‹ Vie d'Artus Prunier de Saint-André: conseiller du roy en ses conseils dChapitre 8 sur 23 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Saint-André avoît rapporté de Provence tout son esprïi de Daupbiné. Il n'estoit devenu ny plus fier, ny plus commode. La première présidence ne l'avoit point changé l'honneur que l'on mérite n'enorgueillit pas. Il n'y a que ceux qui sont au-dessous de leurs charges qui en tireni vanité. La teste tournelfacilement aux foibles dans une élévation qui ne leur convient pas. On admiroit son égalité. Toute la province le receut avec une joye qui luy en fil d'autant plus qu'elle estoit aussy syncère qu'elle paroissoit grande.^mais il n'y trouva pas tout le repos qu'il avoîi espéré. Les affaires ne tardèrent pas à l'y venir chercher. U nuit quelquesfois d'estre trop habile, et trop utile II sembloil qu'il ne deut vivre que pour l'Estat

DigmzcdbyGoOgle

Caractère de Prunier. — Règlement concernant les monnaies circulant en Provence. — Conférence de Suresnes. — Portrait de Pomponne de Bellièvre.— Juillet 1 593, une trêve générale est conclue. Le duc de Savoie l'accepte, — Assemblée de Mantes. — Saint-André y eBt convoqué, il s'y rend, — U assiste à l'abjuration du roi. — 11 est fait conseiller d'État ordinaire — Mission de la Fin U Nocle.— Le duc de Nemours est enfermé au cbâieau de Pierre Size. — Prunier Saint- André etia Fin sont chargésd'une négociation importante. - Expiration de la irève. — Saint-André demeure seul chargé de la (Lyon.

Il esioit désiré dans la Provance parce qu'on l'y jugeoit nécessaire et les désirs de ceux mesmes que l'envie avoit irritez contre luy, l'y appelloient presque malgré eui. Il y avoit cotnmancé , dez l'année précédente à traitter avec le Connestable et Lesdiguîères d'un règlement pour les monnoyes, son absence ne fît pas qu'il en abandonna le soin. Il s'esloit estably dans Sisteron^ par ordre de la Valette, une fabrique de monnoye et il s'en estoit fait une espèce qu'on appelloit pinatelles, C'estoit des pièces de deux sols, six deniers, mais elles estoient défectueuses, etau poids et en l'aloy. A l'esgard de l'aloy, dans les douze deniers de cuivre doivent entrer trois deniers et dix-huit grains de fin, mais en ces pièces il n'y avoit que trois deniers de fin. Quant au poids , il falloit qu'il y eut au marc d'œuvre quatre-vingt-deux pinatelles seulement, et néantmoins il y en avoit quatre-vingt-seze. Lesdiguières fut celluy qui

DigmzcdbyGoOgle

s'apperceut le premier de ce désordre, et qui en donna avis à Saint-André. II s'estoitfait de ces pinatellesen nombre presque infiny, de sorte que la Provance, le Languedoc et le Dauphiné, dans ce débordement, en estoient presque inondez. Le Connestable pour remédier à ce mal s'estant assemblé à Tarascon, au commencement de ceste année, avec les députez de ces provinces , il y fut concerté un règlement qui réprima l'abus mais qui ne le termina pas. Depuis, la valeur du marc de ces pinatelles fut fixée à un escu, vingt-quatre sols, deux deniers, et enfin elles ont esté mises hors d'usage, de mesmes que celles qui avoient esté faites en d'autres lieux avec aussy peu de fidélité.

Le conseiller Audeyer fut député à ceste conférance par le parlement de Grenoble , de l'avis de Saint-André qui l'informa de bien des choses sans la connoissance desquelles il auroit eu de la peine à se distinguer comme il fit. Le parlement de Provance qui estoit â Manosque désiroit le retour de Saint-André avec ardeur et avec impatiance. Les conseillers Suffren, Anielme et Genesî , le luy tesmoignèrent par leurs lettres et par leurs sollicitations animées de toutes les raisons que l'estime, l'amitié et l'intérest peuvent suggérer, mais inutilement. Les grands tiommes ne se déterminent qu'après y avoir bien pensé, et ils ne reçoivent plus d'autres pensées.

En mesme temps Bellièvre, son parent et son amy, luy apprit de Saint-Denis où il estoit qu'il travailloit avec les autres commissaires du Roy à pacifier les troubles du royaume. Le duc de Mayenne et les chefs de ce party avoient consenty à une conférance, et y avoient envoyé aussy des principaux dentre eux. Suresne, lieu peu esloigné de Paris estoit celluyde la conférance. Depuis la mort de Henri III, Bellièvre s'estoît luy-mesme esloigné des affaires, et avoit commancé à gouster les plaisirs de la vie privée dans sa maison de Grignon. Les deux partys l'avoient en une égale vénération. Le duc de Mayenne avoit taché de se l'acquérir : H luy avoit offert pour le gagner

DigmzcdbyGoOgle

des employs illustres et des récompenses éclatantes. Mais les vertueux ne sont charmez de rien qui ne soit essentiellement bon. Aussy son devoir seul le persuada et le mena au Roy qui le rappelloit. Ce fut l'année précédente où il reprit sa place dans le conseil et il ne luy fallut pas beaucoup de temps pour y avoir toute la considération et tout l'honneur qui estoient dus au plus sage et au plus judicieux politique qui fût dans le royaume. C'estoit le jugement que Saint-André en faisoit.

De manière que ce fût principalement par le moyen de Belliévre que le dernier du mois de juillet il fut conclu dans cesie conférence une trêve générale de trois mois qui fut depuis continuée. Le duc de Savoye, sur qui Lesdîguières avoit eu de grands avantages en divers combats, accep'a ceste suspension d'armes qui luy estoit favorable, et Lesdiguières n'y opposa pas des obstacles co^nme il luy auroit esté facile , préférant 1 intérest de la province à celluy de sa gloire, La religion que le Roy professoit alors estoit ie prétexte de la rébellion. L'ange tutélaire du rovaume luy inspira la pensée de se faire instruire. Durant cette trêve ce fut son occupation , et parce qu'il importoic que les plus grands et les premiers magistrats de l'Estat fussent les tesmoins de sasyncérîté, et que d'ailleurs il avoit à prendre leurs avis sur diverses affaires de la dernière importance, il en convoqua une assemblée à Mantes (i).

([) ■ Il ne jouît guËres du repos qu'il s'esloit proposé. Henry quatriesme l'appela à soy, peu de mois après qu'il se fût retiré de Provence, pourestre présenl à sa catholisation et pour assister à l'assemblée qu'il convoqua à Mantes pour régler les affoîres de son Estât, où il convoqua les princes et principaux seigneurs du royaume et ses afAdez serviteurs. Monsieur de Sainct-André obéit à un ordre si avantageux et si agréable et se trouva à cette assemblée, 11 y fut considéré, et par les services qu'il avoit rendus et par les conseils qu'il y donna, comme un des premieis hommes de robe de son temps. « Manuscrit de M. A. de BoufRer, p. 1 1 .

DijilizodbyGoOglc

C'estoît une espèce d'Estats qu'il opposoit à ceux que le duc de Mayenne avoir convoquez à Paris. Saint-André eut ordre de s'y trouver. Il estoit alors rentré dans l'exercice de sa charge de second président qu'il creut n'estre pas incompatible, dans la résolution qu'il avoit faitte, avec celle de premier président de laquelle il estoit encore revestu. C'est pourquoy il ne voulut partir sans avoir obienu de sa compagnie le congé qu'il luy demanda par une requeste expresse. Les magistratures sont des servitudes et le magistrat qui quitte son poste de son propre mouvement, se dérobe à son devoir et est répréhensible par ce larcin qu'il fait de soy-mesme au public.

Saint-André remplît toute l'opinion que le Roy avoit de luy. Il assista aussy à son abjuration et fut jugé digne d'estre fait conseiller d'Estat ordinaire. Cest honneur luy fut donné par brevet du quatriesme du mois d'octobre, et deux jours après il en fit le serment dans les mains du chancelier de Chcverny (i). Mais une grande et illustre occasion ne luy permît pas de s'arrester longtemps à la Cour. La Fin de Nocle (2) , revenant de Provance , avoit passé à Lyon, et, s'y estant arresté quelques jours, il s'y estoit entretenu avec des ofRciers et des principaux habi-

(1) Philippe Hurault, comte de Cheverni et de Lîmours, lîls de Raoult Hurault , seigneur de Cheverni, et de Marie de Beaune , né le ï5 mars i5i8. Son alliance avec le premier président de Thou dont il épousa la fille, en i ^66, facilita son élévation aux premières dignités de la magistrature. Cooseiller au parlement de Paris en 1 bi•^, chancelier du roi de Pologne en tij3, il fut chancelier de Fiance en iï83. H dirigea les préparatifs du sacre de Henri IV, ei fut chargé de rétablir le parlement de Paris ainsi que les autres cours souveraines. II mourut en iSçt). De Thou, Seévole de Sainte-Marthe et Nie. fRapin ont loué sa prudence et sa dextérité.— B. de Xivrey, Lettres missives, t. ii p 85.

|2) Jean de la Fin, sieur de Beauvoir la Nocle, conseiller du Roy en son conseil d'État, ambassadeur prës la sérénissime reine d'Angleterre, épousa Bêraude de Ferrières.

DijilizodbyGoOglc

Tans, il avoir mesmes porté le peuple à une sédition contre le duc de Nemours qui avoït esté arresté et renfermé dans le chasteau de Pierre Cize, Mais le marquis de Saint- Sorlin, frère du duc, tenoit la campagne pour venger cesre injure et faUoit d'estranges dégâts jusques aux portes de ceste opulente ville. Ses habttans ne pouvoient résister longtemps sans un puissans secours, et ils n'en pouvoient espérer que de Dauphiné. Le colonel Alphonse ayant une armée nombreuse et forte, La Fin leur fit espérer qu'il obtiendroit Êicilement pour eux ce secours du Roy (i) Il falloit ainsy empescher que le désespoir ne les portât à un second crime pire que celluy où ils estoient tombez par leur révolte. En effet n'ayant pas manqué d'informer le Roy des propositions réciproques qu'ils s'estoient faittes, et la chose ayant esté mise en délibération dans son conseil, auquel Saint-André assista, il fut résolu de ne rien négliger.

La Fin avoit à retourner en Provance et à passer de là en Languedoc- Il fut chargé de continuer, autant que les autres affaires qui luy avoient esté commises le souffriroient, ceste négociation. Saint-André luy fut joint pour y travailler conjointement avec luy et mesme seul, après que La Fin auroit passé outre (2). Estans arrivez ensemble â Roanne, ils se séparèrent. La Fin descendit à Lyon et Saint-André vint trouver le colonel à Moras. Il le falloit pour l'instruire parfaittement de l'estat de ceste négociation et des moyens qu'on avoit à y tenir pour la faire réussir heureusement, ce qu'elle ne pouvoit que par luy et ses armes. Je ne puis obmettre que le Roy dans les instruc-

(i) V. l'haMIe lettre de Henri IV aui ^chevins de Lyon : Appendict V.

{i) V. les remarquables « instructions > remiGes au EÎeur de la Fin, et au sieur Prunier de Saint-André concernant les négociations qu'ils devront diriger pour ramener la ville de Lyon à l'obéissance royale : Appendice VI.

DigmzcdbyGoOgle

tions qui furent remises à Saint-André luy donne la qualité de ison premier conseiller d'Estat. » Elles sont du mois de décembre, et je nesay par quelle raison elles ont esté publiées dans le second volume des mémoires du Ludovic de Gonzague , duc de Nevers , si ce n'est parce que Gomberville, qui a fait ceste compilation, a cru que ce prince les a dressées et en est Pautheur.

La Fin ayant fait peu de séjour dans Lyon, Saint-André demeura chargéde tous les soins d'une affaire si pesante (i). Mais ce qui la rendit encore plus difficile et plus dangereuse, fut que la trêve estant finie avec l'année mille cinq cent quatre-vingt-treze, le Roy ne voulut plus l'accorder à ses ennemis à qui seuls elle estoit favorable. Les termes oti en estoit demeuré la Fin, avec les eschevîns de ceste ville, estoient d'un simple secours pour empescher seulement que tes Espagnols ne s'en rendissent les maistres sans que pour cella ils fussent contrains de changer de party, ny de se détacher de celluy de L'union des catholiques. Ainsy ce que l'on auroit fait pour eux n'auroit esté qu'un secours donné à des ennemis contre d'autres ennemis. Ce qui n'auroit pas esté agir utilement pour le Roy, ny pour l'Estat. Donc il fallut que Saint-André se fit un autre plan et qu'il

(i) • La première et la plus mémorable occasion qui l'obligea de quiltcr la suine tlu Roy fut la négociation de la réduction de la ville de Lyon à l'obéistance de sa Majesté. La commission lui en fiit expédiée conjointement avec le sieur de la Pin et chacun en eut un original signé • Henry » et plus bas u Revoi, donné i Vernon , le S décembre 1593. Et d'autant que laditte commission outre la réduction de Lyon, avoit plusieurs chel^, sçavoir : une négociation en Auvergne , vers Monsieur le comte de Clermoni pour l'attirer au service du Roy et une autre avec Monsieur le Conncstable, en Languedoc. Ils se partagËrent lesdits employs. Le sieur de la Fia alla en Auvergne et en Languedoc, et le sieur de Saincl-André, comme ayant plus d'habitude dans Lyon à cause de la proiimité de sa province, eut en partage la négociation de Lyon. » — Manuscrit de M. A. de Bouffier, p. ti. — Chontt, Hût. génér, de Dauph., i. Il, p. 735.

DigmzcdbyGoOgle

bastit dessus. Si la Fin eut l'honneur d'avoir formé le dessein, qui n'estoit néantmoins qu'une confusion de propositions diffcrentes et de pensées opposées, Saint-André eut celluy de l'avoir rectifié, et de l'avoir exécuté heureusement, et dans les grandes entreprises la principale gloire est à la consommation et au succez.

DigmzcdbyGoOgle

Scint-Andté tente un BCCamniodemenl avec Pierre d'Épinac , archevfque de Lyon. — État de Lyon. — Noms des échevins demeurés fidèles auroi. — Prunier se travestit et pénètre dan» Lyon. —Claude Rubys, procureur généra) de la Tille. — 7 février 1 5g4 , le colonel Alphonse d'Ornano et Chevritre» pénètrent dans Lyon. — Terglver- ■aiion de Pierre d'Epinac. — Offres que lui &it Prunier de Saint-André. - a février, le colonel d'Oinano accompagné de la noblesse dauphinoise fait une entrée solennelle dans Lyon. — Le colonel , Prunier et Chevrières rendent visite à l'arche vêqL-e, — Le roi est reconnu dans une assemblée générale. — Sept échevins y sont déposés. — Rapport de Sainl-André au roi. — Félicitations adressées à Prunier Saint-André par Henri IV, le connétable de Montmorency, Bellièvre, Revo), Lesdiguières. — Le duc de Nemours et Albigny tentent aussi un rapprochement avec le roi. — Leurs démarches manquent de sincérité. — Insuccès de la négociation de la Fin en Provence. — Irritation du duc d'Épernon. — Dépit de la Fin : Il cherche querelle à Saint-André. — Sur le refus formel de Prunier, les députés de la Provence demandent à Henri IV un nouveau premier président. — Guerre avec la Savoie. — Saint-André négocie une trêve. — Avril i5g5,le connétable de Montmorency reprend Vienne aux ligueurs. — Lesdiguières descend en Provence. — Le roi approuve la gestion de Prunier et les acies du colonel d'Ornano. — Le prince de Conii écrit à Saint-André. — 1 596, les Étals sont convoqués à Grenoble. — Assemblée des notables à Rouen. — Saint- André, à cause de sa sauté, ne peut s'y rendre.- François deBarry est nommé consriller : impossibilité de le recevoir au Parlement. — ■ 597, la guerre civils éclate à Orange. — Rivalité entre Mirabel- Blacons et Sainte -Aldegon de. — Le président Prunier est chargé de régler le différend. — Lesdiguières est nommé lieutenant du roi en Dauphiné. — Alphonse d'Ornano est créé maréchal. — Sassenage prie Artus de I^nier de tenir sa fille sur les fonts avec la comtesse de la Roche.

