes les vertus politiques, et pAt conséquent est celluy de toutes les lotianges du bon citoyen. Ce n'est pas qu'entre ceux qui estoient demeurez à Grenoble il n'y en eut, ou que Testât de leurs affaires avoit empeschez d'ea sortir, ou que le désir d'y servir la bonne cause avoit arrestez dans la mauvaise. Dans les divisions publiques souvent l'on n'est pas où l'on paroit, et quand tous les bons se séparent des meschans ils les favorisent.

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Sitôme Marchand, prieur de la CraDde-ChanreuK, emploie le crédit de Saint-André auprèt de Lesdiguière» pour rentrer en possession des litres volés pendant les f^erres de religion. — Les vitres de l'église Notre-Dame de Grenoble sont brls^ à coups de pierrei. — Démolition du chfileau et des remparts de Molrans. — Intrigues du baron de la Roche et de Mauglron. — Vicose apporte à Prunier de Saint-André les instructions du roi. — II se dispose i partir pour la Provence où le parlement d'Ail l'attend. — Le colonel Alphonse d'Ornano recouvre la liberté.— lo )uin 1 591, entrée de Saint-André dans la ville de Sisleron.

Le président savoit accommoder l'impérieuse politique avec la complaisance bienfaisante. U n')r avoit pas de plus sage politique, ny de meilleur homme. Le couvent de U Grande Chartreuse, qui n'est éloignée de Cîrenoble que d'environ trois UeUes, avoit esté pillé (i)par les huguenots,

(1) I Le quatriesme juin qui estoit un jeudy, au soir, à huit heures après-midy, le capitaine Furmeyer , le capitaine Cot , le capitaine de Brion , avec toutes leurs compagnies despartirent de ceste ville peur aller en Chartreuse et le vendredy matin y estant arrivés , n'y trouvèrent que deux m<Mnes vieux et trouvèrent tout ouvert. Alors commencèrent k piller, et après qu'ils eurent pilU ce qu'ils voulurent ils mirent le feu dans ladite reli^on (couvent) dont il se brusla beaucoup de biens et n'y demeura que les murailles, et puis s'en vinrent et furent icy le samedi au matin. ■ — H. Garielj Delpkinalia, p. 104. Grenoble, tSbS.

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et la plupart de ses tiltres et de ses documens estoient dlspersezen divers lieux (i). Ils estoient entre les mains de gens qui n'en prdtendoient d'autreavantage que d'empescher que ceux à qui ils appartenoieni n'en tirassent jamais. Hiérosme Marchand (2}, prieur général de cet ordre si saint et si célèbre, employa le crédit du président auprès de Lesdiguîéres pour les ravoir; et Saint-André s'y employa si bien luy-mesme que Marchand eut la satisfaction qu'il désiroit.

11 ne peutaussy refuser ses soins à un désordre naissant pour en arrester le cours. L'exercice delà R, P. R. avoit esté permis par un des articles de la capitulation à ceuxqui en faisoient profession dans le faubourg de Très-Cloistre. Mais il se faisoit presque publiquement dans toutes les rues de la ville, et les soldats de la garnison chantoîent les psaumes de Marot et de Bèze partout où ils se trouvoient. Cella offançoit les yeux des catholiques et blessoît leurs oreilles. On avoit mesme cassé à coups de pierres les vitres de l'église cathédralle (3), et il n'y avoit pas moyen d'en

(t) Ce pillage fut exécuté sur lu ordres du trop célèbre des Adrets. — Beaumont (François de), baron des Adrets, chef militaire de» protestants du Dauphiné , naquit au ch&teau de la Frctte (1*^")i *^rs liiî. AprÈs avoir tour à tour servi et trahi les catholiques et les protesiants, il ternit sa mëmolre par d'horribles représailles et laourul en ■587. Déjà suspect à son parti (les protestants alors) , il Tut arrêté à Romans;, le lo janvier i563, sur l'ordre du prince de Condé , par Montbron, Cléry et Mouvans. — D' Chevalier, Annales de la villrde Romans, p. 32. — Rochas, Biog, du Dauph., t. i, p. 96. — Guy Aliard, Vie de François de Btamnoiîl. Grenoble, 1675.

(î) Dom Jérôme Marchant naquit à Auiy-le-ChBteau, en 1 540, c'est un bourg situé aux environs d'Abbeville : il mourut le 37 septembre 1 5g3, le quaranle-trorsîÈme général de l'ordre des Chartreuï. — Vie de dam Jérôme Marchant, prieur de la Grande-Chartreuse, s. I. d. d.

(3) En i562, cette même éghse avait été livrée au pillage par les protestants. — « Le mercredy au soir, troisième de juin, les huguenots trouvèrent toutes les belles chapea, mitres et reliques, tant dor que d'argent de Notre-Dame, dans ladite église, cachées dus le moou

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accuser que ceux de ceste religion. Après quejSaint-AQdré en eut conféré avec Lesdiguières, cest exercice fut limita comme il le devoit estre. Ce n'est pas que Lesdiguières ne dît alors qu'il trouvoit fort estrange, que ceux qui ne s'estoient jamais plains des juremens et des blasphèmes ordinaires dans la bouche des soldats d'Albigny, ne peussent souffrir que l'on chantât les louanges de Dieu en François. Pour le reste il fut fait une exacte et diligente recherche des coupables, mais ils ne furent pas découverts. LesdL guières n'auroit pas manqué d'en faire une sévère punition. L'exemple est l'âme et la force de la défense.

Il délibérait alors de faire une course en Provance pour secourir la Vallette. Saint-André luy en avoit inspiré la pensée. Il n'avoit pas alors dans Grenoble d'autre logis que celluy de Saint-André. C'estoit la consommation de leur amitié. Albigny luy avoit donné lieu d'user contre luy de quelques paroles fortes et menaçantes. Il s'estoit arrestè à Avalon en sortant de Grenoble, et sous prétexte qu'on ne satisfatsoitpasà tout ce qu'on luy avoit promis, il y avoit commencé quelque sorte de fortiflcation. Lesdiguières qui en fut irrité avoit résolu de l'en aller chasser, et avoit dit que ceste place seroit le tombeau de la Ligue. Il ne se trompoit guère en ses pronostiques militaires. Mais Albigny qui ne songeoit à rien moins, et qui avoit seulement fait mettre des barrières en certains lieux, envoya Crussillieu à Saint-André pour se justifier en l'informant de la vérité. Lesdiguières fut satisfait. N'ayant plus à craindre de la Ligue que des surprises, pour les éviter, il commença â travailler à deux choses : l'une fut la démoli-

ment de 1b chapelle de Csssard, qui estoit du coslé du grand autel, à la Tnain senesire, enlranl en ladite église. Et lesdits reliques , mines, chapes el calices furent baillés audit seigneur, baron des Adreis, aprt.s avoir bruslé le corps de saint Hugues, évesquede ladite ville, et presque tous les documents, titres, papiers du chapitre. » — H. Gariel, Delpkinalia, p. io3.

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tion du chasteau et des remparts de Moirenc ; et l'autre les réparations nécessaires aux murailles et aux fortifications de Grenoble. Manîssy fut chargé de l'une, et dans peu de temps il mit Moirenc en Testât oti il est présentement. Mais Lesdiguières se reposa du soin de l'autre sur Saint- André et ne voulut s'en fier qu'à luy à cause de l'importance de l'œuvre. La Ligue estoit bien aux abois, mais elle estoit à craindre tant qu'il luy resteroit de mouvement. Les piqûres des serpens mourans sont les plus mortelles. Leduc de Nemours ([) avoit divers desseins et mesmes les Espagnols n'avoient pas esté si secrets que l'on eut appris d'eux en Italie qu'il en avoit sur la ville de Vienne. Hurault, sieur de Maisses (2), ambassadeur du Roy à Venise, en avoit donné avisa Lesdiguiéresetcelluycy à Saint- André Mais il n'y avoit pas alors de l'apparence. Maugiron (3) qui y commandoît tesmoignoît tout le zèle pour la conserver que l'on aurait pu désirer. Il s'estoit mesme en quelque manière brouillé avec le président parce qu'il ne luy accordoit pas inconsidérément tout ce qu'il luy demandoit de munitions et d'argent suivant les estais qu'il luy

(ij Nemours (Charles Emmanuel de Savo7e, duc de\ gouverneur de Lyon, avait succédé à François de Mandelot, mort à Lyon, le 14 novembre lias. Il (iit remplacé par Philibert de la Guiche et mourut le 1 3 aoât 1 59S, dans eon chfiteau d'Annecy, en Savoie.

(3) André Hurault, seigneur de Maisses, conseiller d'État , ambassadeur a Venise sous Henri 111 et Henri IV, fils de Nicolas Hurault, seigneur de Boiataillé et d'Anne Maillard, mort en 1607

(3) Maugiron (Tjmoléon de) avait été chargé, sur la fin de la vie de son pire Laurent, de l'intérim de la lieutenance générale en Dauphiné, par lettres du 29 mars 1 5H8. Il fut nommé ensuite gouverneur de Vienne. En 1 Sga, Maflgiron ténia son passé : le récit de Chorier nous prend à ce point de sa vie. Il quitta alors le parti du roi eiseietadans les bras de la Ligue, en livrant la ville et les forts de Vienne au duc de Nemours. Les motifs de cette conduite n'ont pas été clairement déterminés.— Rochas, Biog. du Dauph. , t. ri, p. i3S.— PalmaCayet. Chrtmotogie Novennaire (CoUect. Petitot, t. u.i, pp. 96 et suiv.).

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envoyoit, estant rndigné de ce ^ue Ton vouloît s'esdaircir delà vérité (i). Il avoit escrit à Saint-Andréque ■ nepou- < vant s'adresser qu'à luy > il le faisoit pour la dernière fois.