La fidélité a'avoîtpas toute esté mise hors de Lyon avec ceux qui en avoient esté chassez comme suspects aux

DigmzcdbyGoOgle

— i3o — Ligueurs. I.'archevesque Pierre de Pinac yestoit tout puissant par les respects que l'on devoit à sa dignité, et par l'authorité que le duc de Mayenne, chef du party, lui avoit donnée (i). Saint-André qu'il connoissoit et qu'il estimoit essaya de le rendre susceptible des impressions qu'il prétendoit luy donner. 11 conféra avec luy par la voye de ses lettres mais sans fruit. Il faisoit tout espérer mais ny il ne promettoit , ny il ne concluoit riea. Ce n'est pas qu'il ne jugeât bien, comme il estoit un excellent politique , que l'avantage de la guerre demeureroit in&illiblcmcnt au Roy, Mais il espéroit qu'en gardant ces fausses mesures, sa condition en deviendroit meilleure, dans l'opinion oti il estoit que les L^ oiinois ne suivraient jamais de mouvemens qui ne vinssent de ses conseils, Saint-André ne luy dissimula pas pour le désabuser que le duc de Nemourset le marquis de Saint-Sorlinrecherchoient de s'accommoder avec le Roy et que le baron de Maugiron avoli mesme esté envoyé de la cour pour conférer avec le marquis. Mais l'archevesque ne croyant pas qu'il eut rien à craindre dans une ville où jusques alors ses pensées avoient esté uneloy presque abso-

(i) Pierre d'Ëpinac, é\& de Pierre d'Épinac , lieutenant du r Bourgogne ei en Lyonnais, et de Cuicharde d'Albon , fui g ment chanoine- comte , doyen, puis archevêque de Lyon, siège où il succéda, en lij^. à Aiitoine d'Albon, son oncle maternel. Le dépit de n'avoir pas obtenu le chapeau de cardinal le jeta dans le parti des princes de Lorraine et il resta ligueur exalté jusqu'à sa mort, arrivée le 9 janvier i Sgg. — B. de Xivrey, Lettres missives, t. m, p. 238.

H. Berger de Xivrey commet ici une erreur en faisant mourir Pierred'Ëpinac en ligueur impénitent : elle est for excusable d'ailleurs, car un illustre devancier, le président de Thou, l'avait déjà commise avant lui, M. Ph. Tamizey de Larroque a retrouvé à la Bibliothèque nationale {T. CCCIV de la CoUectim des Missions étrangères] un documeitt d'une haute importance qui ruine de Tond en comble ces deux assenions, et nous montre un ligueur converti, repentant même etfort soumis envers le roi. — Revue des Questions historiques, 1. 1, p. 6i5. — Voir à l'appui : Appendice XV.

— IJI —

lue, n'escoutoit que celles de son ambition qui luy promettoit des avantages extraordinairts. Ainsy sans rompre avec luy, il fallut que Saînt-André fit des liaisons avec d'autres. Cinq deseschevins avoient conservé le cœur de véritables fran<;ois et plusieurs des principaux habitants ne s'estoïent pas laissez tout à fait corrompre par les poisons de la Ligue (i). Ces eschevins estoient Martin Couvet, baron de Montriblou, Jacques Jaquet, Claude Vakntin, Louis de Berny et Durand Collabaud. Sève et Lîergues (2) estoient entre les habitans ceux qui voyoient avec le plus de chagrin tous ces désordres. Leurfidélité mérite que leurs noms ne meurent jamais et que l'histoire les recommande aux vertueux. Leur intention estoit telle que Sai'^t-André pouvoit la souhaitter. Mais pour la mettre en estât de se produire par l'action, il avoit à en concerter les moyens avec eux. Pour cella il ferma les yeux à toutes les considérations qui auroient arresté un autre. Il se travestit et entra dans Lyon. C'estoit s'exposer à un grand péril, mais une âme grande et forte ne connoit ou n'en craint point d'autre que de ne pas faire son devoir. Des douze eschevins qu'avoit alors la ville de Lyon, sept estoient ligueurs passionnez. Claude de Rubis, conseiller au parlementde Dombes(3) et

(1 ) V. Réponse du Consulat à la lettre de Henri IV du i8 septembre 1593, adressée à M. de la Fin : Appendice VU.

(2) Moneonys (Gaspard de), seigneur de Liergues.

(3) Rubys(CUude), historien, nd à Lyon en iS33. Nommé conseiller au présidial, puis au Parlement de Dombes, il fut ensuite investi des fonctions municipales à Lyon . devint en 1 565 , et demeura pendant 3o ans, procureur gdn^ral de la communauté. L'un des plus fougueui partisans de la Ligue, il contribua beaucoup à soulever Lyon contre l'autorité royale. Plus tard il reconnut ses erreurs , et, sur la recommandation du chancelier de Bellièvre, il put revenir dans sa ville natale oii il mourut au mois de septembre i6i3. — A. D'Alverny, Le l'arlemmt de Dombes, pp. i5-i». Lyon, 1877. — Brêghot du Lut et Péricaud, Biog. lyornaise. — J.-B. MonftJcon , Hist. de la ville de Lyon,t II. Lyon, 1S47-

DigmzcdbyGoOgle

procureur {général de la ville estoit l'un d'eux et le plus forcené. 11 «voit mesme composé et mis en lumière un livre détestable pour la deffense de la Ligue. Saint-André avoit à les craindre. Us estoient capables de se portera toutes sortes de violences, pour se rendre plus recommandables dans leur party. Plus oo est emporté et furieux dans les séditions, plus on a de mérite auprès des séditieux.

Néantmoins Saint-André conduisit sa n^ociation avec tant de prudence et de bonheur que rien n'en fut découvert. Des lettres interceptées achevèrent ce qu'il avoit si heureusement commencé, et ménagé. Elles apprirent que douze cent Suisses dont le roy d'Espagne avoit fait ta levée, estoient en marche pour se jetter dans Lyon. En ces occasions la fortune fait plus que le conseil. Saint-André fit comprendre aux uns et aux autres qu'il n'estoît plus temps de consulter,qu'il n'yavoitplus detempsà perdre et que leur salut dépendoit de leur diligence et de l^r hardiesse (i). Enfin toutes choses furent disposées comme elles dévoient l'estre pour achever et pour couronner ce grand ouvrage. Et le président sortît pour préparer aussy tout ce qui estoit nécessaire à l'exécution.

Le jour en estant venu, qui fut le septiesme du mois de février, le colonel et Chevrières se présentèrent bien accompagnez de noblesse et de bonnes troupes, du costé de la Guillotière, et, en mesme temps, comme la résolution en avoit esté prise, les penons qui sont les capitaines des quartiers, mirent le peuple sous les armes et se saisirent des rues et des places et Us s'y barricadèrent. La porte du pont

(i) Le lecteur suivra avec intérCi, nous en sommes penuadé, ces délicates n^ociations conduites par AlpbonM d'Orntno et Prunier de Saint-André avec une habileté consommée et un rare bonheur : les sppeDdices lui permettront d'embrasser cette campagne diplomatique dans son ensemble. — V. le Traité intervenu , le 3i janvier 1^94 , entre Alphonse d'Ornano et le sieur Allard : Appendice VUl.

DigmzcdbyGoOgle

— i33 — du Rhosne qui regarde la Guillotière fut ouverte au secours, et CbevrîÈres entra seul le premier pour fortifier l'esprit inconstant et muable deceste populasse. L'archevesque et les eschevins passèrent le pont et vinrent le tnesme jour saluer le colonel. Ce prélat le pria de ne rien précipiter et de suspendre ceste action jusques à ce qu'il eut donné avis au Pape et au duc de Mayenne de ce qui se passoit et receu leurs responses. Saint-André prenant la parole luy dit ce qu'il se seroit dit luy-mesme, si sa passion n'avoit troublé son jugement et luy fit delà part du Roy des offres qui auroient peu estre la récompense d'une fidélité inviolable. Mais ny il ne les accepta, ny U ne les refusa, et renvoya opîniastrement à se déterminer par les responses que luy feroient le pape et le duc de Nemours. Les eschevins ne cachèrent pas si bien le déplaisir qu'ils avoient de l'obstination de leur prélat, que chacun et que luy-mesme ne s'en apperceut. Aussy le colonel accompagné de Chevriéres ( i ), de Sassenage-Iseron, de Botbéon (2) d'Andelot, d'Albon . Saint ForgeuI,de la Liegue, de Mures, de Viriville, de Veines Gordes, de Saint Jullin Réaumont, de Cugy, de la Laupie, de la Buisse, et de bien d'autres entra le lendemain dans la ville conduit par les eschevins. D'abord l'air retentit de cris de c vive le Roy » et dans un moment tout parut si paisible que l'on n'auroit pas jugé qu'il y eut jamais eu de révolte et de sédition.

11 n'en cousta pas du sang, ce qui est le comble de la gloire des conquérans dans ces occasions oti l'on ne vainc pas des ennemis, mais oti l'on réconcilie des citoyens. On

(1) Jacques Mine, comte de Mioluu, seigneur \de Chevriire* et Saint-Chsmond, conseiller d'État, lieutenuit général au gouvernement du L-roniuia. Il était fila aîné de Jean Miite de Miolans et de Françoise Maréchal, damtf de Saint-Cliamond. il prévint Henri IV des intelligences eecriteg de Biron avec le duc de Savoie.

(3) Ouillaume de Gadagne, seigneur de Bothéon : il fut Mnéchal

DigmzcdbyGoOgle

— i36 parlement de Grenoble avoit aussy accompagné Alphonse et Saint André et avoit servy utilement. Il fut en effet un de ceux que le président recommanda au Roy, et il luy rendit tous les tesmoignages qu'il méritoit. Le connestable de Montmorency, Bellièvre, Revol, Forget du Fresne et Lesdiguiéres le félicitèrent de cet heureux et illustre succez. R Je me rejouis, luy dit Revol, du bonheur que Dîeu vous ■ a donné en vostre négociation, comme je feray tousjours e de ce qui sera à vostre avantage et contentement, >

Il eut sujet d'estre aussy satisfoit des tesmoignages de tout ce qu'il y avoit de grand dans le royaume, qu'il l'estoit de ceux de sa conscience. N'y ayant plus rien qui dut l'arrester dans Lyon, il en partît, mais il ne fut pas sitost à Grenoble, que le Roy luy ayant commandé de demeurer auprez du colonel, qui estoit restéà Lyon pour l'assister de ses conseils, 11 fut contraint d*y retourner. Et certes il sem< bloit estre obligé d'achever son ouvrage comme Bellièvre luy escrivit en mesme temps; et jusques à ce que tout fut réglé pour le gouvernement et pour la police il n'estoit pas achevé. Bellièvre y vint mettre la dernière main et Chevrières la Croix le seconda dignement après que Saint- André se fut retiré.

On négotioit en mesme temps deux accommodemens illustres. Le duc de Nemours et Albigny, quis'estoit donné à luy, avoient tesmoigné quelque désir de rentrer dans les bonnes grâces du Roy. De Vie estoit employé auprès du duc, et Saint-André croyoit avoir la confidence d'Albigny.

seiller d'Étar ordinaire. Il mourut au mois de mai i6t[). Depuis l'année iGii, il avait pour coadjuteur son second fils, Alphonse de La Croix, év£qiiedeChalcâJoine qui lui succéda Eur le siège deClrenoble. — B. de Xivrey, Lettres missives, t. vn, p. 143. — Rochas, Biog. du Dauph.,t. H, pp. 5-8,— G. AWard, Hist. gén. de la famille Lacroix de CAewières; Grenoble, Giliberl, 1678. — H. Gariel, Delphinalia, éloge de Jean de La Croix. — Chorier, VEstat politique de Dauph.. t. 11, pp. 1 33-1 35,1671,— P'Iot deThorey, Invent, som., t. n, Série B. (Suite.)

DigitizcdbyGoOgle

- IÎ7- Mais il n'y avoit pas une parfaite syncérité dans la con. duine du duc ny dans celle d'Albîgny. De Vie ( i ) ne faisoit rien sans consulter Belliëvre, et ayant de fréquentes conférancesavecleduc, il espéroit plus de ses persuasions que de l'inclination de ce prince, qui ne montroit pas d'en avoir d'assez formellesà se soumettre. Albigny savoit mieux dissimuler. Saint-André qui estoit dans son alliance, estoît persuadé qu'il luy seroit facile de le gagner, et en effet il le porta à déclarer que si le Roy le lui permettoit, il iroit le trouver où il luy seroit marqué. Le Roy envoya pour luy un sauf conduit à Saint-André, luy mandant par une lettre en chiffres, le jugement qu'il faisoit d' Albigny, et la satisfaction qu'il auroit si Saint-André le luy acquéroit. Toutesfois l'on reconnut à la fin qu'il n'y avoit qu'artifice Le duc trouva le moyen de se mettre en liberté, par une évasion imprévue, et Bellièvre ne s'cstant pas trompé dans la conjecture qu'il avoit fiaitte, Albigny fît voir lorsque Saint- André le pressa qu'il n'avoit feint de vouloir se réconcilier avec le Roy son maistre que pour obtenir la permission de voir le duc dans sa prison : il espéroit pouvoir ainsy l'entretenir de ce qu'il avoit fait pour luy dans Turin avec le duc de Savoye, et dans Milan avec le gouverneur. Quand il eut appris l'évasion du duc de Nemours, il déclara à Saint-André qu'il n'avoit pas entendu de s'accommoder par aucun traitté particulier, mais seulement par celluy qu'il avoit espéré que le duc de Nemours et le marquis de

< I } Vie (Dominique de), seigneur d'Ermenonville, fut l'un des serviteurs le» plus dévoués de Henri IV, U se couvrit de gloire à ta balsiUe d'ivry. tl obtint le gouvernement de Saint-Denis (iSçi) , celui de la Bastille apris la reddition de Paris à laquelle il avait beaucoup contribua , et le gouvernement de Calais , avec le grade de vice-amiral (1601). Mais un jour, en passant dans ta rue de la Ferronnerie où son bon roafire avait été auasiiné, il fut saisi d'une douleur si vive qu'il en mourut le lendemain. — Biog. univ., t. vi, p. tgS,

DigmzcdbyGoOgle

■ i38 — Saint Sorlin feroient avec le Roy, prétendant en devoir estreun accessoire

La négotiation de la Fin en Provance fut encore plus malheureuse. Il se rendit si désagréable qu'Espernon le fit prisonnier, et que sans les prières de quelques-uns de ses amis, il l'auroît Tait tuer de sang froid. Il permettoit tout à sa vengeance et ne refusoît rien à sa colère. De sorte que la Fin fut dans un extrême danger. Le président luy avoït donné avis du succez de l'entreprise de Lyon et l'en avoit félicité comme d'un bonheur dont l'Estat luy estoit redevable. Mais au lieu de respondre à ceste faonnesteté par une pareille, il demanda à Saint-André un éclaircissement, et il se répandit contre luy en plaintes et en reproches. Le sujet qu'il s'imaginoit d'en avoir estoit que Saint-André à ce qu'il supposoit qu'on luy avoit dit, avoit tenu quelques discours qui ne luy estoient pas favorables et que mcsme il avoit voulu persuader certaines choses à Beilièvre et à Revol qui participoient de l'injure : ce qui luy estoit d'autant plus sensible, luy dit il, que Saint-André ne pouvoit pas nier « qu'il ne l'eut tousjours respecté, honoré et « servy. n Saint-André qui connoissoit la Fin mesprisa ceste espèce de querelle qui n'avoit point de fondement. Les foibles se plaignent aussy facilement qu'il est difficile aux forts de s'émouvoir par des plaintes qui n'ont rien de solide. La Fin estoit d'un naturel inquiet, et plus troublé par le flux et le reflux de ses pensées, que turbulent, Lesdiguières qui avoit estudié son caractère disoit, en parlant de luy, que i: Monsieur de la Fin estoit un personnage dont « les discours n'avoient point de fin, qu'il alloit et qu'il « venoit sans que ses labeurs apportassent aucun fruit i La réputation de Saint-André croîssoit à mesure que les occasions de mettre sa vertu et son expériance en exercice se présentoient. C'est ce qui le faisoit désirer par le Parlement de Provance qui le reconnoissoit encore pour son premier président.

Les députez de ceste province en demandèrent un au Roy

DigmzcdbyGoOgle

- ,39puisque Saint-André refusoit de retourner à sa charge avec une fermeté qui sembloit une injure à leur pays. Revol luy apprît que la proposition en ayant esté faitte dans le conseil du Roy, toutes les voix avoient esté pour luy, et tous les sentimens qu'il ne devoit point abandonner ceste dignité que nul autre ne méritoit mieux. Sa response fut, qu'il le prîoit d'obtenir pour luy qu'il fut dispensé de ce service et qu'on ne l'arrachât pas violemment du sein de sa patrie où il trouvoit le calme dont son esprit se faisoit son unique bien.

On estoit en guerre ouverte avec laSavoye et Lesdiguières commandoit l'armée Ce n'est pas de mon sujet de parler de ses exploits. Quelques grands qu'ils fussent, le Graisivodan ne laissoit pas de souffrir beaucoup. La guerre quelque avantageuse et glorieuse qu'elle soit est toujours un mal qui en produit d'autres er nombre infiny. On les ressentoit tous dans Grenoble, dont le bailliage est le chef de ceste partie du Dauphiné : ce qui avoit porté le Parlement à souhaitter une trêve entrece bailliage ei celluy de Chambéry, telle qu'elle avoit esté d'autresfois establie entre eux. Saint- André fut prié par le Parlement de s'y employer. Mais il savoit qu'Alphonse, lieutenant de Roy, consentiroit plustost à une généralle pour toute la province qu'à une particulière pour un de ses bailliages II en fit l'ouverture au président de la Rochette et aux autres commissaires du duc, mais leur pouvoir estant limité, il fallut se contenter d'une particulière. Le colonel l'approuva, et elle estoît favorable aux desseinsde Lesdiguières qui n'estoient pas tous enfermez dans la province. Presque en mesme temps il se faisoit un grand armement dans le Milanois. On estoit bien certain qu'il ne regardoit que la France Saint-André à qui Bertrand, chargé des finances du Roy dans le Piémont oti il estoit alors, en avoit donné avis, en avertit aussy le Roy et en tira de l'avantage. La trèvcfut continuée durant les deux premiers mois de l'année suivante, qui fut celle de mille cinqcent quatre vingt quinze.' Ëtle mois d'avril le con-

DigmzcdbyGoOgle

nestable de Montmorency reprit Vienne qui luy fut rendue de la mesme manière qu'elle l'avoit esté au duc de Nemours, par composition, et sans qu'il en cousta du sang.

LesdiguiÈres eut ainsy la liberté de porter ses armes en Provance où sa bonne fortune le suivit. Il ne négligea pas le commerce de lettres qu'il entretenoit depuis si long* temps avec Saint-André. Comme il avoil esté soigneux de l'informer de tous ses progrez, contre la Savoye, l'année précédente, il le fut de mesme celle-cy de luy apprendre tous ceux qu'il avoit contre Espemon, et le succez de ses armes. Peu de temps après son retour, les troubles de la Provance estant dissipez, le Roy arriva à Lyon comme Saint- André luy en avoit donné le conseil (i). Ce fut là que Saint- André receut de la bouche de ce grand Roy le payement du service qu'il luy avoit rendu à Lyon. La loUange est le juste prix des actions vertueuses. Tout ce que le colonel comme lieutenant général, et Saint-André dans les emplois * dont il avoit esté chargé, avoient fait, fut alors confirmé et approuvé de nouveau ; et le Roy leur en fit expédier ses lettres. Ce fut avec éloge. Ce n'estoit pas une grâce, mais le devoir d'une reconnoissance juste et raisonnable. Le Roy voulut aussy que le président assistât aux prochains Estats de la province, et pour cela il le nomma l'un de ses commissaires par lettres de cachet du xxii du mois deseptembre. Ainsy il retourna chez soy satisfait et content.

Le prince de Conty qui avoit à faire vérifier au Parlementseslettresdegouvemeur delà province luy en escrtvit, et luy recommanda son intérest, par la raison, luy dit-il, < qu'il savoit la considération et l'authorité » que son

(i) 1593. — Août 11. — Henri IV arrive à Lyon, prend son logemeni au lâubourg de Vaise.— Septembre 4. — Entrée solennelle de Henri IV àLyon.— A. Péricaud, NoUsetDoc.i'.bS. Année i5g5. — Cochard, Séiotirt d'Hettri IV à Lyon , p. 7g.

DigmzcdbyGoOgle

mérite luy avoient acquises, dans sa compagnie. Il ne manqua ny à ce qu'il devoit au prince, ny à ce qu'il se devoit à soy-mesme. Ce fut au commencement de l'année mille cinq cent quatre vingt sezej et presque en mesme temps, les Estats ayant esté convoquez à Grenoble, ils y furent tenus. Il y assista, et appuya en homme de bien les propositions qui y furent faîttes de la part du Roy, En ces occasions, il y a un milieu â suivre entre la souveraineté et la subjectioti. Les inconsidérés donnent tout à l'une ou à l'autre, et les sages retranchent un peu des prétentions de l'une et de l'autre pour les réconcilier, car il n'y a rien de plus incompatible que le commandement de celluy qui croit juste tout ce qui luy fait plaisir, et l'obéissance de celluy qui croit qu'elle doit avoir des bornes.

Le» plus importantes villes de l'Estat avoient reconnu leur faute : elles avoient renoncé à la Ligue et s'estoient •oumises à l'authorité royalle. Rouen estoit de ce nombre, et il y avoit esté convoqué une assemblée des notables du royaume (i). C'estoit un abrégé des Estats généraux. On ne douta pas que Saint-André nedût s'y trouver. De Franc qui estoit i la cour, l'en avertit, et en effet il en eut l'ordre quelques jours après. Mais sa santé ne luy pei-mit pas d'entreprendre un si long voyage, et le Roy n'en eut pas du chagrin. Saint-André en eut de ne pouvoir pas rendre à François de Barry (2) tous les bons offices qu'il méri-

(1) C'est I& que le roi Henri [V prononça ce discours célèbre où édaient merveilleuacmenl m finesse d'esprit et ton profond amour de la France. — B. de Xlviey, Lettres missivet, t. v, p. CSy. — B. N., Fonds Dupuy, M. 7, folio 19.

(2)BBrTy(Franfoisde), nfàMontélimar, Slad'un président au parlement d'Orange, mort avanti6i5, fut un jurisconsulte qui pouit de quelque célébrité dans le siècle. U mourutà Montélimar en 1644. En lûzS il avait lait un Traité de* successions testamentaires et ab intestat qu'il dédia à Jacques 1", roi d'Angleterre. — Rochas, &og. du Dauph.fX. I, p. 87.— Guy Allard, Dict. i^eiXiupA.,v*,Barry.— Chorier, Supplément à VEstta politique de Dauph., p. 19.

DigmzcdbyGoOgle

toit, et qu'Alphonse luy avoit demandez pour ce docte jurisconsulte. C'est celluy qui a fait ce savant Traitté des successions testamentaires et ab intestat, qui est un des plus utiles qui aient paru sur ceste matière. II avoit obtenu du Roy un office de conseiller au Parlement, et il soUicitoitsa réception. Mais sa religion luy ^tunobstacle invincible. 11 faisoit profession de la P R. et l'édit de Nantes n'estoit pas encore fait. Saint-André ne laissa pas de rendre à son savoir et à son mérite tous les honneurs qu'il savoît bien qu'on ne pouvoit leur refuser.

Cependant la guerre continuoit avec la Savoye, mais il y en avoit une civile dans la ville d'Orange, dont on jugeoit que le feu ne pourroit estre esteint que par la sagesse du président (i). Elle fut une de ses occupations l'année mille cinq cent quatre vingt dix sept. Mirabel Blacons (2) avoit le gouvernement de ceste principauté, qu'avant luy son père avoit eu. Mais Saint- Aldegonde prétendoit l'en déposséder. Le prince d'Orange luy avoit donné ce gouvernement et Blacons croyoit avoir droit A se le conserver

(1} Ortnge (Principauté d'), ancienne seigneurie eaclarée danft le Corotat-Venaissin Klle devint seigneurie dès le IX' ou le X* siècle, et comté au XIi. Qijatre maisons y ont régné successivement : 1° celle des Adhémar, éteinte en 1174; î" celle de Baux, deii85 à :373; 3° celle de Châlon jusqu'en i53o; 4* celle des Nassau. Cette derniire hérita en 1 3 3o, de Philibert de Châlon de la principauté d'Orange, et depuis ce temps les princes de celte Emilie onl porié le titre de princes d'Orange. — Bastet, Hist. de la ville et de la Principauté d'Orange.

(2) MM. La;roii et Arnaud oni établi delà façon la plus probante que les noms de Mirabel et de Blacons représentent des personnages fort distincts et que l'on a confondus. Celui dont il est ici question serait Alexandre de Mirabel-Blacons, gouverneur (reconnu) d'Orange en 1 ^98, mort le 8 mai i63i. Il était fils d'Hcclor de Forez de Mirabel-Blacons et de Françoise de Mirabel gouverneur d'Orange en i588, mort le ■24 mai tbt}6. C'est lui qui joignit è son nom celui de Mirabel. — Ai/* tetin d'Arch., Drame, p. lyS, 1873 Notice sur CondiVac.

(3) Marnix {Philippe de), baron de Sainte-Aldegonde, né à Bruxelles en iS3S, mort â L^de en 1598. — Théod. Juste, Vie de Marnix de Sainte- A Idegonde.

DigmzcdbyGoOgle

comme une récompense des services de son père et de luymesme. Lesdiguiéres eut ordre de s'y porter et de régler ce différent qui encore qu'il ne fut qu'entre deux particuliers, intéressoit l'authoiité du prince. Mais des affaires plus importantes ne luy permettant pas de sy engager, il pria le président d'entreprendreladécisiondecelle-cy. Les consuls d'Orenge et Bellujon, leur principal député, l'en prièrent, et pour l'obtenir, ils avoient une raison à laquelle il luy auroit esté mal aisé de résister. C'estoit la vénération que l'on y avoit encore pour la mémoire de son père, qui y avoit eu, durant plusieurs années, toute l'authorité d'un gouvernement souverain Mais ce démesié fut depuis décidé comme le prince le désiroit pour l'honneur de son authorité après que le Roy l'eut appuyée de la sienne. Le prince estant à Paris en escrivit â Saint-André qui persuada aux consuls de ménager leurs intérêts d'une manière qui ne les esloigna point de leur devoir.

Lesdiguières fut alors fait lieutenant de Roy de la province, et Alphonse, qui avoit esté honoré du baston de mareschal de France, en sortit. 11 estoient tous deux ses amis intimes : ainsy sa joye ne fut pas sans douleur, ny sa douleur sans joye. 11 y avoit aussy une liaison assez estroitte entre Sassenage et luy : Sassenage voulut l'affermir par un nouveau lien. 11 pria Saint-André de porter aux saints fonts du baptesme avec la comtesse de la Roche, une iîlle dont sa femme estoit accouchée vers la Ha du mois d'octobre. La comtesse de la Roche estoit de la maison de Ciermont d'Amboise, et s^appelloit Marthe. Parmy les cbrestîens cet office pasre pour une espèce d'alliance. En effet par luy le père naturel appelle celluy qu'il choisit à la participation des respects qui luy sont dus, et il partage, ce semble, avec luy sa qualité de père et ses droits sacrez.

DigmzcdbyGoOgle

L« pMta éclate A Grenoble. — Le ParlemeDt te transporte à Romaos. —

iSg», Édit de Nantes ; traité de Vervins,— Monde Jean de Serres: ses Œuvres. — Bellièvrc succède au chancelier de Cheverny. — i Sci9, voyage du duc de Savoie à la cour de France. — 1600, déclaration de guerre au même duc. — Le roi Henri IV vient en Dauphiné: Belliëvre l'accompagne, — Le roi quitte Grenoble et emmËne avec lui Saint-Andié. — Philippe de Chabo arrfte l'armée royale devant ton château : sa témérité. — Prunier Saint-André sauve la vie i son neveu. — La paix est conclue : le duc ta jure dans Turin. — Le préûdent Prunier, accompagné de son beau-frlre, se rend i Orange. — Adrien de Basemonl, iuiur gendre du président , tient sur Us fonts son nouveau-né. — Démllé deViiieu, fils aîné de Prunier, avec Quais Plouvier. — Prétentions du capitaine Arnaud à l'égard de Gouvernet, — Prunier, accompagné des conseillers Baro et Fique), descend A Monlélimar. — Le Poét persiste dtins sa résistance. — U finit par céder. ~ Le président procure i Jean de la Rochect^eu l'abbaye de Saint-Volusien. — Arrivée à Grenoble de Serratiiis de Richel et de Crespin Guenucius. — 3 ianvier 160», mort de Fontaine». — Virieu obtient l'ofSce du conseiller Ballly : le 28 avril il y est installé. — En conseil du roi, on tend un arrêt réglant les différends des trois ordre». — Service rendu par le président A Saporta. — Le médecin Fougerollea. — Jalousie de Claude de Villeneuve. — Voyage de Pronier à Lyon. — Poculot obtient l'échevinage. — La prévAté des marchands est donnée i Artus-Henry de la Sale , filleul de Saint-André.

Les Estais généraux de la province furent latJernîère des actions publiques de ceste année, auxquelles le président assista. Il y fut encore l'un des commissaires que le Roy avoit nommez, La peste iâisoil du ravage dans Grenoble,

DigmzcdbyGoOgle

ce qui obligea le Parlement et les autres corps de justice d'en sortir et de porter leur séance danâ Romans oCi ils demeurèrent jusques au mois d'octobre de l'année suivante (i). Ce fut celle de mille cinq cent quatre vingt dis huit qui asseura le repos de ceux de la R. P. R. par l'édit fait à Nantes et qui rendît la paix à la France et à l'Espagne, parle traitté conclu à Vervins. Calignon travailla avec tant d'application au premier que l'ayant dressé, il en fut reconnu comme le principal autheur. Et Bellièvre porta les intérêts de l'Estat avec tant de sagesse dans les conférences de Vervins que le Roy luy donna la loUange de luy avoir procuré des avantages auxquels il ne s'attendoit pas.

Mais ceste mesme année Saint-André perdit un homme célèbre dans les lettres et à qui l'histoire françoise a beaucoup d'obligation : ce fut Jean de Serres qui avoit pour luy tous les respects qu'un esprit reconnoissant doit avoir pour un protecteur bienfaisant, llavoit eu ordre du Roy, au commencement de cesteannée, d'aller nëgotier une affaire auprès du duc de Vantadour et d'en porter luy-mesme la responsc à la cour, et il en avoit une à Grenoble oU la faveur du président luy estoit nécessaire. Il la luy demanda par Bellujon son amy. 11 le pria en mesme temps de luy ayder à continuer son Histoire, en luy apprenant bien des choses qu'il ne pouvoit mieux savoir que par luy, et entre autres ses actions particulières. 11 se proposoit de leur donner dans son ouvrage la place et )e rang qu'elles méritoient. « C'est le fruit d'avoir bien fait, luy dit-il, que vous aurez « plus solidement de la main de vostre vertu que de ceux

<i) 1597. — I" novembre. — I-e premier président Rabol d'Illins convoque à Romans, pour y tenir les États , les députés des villes et

iSçtJ. — Mai. — La peste s'étantde nouveau déclarée aa noble, le Parlement vint siéger à Romans. Pendant son séjot juin, on célèbre la paix conclue entre le roi de France et le roi pie. — D' Ulysse Chevalier, Annales, etc., p. 1 10.