Le baron de la Rocbequi comtnaadoit aursydansRo. mans n'obtenant pas plus facilement ce qu'il demandoit avoit conceu un grand chagrin, à qui il permettoit souvent de s'évaporer par des plaintes aigres et libres. Enfin ils communiquèrent leurs passionsàquelquesautreset mesme au Passage, et la Roche persuada à Maugiron que s'il vou. loit ne marchander pas Saint-André, ils luy arracheroient des mains l'authorité qu'ils y avoient mise. Maugiron descendit pour cella à Romans et eut une longue conférance avec le premier président. 11 luy dit que le pouvoir qu'avoît Saint -André estoit essentiel au Parlement, que Ton auroit eu garde de le luy donner, si le Parlement eut esté alors reconnu, que maintenant qu'il l'estoit depuis qu'il avoit esté mis hors de Grenoble, il y alloit de son honneur de ne laisser pas plus longtemps son authorité dans les mains d'un particulier ; et enfin il luy proposa que c'estoit l'unique moyen d'estouffer la discorde naissante, la plus part de la noblesse, comme il le supposoit, estant résolue à ne plus reconnoistre Saint-André. Mais ce qui augmentoit le dégoût de Maugiron estoit l'estroitte union qui estoit entre le président et Lesdiguiéres dont il ha'issoit la vertu, et envioit la fortune. Cette remontrance n'ayant pas &it assez d'impression, la Roche (2) tacha de l'animer par une requeste

(i) iSgi , juillet. — Des n^ocUtionB ont lieu avec les Viennois et le colonel d'Ornano , pour l'eiëcution de U Trêve des Laboureurs. — A. Péricaud, A^ofM rt£>oc., année i5gi, p. 104.

(i) Roche (Baron de U) Balthazard de Floue , baron puis comie de la Roche des Amauds, baron de Montraaur, fils de Jean et d'Antoinette Anhaud de Montauban , gouverneur de Romans 11 tenu, le rij octobre i5y7. de livret celte ville au duc de Savoie, mais la noble conduite d'Hercule Sibeud de Saint-Ferréol fil échouer cette criminelle eniaiive. — D' Chevalier, Amuiles de la ville de Romims, p. 1 07.

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qu'il présenta au Parlement en corpa sous son nom, et de ses adhérans qu'il n'y nomma point. Elle tendoit à la mesme fin ; et c'estoit UD commencement de division, car il estoit bien certain que Saint-André ne céderoit pasà une insulte qui ti'attachoit à son honneur, et que Lesdiguiires luy serait une espée et un bouclier contre tous ses ennemys. Et d'ailleurs sa commission ne pouvoit estre esbranlée. Elle luy venoit du Roy qui l'avoit authorisée et confirmée. Ce furent des réflexions que fit le Partemenl, et qui l'obligea à députer le président de Buffevant & Lesdiguières, à s'expliquer de ses sentimens à Saint-André et à ménager ceste aâaîre avec tant de prudence que sans rien faire qui intéressât nyles unes ny les autres, elle finît d'elle mesmesans avoir fait de l'esclat.

Le Parlement avoit proposé à Lesdîguiâres, et à Saint- André une conférance dans l'Albenc avec Maugiron, le Passage et lu Roche ^ maisnyTun ny l'autre ne l'agréa, et, sans la refuser, ils en éludèrent la proposition en demandant seulement qu'elle fut renvoyée à un autre jour que celluy auquel elle avoit esté résolue. Ces oppositions estoient des nuages faciles â dissiper. Saint-André recevoit en mesme temps des tesmoignages de l'estime que le Roy avoit pour luy, et de la bienveillance du connestable de Montmorency. Le secrétaire d'Estat Forget du Fresne, qui avoit dans son département le Dauphiné et la Provance, estoit son amy. Il luy apprit la satis&ction que le Roy avoit de ses services et de l'intention où l'on estoit qu'il allât exercer en Provance la charge de premier président le loQant < de la conc tention qui estoit entre ces deux provinces à qui le c retiendroit s C'est de ceste manière qu'il s'expliquoit. Le connestable entrant dans ce destail avec luy, pour marquer sa confidence luy apprit qu'il avoit accordé sa fille aisnée au comte d'Auvergne (i) et que la consommation de ce

<i) Charles de ValoU, Bla de Chartes IX et de Marii; Touchei, né le sti avril 1573, mon le 24 septembre lâïo. Il ftit due d'AngoulJme,

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-8, mariage se ferott bientôt. li savoit que l'on désiroit que le PaHement qui estoit encore à Romans fut restably à Grenoble. Saint'André estoit du nombre de ceux qui le soubaittoient et pour cella il ne négligeoît rien. Mais le connestable le ralentit un peu, il luy Bt savoir que son sentiment estoit que rien ne se fît sans en avoir un ordre et des lettres expresses du Roy, et Saint-André s'y conforma.

Dez lors le Roy, qui avoit eu longtemps la pensée de le charger de l'ambassade de Venise, avoit formé la résolution del'employer dans la Provance à la testedu Parlement et il luyenvoyaetàLesdiguiiresle secrétaire Vicose. Ils apprirent de luy les secrettes intentions du Roy qu'il n'avoit pas voulu fier à des lettres et Saint-André ne délibéra plus. Mais diverses affaires qui ne pouvoient avoir d'heureux succez que par luy l'arrestèrent dans la province jusques au mois de juillet. Une des principalles fut un traitté conclu avec la Poëppe Saint-Jullin qui mit le Viennois dans quelque sorte de repos.

Cependant le colonel fut mis en liberté. Il eut ordre de prendre la routede Languedoc pour se rendre auprès du connestabte à Tarascon . Saint- André luy envoya de Franc et Veron pour luy tesmoigner sa joye. C'estotent deux hommes cap>ables du maniment des affaires les plus difficiles que le colonel estimoit. Il auroit bien voulu laisser les a&ires de Dauphinë en un estât oti elles n'eussent plus rien à craindre avant que d'en sortir, mais quand on a rien à se reprocher on se console des événemens. On ne doit s'en affliger qu'autant qu'on y a contribué. II ne pou-

pair de France, comte d'Auvei^e, de Ponthieu, d'AIeli, grand prieur de France, chevalier des ordres du roi. Par le mariage de Marie. Touche), sa mère, avec Françoii de Balzac, comte d'Entragues, il se trouva frire utérin de la marquise de Verneuil. 11 épousa en premières noces Charlotte de Montmorency, el en secondes noces, k rage de S' et-un ans, Prançoise de Nargonne. — Berger de Xivrey, Lettres m «Ve,. I. m, p. (67.

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- 90 voit pas se refuser plus longtemps aui devoirs de la nouvelle charge qui l'attendoît à Sisteron. Il se prépara à partir mais il avoit desjà envoyé Veilheu à la Vallette et au Parlement, pour les assurer de sa part qu'il auroit grand soin de ne rien feire qui ne dût mériter leur approbation. Jean Augustede Foresta (i), baron de Tretz, avoit possédé le dernier ceste éœinente dignité avec beaucoup de probité et d'éclat. Saint-André luy estoit un successeur d'un assez grand mérite pour ne craindre pas la gloire que son prédécesseur s'estoit acquise. On n'en doutoit pas à la cour.

Le Roy eut de la joye qu'il se fut déterminé à ce service et la luy tesmoigna par une lettre expresse, i J'ay esté bien « aise, lui dit-il dans ceste lettre, de voir que vous vous « soyez résolu d'aller esercer Testât de premier président en < ma cour de parlement de Provence, estant bien asseuré c que vous vous en saurez bien et dignement acquitter, et € que toute la Provence en recevra commodité et soulage- ( ment, et cette compagnie, dignité et contentement. Je • vous prie, si vous ne vous y estes encore acheminé, de le ■ faire le plus promptement que vous pourrez, et croire, « que pour estre en Provance, je ne fwrdray point la mé- « moire des services que vous m'avez faits en Dauphiné. ■

Bellièvre jugeant du succez par la réputation que le pré* sident s'estoit desjà acquise dans les charges qu'il avoit exercées et dans celles qu'il soutenoit encore dans le Dauphiné, luy dît qu'il espéroit « que la Provence s'estimeroit

(i) « Lacharge de premier présidentdu parlement deProvenceétani vacante depuis environ trois ans par la mort de Jean Augustin de Foresta, bacon de Treiz. premier président en ce Parlement, arrivée le 24 octobre : 588, a le Roy estant supplié de diverses parts de remplir cette charge, sa Majesté trouva à propos de la faire exercer par commission, et la remplit d'Ailus de Prunier, sieur lie Saint-André et Je Virieu, personnage ne pour de grands emplois et Joui la vertu et la suffisance estoient connues depuis longtemps. • - H. bouche , l'Histoire c/ironolo,;ique dt Hrouence, t. ti, p. ■jb'i. Aix, 1Ô64.

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< bien heureuse d'avoir pour chef de la justice un person- ■ nage tel que luy plein de savoir, d'intégrité et de vertu. » Et par la mesine lettre observant quel est le genre des Provenceaux, il remarque « qu'ils sont difficiles à s'accorder de c juges, mais que quand ils connoîssent la vertu, ce sont t ceux qu'ils honorent le plus. >

Chaque peuple, de mesine que chaque homme, a son caractère qui luy est comme une forme morale qui le distingue des autres. Le seul zèle que Saint-André avoit tousjours eu pour le service du Roy et pour le bien de l'Est&t, le détermina (i*. Ce fut le XX du mois de juin qu'il fit sa première entrée dans la ville de Sîsteron, où siégeoît le Parlement qui y avoit esté transféré de celle d'Aix, Et cinq jours après il fut mis en possession de ceste illustre charge : les conseillers Louis Antelme et Jean d'Arcusia l'y ayant instalé. Ce noble corps recouvrant un si digne chef reprit une nouvelle vigueur. Le président s'appliqua égallement au soin de la justice pour porter dans les maisons particulières la concorde et le repos, et à ceux du gouverneinent pour en décharger d'autant la Vallette. Sa réputation n'avoit rien promis qu'il ne tint. La Vallette le regarda comme un secours qui luy venoit du ciel et se réjoUit avec tout ce qu'il y avoit de bons françois de l'arrivée d'un si excellent politique dans son gouvernement.

Quelques mois après, il fut asseuré d'estiie iâit conseiller d'Esut, et ses amis l'en félicitèrent. Le chancelier de Cheverny s'estoit engagé de la meilleure manière qu'il le pouvoit â favoriser ses intérêts en toutes les occasions où il luy seroil utile. De feçon qu'il estoit party de Grenoble chargé

(■] • Il e«t vny qu« ce grand homme (Prunier Saint André) après avoir essuyé durant l'espace de quinze ou vingt ans tous les orageBdes divisions qui egtoient arrivées de son temps en Dauphiné , au point qu'il devoil jouir du repos à l'avenir, eut beaucoup de peine i se résoudre d'accepter celle charge, de s'exposer de nouveau à in tempête, à un pays éloigné de S£3 parent et amis. • — H. Bouctie , L'histoire chronologique tU Provtnce, t. ii, p. 7J13.