DigmzcdbyGoOgle

< que vous .ivez servis. La loUange est un des meilleurs a revenus de vos héritages. Je me réjouis d'estre un des « notaires de la vérité, et de vostre honneur, et j'espère de « vous faire voir bientost argent contant de ceste mienne a. debte. * 11 avoit publié un projet d'un livre auquel, il donnoit le tiltre d'Harmonie. Il y auroît prouvé que toutes les sectes des chrestiens conviennent, quelque ennemies qu'elles soient, des points fondamentaux de nostre religion : qu'il y a un Dieu, une vérité, une foy, un baptesme. Il en présenta luy-mesme un exemplaire au président, l'estant allé visiter à Saint-André. C'est une terre qui est encore dans sa femille. Il fut à son retour attaqué dans Saint- Marcellin d une fâcheuse maladie, mats s'estant fait porter à Loriol chez son frère, elle diminua et il se creut guéry. C'estoît au commencement du mois de may. 11 avoit alors commancé la vie de Louis XI. Estant un peu remis, il descendit à Orenge où il avoit l'employ de ministre. Cest ennemy intestin qui n'avoit fait que se cacher se découvrit et le pressa avec tant de violence qu'il ne put luy résister. 11 mourut le XIX dumesmemoiset, par sa mort précipitée, il laissa son histoire imparfaitte. Sa femme mourut presque à la mesme heure que luy. Ils furent pour ainsy dire spectateurs delà mortl'un derautre(i). Et comme ils l'avoient

(1) • Il ne crut pouvoir mieux fkîre, pourdfmentirle bruit qui courait de sa défection, que de se retirer à Genève avec sa femme. Tous deux y moururent le 1 9 mai 1 3g8, apris une maladie de sept jours seulement , Jean de Serres le matin, et sa femme le mesme jour après disner. Aucuns disent que c'estoît d'une fiebvre cliaude, qui toutes fois n'avoit point troublé sa mémoire, ni ses discours, n On voit que dans ce témoignage de famille, il n'est nullement question d'empoisonné- ' meni, comme l'ont avancé plusieurs auteurs contemporains.

Tous les enfants et gendres de l'historien étaient protestants. Salomon Merez, bourgeois de Valence, lilsde Bertrand Merez et de Justine Joubert, veuf de Françoise de Deaux qu'il avait épousée le 1 5 juin i5y3, se remrria, par contrai du 8 octobre iCii, à Jeanne de Serres,

DigmzcdbyGoOgle

- '47 ordonné, ils furent enterrés sans cérémonie dans une mesme fosse. De Serres se promenoit de trouver des moyens de concorde dans la religion qui batisferoient les catholiques et les protestants. C'est pourquoy ceux-là le croyoient peu huguenot, et les huguenotscommançoient àlc soupçonner. On creut mesme qu'il estoit mort cattiolique, et que s'il avoit esté libre, Il en auroit fait une déclaration publique. Salomon de Meretz, maistre en la Chambre des Comptes de Grenoble, son petit fils, )e disoît, comme une vérité qu'il avoit apprise de sa mère. Geste mort donna du déplaisir à Saint-André. Les bommes qui ont du mérite aiment la gloire et la plume d'un savant historien la distribue à qui il luy plait.

Le duc de Savoye estant compris dans le traitté de Vervins, le repos fut restably dans le Dauphiné. Ce bonheur public fut suivyd'un autre quelques mois après. Le chancelier de Cbeverny estant mort, Belliévreluy succéda. Le royaume n'avoit pas d'homme plus capable de ce grand cmploy, ny plus digne de ce grand honneur. La joye qu'en eut Saint-André peut se concevoir par la vénération que tout le monde avoit de la vertu de Bellièvre et par l'alliance qui les unissoit. Enfin ceste année qui fut celle de hdxcix finit par le voyage du duc de Savoye à la cour : et la guerre déclarée au mesme fut ce qui occupa les armes du royaume l'année suivante. Elle amena le Roy (i) en Cauphiné et le

tille de noble Jean , docteur en théologie, historiographe du Roi, seigneur de Serres. — A. de Gallier, Jean de Serres, Bulleti» d'arch. de la Drame, pp. î36-238. — Année 1873.

(1) • Henri IV méditait de ramener la Savoie à l'alliance française ; mais il voulait auparavant recouvrer Saluées, dont la restitution, stipulée par le traité de Vervins , n'avait pas été faite. C'était une clef des Alpes qui. dans les mains de la France, témoignail qu'elle n'avait pas abandonné ses droits au protectorat de l'Italie. > — Tiiéoph. Lavallée, Hisl. des Français, t. m, p. iq. — V. sur cette célèbre revendication du u Marquisat de Saluces «, les manuscrits suivants à la Bibliothèque nationale : Dupuy, 221. — MS. F. 3641, p. 5i. — Gaignères,

DigmzcdbyGoOgle

président rcceut, dans Grenoble, de ce monarque reconnoissant de nouvelles preuves d'estime et de bienveillance. Bellièvre ayant suivy le Roy, et Marie Prunier sa femme ayant fait ce voyage avec luy, Saint>André n'eut rien à désirer pour le comble de sa joye. Il avoit alors marié une de ses filles dans la maison de laTourrette en laquelle avoît esté la lieutenance de Roj' dans le Vivarais, et le président Macé de Basemont luy en demandoit aussy une pour Adrien de Basemont, son fils. II en conféra avec eux qui n'avoient pas refusé d'estre ses hostes.

Le Roy partant de Grenoble voulut qu'il le suivit. Cestoit avec un grand plaisir qu'il l'entendoit discourir des affaires anciennes et modernes de la province dont il avoit une parfaitte connoissance. Philippe de Chabo, seigneurde l'Escberene, avoit éfwusé Lucrèce de Prunier, niépcedu président. Aussy téméraire que courageux , il avoit osé attendre le canon dans le cbasteau de l'Escheresne, et arrester une partie de l'armée royalle devant ceste meschante place. H ne pouvoit éviter d'y estre forcé, et d'estre puny de ceste témérité suivant la rigueur des cruelles lois de la guerre. Il dut son salut à la faveur du président à qui il fut permis de faire la capitulation telle qu'il la voulut. On accorda à ses services et à son entremise la grâce de l'imprudence de ce jeune homme. Avoir du courage est plus souvent un vice qu'une vertu. Lesdiguiëres eut le principal commandement dans l'armée (i), et aprez que le président

ï045i, pp. 83-85. — 10483, p. 5o. — Un long mémoire du chancelier de Btllièvre, MS. F, 1 S894. Mémoires et Corresp. de Duplestis- Mornay{i. viii, p. 141). — C'* Douglas et J. Roman, Actes et corresp., t. i,p 179.

(1) Lesdiguières s'empara de Montmélian (i3-i4 août 1600), de Chambéry (i I id), de Saint-Jean de Maurienne ([4-i5 sept.) et de Briançon en Tareniaise (7 oct.j. Cette campagne fut terminée par le traité de Lyon (17 janvier 1601), qui enleva au duc de Savoie la Bresse et le Bugey, et lui laissa en échange le marquisat de Saluces. — Rochas, Biog. du Da.:ph., 1. 11, p. 5g.

DijilizodbyGoOglc

fut de retour & Grenoble, il continua sa manière de vivre avec luy, l'informant avec beaucoup de soin de ses actions et de ses progrez. La partie n'estoit pas égalle. Le duc fut contraint de désirer la pais, son courage ne pouvant pas consentir qu'il la demandât. Elle fut conclue, et il la jura dans Turin. Elle fut l'acbévement de cellede Vervins, et un nouveau lien d'une plus forte union entre les couronnes.

Le président rentra dans le commerce des muses duquel il estoit sorty depuis prez de vingt ans. Les esprits excellens plus ils savent, plus ils comprennent qu'ils savent peu. Les médiocres croient tout savoir, dez le moment qu'ils savent quelque chose. Il fît en ce temps un voyage à la Tourrette, et d'icy à Orenge où il avoit encore du bien considérablement. Les consuls deceste ville quiluyavoient de grandes obligations luy firent des honneurs' qui montrèrent leur reconnaissance : Allières son beau-frère estoit avec luy. Saint- André estant de retour chez soy eut le plaisir de voir croistre sa famille. Sa femme accoucha d'un fils qu'Adrien de Basemoift, qui devoit estre son gendre, porta sur les fonts.

Virieu, son fils aisné, estoit à Paris oti il eut un démêlé avec Quais Plouvier, son parent. Ils estoient tous deux jeunes et de mesme âge, mais Virieu estoit modéré, et Quais estoit fier et emporté. Il avoit de l'esprit mais il estoit un cstourdy. Leurs amis les réconcilièrent Virieu suivit depuis le conseil de Saint-André son père. II n'eut plus d'habitude avec Quais, et sans rompre avec luy, il s'en sépara. Il ne faut pas vouloir estre trop bien avec ces esprits qui ont tant de feu, pour n'estre jamais mal avec eux. Saint-André ne se trompoit guère au choix de ses amis.

Gouverne! (i) avoit beaucoup de part à son estime et à

(i) La Tour-du-Pin Gouvemel (René de) , baron d'Aii, Mévouillon et Monuuban, marquis de la Charce, maréchal de camp, compa-

DigmzcdbyGoOgle

- i5o — celle de Lesdiguières. Le Roy estant persuadé de sa fidélité luy avoit donné le gouvernement du chasteau et de la ville de Montélimar, mais le capitaine Arnaud qui estoit dans le chasteau pour le Poët Savasse, avoit refusé de l'y recevoir, et de l'y reconnoîstre Le président eut ordre du Roy d'y aller avec ceux des officiers du Parlement qu'il voudroit choisir, pour informer deceste désobéissanceei pour mettre Gouvernet dans la place. II fît choix des conseillers Baroet Fiquel et avec eux il descendit à Montélimar. Savasse s'estoit jette dans le chasteau et estoit plus irrité qu'épouvanté de leur arrivée, il fît pointer son canon contre la Tour Saint Martin oii Gouvernet avoit mis quelques soldats pour la garder. Il les somma d'en sortir, et il les y força, si bien qu'il se rendit maistre delà ville et le président pour ne commettre pas l'authorité du Roy jugea qu'il luy estoit expédiant d'en sortir, puisqu'il n'y pouvoit estre avec honneur ny en seureté. Il envoya à la cour son procez verbal (i), et le Roy fut autant satisfait de sa conduitte qu'indigné de

gnon d'armes de Monlbrun el de LesdiguiËres, naquit en i543, à Gouvernet (Drôme). Le i3 juin ib'ji, il contribua à la défaite des Suisses au pont d'Oreille , pl-ès dii village de Moliëres. Après le supplice de Montlirun, il se rallia l'un des premiers à Lesdiguières. En i bjq, ce dernier l'envoya, avec i,ooo tiommes de pied, dans le marquisat de Saluces au secours du maréchal de Betlegarde. En 1 385, il prit part au siège de Montélimar par Lesdiguières. En iSgi, il servit en Savoie, en Piémont et en Provence ; uni à La Valette, il battit les Savoisiens i Vinon, le i8 déc. — Rochas , Biog. du Dauph. , t. ii , pp. 33-34- ~ 3.-D. Long, la Réforme, etc., p. 345.

(i) Voir au sujet des démêlés de Gouvernet et du Poai le Procèsverbal que Prunier adressa eu Roi : ce document fort intéressant est reproduit dans toute s« teneur à la fin de cet ouvrage. Correspondance inéd. de Prunier, n' 3. Le litre en est ainsi conçu : t Extrait du procès-verbal de Messeigneurs Arthur Prunier, seigneur de Sainct-Aridré, segond président en la cour de parlement de Dauphiné, et de Gaspard Baro et Jehan Figuel, conseillers du Roy en ladicte cour, >

V. en outre les Lettres de Prunier au Roi et au chancelier de Bellièvre : Corresp. inéd., n" 4 et 5.

— i5i cellede Savasse {il. Il fallut prendre d'autres mesures avec cellov-cy. Du Puv, exempt de gardes, luy fut mandé, et il n'osa pas refuser de luy rendre le chasteau qu'il luy demanda de la part du Roy. Sa prompte obéissance lui fut une justification. Lesdiguières l'excusa, et en reconnut assez qu'il n'avoit pas eu intention de désobéir au Roy, mais seulement de ne céder pas à Gouverner, à qui néantmoins la place fut remise incontinent après.

Jean de la Rochecoheu, gentilhomme de Touraine, d'un mérite peu commun, et parent de Saint-André, venoit de mettre fin à ses grands voyages. Il avoit vu l'Italie, l'Aliemagne, la Bohème, la Hongrie, la Flandre, la Lorraine, l'Angleterre, et presque tout ce qu'il y a de noble et de remarquable dans l'Europe chrestienne. Il considéroit Saint- André comme celluy de qui il attendoit un establissement stable et dignede luy,car il avoitde l'érudition etde louables qualitez d'esprit aussy bien que de la naissance. Guillautne

(i) Marcel-Blain (Louis de), baron du Poet-Célard, seigneur de Barry, Mornans, Saou et Châteauneuf-de-Maienc , fut l'un des plus braves capitaines protestants pendant nos guerres de religion. Il appartenait à une fcmille de Marsanne, anoblie par Louii XI en 1473, dont le nom primitif était Marcel. Son pèle, Pierre de Marcel, ayant épousé une Marguerite Blain, ajouta ce dernier nom au sien. Le 2 5 aoili [58&, il se trouva au siège de Montélimar, sous lesdiguières, qui lui en donna le commandenrient. Attaché à la fortune de ce dernier dont il était l'un des plus chers lieutenants, Du Poéi avait embrassé comme lui le parti de Henri IV contre les ligueurs. Il fut tué en 1 ^98 dans un duel par son ami Gouvernet M. le pasteur Arnaud a trouvé aux archives de la ville de Montélimar une piËce fort importante qui lui a permis de fixer exactement la date de ce triste combat. Marc Vulson de la Colorabière place ce fameux due! sous Henri 111 , Videl peu après la guerre de Savoie. M, A. Rochas, dans son remarquable ouvrage, a commis aussi une erreur sur la postérité de Du Poél, M. Arinud la relCve. < Du Poâl, nous dit-il , ne laissa point d'enfant. Il était marié avec Jeanne d'AUlan, veuve de Louis de Bologne, et son héritier fut son neveu , Louis de Marcel de Blain du Po&U • — Bulletin d'Arch. de la Drame, Duel de Gouvernet, etc., pp. 403-409. — Rochas, Biog. du Daupk; 1. 11, pp. : 14-115. — J.-D, Long, la Réforme, etc-, y. 146.

DigmzcdbyGoOgle

de Rochecoheu, seigneur de Trezais, et Marie de Prunier cstoient ses aveux. C'est pourquoy en demandant â Saint- André son amitié, il luy demanda son avis sur le genre de vie qu'il avo'T à choisir. Le sentiment de Saint-André fut que rien ne l'obligeant à changer de pays, il estoit à préférer celluy de sa naissance à tout autre. Mais Satnt-André passa du conseil au bienfait. Il luy procura par ses sollicitations auprez du chancelier, l'abbaye de Saint Volusien de Foix qui vaut dix huit mille livres de revenu, chaque année.

L'amour des voyages dans les esprits vulgaires est une maladie, dans les autres, elle est une vertu. Geste passion avoic conduit en France deux illustres estrangers.C'estoïent Servatius de Richcl et Crespin Guerrucius : celluy-la estoit de Silésie, et celluy-cy de Prusse. Ils passèrent une partie de l'automne et de l'hyver de ceste année à Grenoble ob ils firent une scijneuse recherche des Dauphins. Mais ils s'appliquèrent principallement à celle des armoiries des familles nobles. I^ secours du président avec qui ils eurent de fréquentes conversations leur fut utile et mesme nécessaire. Il les estimoit beaucoup. Aussy quand ils partirent il leur en laissa, dans leur Pappembuck, un excellent tesmoignage. Ce fut un éloge en latin, semé de passages hébreux (i) et grecs, oti il parloit du père de l'un et de l'oncle de l'autre comme dedeux hommes célèbres. Il lesrecommanda.àleur départ pour Paris, au chancelier ctà Virîeu, son fils, désirant que par leur moyen il leur fût permis de voir la bibliothèque du cardinal de Bourbon, qu'il avoit veUe à Gaillon l'an mille cinq cent quatre vingt seze. Elle estoit la plus

< 1 > Au ivi» aiÈde, on avait l'hébreu en haute eslime : cela tenait au rôle important que les écuditt attribuaient à cette langue. L'eciEclgnc ■ ment retifiail ces idées. Le collège de France, fondé par François 1<' en 1 329, portait alors le nom de collège desliois langues, parce qu'on y enseignait l'hébreu, le grec et le latin. — Chéruel, Die. hist. des înst. delà Frtnce, 1. 1, p. 171.

DigmzcdbyGoOgle

- r53 " riche et la plus abondante en bons livres qui fût dans la monarchie.

Virieu estoit en froideur avec Quais,mais il estoitpar&itte. ment bien avec le vaillant Fontaines. Celluy-cy estoit son cousin germain, qu'il perdît malheureusement le troisiesme du mois de janvier de l'an mille six cent deux. Ils avoient couché ensemble la nuit qui précéda cet accident. Le sujet de sa querelle avec Villemor, gentilhomme des gardes du Roy, n'avoit pas éclatté, et Virîeu n'en peut rien pressentir. Il savoit envisager les périls sans émotion. Il n'y avoit pas de plus brave, ny de plus hardy que Fontaines, mais il n'y avoit pas aussy de plus froid, ny de plus modéré. Les vrais vaillans aj ment mieux se faireaymer que se faire craindre. Il n'avoit jamais fait de combat dont il n'eût eu l'avantage, et auquel il n'eût esté appelle, si peu il estoit inquiet et querelleux. Le mois de juillet précédant un gentilhomme savoisien l'ayant voulu voir l'espée à la main, il luy en avoitcousté la vie. Ce combat avoit augmenté la réputation de vaillant et de généreux, qu'il s'estoit desjâ acquise par d'au très. Ce fut une perte à sa parenté et à sa patrie Aussy le président ne put si bien contenir sa duuleur qu'il ne parut qu'il en estoit touché extraordinaire ment, et autant qu'il pouvoit l'estre.

Ses longs et signalez services luy avoient fait espérer d'obtenir pour Virieu un office de conseiller gratuitement *t ils le roéritoient. Le Roy estant à Dieppe, l'an mille cinq cent quatre vingt et treze, le luy avoit promis par la bouche deRevol(i), secrétaire d'Estat. Les conseillers Baillyet

(i) Revol(Loui» de), né iErsi53i, eut d'abord plusieurs emplois souB différent» secrétaires d'Étal. En i586, il fut nommé inlendant de l'armée de Provence, sous le duc d'ÉFcrnon. Pendant les États de Blois, Henri 111 ayant résolu de se défaire du duc de Guise , renvoya aon minislËre, et donna à Revol la charge de secrétaire d'État au département de la guerre (:5 sept. tStJS). Il eut aussi la confiance de

DigmzcdbyGoOgle

- ,54 - Thomé estans morts, sans avoir résigné leurs oftices, ils estoient dans les parties casuelles. 11 demanda celluy de Bailly et le Roy le gratifia de la plus grande partie de la finance. Elle Fut modérée à deux mille escus. Virieu en fut pourvu et le XXVIII du mois d'avril (i) il y fut installé

Le célèbre arrest par lequel on prétendoit avoir mis an à tous les différens des trois ordres de la province fut rendu le XV de ce mesme mois au conseil du Roy.Pierre Mathieu l'a inséré dans le quatriesme livre de l'histoire du règne de Henry IV. Il avoit donné atteinte à la noblesse de bien d'honnestes gens qui l'avoient méritée, et il occasionna Saint-André de Faire agir pour plusieurs son inclination bienfaisante. Il les recommanda fortement au chancelier comme il fit encore pour le médecin Saporta, l'un des professeurs de l'université de Montpellier. Le président de Hautefort, ayant esté envoyé l'an mille cinq cent soixante treze, par le Roy Charles IX à Montpel'ier comme chef de la justice, y fit un séjour d'une année, et Saporta, père de celluy-là, luy avoit rendu avec soin et assiduité tous les services dont son art estoit capable. Geste considération et celle de son âge, fortifiée par la priâre de Saint-André, le firent décharger de l'obligation de faire des leçons publiques.

Saint-André recevmt avec plaisir toutes les occasions qui se présentoient à luy de faire plaisir, et mesmes service aux gens de lettres FougeroIIes estant allé d Paris vers la fin du

Henri IV qui le conserva dans ses fonctions. Il mourut à Paris le 24 eept. 1 594. — Rochas, Biog. du Daupk , (. 11 — J.-D. Long , la Réforme, etc., p. a54.

( [ ] Laurent Prunier de Saint-Andrf (appela Virieu du vivant de son pire), docteur en droit, avocat en la Cour, fut nommé conseiller au Parlement par lettres de Paris en date du 6 avril i6oi, en remplamenl de Pierre de héméry, décédé, reçu le 1 7 du m£me mois, et plus tard nommé président à la Cour en 1616. — Pilot de Thorey, Invent-

DigmzcdbyGoOgle

— i55 mois de février, il avoit ordonné à Virieu de loy rendre toute l'assistance qu'il pourrait. Il avoit esté son précepteur et Saint-André qui faisoit cas de son érudition n'avoit d'autre médecin que luy pour sa famille. Il le distinguoit ainsy et c*estoit un terrible chagrin à Claude de Villeneuve ([ )qui avoit dans ceste profession tout l'honneur et tout l'employ que l'on y peut avoir, Saînr-André avoit des amis, et des affaires dans Lyon qui faisoient que ses pensées, sans qu'il le leur permît, y alloient souvent d'ellesmesœes. Enfin il les y suivit et il y iît un voyage à la iin du mois de juin. Un des principaux amis qu'il y eut, estoit Henry, seigneur de la Saie qui avoit épousé une des filles d'Antoine de Bellîévre. Mais entre ceux avec qui il avoit le plus de correspondance pour ses affaires, ceux qu'il considéroit le plus, estoient Poculot (2\commisïaire des guerres, et Pecou. Il avoit procuré à Poculot, l'an mille six cent, Peschevinage qui dans ceste ville est un tiltre légitime de noblesse, et depuis il moyenna par soncréditquele premier rang qui est la prévosté des marchands en fût donné Pan MDCIV à Artus Henry de la Sale, son filleul. Un amy qui ne veut servir à rien ne diffère pas d'un ennemy qui ne veut ou ne sait pas nuire.

(i) PluiAi Louis de Villeneuve - G. Allerd, La BibUoth. deDauph., p. 117. — Rochas, Biog. du Dauph., x. 11, p. 479. — J.-D. Long, La Ri/orme, p. 166.

(i) Eustache Poculot, issu d'une hmille lyonnaise, fut maître en la chambre des comptes de Grenoble au xvii* siècle. Claude Poculoi, épicier en 1 ^79. fut cons^Uer de ville en i583, 88 et 90. Maurice Poculot leful également ^n 1600, Ses héritiers requirent un certificat de son échevinage pour jouir du privilège de noblesse, le 23 novembre i6ï3. — R. de La Bfttie, Arm. de Dauph.,p. 5ît.

DigmzcdbyGoOgle

Le chancelier de Bellièvre demande à Prunier son portrait ainsi que celui de sa femme. — Question de prés&nce soulevée entre Saint- André et Saint-Jullien, premier président de la Ctiambre des Comptes. —Leur réconciliation. —Il nuvembrc 160I, le premier président Rabot d'illins meurt — Il envoie Virieu au roi. — Le 17 novembre, avant l'arrivée de son fila i Paris, Prunier Saint-André est nommé premier président au parlement de Grenoble. — Le 16 du même mois. il est installé par le président François de Pustier et le conseiller Aimar de Virieu. — Lesdiguières le fiflicite. — Maugtron lui écrit à cette occasion. — Prunier demande un congé au Parlement pour ae rendre à Paris et prêter serment entre les mains du roi.

Les premiers jours de l'année mille six cent trois promirent au président qu'elle luy serait heureuse. Le chancelier désira d'avoir son portrait et celluy de sa femme et il les luy fitdemander par la sienne. Il ne leur refusa pas ceste satisfoction qu'Agésilas ne voulut jamais donner à sesamis. Dez lors il pensoit marier Virieu à une des filles du chancelier. Il y avoit entre le chancelier et luy une si parfaite conformité de mœurs que si l'un estoit un Caton le Censeur, l'autre estoit un Aristide le Juste Ce n'estoit pas l'espérance d'une riche dot qui luy persuadoit ce dessein, mais l'avantage qu'il prévoyoit pour sa postérité, si pour se la faire, il mesloit avec son sang celluy du grand Pompone (i). Cest

(1) Pomponne de BelliËvre, seigneur de Grignon, fils de Claude de BelliÈvre, premier président au parlement de Grenoble, et de Louise

DigmzcdbyGoOgle

- ,57homme si célèbre avoît desjà marié deux de ses filles, et il n'ayoit donné pour dot à chascune que vingt deux mille livres. Le nom de leur père y ajoustoit pour la gloire cequi y manquoit pour l'intérest.

Une fâcheuse occasion acheva de déterminer le président. Les affaires de la province ayant obligé Lesdiguières, lieutenant de Roy, d'assembler chez soy, en forme de conseil, ceux qu'il avoit coustume d'y appeller, le président y fut invité. L'archevesque d'Ambrun et le premier président l'estant venu prendre chez luy, il les y accompagna, et Lesdiguières le plaça immédiatement après le premier président : c'estoit sa séance ordinaire qui ne luy avoit jamais esté contestée. Néantmoins Saint JuUien, premier président de la Chambre des Comptes, et créature de Lesdiguières estant survenu, ne laissa pas de luy dire qu'il occupoit sa place et de faire instance qu'il la luy vuidât. Saint-André qui estoit toujours à soy ny ne s'émut, ny ne se troubla et défendit son poste avec tant de fermeté et de prudence, que Saint JuUien n'eut pas sujet d'estre satis&it de son entreprise. Saint-André qui avoit eu tout l'avantage tesmoigna de la prendre pour une insulte(tj et dépescha en mesme temps son fils à la Cour.

Faje d'Espesses, était né à Lyon en 1629. Il fut (uccessivement con- MÎUer au Sénat de Cbarabéry, pendant l'occupation trançaiee, lieutenant général au bailliage de Vermandois en i56i, chargé de plusieun ■mbauadea par Charles IX, président au prés:dial de Lyon en i S69, conseiller d'Êlat en 1 570, surintendant des finances en tbyb, président au parlemeni de Paris en i i-j6, chargé de plusieurs ambassades et négociations importantes sous les règnes de Henri 111 et de Henri IV, l'un des représentants de la France à Venins, enfin chancelier de France le 2 août 1 bqg. Itquina les sceaux en tSo5, et mourut à Paris le 9 septembre 1607. — B. de Xivrey, Lettres missives , t. 1 , p. 1 84. — Sauzet, le chancelier de Bellièvre, Lyon, 1 876.

(1) V. à ce sujet la longue et curieuse leltrede Prun'er, adressée, le 14 août i6o3, BU chancelier de Bellièvre. ■— Corresp. inéd. de Prunier, n«6.

DigmzcdbyGoOgle

— i58 — La cause véritable fut le mariage dont il s'estoit des)â ouvert à lachancelliëre et à d'Espesses, et le prétexte apparent, mais non véritable, fut ce trouble qui avoit si mal réussy pour son autheur. Qui attaque son ennemy dans son fort, et est repous:.é, l'y affermit. Lesdiguiéres ne s'estoit déclarény pour l'un, ny pour l'autre, mais il n'y avoit pas moyen de douter qu'il ne fût plusà Saint Julien quiestoit toutà luy. Néantmoins on se rajusta, et il n'y eut pas depuis de plussyncère amitié que leur amitié réciproque. La négotiation du mariage ayant heureusement commancé, Virieu partit de Paris pour en rendre compte au président qui estoit à Romans, et presque en mesme temps une violente maladie attaque le premier président d'Illins. Il estoit alors à la Buisse et le médecin Villeneuve y ayant esté appelle jugea qu'elle n'estoit pas à craindre. Virieu estant à Paris avoit rendu les respects du président, son père, au prince d'Orenge, frère du fameux comte Maurice. Le président à qui le prince avoit envoyé Ulysse Isnard, avocat au parlement d Orenge,pourune évocation qu'il avoit obtenue contre le comte de la Chambre, l'y avoit servy et luy avoit offert par Isnard tout ce qui dépendroit de ses soins. Le prince luy en tesmoignasa reconnaissance et accepta comme il parle par la lettre qu'il luy escrivit t l'offre qu'il luy avoit faitte de son amitié • Cependant Illins mourut (i). Ce fut l'onziesme du mois de novembre.

(0 Ennemond Rabot, docteur en droit, avait Été reçu Gon«eiUer«u parlement de Grenoble avec dispense de parenté (son pire Laurent Rabot étant conseiller i la même Cour), le 8 août 1 570. Il avait remplacé Guy du Vache. Le ao octobre 1584, il fut chargé par commission de l'office de premier président , et nommé l'année suivante à ce poste. Ennemond Rabot, sieur d'Illins, avait épousé Anne de Bellièvre, tille de Jean de Bellièvre, premier président au parlement de Dauphiné, et de Madeleine de Prunier. Cette dernière était sœur d'Arlus 11 de Prunier. Ennemond Rabot assista à l'assemblée des notables en ib^S. ~- Pilot de Thorey, Inv. som., t. 11. — Guy Allant , Dict. de Dauph., V Estais. — H. Gariel, Dtipkmalia, ta vie de Jean Rabot.

DigitizcdbyGoOgle

- ,59 - Saint-André avoit plus de droit que nul autre, par ses services, par sa capacité, et par son expérïance sur ceste éminente charge. Néantmoins il sembla l'abandonner. Il pensa plustost à ce qu'il devoit à la mémoire de ce grand magistrat qu'à ce qu'il se devoit à luy-mesme. FI assista à ses obsèques, et luy rendit fort religieusement les derniers devoirs. Après il écouta et suivit les conseils de ses proches et de ses amis, et il dépescha Virieu au Roy, ne voulant pas qu'il luy fut reproché de s'estre manqué à soy-mesme dans une occasion si importante et si éclatante Virieu ne partit que le quatorziesme de ce mesme mois. Un autre plus dili. gent avoit pris le devant. Un des conseillers s'estoit hasté à donner le premier avis au Roy de la mort d'Illins, et de ses amis avoient demandé pour luy ceste charge vacante L'oubli que Saint-André montroit d'avoir de ses intérêts réveilla dans l'ame du Roy le souvenir de ce qu'il devoît à ses grands services. Il le nomma pour remplir ceste illustre place et commanda à Bellièvre d'en expédier les lettres et de les luy &ire promptemcnt tenir. Elles le furent leXVIIpar la diligence de Forget du Fresne, secrétaire d'Estat et amy très particulier deSaini-André (i). Tellement quelles luy furent rendues avant que Virieu fût arrivé Quelles actions de grâces ne méritoient pas et le don, et la manière obligeante de le faire? Virieu en rendit au Roy et s'acquitta fort bien de ce devoir. D'abord que Saint-André eut receu

(i> AnhiH Prunier de Saint-Andrf, conseiller du roi en ses conseils d'Ètal et privé, fut nommé premier président par lettres de Fontainebleau, en dote du 1 7 nov. 1 Go3, et reçu le 16 du même mois. — PiJot de Thorey, In.: tom., t. u.

u Le ly" de novembre 160Î, il fut pourveu de la charge de premier président au parlement de Grenoble. Pilhon ajouie au même endroit que je viens de citer {Hhl. d'Aix, liv. vi, chap. V), que le chancelier de Bellièvre luy écrivit que le Roy luy avoit donné celte charge, sans qu'il l'en eût prié ou fut prier par aucun de ses ami». ■> — G. Allard, Dkl. de Dauph., t. 11, V Prunier.