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d'espérances et plein de cette généreuse confiance qui accompagne la vertu héroïque. Elle n'est jamais plus satisfaitte de soy-mesme que lorsqu'elle agit pour les malheureux. Lesdiguiëres en donna l'occasion à Saint-André. 11 luy recommanda le capitaine Federic d'Aiguillery qui luy appartenoit. La Vallette l'avoit fait arrester à cause de quelques violences qu'il avoit commises, et il estoit dans les prisons de la Cour. Il en fut mis dehors par les soins du premier président qui n'avoit pas besoin d'autre persuasion pour un homme que Lesdiguiëres avoUoitestre parent de sa femme.

En mesme temps ils s'avancèrent l'un et l'autre jusques à Ribiers (i), Lesdiguiëres descendant en Provence, et Saint- André luy allant à la rencontre. Mais îl arriva que les choses se trouvèrent disposles d'une telle manière qu'ils ne se virent pas. Lesdiguiëres en eut du déplaisir et il s'en expliqua par une lettre. Il y a des conjonctures qui ne semblent naistre que pour s'opposer à ce que l'on désire le plus ardemment, et que l'on n'évite jamais parce que jamais on ne les prévoit. C'estoit vers le milieu du mois d'aoust, et, à la Bn de ce mesme mois, )e premier président receut une lettre importante de la cour. Il avoit donné avis au Roy de l'obstination des officiers du Parlement, qui estoient encore dans Aix, et que le seul moyen de les rappeller à leur devoir estoit de faire sontre eux une déclaration fulminante. 11 y avoit aussy quelque différend entre le Parlement et la Chambre des Comptes, et le Parlement avoit envoyé au Roy une requeste pour avoir un règlement.

Ce n'estoit pas le sentiment de Saint-André que ce

(i) La Valette implora l'assistance désarmes dauphinoises du sieur de L^sdiguiËres, suivant l'accord de leur Ligue ofTensive et défensive, lequel acconipagnâ des sieurs du Po«I, de Blacons, de Morges, de la Baulme, entra en Provence. — H. Bouche, Hist. de Provence, t. ii, p. 744- — Soffrcy Caiignon, Journal des guerres de Monsieur des Diguières. — Rochas. Biog. du Daupk., (. ii, p. jo.

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dëmëlé se vuidât parles voyes ordinaires de la contestation. Le Roy ne s'esloigna pas de ce que le premier président luy avoit proposé touchant ces deux articles. Pour le premier il luy manda la déclaration dont il avoit inspiré le motit pour la faire publier, et exécuter; et pour l'autre, ceste requeste luy fut renvoyée, le Roy voulant que ces deux corps se réglassent par sa médiation.

( Je m'en repose principallement sur vous, luy dit-il, et « non seulement de cella, mais d'ayderet d'assister le sieur € de la Vallette aux autres occurences de. la province en « laquelle je me suis proposé un grand soulagement en « vous. Je vous prie donc de vous y employer de cœur et c d'affection, s Les Estats de la province avoient esté convoquez. La Vallette désira que le premier président y assistât et cella luy fut ordonné par une lettre de cachet qui le déclara l'un des commissaires qui avoient à y présider. Ils furent tenus le IX du mois de janvier suivant, et tout y fut résolu par l'avisdu président. Il mania les esprits avec tant de prudence et de dextérité que tous voulurent ce qu'il proposa. Un ministre que l'on sait estre aussy homme de bien qu'il est bon politique, persuade quand mesme il ne fait que proposer. Tout ce qu'il dit, sans qu'il l'appuyé, a toute la force du raisonnement.

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9 janvier 1 592, les ÉutB de la Provence sont convoqués. — KtuMîon de la province. — Charles-Emmanuel. — Edits de Mantes. — Prise de Flassana et de quelques chSteaui. — ti fïvrier iSgi, mort de la Valette au wége de Rochebrune— Douleur de Saint-André. — Deux généraux sont créée : le marquis d'Oraison et le baron de Montaut. — Le duc de Savoie propose une trêve. — Difficultés soulevées par Oraison et par Montaut. — Discussion au parlement de Provencesur l'acceptation ou le refus de la trêve. — Elle est rejetée sur l'avis de Saint-André. — Carces essaie de se créer des intelligences dans Manosque. — Noble conduite du lieutenant Chabert. — Jean de Serres est fait prisonnier par des ligueurs. — Prunier Saint-André olnient sa mise en liberté. — Embarras suscités à Lesdiguiires par les partisans du duc d'Ëpernon.

Les Estais de la province firent ainsy l'ouverture de l'an mille cinq cent quatre vingt douze aussy abondante que nulle autre de la vie du président en occasions d'exercer sa vertUj et de faire paroistre sa fermeté inébranlable. Charles Emmanuel duc de Savoye, prince grand politique, et grand capitaine avoit esté appelle à Ais par les partisans de la Ligue, et se promettoit tout de son courage et de sa fortune. Les grands cœurs conçoivent facilement de grandes espérances, et aussy facilement ils se laissent tromper par elles. Mais la Vallette estoît à ses progrcz un obstacle que le secours de Lesdiguières avoit rendu insurmontable. C'estoit à la prière du président que Lesdiguières estoît

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descendu en Provence (i), et qu'il avoU rendu faciles à la Vallette des succez qui enfin avoîent fait connoistre au duc qu'il n'estoit pas invincible. Il avoit perdu un combat à Vinon et la Vallette en avoït emporté l'honneur. Si bien que les affaires des royalistes commençoient à estre moins mal.

On en attribuoit la gloire à la prudence du pr&ident et à la valeur militaire de la Vallette. a II n'y avoit pas alors

< une province dans le Royaume, escrivoït Despesses A

< Saint-André, qui joUit de quelque repos que le Daupbiné c et la Provence, qui commançoient à ressentir deTallège-

< ment à ses maux Mais s'il y avoit pour toutes, ajousf loit-il, d'aussy bons chefs et aussy affectionnez au service

• du Roy, et au bien de la patrie, nos affaires s'en porte-

• roient mieux. • Despesses avoit assisté à l'assemblée du clergé convoquée à Chartres, le mois d'aoust de l'année précédente ; il y avoit deffendu fortement et savamment les intérêts de la couronne, contre la bulle du pape Grégoire XÏV qui avoit osé excommunier le Roy. Cavoit esté par un excellent discours duquel il envoya un exemplaire au président. 11 avoit ainsy instruit les ignorans, désabusé les crédules, et fortifié les savans.

(i) Nous lisons dans Guy-AIltrJ ; > L'année «uivantt: , Saint-André fut envoyé en Provenceporsa Majesté qui lui donna par commission la charge de son premier président au parlement de cette province séant il Sisleron où tel officiers qui étaient demeurés fermes au service du Roy s'étoient retirés : il y fut reçu le 25 de )uin et rendit dans cet eroploy des services importants. La Valeie , gouverneur de la m£me province, ne hisoit rien que de concert avec luy et ayant été tué devant Roqueln^ne, le Parlement prit le gouvernement en main, et par là Saint-André se vit une seconde fois chef du party royal. Il empfcha une trêve qui auroit été fort désavantageuse au Roy, apaisa une sédition à Sisteron, attira en Provence les armes de Lcsdiguières et servit trts utilement pendant deux ans, jusqu'à l'arrivée du duc d'Espemon. • Guy Allnrd, Die. «le Daupk., 1G84, t. 11.

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Rien ne pouvoit sauver l'Estat que la réunion des sujets au point de l'obéissance deUe au souverain. Il falloït- pour cella asseurer l'ancienne et la nouvelle religion contre les dangers qu'elles appréhendoient, et par ceste raison le R07 estant à Mantes avoit bit deux édits capables de dissiper égallement les imaginations de la peur des catholiques, et de celle des huguenots. Par le premier, il déclara qu'il vouloît maintenir la religion catholique, et les lîbertez de l'Eglise sans changement et sans altération ; et par l'autre, il confirma l'édit du roy Henry III pour la pacification, cassa et anéantit ceux que la Ligue avoit contraint ce Roy foible et opprimé de luy accorder en hdlxxxv et en mdlxxxvhi dans rimpuissance oli il estoit de luy résister et de luy rien refuser. Ce dernier édit avoit esté envoyé à Sisteron avec ordre au premierprésidenlde le faire enregistrer et publier. Mais comme dans les corps naturels, il arrive souvent que la partie concupiscible dispute le gouvernement à la raison* nable, de mesme dans les corps politiques la partie la moins raisonnable refuse souvent de suivre les mouvements de la plus judicieuse, La chose ayant estémise en délibération dans le Parlement, le plus grand nombre l'emporta sur le plus sain. II fut seulement résolu qu'il seroit ta.il de très hum* blés remontrances au Roy qui en fut averty par le président. Ce retardement ne pouvoit que produire de mauvais effets. C'est pourquoy la responce du Roy au président fut que ceux qui ne coasentoient pas à ceste vériËcation ne pouvotent estre que des gens c qui n'avoient pas assez de c connoissance des affaires d'Estat, > que le Parlement transféré à Tours y ayant procédé sans difficulté et sans limitation^ celluy de Sisteron a'avoit pas raison dedifférer, c qu'il prioit » le président de le représenter et d"ayder de ses lumières ceux qui preschoient dans ceste occasion faute de connoissance, que s'il y en avoit qui formassent ces difficultez à mauvais dessein, il eut à en donner avis, et enfin que ses collègues n'avoient qu'à l'imiter, et qu'Us ne pouvoient prendre de mauvais patron , ny se proposer de plus

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digne exemple. En effet à la fin ils s'y conformèrent tous et le Roy fut obéy.

Cependant la Vallette esloit en campagne : il estoU infatigable et l'hyver ne luy estoit pas un prétexte de garder la maison. Il avoit eu un dessein sur Draguignan dont il croyoic l'exécution infaillible, néantmoins il n'avoit pas réussi. La prise de Flassans et de quelques chasteaux des environs l'en avoit consolé. Mais Rochebrune l'arresta, et mit lin à ses progrez et à sa vie. Ceux qui estoient dans cette place ayant refusé de luy en ouvrir les portes, il l'avoit assiégée. Ce ne luy devoir estre qu'une occupation de peu de jours. C'est une fatalité que les plus grands capitaines trouvent la mort devant des places ou en des occasions de nul mérite, 11 fut blessé d'une mousquetade qui luy perça les joties et luy brisa les os au-dessous des tempes (i). Ce fut l'onziesme jour du mois de février. D'abord on ne creut pas ceste blessure mortelle. Le baron de Montaut, Tournon et Castillon en donnèrent avis au président luy marquans qu'il n'y avoit pas à craindre. Si est-ce qu'il ne vescut que deux jours. Le Roy perdit en luy un de ses plus fidelles serviteurs, la France un de ses meilleurs capitaines, la religion catholique un de ses zélez défenseurs, et Saint-André un des plus justes estimateurs de sa vertu.

Il avoit toutes les qualitez d'un bon capitaine et d'un honnesie homme. Il n'y avoit rien eu jusque^ alors dans sa famille d'aussy méritant. On peut dire que n'y ayant point d'exemple à suivre, il s'estoit formé sur luy-mesme et qu'il

( I ) ■ Ensuiiede ces délib^raitons biles en cette assemblée (Étais de Provence tenus à Riez et ouveits le 9 janvier 1 bgî), le sieur de 1d Valette lortant de la ville de Riez, vint i celle de Tolon, d'où il fil soriir quatre pièces de canon pour aller assiéger Roquebrune , près de Prëgus : où s'estant porte, et ordonnant la disposition de se& canons pour battre ce lieu , un coup de mousquet tiré de ce village le lenversa par terre , à sept heures du matin, de l'onziesme du mois de février. > — H. Bouche, Histoire de Pro». t. 11, p. 7C3.

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estoit son ouvrage. Il devoit tout ce qu'il estoït à sa vertu. Il avoit donné toute son estime, et parelletouteson amitié à Saint-André qui fut alors frappé de tout ce que la douleur a de plus perçant et de plus cruel. Ses amis ne négligèrent pas de le consoler de ceste perte d'autant plus sensible qu'elle estoit irréparable. Lesdiguiéres fut des premiers, et ne doutant pas que ce chef manquant aux royallistes, leur party ne pouvoil qu'en estre affoibly, et celluy de la Ligue fortifié, il luy offirit son secours et son assistance. II l'exhorta « de ne perdre point courage et de ne point abanfl donner le gouvernail en tempsdetempeste. > Mais Saint- André savoit que la douleur d'un homme généreux n'est pas une stupidité

Les ligueurs estoient devenus plus hardis ne croyans pas d'avoir plus rien à craindre. Carces, leur principal chef, reprit Roquebrune qui s' estoit rendue aux royallistes après la blessure de la Vallette et quelques autres places. Ils se promettoient que rien ne leur résisteroit ou du moins ne leur résisteroit que foibtement. H n'y avoit pas à différer ; il falloit prompiement et sans délay pourvoir au salut de la province. Attendre les ordres du Roy, c'estoit le bazarder. D'un moment dépend le bien de tout l'avenir, Saint- André ferme et résolu comme il estoit dans les occasions qui le désiraient, persuada au Parlement de se charger des soins du gouvernement jusques à ce que le Roy y eut pourveu (i). Il luy fit comprendre qu'il y alloit de son honneur, et de son authorité que ce soin ne passât pas à d'autres. Car comme le seut bien dire depuis Lesdi. guiéres, il estoit un droit naturel de l'authorité que le Roy luy avoit commise. Mais le fardeau tomboit nécessairement sur le premier président tant à cause de sa qualité qu'à

(i) Il Apiis ta mon dusieur delà Valen«, leparlementde SUteron, pourvoyant aux afiaires de la province, en prit le gouvernement, et fit une convocation des États pour le 14 du mois de mars en te ville de Sisieron. • — H, Bouche, Histoire de Provettce , t. n, p. 76Î.

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cause de son expérianoe. Ses scntimens furent une loy à ceux de lout le corps.

On commança par le choix de ceux qui dévoient avoir la conduitte des armes. Deux généraux furent créez : il n'en falloit pas moins pour remplir la place de la Vallette. Ce furent le marquis d'Oreson (i), l'un des plus grands seigneurs de la province, et le baron de Montaut (2), cousin germain de la Vallette. Pour éviter toute jalousie entre eux, le dépanement d'Oreson fut au deçà et cetiuy de Montaut au delà de la Durance. Les troupes decelluycy estoient composées d'officiers et de soldais de sa nation, et par ceste raison on les appelloit les Gascons. Ils estoient hardis, fiers etentreprenans. De sorte qu'ayans désiré qu'Espernoa succédât à la Vallette, son frère, il fut résolu qu'il seroit demandé au Roy. Le Parlement feignit d'approuver ce choix, quoy qu'il n'y eût rien de la Vallette dans Espernon : Saint- André dissimula. La dissimulation est dans la politique tout ce que la prudence a déplus habile. Mesplez fut envoyéau Roy pour l'obtenir mais le Roy avoit à y penser. II coanoissoit quel estoit l'esprit d'Espernon (3) et des Provançaux ; et il ne vouloit rien donner à la passion. Les sages roys ne doivent ny aytner, ny haïr ; l'intérest de l'Estat fait toutes leurs passions.

Espernon n'estoit pas propre à gouverner des peuples à

(i) François d'Oraison, vicomte de Cadenei et marquis d'Oraison, gouverneur de Manosque , fils atntf d'Antoine d'OraïsoD et de Marthe

(i) Bernard de Montaut, baron de Bàiac , premier baron de B^n, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , sénéchal de Bigorre , Ëlait le troisième fils de Jean-Marc de Montaut , baron de Montaut et de Bénac, et de Madeleine d'Andouins.

(3) Jean Louis de Nogaret et de la Valette , d'une fiimille de Toulouse, fils de Jean de Nogarei, seigneur de la Valette, et de Jeanne de Saint-Lari, naquit en 1^54, ei mourut le i3 janvier 1641. La Valette eut la terre de son nom érigée en marquisat , devint duc d'h.pernou, pair de France et amiral. — Berger de Xivrey, Lettres missives, 1. 1,

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qui l'orgueil du commandeur faisoit abhorrer le commandement. Et le Roy se fioit tellement à la sagesse et H l'expériance de Saint-André qu'il u'appréhendoit guère plus pour son autfaorlté dans la Provence que lorsque la Vallctte vivoit et combattoit si heureusement pour elle. En effet durant tout le temps qu'il gouverna, il y eut tant d'union entre le Parlement, la noblesse, les officiers de l'armée et mesme entre les soldats, qu'il n'y eut ny sédition, ny trahison, ny défection. Le colonel fut commandé d'aller.en Provence et d'y conduire ses forces ; le Parlement luy députa mesmes quelques-uns de son corps pour se haster,et Saint-André joignit ses prières Mais les affaires de son gouvernement se trouvèrent si malignes qu'elles l'y retinrent. Il n'eut pas la liberté de s'engager à ceste expédition. Il ne resta plus à Saint-André d'espérance qu'en Lesdiguières de qui la réputation, s'il entreprenoit la protection de la province, feroit plus pour elle que tous les efforts d'un autre Ce fut le party que Saint-André prit.

Leduc de Savoye qui appréhendoit de voir tomber sur ses bras un tel ennemy, proposa alors une trêve aux royallistes, de son propre mouvement, il la colora d'une manière qui luy Ëtisoit honneur. Oreson et Montaut auroient bien «ussy voulu que les affaires de leur party leur eussent permis de s'opposer sans blasme à ce dessein d'appeler Lesdiguières. Le premier prîoit Saint-André de ne vouloir pas que rien fût retranché de son authoritë, car i les estrangers ne le voudroient pas, disoit-il, et les domestiques s'en offenceroient, » Par les estrangers il entendoit les Gascons, et par les domestiques, ceux du pays. Montaut s'expliquoit plus clairement, et tachoit de persuader à Saint-André qu'en Testât oti estoit la province, il n'y avoit rien qui demandât le secours de Lesdiguières. II appréhendoit d'estre obscurcy par une aussy grande lumière, et les Gascons n'aymoient ny Saint-André, ny Lesdiguières. Oreson estoit mesme persuadé qu'ils n'avoient pas pour luy des sentimens plus favorables. Ils disoient hautement en parlant de

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— loi — Lesdiguières que ■ leurs espées ne Irancheroient jamais pour un huguenot. > Ainsy ils donnoient toute liberté à leurs injustes chagrins, prétendans que la gloire d'avoir pacifié la Provence estoit deUe à Espernonet qu'elle ne devoit pas estre communiquée à Lesdiguières.

Cette apparence de mésintelligence dans ce party faisoit que le duc de Savoye ne négligeoit rien de ce qui pouvoit contribuer à l'establissement d'une trêve de quelques mois. Il publioit qu'il ne se portoit à y consentir que pour donner au peuple le temps de respirer en liberté, et à ceux qui gouvernoient ceiluy de chercher les moyens de mettre fin à tant de maux qui l'accabloient. Il n'y a rien qui porte aussy facilement les bons au mal que l'espérance du bien public, qui est apparent. Il y eut pour y délibérer une con* férancc dans la ville d'Aîx et Buoux et Saint Canat qui y furent envoyez avec saufconduit du duc, y auroient donné les mains, si leur pouvoir n'eût pas esté limité. La conclusion fut renvoyée au Parlement où la question fut agitée en leur présence. La pluralité estoit pour la trêve. Mais le président fut d'un sentiment opposé, et il l'emporta. II fit remarquer que le duc estoit trop sage pour la proposer et pour la demander luy-mesme comme il faisoit, s'il ne s'en promettoit de grands avantages.