DigmzcdbyGoOgle

- i6o ses provisions il n'y eut dans le Parlement qu*un seul qui n'en fut pas satisfait, mais il n'y eut personne qui ne tesmoignàt derestre.Saini-Andrd fut receu par arrest du XXVI» de ce mesme mois (i , et instalé le mesme jour, par le président François Fustier (a), et le conseiller Aimar de Virieu(3) Deux officiers de la Chambre desComptes assistèrent à ceste solennité : ce furent le président Macéde Basemont, et l'auditeur Charles de Velheu (4). Lesdiguières y assista aussy, et tout le monde se félicita de cet honneur qui estoit venu chercher Saint-André, la science et la vertu.

Il seut que Belliàvre, Villeroy (5), Rosny qui fut depuis duc de Sully, et Forget du Fresne avoient lolié le Roy de sa justice quand il leur avoit proposé le choix qu'il vouloit faire Cestoit un bon office qu'ils luy avoient rendu. Il les en remercia et les attacha plus étroitement à ses intérêts. Mais il ne leur devoit rien parce qu'il devoit tout au Roy. Ils n'avoient contribué à son élévation qu'en ne s'y opposant point. Pour luy rendre d'une maciëre plus respectueuse les actions degracequ'ildevoità ceste grâce royalle,

(0 V. la lettre de Prunier du 16 nov. i6o3 au chancelier de Bellièvre : il le remercie vivement, lui raconte sa réception et lui annonce sa réconciliation avec Saint-Jullien. — Corresp. inid. de Prunier , n" 8.

(2) Claude Fustier vint se fixer en Dauphinë, où il fut secrétaire au parlement de Grenoble en 1 53^. François Fustier, son fils, fut président au mfme Parlement en i5g5, ex lut père d'Ennemond Fustier qui ne laissa que deux filles. — R. de La Bâtie, Armoriai, p. 247.

(3) Aymard de Virieu. auteur d'une branche de ta famille chevaleresque de ce nom, dite Virieu-Pointiires, nomma conseiller le 3o ocl- 1 571, résigna cette charge en faveur de Jacques, son fils, l'an tôog.

(4) Veilhcu ou Velhieu, famille originaire de Curson au bailliage de Saint-Maicellin, anoblie par Louis XI.— (Isère, Invent, sont., B, 17*0).

(5) VilUeroi (Nicolas de Neufville, seigneur de.', ministre sous quatre rois, né en 1 54s, passa, dès l'âge de iti ans, pour un habile polit'que. Il devint secrétaire d'État en 1 5f>7, mais il fut destitué en i SUS comme partisan des Guises. Rétabli dans sa place en 1 5g4, il travailla avec zileà pacifier le royaume. 11 mourut à Rouen en 1G17.

DigmzcdbyGoOgle

il en chargea Basemont son gendre, etVirteu,son fils Leur compliment fut une expression naïve d'une syncère reconnoissance : le Roy l'aggréa. Il y eut peu de personnes de qualité qui dans ceste occasion ne donnassent à Saint- Aodré des marques de la part qu'ils prenoient à sa satisfaction. Maugiron quin'avoit pas toujours esté bien avec luy fut des premiers. Il luy dît par une lettre qu'il luy écrivit : < qu'il se réjotiissoit avec luy du bien que le Roy « avoit fait à tous générallement, dans ceste province, de

■ s'estre souvenu de ses services et de son mérite, i Mais Belliévre rendit, pour luy, ce tesmoignageà la vérité « que € le Roy luy avoit donné ceste charge libéralement sans

■ qu'il l'en eut prié, ny fait prier par aucun de ses amis. > Le jugement que fait par son choix un prince judicieux vaut mieux pour ta gloire que les applaudissements de tout un peuple.

11 ne pouvoit ny ne devolt différer d'aller prester au Roy le serment auquel l'obligeoit sa nouvelle charge. Le chancelier l'en avoit averty ; et ce luy fut et permission et ordre de le faire. Et comme il estoit rigide observateur de la discipline du palais, il voulut encore avoir congé du Parlement, et il le demanda. Un voyage que Lesdiguières fit à Lyon retarda le sien de quelques jours, le lieutenant de Roy croyant que, pendant son absence, personne ne luy pouvoit rendre meilleur compte du gouvernement que Saint'André, qui y avoit eu tant de part durant si longtemps. Cependant Virieu salua de sa part le comte de SoissoDS (i), gouverneur générale! le prince d'Oreoge qui

(t) Cbacles de Bourbon , comte de Soietons et de Dreux , fils de Henri de Bourbon, prince de Condé, et de Françoise d'Orléans, duchesse de Longueville , sa seconde femme . ne le 3 novembre 1 566 Juit cousin germain du roi de Navarre et frète du .prince de Condé- Il fut grand midtre de France, gouverneur du Dauphiné en i6oi, et de Normandie, brigua longtempt la main de madame Catherine de

DigmzcdbyGoOgle

luy firent un accueil obligeant. Le président Saint-Julien porta son excuse au chancelier de ce qu'il n'estoit pas party aussy tost qu'il se l'estoit proposé. Saint-André, pour montrer au chancelier la vérité de sa réconciliation, luy dit par sa lettre que < Saint-Julien estoit le plus asseuré € amy qu'il estimoit d'avoir dans la province. >

Navirre, Mcouûne,di>ni il était aimé, mais vainement. Il mourut le t"' novembre i6iz. — Berger de Xivrey, Lettres ntusitws, t. ii.

b janvier 1604, Saint-André quilte Grenoble. — Accueil de la Cour. — Ses enireiiens avec le cardinul du Perron, le duc de Mayenne, Villeroy, le premier préwdeni de Harlay. Rosny, du Fresne. — Ëtablissemeot d'un collège à Vienne lenu par les jësuiles. — Incident de la (erre de Sol£rieu. — Mariage de Virieu avec Marguerite de Bel- IJèvre. — Le duc de Moyenne assiste à la noce. — Au mois de mars, Saint-André, son fils Virieu, sa femme et Basemont, gendre du président, reviennent en Dauphiné. — Ils s'arrSient au château de Virieu. — Le i3 mars , Ils font une entrée solennelle à Grenoble. — Les lettres patentes concernant le collège de Vienne sont vérifiées et enr^atréea. — Claude Aquaviva autorise les jésuites à ensûgner dans cet établissement. — La Croix Chevrières succède à Prunier dans sa charge de président. — Le Nonce reprend ses prétentions à propos de la terre de Solérieu.

Enfin il pardtde Grenoble, lecinquiesmedumoÏE de janvier deranmillesiicentquatre,et estant arrivé àlaCour,qui estoit alors à Paris, il fut bien récompensé de tout ce qu'il avoit soufiêrt en son voyage, dans une saison si fâcheuse, par l'accueil favorable qu'il receut du Roy en le saluant et par les tesmoignages d'estime dont les personnes de la première qualité l'honorèrent. Il eut divers entretiens avec le cardinal du Perron, le duc de Mayenne que l'on commançoilà appellerduc du Maine, Villeroy, le premier président

DigmzcdbyGoOgle

du Harley, Rosny (i), du Fresne, et bien d'autres. Beaumont, fils de Harley (2), qui avoil épousé la fîtie unique du président d'illins, estoit nmbassadeur en Angleterre, et sa femme avoit voulu l'y suivre, II y eut aussypeu de gens de lettres, de quelque élévation dans la république savante, de qui il ne fut veu, et que mesme il n'honora de ses visites.

Il aymoît l'ordre des jésuites dont l'institut ne tend qu'à perfectionner les mœurs par les lettres et â corriger les lettres par les bonnes mœurs. Les sciences, sans les bonnes mœurs, ne font que du mal, et les bonnes mœurs sans les sciences ne font jamais tout le bien dont elles sont capables, 11 y avoit longtemps qu'il s'estoit proposé l*establissement de deux collèges de cet ordre dans la province, l'un à Vienne et l'autre à Ambnin. Pour celluy de Vienne,

(1) Sully (Maiiœilien de Bjthune, duc de}, l'un des grands ministres qui aient gouverné ta France, né à Rosny, en i36d. En 1596, il entra au conseil des finances, et devint bientôt surintendant; il eut encore la charge de grand-maître de l'artillerie et des rortificationa. Baron de Rosny, il fut créé duc de Sully, en 1606. U reçut de Louis XllI, en 1634, le bâton de maréchal et mourut dans sa terre de Viilebon, en 1641. — M. Perrens, mémoire critique sur l'auteur et la composition des CEconomies royales , Acad. des se. mor. et polit., sy année, 5* S. t. î5'. — Réf. des Quest.hist.,\. xv, p. î35.

(î) Achille de Karlay, comte de Peaumont , fiU aîné de Christophe de Harlay et de Catherine du Val, né le 7 mars i536 , mourut le a 3 octobre 1616, après une si belle carrière de magistrat qu'elle a placé son nom au premier rang dans l'histoire. D'abord conseiller au Parlement de Paris, il devint président à mortier sut la démission de ■on pire, en 1 S72, fut la mâme année conseiller d'État , et obtint la dignité de premier président, en i bit, à la mort du premier président de Thou, son beau-père. Sa femme, Catherine de Thou , était la s(Bur du célèbre historien. Son fils unique Christophe de Herby, resta ambassadeur en Angleterre jusqu'en 1607. — B. de Xivrey, Lettres missivts,l. ly, p- 554- — L'Hermite-Souliers et Blanchard, Les Éloges des prenùert présidents du Parlement de Paris, p. jj. — E. Le Boucher, A. de Harlay. Orléans, i865.

DigmzcdbyGoOgle

Hierosme de Villsrs, son archevesque, Pierre de Boissat Vibaîllif, et lieutenant général, Hierosme Vignon, lieutenant particulier en ce m esme bailliage, MelchiordeFtllon, juge royal, Hugues de Salles, jugearchiespiscopal, Antoine David, célèbre jurisconsulte, et Jean Marquis, médecin, et l'un des plus savans hommes de son âge, concouroient avec mesme esprit et mesme zele à une œuvre si louable et si utile. Il demanda la permission de faire cest establissement après en avoir conféré avec le vertueux et éloquent pare Cotton, et le Roy la luy accorda. Le Parlement eut besoin de son secours et des sollicitations de Virieu auprès des ministres. Ils ne négligèrent pas ceste occasion.

Les officiers du pape dans le comté Venessîn s'estoient imaginez que la souveraineté de la terre de Solérîeu dépendoit de ce comté, quoy que le Roy en fût en possesion et que mesmes celle de tout le comté soit us droiî indubitable de la couronne (i). D'ailleurs les territoires de Piles et de Rochegude estoient possédez par indivis, ce qui produisoit plusieurs désordres. Le vicelégat s'en plaignoit et le Roy avoit ordonné au Parlement d'y pourvoir, comme la justice et la raison le permettroient. Mais cestecommission estoit demeurée sans efTet, et le Parlement en demandoit une nouvelle qui eut plus d'estendue. Les souverainetés n'ont jamais de petits intérêts. Saint-André n'espargna pas ses soins, ny Virieu ses pas. Mais la chose fut portée à tant de longueur qu'ils ne peurent la voir consommée. Le mariage de Virieu avec Marguerite de Bellièvre le fut alors, le Roy

(i) Venaitsin (Conitat). Ce pays ptua aux comtes d'Arles en 1054, et à ceux de Toulouie en 1 1 2&. U fiit enkvé à ce» derniers par les Croisas qui combattirent les Albigeois (1 226) , mais il revint peu à près à Raymond VII, comle de Toulouse, et fut poné par sa fille au prince Alphonse, frire de Louis IX (1237), Philippe le Hardi s'en empara en ] 27 1 à la mort d'Alphonse, puis le céda au pape Grégoire X eniî74.

DigmzcdbyGoOgle

- i66 — l'ayant agréé et le chancelier tesmoigna qu'il en estoit infiniment satisfit.

Geste vertueuse fille apporta à son mary une dot d'un prix infiny . une pudeur incomparable, toutes les vertus de son sexe, et la gloire de son père. Le président n'en avoit pas désiré d'autre : aussy, il ne luy fut donné que huit mille escus. Si la femme n'est pas elle-mesme un trésor, sa dot n'est rien, quelque riche qu'elle soit. Le duc de Mayenne voulut honorer ceste feste de sa présence : il fut présent au contrat, il assista au festin et dansa au bal. N'y ayant plus rien qui arresta Saint-André, il prit congé du Roy , receut ses commandemens et se mit en chemin pour le retour au commancement du mois de mars, avec son fils, sa belle fille et Basemont, son gendre. Ils ne vinrent pas en droiture à Grenoble , ils firent quelque séjour à 'Virieu pour se délasser. Leur entrée dans ceste ville fut honorée d'une pompe solennelle. Ce fut le xxiii du mois de mars. Les consuls et les officiers de la maison de ville, suivis des plus notables habitans à cheval, leur allèrent à la rencontre jusques au Fontenil où le premier président et les nouveaux mariez furent complimentez. Il fut aussy planté un grand arbre à l'entrée de la maison du président auquel les armes de Prunier et de Bellièvre furent appendûes. C'estoit toute la magnificence de ce temps-là dans ces occasions. L'expression de la joyc publique est plus fidellc, quand elle se fait par les mouvemens naturels du cœur, que lorsqu'elle ne s'explique que par l'artifice du pinceau dans les peintures, dans les emblèmes, et dans les devises qui forment le corps d'un dessin convenable au au sujet. La première occupation du président, après avoir satis&it aux devoirs de ceste honnesteté civile qui fait perdre inutilement tant de bonnes heures, fut la vérification et l'enregistrement des lettres patentes qui accordoient un collège à la ville de Vienne.

Il en donna avis au provincial des jésuites qui estoit alors Cbristophle Baltazar, et ensuitte les consuls.de ceste

DigmzcdbyGoOgle

ville traînèrent avec luy et avec Micbel Coissard, Claude Aquaviva, général de cet ordre, leur en ayant donné le pouvoir. Coissard estoit recteur du collège de Lyon. De manière que la ville de Vienne est redevable â Saint-André de cet establiseement qui est ce qu'elle a aujourd'hui de plus noble et de plus utile : ce collège est son bienbit. Avant qu'il partît pour Paris, il avoit désiré que Chevrières la Croix luy succédât en la charge dé président qu'il laissoit vuide : il l'avoit mestne déclaré conâdemment au chancelier (i). Ce fut presque en ce mesme temps que la chose se fît comme il la souhaittoit. Lorsqu'il fut mis à la teste du parlement de Provance qui siégeoil à Sisteron, le bruit se répandit partout qu'entrant dans ceste première dignité, il avoit r^igné la sienne à Chevrières. C'estoit un prognostique de ce qui devoit un jour arriver.

Une grande charge n'est qu'une servitude éclatante, lorsqu'on veut s'en bien acquitter. Le président commança d'estre tout à son devoir ,Ia source des adirés ne tarissant jamais. Et d'ailleurs il s'en faisoit continuellement luy-mesme dans le désir qui te dominoit d'estre utile à tout le monde. Il s'employa auprès du comte de Soissons et du chancelier pour la Motte Verdeyer, de la maison de Morges. 11 tacha de luy obtenir la charge de baillif de Viennois qui estoît alors vacante par la mort du comte de Montlor, et il l'auroit obtenue sans de secrets engagemens.

Le nonce qui estoit â la cour avoit repris ses poursuittes concernant Solérteu (ï). Piles et Rochegudes, pour le vicelégat d'Avignon, qui prétendoit faire bien sa cour à Rome, par ce tesmoignage de son zèle. Le Roy donna au président plein pouvoir • de faire en cella ce qu'il reconnoistroit c estre de son service, de quoy » luy dit-il par la lettre de

(i> V. Corrtip. iiiéd. dt Fruitier: lettre du 36 novembre i6o3,n> 7. (1) V.G.MlardtDict.deDaupk., V Sotëneu, 16114,

DigmzcdbyGoOgle

cachet, qui luy fut mandée, • ilseremettoitdu toutàluy. ■ Forget du Fresne luy expliqua plus clairement et plus particulièrement l'intention du Roy « à qui il estoit indifférant > que ceste aâàîre s'accommodât ou qu'elle demeurât en lestât où elle se trouToit. Mais il ajousta « qu'il estoit ■ bien asseuré que le Roy trouveroit bon tout ce que féroit « le président. > Donc on en demeura aux préliminaires comme depuis on a toujours fait. On ne £sît jamais mieux dans ces rencontres que quand on ne ^t rien.

DigmzcdbyGoOgle

Chatillon, fils de Saint-Jean Thodui e, fpouKcla plus jeune des filles du président Prunier. — Claude Bros&e : les conclusions des Étate ■ont portées au conseil du roi.— Le Parlement députe le conseiller Baro au roi Henri EV. — Édit des bagues ou édit de la reine. — L'édii est enregistré après plusieurs )ussîoni. — Mort du jiige Ser< fier : sa fille est mise à l'abbaye de Saint-Just. — Trois édils nouveaui^sont présentés concernant l'éiBblisseinent des greffes, des iniinuaUons, les olËces de marqueurs de cuirs et la réunion des relais aux postes. — La vérification de ce dernier est refusée. — Claude Brosse poursuit au conseil la vérification et la réduction des dettes des communautés villageoises.

Le soin des affaires publiques ne remplissoit pas tout l'esprit du président. Il ne iuy faisoit ny oublier, ny négliger celluy qu'il devoit à sa famille. Chastillon, lîls de Saint- Jean Tbodure, de la maison de Moatchenu(i), recherchoit celle de ses filles qui se trouvoil alors nubile Le mariage en fut proposé, conclu et célébré presque en un mesme temps. C'estoit une alliance illustre.

(1) Monicbenu est une ancienne et puissante famille qui, dès le commencement du xii* siècle, tenait dé)à un rang considérable en Dauphiné. ~ Rochas, Biog. du Daupk. , t 11 , p. 1^6. — R. de La Bfltie, Armoriai.

DigmzcdbyGoOgle

— I70 - Une nouveauté que Claude Brosse (i), syndic des communautez villageoises de la province, vouloit introduire rappella bien tost le président à d'autres pensées. Les conclusions des Estats avoient tousjours esté rapportées au Parlement pour y estre veûes et examinées, mais celles des derniers Estats, sans passer par ce canal, «voient esté portées au conseil du Roy à la sollicitation de Brosse que le chancelier estimoit comme un homme qui se sacrifioit pour le bien public à la haine des puissances. Le Parlement ne voulant pas souffrir ceste violence, qui estoit faitte à l'ancien usage, députa le conseiller Baro au Roy pour s'en plaindre. Le président n'approuvoit pas ce recours. C'estoil son avis que ion attendit des prochains Estats qui dévoient se tenir à Valence, le remède de ce mal. Mais les plus ardens l'avoient emporté sur les plus judicieux. Le chancelier ne s'esloigna pas du sentiment de Saint-André. La response qu'il fît aux lettres du Parlement fut celle-cy. c il y a ■ longtemps que je n'ay oui nouvelle qui m'ait donné plus « de peine que celle par laquelle j'ay entendu le diff^ent t du Parlement avec le pays. Cella est mal pris de chacun ( et ne voyons pas, si par vos prudences, il n'y est mis fin , c que le service du Roy puisse estre bien fait Je vous prie a de vous résoudre qu'il ne faut point playder avec ceux < auxquels vous distribuez la justice. » Ce conseil fut un arrest. Le chancelier n'ignoroit pas que l'union entre les corps est l'unique suppôt de la félicité des peuples.

(i) Brosse (Claude), tribuD populaire , est sans contredit l'un de* hommes les plus éminents que notre province th vus naître. H ou se faire le champion du tiers Aat dans ce long et mémorable procès des telles qui agita si profondément le Dauphlné pendent cent ans. D naquit vers le milieu du xvi> siècle, dans le Viennois, à Anjou, dont il devint châtelain. Il mourut vers i63g. Plus loin, au cours de cet ouvrage, nous achèverons d'esquisser cette attachante figure.— Rochas, A'ogr. du Dauph.,t. I, pp. 179-161— J. D. Long, la Ré/armt, tic-, p. a68.

DigmzcdbyGoOgle

- lyi - 11 y eut au Parlement, presque en cemesme temps, deux aflaires importantes oti la plus part des grands de l'Estat prirent part. L'une fut la vérification d'un édit qui avoit pour cause le rachat des bagues de la couronne, et l'autre l'enlèvement d'une pupille fait à son tuteur. Les bagues et les joyaux de la couronne avoient esté engagez hors de la tnonarcbie, et le Roy en avoit fait don à la Reyne. Maïs pour les retirer des maîns des engagistes, il falloit leur payer les sommes qui leur estoient deUes. On avoit creu qu'il seroit facile de les recouvrer, en mettant en ventedans les communautés, l'esemtion de collecte, de tutelle, de curatelle et d'autres charges personnelles de ceste nature.en faveur d'un ou de deux de leurs habitants, selon leur estendue, moyennant la finance qui en seroit fixée pour en estre le prix. C'est pourquoy cest édit fut appelle < l'édildes • bagues, et l'édit de la reyne. » Le Roy en recommanda la vérification et l'exécution au président. La Reyne mesme qui l'en avoit desjà prié de vive voix à Paris luyen escrivit, comme firent aussy le chancelier, le président Potier de Blanc Mesnil (i), et la comtesse de Saut, croyansluy rendre un bon office, s^ls le persuadoient. Mais il n'escoutoit que . l'intérest du Roy qu'il jugeoit ne pouvoir jamais estre oti le bien public n'est pas. Le procurent* des Estats s'y opposa, et les moyens de son opposition parurent si justes que, la chose ayant esté mise en délibération dans le Parlement, elle fut renvoyée à une autre fois. C'est de quoy Saint- André informa Blanc Mesnil, Néantmoins après plusieurs jussions, cest édit fut vérifié, et l'exécutionenfutordonnée. Plus de résistance aurait esté une désobéissance criminelle,

(i) Nicolas Potier, tdgneur de BlancTnesnil , fils aîné .de Jacques Poiier et de Franfoise Ceuîllene, dame de Gesoret. Il mourut le i-' juin 1 63â 4 quatre-vingt-quatorze ans, aprè» avoir été chancelier de France «ous la rigeoce de Mtiiede Médicia.

DigmzcdbyGoOgle

— J7a mais les Estais en détournèrent depuis l'effet par un traitté.

L'autre regardoit un intérest particulier. Le juge Servier avoit laissé, en mourant, une fille avec degrands biens. Il luy avoit luy-mesme choisy et nommé un tuteur. Quoy qu'elle fût impubère, on ne laissoit pas d'avoir pour elle des pensées de mariage. Dansceste veuë on l'avoit enlevée, et sous un préteite spécieux de piété, on l'avoit mise dans l'abbaye de Saint-Just, pour y estre élevée. Le tuteur la demandoit â l'sbbesseet c'estoit le sujet d'un procez renvoyé à ce Parlement Le prince de Condé, le duc de Montbason, l'amiral de Montmorency, et Bellegarde (i), grand escuyer de France, interposèrent leur crédit et leurs prières pour le tuteur auprez du président.

L'édit de la Reyne ne fut pas le seul qui exeriça ceste année sa sagesse et sa constance. Il en fut encore présenté trois autres au Parlement, l'un pour Testa biissement des greffes des insinuations; l'autre pour la création des offices de contrôleurs, visiteurs et marqueurs de cuirs, et le dernier pour la réunion des relais aux postes. La Varenne, à quy le Roy avoit donné les postes, estoit intéressé en celluy-cy. Il en soUicitoit ardemment la vérification qui luy fut refusée. Le président safoit appuyer un refiis légitime de raisons si solides qu'elles auroient rendu criminelle une obéissance aveugle. Le misérable estât delà province luy en fournissoit. Elle estoit accablée de debtes, et à peine commançoit-elle à respirer. La plus part avoient esté conceuës ou sans cause ou par de mauvais moyens Brosse en poursuîvoit au conseil la vérification et la réduction pour les communautez villageoises. Leur misère donnoit des

(i) Bellegarde (Roger de Saim-Luy de) . duc ei pair, grtnd écuyet de France, fut comble de (mveurg par Henri IV et Louis XIIl, et mourut en 1646, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, sans postérité. Sa liaison avec Gabrielle d'Esirées lui a seule donné quelque célébrité.

DigmzcdbyGoOgle

forces à leur cause. Mais leurs créanciers avoîent aussy de puissantes raisons pour eux. Le chancelier estoit en suspens : il ne pouvoit se résoudre de se donner tout à l'un ou î l'autre de ces partis. Saint-André n'avoii pas moins de peine à se déterminer. Le chancelier luy estala ses sentimens sur ceste controverse politique. Il luy dit par une lettre qu'il luy manda ■ qu'il ne se départoit pas des règles « auxquelles la raison et le devoir nous obligent, que la ( pauvreté exemte du payement de nos debtes, mais qu'elle c ne nous désoblige pas. Les débiteurs, ad jouste-t-il, disent

■ que la, somme qui leur est demandée est si grande qu'ils

< abandonnent tous les immeubles qu'ils possèdent, mais

■ pour cella ils ne sortiroient pas d'obligation. Cella estant,

■ c'est un fait merveilleusement extraordinaire ; et en chose

< si extraordinaire on a esté autrefois forcé à venir à des c remèdes extraordinaires, qui semblent durs à supporter. ( Mais qui voudra bien considérer le mal qu'en telles ( choses le désespoir peut apporter, la raison nous donnera c conseil qu'il ne faut pas toujours obstiner â demander ce « qui par le droit commun nous est deu. Bien souvent t ceux qui veulent avoir tout, perdent tout, b Pour conclusion, il prie le président ■ de ne point laisser passer c la tenue des Estats prochains, sans qu'il y soit pris une c bonne et finale résolution pour le service du Roy et pour

< la charité qu'il doit à sa patrie. > Voilà une excellente leçon aux politiques. On n'est jamais moins juste que quand oo veut l'estre trop.

DigmzcdbyGoOgle

ÉtkblisKiiMDt du collège d'Embrun. — Oppoiiiion des proiesunts. — Créttion à Grenoble d'une maison d'éducation dutinfe aux jeunes filles et placée soui le patronage de Sainte- Ursule. — L'exécution de redit de Nantes dans le Dauphiné est confiée à Leadiguières et au président Prunier de Saint- André, — Le capucin liltienne de Tende, ses réclamationH. — Procis entre le comte de Suse et le baron de Bressicu. — Leur projet de duel.— Le conseiller Ponnat se rend à Toulouse, il est recommandé par Prunier au maréchal d'Ornano. — Morges va à Paris afin de se justi&er auprès du roi. — ifi novembre 1604 : les États sont convoqués dans la ville de Valence.

— François Fléard, évâque de Grenoble, ne peut y assister i cause de son grand âge. — Le premier président Saint-André ouvre les Étais et prononce un savant discours. — La vérification des dettes des communautés vilbgtwises est faite, et le paiement en est atermoyé.

— L'université de Valence propose à Prunier de l'agréger à son collège : il accepte. — Qjielques-uns des différends survenus entre les trois ordres sont réglés. — Saint-André en informe le roi. — H écrit â du Vair, premier président du parlement de Provence. — Établissement de la Paulette. ^ Bellièvre fcrit au président et lui confie la peine qu'il éprouve en voyant chaque jour s'élever le pris des offices de judictture.

Les Jésuites avoient aussy esté introduits dans la ville d'Ambrun. Mais ceux des habitans qui faisoient profession de la religion P. R. s'opposoîent à l'establissement de leur collège. Le président l'avoit desjà favorisé, et pour surmonter cet empeschement on avoit besoin del'authoritédu Roy, et qu'il parlât pour l'obtenir. L'archevesque de ceste ville pria le président de s'y employer. 11 luy escrivit à cet

DigmzcdbyGoOgle

effet, et luy promit que lorsque la chose auroit réussy comme on le souhaittoit, il luy endonneroitavis, t comme <t à celluy à qui, après Dieu et le Roy, il reconnoissoit que ■ l'on avoit la principalle obligation de tout l'ouvrage. ■

Ainsy le collège de Vienne et celluy d'Ambrun sont deux grands monumens de son zèle pourla piété et deson amour pour les lettres.

Une société de filles s'estoit acquise de la réputation par leiu- piété. Elles avoient choisi sainte-Ursule pour leur patronne, quoy que de savans hommes croient qu'elle n'a point esté. Cest institut avoit commancé à Avignon et son principal object estoit l'instruction des jeunes filles à la piâé et aux lettres dontcetâgeetce sesesontcapables. Des filles dévotes de la ville de Grenoble avoient dessein de l'y establir. Quelques-unes d'elles allèrent à Avignon pour s'instruire de ses constitutions et pour en concevoir plus facilement l'esprit. Le cardinal Conti, alors vicelégat, approuva et loda leur zèle, et les renvoya satisfaites. Il les recommanda au président qui les favorisa de sa protection. Elles firent sans peinel'establissement quelles s'estoîent proposé. Et depuis ce temps-là le vicelégat eut sujet d'avouer, en plusieurs occasions, que le président répondoit dignement à tous les devoirs de la vie civile, et qu'il n'y avoit pas d'homme de sa qualité qui seut mieux en quoy ils consistoient. Ceut qui regardent la religion sont les premiers ou en sont les fondemens.

L'édit de Nantes avoit donné à la prétendue réformée, en faveur descatholiques, des bornes qu'elle n'avoit pas. Maïs le zèle inconsidéré n'en avoit point. L'exécution de cet édit, dansle Dauphîné, avoit esté commise à Lesdiguières et au président, et c'estoit de leur devoir de remédier aux désordres et de réprimer les abus. 11 leur venoit des plaintes Mquentesdu hautDauphiné. Estienne de Tende (i), ca-

(i> V. Corrtsp. inid. de Prunier, n* i

DigmzcdbyGoOgle

pucin zélé et savant, et un prêtre séculier y estoientceux qui y ^isolent le plus de bruit. Le premier avoit Chasteau Dauphin et la vallée de Progella pour son département comme missionnaire, et l'autre avoit sa résidence à Briançon. Ils bastoient continuellement les oreilles du président de leurs plaintes et de leurs cris contre les contraventions dont ils accusoient les prétendus réformez. Lesdiguiéres ne les repoussoit que par des preuves contrairesqui résultoient des procédures des juges et des officiers des lieux. Le zélé qui dégénère en passion n'escoute rien et ne voit rien de ce qui ne le flatte pas. Le président, sage politique dissimuloit. Il les contentoït parsesresponsesquineleurrefusoient rien dans ceste incertitude. Ceux de la religion P. R. avoient un temple dans le bourg de Chasteau Dauphin qui est au delà des monts et dans ce revers des Alpes qui regarde le Piémont, nous aurons sujet d'en parler. Il estoitla matière des soUiciutions les plus ardentes de ce capucin zélé et courageux.