« Et si elle luy est utile, continua-t-il, peut-elle nous « l'estre ? Quelle apparence de nous imaginer qu'il soit ( entré si avant dans nos intérêts qu'il ne prétende rien faire c quepournous contreluy-mesme? LecombatdeVinonl'a ■ affoibly ; nos troupes sont nombreuses et aguerryes, nos

< chefcsontexpérimente2,lespeuplessontfermesdansrobéis- ( sance, nos places sont bien garnies, nous sommes toustrès t étroittement unis. Une trêve dissipera nos troupes, rebut- ^ tera noscommandans, débauchera les peuples, exposera ( nos places aux pratiques et aux surprises et dissoudra

< insensiblement notre union. La peur est le ciment de t lunion et tout est permis â l'ennemy contre l'ennemy. « Un capitaine Lacédémoniendisoit : c qu'où la peau de

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( lyon luy manquoit, il prenoit celle de renard, » le duc « l'imite. Ses armes n'ont pas eu le succez que la Ligue « espéroît. Doutez-vous qu'il n'ait dessein d'employer le « stratagème ? Il surprendra nos places, il séduira nos peu- « pies, il subornera nos capitaines et nos soldats et nous < brouillera entre nous. Quand on ruine son ennemy, « quelque meschant qu'en soit le moyen, l'action n'en est a pas moins bonne et loOable. >

Il conclut qu'il falloit continuer la guerre et par ce mal en éviter d'autres qui gasteroient et niineroient tout; et cella fut résolu Néantmoins on approuva la trêve que la ville de Tarascon avoit fattte avec celle d'Arles quis'esloit donnée au duc La raison qu'on eut de la foire fut : quece n'estoit qu'un traitté particulier entre deux communautez qui n'influoit point sur la cause publique. Les conseillers Pennefort et Guérin furent députez à Lesdiguiëres pour traitter avec luy Ils le trouvèrent dans la disposition qu'ils souhaittoient. Les prières et les ardentes sollicitations de Saint-André l'yavoicnt mis comme il ne fit pas difficulté de le leur avouer. Il commença dez lors & se préparer à ceste expédition.

Cependant l'authorîté du président estoit si universellement reconnue que c'estoient il luy seul que venoient comme en foule toutes les afiaires, et à quilescommandans généraux aussy bien que les subalternes s'expliquoient et rendoient compte de toutes choses. Oreson luy écrivoit souvent < qu'il vouloit luy obéirpartout ob il luy plairoîti et Montant luy demanda depuis le gouvernement de Draguignan, pour Belloc qu'il luy recommandoit comme un homme de mérite et de service. Oreson avoit ceiluy de Manosque, et Chabert y estoit son lieutenant. Carces (i),

( 1 ) Gaipard de Pontevès, comte âe Crtccb, file de Jean et de Marguerite de Branca», gentilhomme de la Chambre, cher de la Ligue en Provence , puis lieutenant du roi dans cette province et grand tioéebàl, mort en i6i i.

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— io3 — quîavoît le principal commandement dans le partydela Ligue après le duc, se proposoit de luy acquérir ceste ville qui l'auroit merveilleusement accommodé. Pour cella il se porta exprès à Mane où il en conféraavec Jansson, espérant de l'obliger à s'y employer. En effet Jansson envoya un de ses soldats i Cbabert, avec une lettre de créance. Le soldat estant entré dans Manosque fit sa commission. Il offrit de la part de Jansson trois mille escus à Chabert s'il voulott le rendre maistre de ceste place, luy promettant que Jansson la garderoit jusques â la paix lîdellement pour le Roy, mais en neutralité.

Cbabert qui estoît homme de bien, renvoya ce soldat, avec menace et en avertit le président qui donna â sa fidélité la loQange qu'elle méritoit. Vallernod estoit dans Sainte Maine, Vallavoire (i) dans Saint Maximin, Tournon dans Riez ; Buoux dansForcalquïer, Saint Canat dans Pertuis, Garavagnes dans Tholon, et Péronne dans Seine. Le président avoit luy-mesme fait ccst establissement pour quelques-uns d'eux et l'avoit confirmé pour les autres. Il les estïmoit tous à cause deleur courage, et de leur fidélité î le courage sans elle est toujours à craindre et rarement à louer. Vallernod se croyoit sur le point d'estre attaqué, il luy en donna avis et luy promit si cella arrïvoit de se deffendre en homme de cceur et de signaler sa fidélité par sa résistance.

Quoyque Saint-André sembla n'avoir pas de momens, ny de pensées qui ne fussent dus aux affaires publiques, il n'en refusoit pas aux particuliers, de ceux qui méritoient sa protection. Jean de Serres quia escrit l'Inventaire général de l'hifttoire de France s'estoit acquis par ses ouvrages une juste réputation. De sorte qu'il ne luy estoit ny inconnu ny

([) Anloinede VaUvoire, S' de Valavoire, gouverneur deSatnt-Maximin, fils d'Eliéard ci d'Anne de Radulphi de Châteauneuf, épousa Marguerite de Forbin'Jtnson.

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indifférent, llavoitcsté pris par des ligueurs venans de Nyons où il estoit ministre. Et une procuration qu'il avoît des églises de Dauphiné de la religion P. R. pour négoticr certaines choses avec celles de Provence et de Languedoc avoit esté un prétexteà Barrîllonde l'arrestereldelemener à Apt. On luydisoit qu'il estoit prisonnier de guerre, et on luydemandoit rançon. Il n'estoit riche qu'en monnoyede Parnasse qui n'est de mise que chez les vertueux. Pour se tirer de la misère oti il estoit, il implora la protection du président, et Lesdiguières mesme la demanda pour luy : Giraud l'un des secrétaires n'espargna ny prières, ny soins envers l'un et l'autre pour de Serres ( i ) qu'il nomme son père, dans ses lettres. Mais ce malheureux fijt traduit d'Apt à Aix, ce qui rendit sa délivrance plus difficile. Néantmoins le président nes'estant pas rebutédesdîfficultez,elleluyfut enfin accon^ie. On le remit au président zélé protecteur des lettres.

> En ibj-i, Jean de Serres, premier du nom, éisit pasteur aux is de Genève, à Jussy, village dont Agrippa d'Aubigni posséda le chftteau. Les trois fils qu'il avait eus de son mariage avec Louise Leiris. éiaicnl venus au monde avant son exil en Suisse : Olivier, le restaurateur de l'agriculture en France, et la gloire de la famille, piobablement à Villenevive-de-Berg; venaient ensuite Jean , l'historiographe du roi, el Raymond, que Dorlhezdans son éloge d'Olivier, dit avoir éié seigneur de Lauriol, oii sa postérité exerça le notariat.

Jean de Serres, l'hlstoiien, naquît aux environs de Vitlencuve-de- Berg, évidemment au Pradel : plusieurs ameurs indiquent 1^40, mais sans s'appuyer sur rien de cena'n. On croit qu'il fit ses études à lausanne ; il y épousa, le î6 mars [ 56ri. Marguerite de Gcdarri , d'une famille lorraine. L'année suivante, il publiait sous le voile de l'anonyme les Mémoires de ta troisième guerre civile et des derniers troubles de France, bientôt suivis des Commentarii dcstalureligionis et reipubiica: in regno Gallia: (de iSyt à 1^80). Il revint en France : G. AUard dit qu'il fut pasteur à Moniélîmar. Il obtint en i iij-j le litre d'historiographe de France, qu'il venait de mériter, du reste , par la publication de l'Invenlaire pendrai de l'Histoire de France. — Anatole de Gallicr. - Jean Je Serres, Bulletin d'arth. de la liràme, 1873, pp. 228-230,

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— io5 — Lcsdiguières ayant commencé de se mettre en marche, deux incidents l'arrestèrent. Il avoît esté convenu entre luyetles députez du Parlement qu'il iroit droit à Apt, pour chasser les ennemys des places qu'ils tenoient de ce costé. Buoux prétendoit qu'elles luy seroient remises, et Oreson les vouloit. Ils en disposoient sans qu'elles fussent prises, si peu on doutoit du bonheur des armes de Lesdîguières. Il importoit au service du Roy de ne fascher ny l'un, ny l'autre. Aussy Lesdiguières fit trouver bon au président qui s'estoit avancé jusques à Upaix qu'il ne bougea qu'auparavant il n'eut appris la volonté du Roy sur ce différend et receu ses ordres qui ne tardèrent pas à venir. D'ailleurs ceux de Ribiers et d'Upaix, lieux qui sont sur la frontière, avoient commencé à mettre des barrières en divers endroits de leur territoire. Ce n'estoît que pour se mettre à couvert des voleries des troupes qui alloienten Provence ou qui en venoient. On s'en estoit formalisé, quoy que peut dire Lesdiguières pour réfuter les meschans discours des impostures. Il estoit bien visible que les partisans du duc d'Espernon suscitoient ces difficultés, dans l'espérance qu'avant qu'elles fussent décidées et que la vérité fut éclaircie, il arriveroit. La gloire qu'ils nedoutoient pas que Lesdiguières n'acquît dans ceste nouvelle expédition, les inquiettoit par le chagrin qu'ils savoient qu'en avoit Espernon. Il n'y avoit pas de l'amitié entre ces deux hommes si célèbres L'undevoit presque tout à la feveur, l'autre ne luy devoit rien. La fortune avoit plus fait pour Espernon que la vertu. Mais la vertu avoit au contraire incomparablement plus fait pour Lesdiguières que la fortune. Cette différence avoit produit dans l'ame de celluy-la trop d'émulation ou trop d'envie. Ceste vertu et ce vice ont tant de ressemblance qu'il est difficile d'en faire le discernement.

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e Épernon à Sdntes. — SatitEiit de» senrice» de Prunier, le roi augmente ca pension de premier piésidenl. — Letdiguières entre en Provence avec toutes «e> troupes. - Prise de Beine, d'Apt, de Draguigtwn, de Roquefort. — Carces témoigne le disir de revenir au roi. ~ Le parlement de Ksieron est transféré i Manoaque. — Complot contre Cwlillon , commandant la ville de Brignoles. — Incident soulevé par Mérarque. — Le duc de Nemours prend Vienne ei Saint- Marcel lin. — Lesdiguièrea accourt en Dauphiné. — Calomnies répandues contre lui et Prunier Saint-André. — Le roi approuve tous les actes de Lesdiguiires et du parlement de Provence. — La s de Sault revient au parti du roi. — Août i Sgi , retour de t-André en Dauphiné. — Leduc d'Épemon eittre à Manosque.

Mesplez qui avoit esté envoyé au Roy et à Espernon avoît trouvé celluy-cy à Saintes. Le président luy avoit tesmoign^ son regret de la perte de la Vallette par une lettre dont Mesplez s'estoit chargé. La responce fut obligeante ; Espernon remercia le président de ce qu'il avoit contribué à la pensée que l'on avoit eue de le désirer et le pria de luy continuer l'amitié qu'il avoit eue pour la Vallette, son frère. Il accompagna aussy de ses lettres celles que Mesplez portoît au Roy qui alors ne luy accorda rien : il ne le jugeoit pas propre au gouvernement d'un peuple que la fierté ne fait qu'irriter. 11 faut souvent accommoder le commandement au génie des peuples pour en estre obéy.

En ces entrefaittes le président convoqua une assemblée

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- I07 " qui fut composée des plus sages et des plus zélez amateurs de leur patrie. Ce qui avoit esté négotié avec Lesdiguièrcs fut approuvé et tes ordres nécessaires pour préparer les vivres et les munitions furent donnez. Le président esloît l'esprit qui mouvoit tout. 11 entretenoit mesme une mutuelle correspondanoe avec les ambassadeurs du Roy à Venise et en Suisse; Maisses l'estoît à Venise, et Sillery (i) en Suisse. Le Roy ne pouvoit qu'estre satisfait de ses services. Aussy il augmenta sa pension de premier président, et les deniers extraordinaires qui en estoient le fond furent convertis pour l'assurer en deniers ordinaires Forget du Fresne (2)luy en donna la nouvelle avec ceste loUange, que le Roy ne luy pouvoit faire de grâce < qu'il n*eut desja méritée et qui ne fut très bien employée. * En mesme temps le secrétaire Vicoze luy fut mandé de la cour pour conférer avec luy, et avec les principaux de la noblesse. Les ardentes et les continuelles sollicitations d'Espernon auprès du Roy pour estre envoyé en Provence estoient la cause de ce voyage. 11 ne s'offroit pas seulement, mais il pressoit. Néantmoins

(i) Noua allons compiler ici !a note de la page ii. — Nicolaa Bru- Urt, marquia de Sillery, ceigneur de Puiaieux, fila aîn^ de Pierre Brulart et de Marie Cauchon , dame de Sïtiery, fut aucceisivement conadUer aa Parlement en iS68, président aux enquêtes en 1584, nuttre des requîtes en 1 588, ambassadeur des rois Henri III et Henri IV, dans let années iSSg, i5g3 et i5gg. garde des sceaux en 1604, chancelier de France et de Navarre, en lâoy. — Bei^cr de Xivrey. Lettres mistipes. t. u, p. 1 15. — Pierre de Mirautmont, Traïcté de la chancellerie. Paris, 1610. — Estienne Pasquier, Lettres, p. 3 10. Paris, i586. — N. Biog. gin., 1.11.111, p. 996

(2) Piertede Forgel, sieur de Fresne né à Paris en iSSi. Il fut secrélaira d'Étal tCnil Ui règnes de Henri 111 et de Henti IV, puis succe*eh>MneM, inteiUlafit général dea Miiments de la couronne, conseiller du bureau des 6naace8 et coramisaaire en Provence ; il fut deplua ambassadeur en Angleterre, en Allemagne et à Venise. Il servit Henri IV avec autant de itle que de succès, rédigea le célèbre éditdt Nantes, et mourut en 1610 de la douleur que lui causa l'assassinai de ton maître. — BU^. umv., t. u, p. 633-

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— io8 - Vicoze tomba d'accord avec Saint-André qu'il seroit avantageux qu'on ne luy permît de venir prendre possession de ce gouvernement qu'après que Lesdiguiàres y aurait achevé d'affoiblir la rébellion.

Quoy que le président voulut estre tout à sa charge, si est ce qu'il ne pouvoît refuser de temps en temps quelquesuns de ses soins à ses propres intérêts. Les garnisons qui estoient dans le chasteau de Faverges et dans celluy de Miribel que tenoit Saint-Jullin dans le Viennois faisoient des courses sur les terres voisines de celles de Virieu. Alphonse d'Ornano se laissa persuader qu'il n'yavoit pas de meilleur moyen de les réprimer que de mettre de la cavalerie dans le chasteau de celle-cy à cause de son assiette. Il pria le président d'y consentir, mais ayant appris par la bouche de Bollian que le président luy envoya, les raisons qu'il avoit de ne pas le faire, il quitta cette pensée.

Eii ce mesme temps Lesdiguières entroit en Provence avec toutes ses troupes comme il s y estoit obligé. Estant arrivé à Brusques, il envoya au président les capitaines Jean André et Civetty, pour travailler avec luy à préparer tout ce qui estoit nécessaire pour faire la guerre. Toutefois, il ne leur confia pas son dessein de prendre Beines, Castellane et Draguignan, et de s'ouvrir ainsy le chemin à d'autres conquestes 11 l'apprit au président par un billet qu'ils lui rendirent. Le secret contribue à l'heureux succez de l'action, et la meftîance est l'ame du secret, Buoux ayant assemblé ses amîs joignit Lesdi guiëres au siège de Beines (il avec une bonne troupe de

(i) 1S92. — Mai. I". Au Brasquet. - 3. A. Vallen»ol. Si^e de Beynes —H Réduction de Saint-Paul, Riansel Genisera?. Siège de Baudouin. — 10 Prise de Baudouin par composition. — ii. Monseigneur se rend de Vallensolà Mezel. — 1 3. Capitulation de Beynes. Ce même jour, <i M. de Poligny fut blessa d'une mousquelade à la teale en all-int recoRnoistre avec Monseigneur un lieu propre pour loger le canon, et mourut le tb. <• — 17. Réduction de Castellane. Monsci-

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braves gens. Oreson estoit à Manosque, et n'y estoît pas inutile. Il y exécutoit une commission que le président luy avoît donnée. Ainsy tout se faisoit par ses ordres et tout se rapportoit à luy.

11 lit rouler vers Beines le canon que Lesdiguiéres luy avoit demandé et le chevalier de Morièresquicommandoit dans ceste place l'ayant veu, capitula et la rendit -, cinq mille escus luy ayant esté promis par Lesdiguiéres, le président les luy fît compter. Les grands hommes sont avares du sang des hommes auxquels ils commandent et ne le sont pas de leur argent. La prise de Baudun et de plusieurs autres places suivit celle de Beines oQ Lesdiguières perdît Pohgny qu'il regretta. Ceux de Castellane promettoientde garder à l'avenir une âdéle neutralité s'ils y estoient receus. 11 envoya leurs consuls au président, mais il ' luy fit savoir que son opinion estoit que toute composition leur fût refusée, s'ils ne reconuoissoîent le Roy. Saint-André ne fut pas d'autre avis, tellement qu'ils furent contrains d'ouvrir les portes de leur ville à Lesdiguières et de recevoir garnison Api, Bariols, Draguignan, Cotignac, le fort de Sainte Catherine , Bitot le Micy, la Cadîère, Crestc, le Chastellet, Cassis, la Ciota, et Roquefort (i) furent aussy réduits sous l'obéissance du Roy. Et ces exploits rendirent

gneuT retourne à Valkntol, — i8. A Riez, oii il apprend la réduction d'Aups, Barcouls, Cotignac, Peyrolles ei Jonques. — 19. A Aups. — 23. A Diaguigoan. — Calignon, Journal det guerres de Monsieur Des IHguières. — Rochas, Biog. du Dauph.. v Lesdiguiires.

(1} Juin — 3. Monseigneur sort d'Amibes pour faire une reconnaissance «ui environs. — 6. Il va assiéger Vence, s'empare du bourg, mais Échoue devant le chdteau. " 7. Retour à Antibes. — 10. Il quitte cette ville après l'avoir poutvued'une tbrte garnison, et vient  Grasse. — II. A. Fayence, — iz. A Draguignan. — iH. Il mer le iiéne devant le Muy. — ai . Il va à Saint-Tropez. — 36. Capitulation du Muy. — Juillet. — x't. A OUéolea. — 3. A La CadiÈre , qui est assiégée. — 4. Prise de L«Cadièie. — 5. Soumission de La Cioiat, Cereste, C«ssins. Signe et Roquefort. — Calignon, Journal des guerres, eU. Ibid.

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— no — Lesdiguières si redoutable que la ville d'Aîx tuy envoya AUamanon pour Iraitter.

Si est-ce qu'il ne voulut s'engager i rien sans avoir auparavant consulté le président. Carces y avoît la principale authorité en l'absence du duc de Savoye, qui s'estoir retiré des le mois d'avril pour n'estre pas le spectateur des exploits de Lesdiguières, ne pouvant estre autre chose en Testât où se trouvoit son party. Solliers (i), Saint Canat(2) et Garavagues quoyque royallistes estoient de ses amis. Il leur avoir tesmoigné quelque désir de rentrer dans son devoir si on luy faîsoit une composition digne de luy et du rang qu'il tenoit dans la Ligue. Garavagues en donnaaussy avis au président qui ne jugea pas qu'il y eut de la sync^rité dans les propositions de Carces, principallement 5Xirce qu'il promeitoit plus qu'il auroit pu feire. C'estoit entre autre de gaigner au Roy les olBciers du Parlement qui s'estoient obstinez à ne vouloir pas sortir d'Aix et par eux ceste ville capitale de la province. En effet ceste proposition n'eut pas de suitte. Par ces artifices on porte les crédules à ne se pas servir de tous leurs avantages et on ea prend sur eux.

Ceux d'Aix restans plus â craindre, Saint-André creut judicieusement qu'il seroit utile et honneste que le Parlement â la teste duquel il estoit, s'en approchât. Son sentiment fut agréé de tout le corps, et toutes choses ayant esté disposées pour ce changement, cette généreuse et Bdelle compagnie sortit de Sisteron, et porta son siège à Manosque où elle s'establit. Sa première occupation dans ce nouvel establissement fut de remettre dans Draguignan l'ordre politique, et l'authorité de la justice, que la licence de la guerre et les passions delà Ligue en avoient bannis.

(i) P*bmède de Forbin , S' de Solliers, député de la noblesse aux Êtits d'Aix (1394), époQM Marguerite de In Girde, dame de Vins.

(2> Gaspard de Fortnn, son fils atné. Si de Saint-Caniial, gouverneur de Pertuitetdu Puy-Sainte-IUpanule (iSSS-iSçB).

— m ^ On y envoya par le choix qu'en fit le président , les conseillers Suffren, et Sainte Croix avec l'avocat général Mosnier qui s'acquittèrent dignement de ceste difficile commission Et Lesdiguiéres et Oresony estans venus approuvèrent fort le soin de cette compagnie et louèrent de mesme la prévoyance de son chef.

L'armée marchoit alors vers Brignolles pour attaquer Forcalquier et d'où Lesdigutères avoit dessein de pousser jnsquesà Aix oti l'on estoit dans la consternation (i). On avoit plus à craindre les secrètes pratiques de ce party que sesannes. Castillon commandoit dans Brïgnoles. C'estoit Un gentilhomme d'une fidélité incorruptible que le président estimoit et aymoit. Lee ennemis avoient gagné quelques-uns de ceux de la ville & qui il se fiott. Ces traîtres pour se délire de luy résolurent de l'easevelir sous les mines de son logis. Une saucisEc faisant son effet en renversa une partie, mais ceste Providence qui fovorise rarement la perfidie, conserva Castillon. Quelques-uns des coupables furent découverts et condamnez à la mort par le magistrat de ta ville- Ils avoient confessé le crime, néantmoins ils appelèrent et Castillon fît porter les procédures an Parlement qui confirma la sentence. Ils furent chastiez. La forte instance de Castillon auprès du président hasta le jugement mais n'y ajousta rien : en ces occasions le pardon incite au crime. La justice du premier président agît seule en ceste rencontre, et sa prudence en celle-cy.

(t) Qiidque temps ■uparavant : > Au consul général de Ville , il Ait résolu, non-ieulemeni d'entretenir ilmeUigence arec le duc de Savoyei n»dt encore de dëputer su Roy d'Espagne son beau-pire, de kcoulîr ce {HÎnce ton beau-lils de gens et d'argent pour la défense de la Foy en Provence. Dffenses auisy furent foiies, tous peine de mort à quiconque parleroit de faire des trêves avec le Roy de Navarre ou avec leueurdeLesdiguiiret, etqu'àcedesteindea potencet seroient dreitiet pour donner de la terreur i tous ceux qui auroicnt la pensée d'en pukr. ■ — H. Bouche, HiM. dt Fnmeuet, t. n^p. 767.

Mérarque se prétendant débiteur d'une communauté voisine de Pertuis pour une contribution y avoit fait enlever un des habitans, mais le plus vieux et le plus pauvre. Il estoit âgé de quatre vingts ans. Il l'avoit fait conduire à Pertuis, Saint Canat son amy qui y commandoit luy ayant promis de le luy garder et de ne le rendreà personne quede son consentement. Mais le Parlement avoit ordonné au prévost de l'aller prendre et de le traduire à Manosque. Saint Remy, frère et lieutenant de Saint-Canat, avoit offert au prévost de le luy remettre, et il l'auroît fait, si le prévost avoit osé s'en charger et n'avoit pas appréhendé qu'il ne luy fut enlevé en chemin par les soldats de Mérarques, le dessein en avoit esté formé Et celluy-cy disoit hautement que si Saint-Canat ouSaint-Remy le donnoit au préjudite de leur parole, il en tireroit raison. C'estoit une menace de vengeance, et ceste querelle alloitavoirde fâcheuses suittes. Oreson qui le prévoyoit donna avis au président parce qu'elle pourroit, luy dit-il, dans la lettre qu'il luy escrivit i apporter beaucoup de mal au repos de leur party, et que « c'estoit de luy que le remèdedevoit venir. • Le président ordonna à Saint-Remy de remettre le prisonnier au marquis, età celluy-cy de le faire conduireà Manosque. Ce qui fut exécuté, et après Saint-André rendit Mérarque (i) susceptible des wntîmens de respect pour la justiceet d'humanité pour le prisonnier, qu'il luy inspira.

Une assemblée des députez des villes ayant esté convoquée à Pertuis mesme oCi il fallut que le président se trouvât avec Lesdiguières et le marquis, acheva cet ouvrage. Ils réconcilièrent parfaittement Saint-Canat avec Mérarques. Lesdiguières pensoit alors au retour (2) : le Dau-

(1) Louis d'AUagonia, S' de Meyrargues, premier consul d'Ail. - H. Bouche, Hist. de l'rovence, t. », p. 768.

(1) Juillet. — Monseigneur se rend le 14 i Rians. — i(j. A Manosque

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- ,i3 — phiné le rappelloit. Le duc de Nemours avoit surpris Vienne, etprisSaint-Marcellin par force (i)- Il failoit qu'il courut esteindre l'incendie allumé dans sa maison. Il se mit en chemin au commencement du mois de juillet ayant en sa compagnie un des neveux du président auquel il écrivît d'OUéoles, qu'il en auroît autant de soin que s'il estoit son propre iîls. Il ne laissoît point échapper d'occasion de luy donner des marques de son amitiéet Saint-André y respondoit dignement par les tesmoignages de la sienne. Lesdiguières estant arrivé en Dauphiné y trouva bien du désordre. Le duc de Nemours estant maistre de Vienne et de Saint Marcellin l'estoit par ce moyen de tout le Viennois. Ceste conqueste luy en promettoîtd'au:ress'il suivoit sa victoire. Mais son armée marchoit sans discipline et la victoire n'ayme pas le désordre, et le fuit. Quelques desseins luy firent prendre sa route vers le pont de Beauvoisin, et rienn'estant sacré à ses soldats, leur marche ne fut qu'un ravage continuel . Elles n'espargnèrent pas mieux la terre de Virieu que les autres, Lesdiguières pensoit aux moyens de les réprimer et il n'y en avoit qu'un, c'estoit de les attaquer. Il y estoit résolu, mais il estoit alors trop fbible,

— 17. Auï M£«s. — 18-11. A Puymaure. - 12. Aux Diguiires. — i3. A la Mure. — 24. A Grenoble.

Août. — 9. Monseigneur se rend à Izeron où il s'aboucha avec d'Ornano : » La rfsolulion fut pTÎnse sur ce qui estoit nécessaire de bire pour s'opposer aux desseins de M. de Nemours qui avoit desjà prins Vienne et Saint-Mareellin. » — Calignon, Journal dei Guerres, etc., ibid,

• Messieurs, j'ay pris hier Saint-Marcellin sur les gens du colloncl Alphonse, maïs la ptac:e est û mauvaise qu'il y aura de la peine à la garder. Vous m'obligez beaucoup par la mémoyre que vous avez de moy, et vous en remercie avec toute l'affection qu'il m'est possible. Del'AlbËDe, ce 18 juillet iSçi. Vostre plus affectionné et meylleur amy à vous semr. Charles. E. de Savoye. "— A. Péricaud , Notes et £)oc., efc. (1589-15941, p. ii3.

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ayant esté contraint de disperser ses meilleures troupes en divers lieux qui avoient besoin de ce secours. Il informa te président du progrez des ennemis et de son dessein, et le pria de l'ayder à l'exécuter en luy envoyant deux cents chevaux.Mais il désiroit les compagnies d'Oreson,deBuoux (i ), de Saint Canat, de Vallavoire et de Mirabel-Blacons. Ils estoient ses amis, et il leur en escrivit de mesme qu'à Saint- André qui fit, dans ceste occasion, tout ce qui dépendoit de luy pourla satisfaction de Lesdi^ières.

Les Estats de la Provence avoient esté convoquez à Sisteron, et il estoit encore dû des sommes considérables à Lesdiguières qui y envoya Perrinet pour solliciter son payement. Le soin des affaires publiques n'estouffe pas dans l'âme des héros celluy'des leurs particulières. Elles sont assez vastes pour l'un et pour l'autre. Le président à qui Perrinet eut ordre de s'adresser luy rendit pour procurer sa satisfaction tous les bons offices qu'il en attendoit. Il avoît utilement servy le Roy, et la province, néantmoins tous les esprits n'estoient pas dans ses intérêts. 11 y en avoît de si ciiagrins et de si injustes qu'ils ne luy estoient pas favorables. C'est le propre de la vertu d'estre enviée et de l'envie d'estre médisante. Sa fureur osa s'élever contre Lesdiguières et n'espai^na pas Saint-André qui en fut plus irrité qu'offancé. Il s'en plaignit à Lesdiguières qui luy respondit sagement « que les plus gens de bien estoient c exposez à la calomnie et qu'il n'avoit qu'à attendre la fin c pour estre content. > Il estoit alors encore dans la Provence, mais quand il en fut dehors, la licence fut bien plus débordée. Il y en eut qui n'auroient pas voulu estre sauvez par les armes de Lesdiguières. Garavagues, homme dequa-

(i) Antoine de Pontevez, seigneur de Buou«, chevalier de Malte, gouverneur de Grasse. Son frère aîné, Pompée de Pontevei, lieutenant général au gouvemement de Provence, épouïB Marguerite de La Baume de Suze. Ils étalent fils de Gabriel de Pontevez, seigneur de Buous, et d'Anne Griniaud de Sades, dame d'Aiguières.

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- ii5 — lité, qui avoit de l'obligation au président, luy osa escrire que : < la venue de Lesdiguiàres avoit apporté toute ruine, c trouble et incommodité au service de sa Majesté et que ( luyseulau dire de ctiascun l'avoit fait entrer dansla Provence. » Que l'on juge de l'indignation de l'un et de l'autre contre une ingratitude si maligne. Saint-André s'estoit dévoué au saluât de la province : il n'avoit espargné ny sa vie, ny son bien pour elle : il avoit fait en diverses occasions des avances de son argent propre pour les faire réussir. Ce prest l'avoit rendu créancier de sommes considérables, comme il fut vérifié dans les Estats tenus à Brignolles après qu'il se fut retiré, Aussy le jugement du Roy lui fut un éloge. Il estoit vrayquele Parlement, par la persuasion du président, son chef, avoit de son propre mouvement et de SB seule authorité appelle Lesdiguiéres, qu'il avoit disposé des finances comme il avoit jugé à propos, et eniin qu'il avoit gouverné toutes choses souverainement. Le mal pressoit et l'attente du remède l'auroît rendu incurable. Et en ces conjonctures de temps et d'affaires, le succez est une justification. Celluy des armes de Lesdîguiëres avoit esté aussy heureux qu'on le pouvoit souhaitter. C'est pourquoy tout ce que le Parlement, Saint-André et Lesdiguiéres avoient fait, fut approuvé du Roy, et validé par arrest de son conseil.

Presque en mesme temps, il rendit un bon office à la comtesse de Sault (r), qui fut encore un service à la cause

(i) Chrétienne d'Aguerre , fille de Claude d'Aguerre , seigneur de Vienne-le-Chastel, et de Jeanne de Hunges-Moy encourt, avait épousa en premiireB noces Antoine de Blancbefort, seigneur de Saint-Janvier, qui, en héritant du cardinal de Créquy, son oncle maternel, prit pour lui et ses descendants le nom et les armes de Ciéqay. Sa veuve se remaria à François Louis d'Agoull, comte de Sault , dont elle eut un âlsqui, fiant mort sans enfants, la titson héritière. Elle-même légua tous ses biens au fils qu'elle avait eu de son premier mariage, Châtie* de Créquy, siie de Créquy el de Canaples, prince de Poix, qui devint ausii comte de Sauli. 11 cpouaa, en 1 5<p, Madeleine de lionne, fille de

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- ii6 — publique. L'erreur de la comtesse avoit esté tout le bonheur de la Ligue dans la Provence : ses intrigues en avoient esté la force. Mais le duc de Savoye n'avoit pas assez mis de soin à sela conserver. Ne s'acquittant pas de tout son devoir envers elle, il l'avoit portée à reconnoistre le sien envers le Roy. Le comte de Sault, son dernier mary, avoit eu pour le président cette syncère amitié que l'estime fait naistre et celluy-cy depuis qu'il estoit en Provence, n'avoit négligé aucun des intérêts de la comtesse, lorsqu'elle l'y avoit employé. Il s'en présen toit un qui la toucboit deprez: les habîtans du comté de Sault^ suivant leurs anciens privilèges, n'estoient point contribuable aux charges de la province. Néantmoins on les y avoit compris, et quelquesuns d'entre eux avoient esté emprisonnez pour le payement de leurs taxes. La comtesse souSroit cella impatiemment. Mais elle estoit dans Avignon n'ayant pas de seureté pour elle dans l'un, ny dans l'autre party : tellement qu'elle ne pouvoit agir pour eux, comme il auroît fallu. Ce qu'elle peut faire, ce fut d'escrire au président et de les luy recommander. Sa lettre luy fut portée par un gentilhomme qu'elle luy envoya exprez, et elle eut tout l'effet qu'elle )ugeoit bien qu'elle auroît, Passeurant comme elle faisoït de la volonté oti elle estoit, « de l'aymer, de l'honorer et de le ■ servir. ■ Le président fit mettre en lîbertéles prisonniers et surseoir toutes exécutions jusques à l'arrivée du duc d'Espernon, que l'on ne croyoit pas devoir tarder beaucoup. Ce fut ainsy que la comtesse, dont le cœur estoit desjà au Roy, commença à se déclarer. Le président luy

Les^guiirei, et, à la mort de son beau-père, en 1 6x6 , il hérita du duché-pairie de Lesdiguières , créé en i6i i. Quant à sa mère, la comtetBe de Seuil, elle tint le parti de ta Ligue en Provence, appela le duc de Savoie, puis voyant les maux que cet appel de l'étranger causait à »a patrie, elle entra en négociatiot» avec le roi par l'intennédidre d'Anus de Prunier, de Lesdiguières et du duc de Montmorency. Klle mourut en : 6 1 1 .— Berger de Xivrey, Lettrei missives, t. m, p. bji.

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conseilla de ne balancer plus, et il la persuada. Les services réels et effectifs ouvrent les cœurs les plus durs à la persuasion.

Saint-André que l'inquiétude avoit jette dans un grand dégoût, commençoit à regretter le doux climat de sa patrie. 11 n'estoit pas résolu d'attendre l'arrivée d'Espernon, estant bien certain qu'il n'auroit jamais de liaison avec tuy, en ayant une si étroitte avec LesdiguiÈres. Et il ne s'estoit que preste à la Provence et non donné. Les fériés estans venues, il déclara à sa compagnie qu'il vouloil avoir le plaisir de les passer dans sa maison où il avoit laissé, en venant prendre ce poste, ce qu'il avoit de plus précieux au monde : sa femme et ses enfants. II n*empescha point que le Parlement et ses amis n'espérassent qu'ils le reverroient à l'ouverture de la saint Remy mais il ne s'y engagea pas. Il arriva à Grenoble vers la ândumoisd'aoust, et le second du mois suivant, le duc d'Espernon fit son entrée solennelle dans Manosque. Le premier président fut fort souhaitté et le duc ne dissimula pas que son départ, si prompt qu'il sembloit précipité, ne le choquât : mais ce fut d'une manière à ne le fascher pas. Il dit seulement qu'il s'estoit promis d'apprendre de luy, bien mieux que de nul autre, Testât de la province, et le destail des affaires importantes. Et en effet, nul ne pouvoit en avoir une connoissance aussy parfaitte, parce qu'il ne les avoit pas seulement ménagées mais qu'il estoit aussy l'autheur de celles qui avoient &it le plus d'éclat. Le jour de l'ouverture de la Cour approchant, on reconnut que Ton s'estoit flatté d'une vaine espérance : on jugea bien qu'on n'avoit plus à l'attendre.

Le Parlement en corps et ses principaux officiers luy apprirent par leurs lettres le déplaisir qu'ils en avoient. Ils tachèrent de* le dissuader par plusieurs raisons mais il en avoit de plus fortes pour ne se pas laisser fléchir. Ses amis ne pouvoient se consoler. Les principaux estoient les conseillers Suffren, son allié, Antelme, Barras, Sainte-Croix, Cadenet, et l'avocat général Mosnier. Pendant qu'il estoit

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à Grenoble, le conseiller Séguiran, député de sa compagnie pour une affaire de conséquence, y vint. Il avoir eu ordre d'en conférer avec Saint-André comme avec son premier président, de luy communiquer ses mémoires et de suivre sessentimens. Le crédit et l'expériance du président dans les affaires, fit avoir à celle-cy un succez qui satisfit Séguiran. Celluy-cy l'informa aussy de la division qui estoit dans les premiers ordres de la province, te plus grand nombre refusant de reconnoistre Espernon et de luy obéir.

Le Parlement, qui l'avoit receu et installé dans sa charge, estoit en suspens de ce qu'il avoit & faire et ayant informé le Roy de tout ce qui se passoit, il en attendoit les ordres. C'est ce qui fortîiîoit Saint-André dans son dessein. Il n'y a pas à douter qu'Espernon ne luy eut imputé presque tout ce qui luy Lionnoit de l'inquiétude et du chagrin, et par luy à Lesdiguières. Si est-ce que ses proches et ses amis ne jugeoient pas tout comme luy et il y en avoit qui n'approuvo'ient pas qu'il ne retournât point A sa charge. Simiane la Coste, son beau-frère, estoit de ce nombre, il s'en expliqua à luy par ses lettres. MaisaprèsqueSaint-Andrél'eutéclaircy des motifs qui l'avoient portéàceste résolution, il avoûa t qu'il ne sçavoit que luy conseiller, bien qu'il fut vray

< que. sa compagnie le souhaittoit. > Saint-André avoit assez de ses lumières pour voir clair oti les autres ne voyoient rien, mais ses raisons ne s'accommodoient pas avec celles de l'Estat.

On le jugeoit nécessaire en Provance, et non-seulement utile. Il avoit prié le Roy par Allamanon son amy de le dispenser d'y servir plus long temps La responce qui luy lut faitte en le luy refusant, l'honorait. < Il faut, luy dit le « Roy, qui estoit alors devant Espernay, que vous vous s accommodiez à ce qu'exige de vous le bien de mon ser- « vice, et que vous le préfériez à vostre commodité. » Et il ajoute à la suite < que son service l'obligeoit d'autant

< plus qu'il luy estoit rendu avec plus d'incommodité ;

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< qu'aussy il pouvoit s'asseurer qu'il ne luy serait pas inu- « tile, et qu'il luy produîroit de l'honneur et du bien, c quand l'occasion s'en présetiteroit. > Il ne se rendit pas comme aurait ait une âmetnoins forte que la sienne. 11 tint ferme dans sa pensée et continua avec mesme ardeur la mesme instance. Le Roy lui apprit encore une fois sa volonté par une lettre que je crois digne d'estre rendue publique pour l'honneur de Saint-André.

( Monsieur lb Président,

« Quand vostre lettre du dernier septembre m'a esté « rendue, je foisois mon conte que vous fussiez de retour

< en Provence & l'exercice de la charge que je vous ay ( donnée. Mais à ce que je puis voir par vostre ditte c lettre, vous désirez que je vous dispense d'y retourc ner, ce que je ne puis faire, craignant qu'il n'en arrive c un trop grand préjudice à mes affaires que vous avez

< maniées jusques icy avec tant de suftisance et d'affection c que je fais grande difficulté de les oster de vos mains

< pour les remettre en d'autres. Toutesfois j'attens d'estre

■ averty par mon cousin le duc d'Espernon de Testât

< auquel se trouvent mes dittes affaires audit pays, et

■ selon qu'il m'en mandera, j'aviserayde vous résoudre de c ce que vous aurez à faire, vous tenant tant mon servi-

< leur, que je m'asseure qu'oti mon service requerra que

■ vous retourniez en vostre ditte charge, vous le ferez ■ « volontiers. Aussy vous en saurai-je très bon gré, et ne

a faudraydelevousreconnoistredanslesoccasions. Surceje « prie Dieu, Monsieur le Président, vous avoir en sa sainte « garde. Escrit au camp de Chartres, le xin jour de

< décembre, mille cinq cent quatre vingt douze. Hbnrv. •

Voilà comment finit cette année-là qui a esté une des plus chargées d'affaires difficiles, des plus laborieuses et des

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plus remplies d'inquiétudes de la vie du président. Si son esprit n'avoit esté infatigable, il n'auroit pu éviter de succomber sous le faix. Mais les forces ne manquent jamais, quand elles viennent de la vertu, et non de la nature (i).

(i) V. Aussi : Bulletin de l'Académie delphiitale, t. i, pp. 1 16, 397, 478. — T. u, le Livre du Roy (suiie), pp. 1 36, 3o5, 3 i8-3î6.

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