C'estoient des combats de paroles, mais d'autres querelles, si elles avoieni esté négligées, auroient peu produire des désordres funestes à des familles illustres. Le comte de Suze et le baron de Bressieu estans en procez, estoient devenus ennemis. Ils avoient résolu de se battre pour le vuider parle sort desarmes. Les duels ayant esté défendus (i) par

(i) • L* suppresùoD du duel judiciaire fbt loin de meure un terme aux combats. Jamais ils ne furent plui nombreux, ni plua acbaméa qu'au XVI' siÈcle, el surtout à l'époque des guerres de reli^on. On se bailatt trois contre trois et quelquefois six contre six. Si l'on en croit un écrivain du ivii* siècle, ils enlevèrent autant de nobles i la France que tes guerres de religion. Henri IV, après avoir pacifié le royaume, rendit plusieurs ordonnances contre les duels (1603-1 6o(|), mais il ne put déraciner ce préjugé Les ordonnances rigoureuses du cardinal de Ftichelieu , la sévérité avec laquelle il les lil ex&uter, le supplice de Montmorency- Boule ville , ralentirent la Tureur des duels. > — Chéruel, ma. hitt; etc., t. I, p. 307.

DigmzcdbyGoOgle

un édit publié solennellement. Us avoient choisi le lieu des Eschelles dans l'Estat de Savoye, sur la (rontLre des deux provinces, pour ce combat. Ils croyoient qu'ils sepouvoient mettre ainsy à couvert des rigueurs de l'édit. Ilfut délibéré dans le Parlement de leur escrire sur la proposition qu'en 6t le président et il fit luy-mesme les lettres qui furent fortes et menaçantes. 11 leur représenta l'obéissance qu'ils dévoient à la volonté du Roy, s'ils ne vouloient tomber . dans le crime de lèse-Majesté; et il leur ordonna d'y déférer, leur déclarant que s'ils ne le faisoient la Cour useroit contre eux de tout son pouvoir. Et en mesme temps, il pria la Buisse et le Bélier, son frère, d'aller où ils apprendroient que seroient Suze et Bressieu. Ils le firent, et enfin le respect persuada l'un et l'autre, et rendit leur colère susceptible de raison. Une querelle découverte est une querelle accommodée. Quand on a désarmé deux ennemis, la réconciliation n'en est pas difficile. L'arrestduXV dumois d'avril de l'an mille six cent deux n'avoit pas apporté la paix aux trois ordres de la province. Le conseiller Ponnat estoit un de ceux qui en voyoient avec douleur la division : l'amour de la patrie est naturelle à ceste famille. Le président le considéroît, de sorte qu'une affaire d'importance l'ayant appelle à Toulouse, il le recommanda au mareschal d'Ornano (i)avec beaucoup d'affection. Ce soin servit à Ponnat qui fut tesmoin des empressemens et des sentimens avantageux du marescbal pour le président.

Le comte de Soissons n'en avoit pas de moins obligeans. Aussy Grimaut, l'un des huissiers du Parlement, estant mort, La Serve fut nommé par le prince pour remplir ceste place : il estoit secrétaire du président qui Tobtint facilement pour luy. Les gouverneurs de la province avoient

(i) V. Deux Lettres de Henri IV au maréchal d'Ornano, l'une à la date du ïo janvier iâg6 , Vautre Écrite le 9 février i5g8. — B. de Xivrey, Lettres missives, t. v, pp. 48!] et go6.

DigmzcdbyGoOgle

- ,78alors le pouvoir de oomtner à ces charges, et aux subalternes et d'en pourvoir{i). Morges (2) l'estoit de la ville et avoitpart à Tamitié du président, de mesme qu'il estoit dans son alliance De secrets ennemis luy avoient rendu de mauvais offices auprès du Roy, il avoit fallu qu'il s'allât justifier en personne. Le président le favorisa de sa protection. Il pria le chancelier d'appuyer son innocence de ' laquelle il luy rendit un tesmoignage si judicieux que le chancelier en fut persuadé et le Roy par le chancelier. Morges estoit aussy dans l'alliance de Lesdiguières et dans son étroite confidence. Des envieux du mérite et de la fortune de ce héros, avoient jette des ombrages et des soupçons dans l'esprit du Roy. Mais la vérité qui parloit dans ses services les eut bientôt dissipez, et ce fut ce qui facilita la justification de Morges, qui revint à Grenoble triomphant de l'imposture et de l'envie.

Les Estais avoient estéconvoquez au quinziesme du mois de novembre pour estre tenus dans la ville de Valence. Le président souhaittoit que l'évesque de Grenoble y assistât pour y présider. C'estoit François Fléard (3). Mais son âge et sa caducité ne luy permirent pas d'entreprendre ce voyage. Il fut par ceste raison dans l'impuissance de satis<

(i) V. Piloi de Thorey, Slatatiqut du départ, de l'Isère, t. m, p. 577,

(2) Bérenger de Morges (Abel de), fite de Giraud de B^renger de Moi^ei, S* de Trfrainïs, et de Ceorgette de Bérenger du Gua. 11 ftail neveu de Lesdiguières, qui le fit nommer gouverneur de Grenoble en i5gi. Comme son oncle, Use convertit et fut crié vaarictai de camp le 6 mars 1^97. — Rochts, Biog- du Dauph., t 11, p. 106. — Pîlot de Thorey, Sltitisl.,ibid.

(3) Fléard (François de), issu d'une ancienne Amille noble du Dau* phiné, depuis longtemps éteinte, ei dont les biens ont passé dans celle de Clermont, fut nommé premier président de la Ctiambre des comptes de Grenoble par lettres du 14 juin 1^64.. Quelques années apris. il quitta la magistrature pour embrasser l'éiat ecclésiastique. En ii>;5, Henri 111 le nomma évéque de Grenoble. Il mourut à Tullins, le iS septembre 1606. ~ Rochas, Blog. du Dauph., t. 1, p, SçS.

DigmzcdbyGoOgle

- 1-79 faire à l'assignation qui luy avoit esté donnée de comparoistre en personne devant le Chancelier, et le président l'ayant excusé, le Chancelier ne le luy imputa pas à faute. Si est-ce que l'évesque avoit fait espérer au président sa présence aux Eslats II avoit respondu à sa lettre c que luy et les siens « luy avoïent une extrême obligation de ceste faveur qu'il < luy faisoit et qu'il tacheroit, tant que Dieu le feroit c vivre, de luy rendre tout humble service, et que, quand ( il y devroit perdre la vie, il se trouveroît au lieu et au c jour assignés pour la tenue des Estats. ■ Lesdiguières et le président s'y trouvèrent, l'ouverture s'en estant faille le seziesme par un savant discours que le président prononça. Celluy-cy avoit tousjours dans ces assemblées touterautborité qu'acquièrent aux grands politiques la probité, la sagesse et l'expériance. On savoit combien estoit pur le violent amour qu'il avoit pour sa patrie. Il n'avoit pas oublié l'avis de Bellîèvre : il protégea le peuple accablé du poids de ses debtes. La vérification y en fut résolue, pour discerner les légitimes d'avec les autres ; et le payement en fut atermoyé. C'estoit le premier appareil d'un abcez qui sembloit incurable. Le séjour du président à Valence fut une occasion à l'Université (^i) dese procurer l'honneur de l'aggréger à son collège. Non seulement il accepta ceste aggrégation qui luy fut offerte solennellement, mais il en eut de la joie, et la tesmoigna par ses actions t!e grâces. Ce fut le vingtiesme de ce mesme mots. Deux jours après, en ceste qualité d'aggrégé, il assista à l'acte de doctorat de

(i } Au mois d'avril i S65, Charles IX rendit un ùlit qui réunirait l'universitâ de Grenoble à celle de Valence. On sait quel reiemissement eurent alors lea rivalités qui éclatèrent entre cesdeuiUniversilés: leur histoire présente le plus vif intérêt. V. sur ce sujet ; Revue du Dauph., Hist. de l'anc. univers de Grenoble, par Bernai -Saint-Prii, t. V, pp. 87-1 18, 1Z9-153. — A. Gueymard, L'enseignement du droit à Grenoble : pp. ^4-^7. Grenoble, 1873. — Anl. Teissier, les Éloges des hommes savons, t. iv, p. 08.

DigmzcdbyGoOgle

— i8o — Granzis, recteur de l'Université, mais ce fiit après qu'il en eut preste le serment dans les mains de l'évesque de Valence qui en est le chancelier.

Il ménagea les esprits avec tant de jugement dans les Estais qu'on n'eut jamais tant de sujet d'espérer une parfeitte réconciliation entre les ordres. Plusieurs des principaux points de leurs différens furent réglez, et pour exami* ner tes autres, il fut délibéré que l'on se rassembleroit le diziesme du mois de février dans ta mesme ville. Saint- André en informa le Roy, et eut tant de satisfaction, qu'il en voulut faire part à du Vair (i\ premier président du parlement de Provance. > J'espère, luy dit-il, par une lettre

■ qu'il luy cscrivit, que nous vivrons désormais en bonne

< union, et que le tiers Estât mettra an à toutes ses plain-

■ tes, et A tous ses procez. C'est ce que je puis vous escrire

< de plus certain de ces quartiers. > Le cardinal du Perron, destiné ambassadeur extraordinaire à Rome, se préparoit alors à ce voyage. Le Chancelier en donna avisaupr&ident et ordre en mesme temps de la part.du Roy, de luy rendre tout l'honneur qui estoit dû à un prélat de ce mérite et de cette réputation. Le président fit préparer son logis, pour l'y recevoir, mais le cardinal prit une autre route que celle de Grenoble.

Enfin ceste année finit par l'establissement du droit annuel sur les offices tant de judicaturc que de finances.

(i) Guillaume du Vair, file aîné de Jean du Vair, avocat au parlement de Paris, et de Barbe François , itait né à Paria le 1 7 novembre ibig. Il fut d'abord maître des requftes, puis premier président au parlement de Provence. En iiii6. il devint garde de sceaux, fonctions qu'il remplit (sauf quelques mois d'inierruption). jusqu'à sa mort, arrivée le 3 octobre 1O21. Il fut, depuis 1618, ëvêque, comte de Lisieux. C'était un de ces magistrats d'un mérite et d'une probité incontestés. — B de Xivrey, Lettres miisivei- t. vu, p. i8î. — Ph. Tamileyde Larroque, Lettres inédites de G. du Vair; Paris, 1373.— A. Sapey, (juillaume du Vair; Paris, iHStt. — Ces deux derniers ouvrages sont d'une valeur peu commune.

DigmzcdbyGoOgle

Charles Paulet (i) en fut l'introducteur, et de là il a le Mitre ne paulette. Les offices de ceux qui tnouroient sans les avoir résignez, ou qui ne vivoient pas quarante jours après avoir résigné, tomboient aux parties citsuelles, d'où ils estoient tirez en faveur de ceux qui en donnoient plus que les autres qui y aspiroient- Cestoit une espèce de licitation. Il n'y en avoit pas encore de prix certain, ny de taxe fixée Ainsy on les portoit à un prix excessif. Le Chancelier souffroit impatiamment ce trafic. Mais après que le prix de l'office du président de Thou eut esté porté à quarante cinq mille escus, il ne put plus dissimuler son indignation. Elle ne fut plus muette. « J'ay beaucoup de

■ regret, dit-il à Saint-André dans une lettre qu'il luy t escrivit à ce sujet, de la cherté qui s'est mise dans les t offices tant de judicature que des finances. Je déplore c vostre parlement de Grenoble où j'ay tenu la main dez « longtemps, tant qu'il m'a esté possible, que la taxe en

■ fut modérée et quoy que je say de n'avoir pas esté tnu- « tile, maintenant c nihil prœter prettum in pretio est, » et fl la cupidité d'estre officier du Roy est entrée si avant dans f le cœur de nostre jeunesse que « nuUo pretio deterreri « potest. ti II est inditférant à l'ambition d'acheter l'honneur ou de le mériter.

(i) « Paulette. — • On désignait sous ce nom un impAt prélevé sur les charges de judicature. Ce fut Sully qui l'itablitcn 1604. H fui décidé que les magistrats, pour devenir propriétaires de leurs offices, payeraient, chaque année , un soiianiiime du prix de la charge. Le premier fermier de cet impôt fut le financier Paulet qui lui donna son nom. Il paya deux millions deux cent soixante- trois mille livres pour un bail de neuf ans. Les lois antérieures exigeaient, pour que la irans mission d'un office fût valable, que celui qui le résignait survécût quarante jours à la iratisaction. Henri IV déclara que pour les oflices, dont les titulaires auraient payé la paulette , le dëcèa n'entrntneraît point déchéance, et que les héritiers pourraient nommer celui qu'ils voudraient pour £ire pourvu de l'ofhce. n — Chéruel, llict. hist. des liut.,ttc. i. Il, p. 9^g.

DigmzcdbyGoOgle

i6ob : mort de Liotatd, piësidenl à U Chambre des Comptes. — Le président de Basemoni est nommé, à m place, commis&airc du roi pour la vérification des dettes des communautés. — Les sceaux sont donnés à Sillcry, ~- Le tîlE de Pomponne de Bellièvre est nommé conseiller au parlement de Paris. — Saini-André recomitiande Bressac, ba 111 de Valence, à Belllèvre et à Sillery. — Antoine de Servien est nommé conseiller honoraire au Parlement. — Rapports d'amitié entre Créquy, gendre de Lesdîguiires, et le premier président. — Di\ sîons qui éclqtenl entre Gouvernct et le capiiaine Bar. — DJfiicultéE i propos de l'élection des consuls de Gap — Le Parlement y envoie le conseiller Baro. — Faure, procureur général, se rend dans le bas Dauphiné avec une commission du Parlement. — Sa déférence envers Prunier. — Albert de Bellièvre résigne l'archevùché de Lyon i Claude de Bellièvre, son frère, — Virieu lui porte les compliments du président de Saint-André. - Frère , maître des renuéccs, et le président Saint-Jullien sont nommés commissaires du lOi pour la révision des feux : Refuge et Saint-Andrésont chargés aussi de la m£me mission. — DitTérend enlie Mornes et Expilly.

La mort de Liotard, président en la Chambre des Comptes, affligea Saint-André au cotnmencement de l'année HDCv. Elle luy arriva dans sa maison de Châtnps. Ilyavoit de l'amitié entre eux, quoy qu'il y eut peu de rapport de l'esprit de l'un à celluy de l'autre, Liotard estoit un des commissaires députez par le Roy pour la vérification des debtes descommunautez, et pour la révision de leurs feux; et Saint-André obtint du Chancelier que le président de

DigmzcdbyGoOgle

- i83 — Basemont (i) succédât à Liotard en ceste commission. II s'employa aussy pour Basemont, son gendre, fils de celluylâ, et voulut luy faireavoirta charge de président de Liotard quin'avoit laissé que des filles. Mais le crédit du Chancelier commançoit à décliner avec son âge et ses forces. Son lils ayant épousé la hlle de Sillery, les sceaux furent donnez à celui-ci, néantmoîns sous des conditions et des réserves capables d'adoucir l'amertume de ceste nouveauté. La principalle fut encore que Sillery eut fait le serment de garde des sceaux, ils ne sortiroient des mains du Chancelier que de son consentement. Le fils de Bellièvre fut alors revestu d'une charge de conseiller au parlement de Paris, et quelques années après il eut celle de président. Quoy qu'il en soit, le Roy ayant voulu honorer ainsy la vertu de Sillery, lorsque Saint-André eut depuis à demander quelque chose pour ses amis, il s'addressa souvent à Sillery de mesme qu'au chancelier. Il portoit ses prières à tous deux. La puissance communiquée impose de nouvelles charges à ceux qui luy sont inférieurs et qui ont besoing d'elle.

Bressac (2), baîUif de Valence, luy estoit cher, et par son mérite et par ses services. 11 avoit des affaires importantes «u Conseil du Roy oti elles dévoient estre décidées. Le président tesmoigna i tous deux, en les leur recommandant, la part qu'il y prenoit. De sorte que Bressac ayant

(0 n Le premier président Truchon, n'ayant pas laiué de postérité, avait conslituÉ pour héritier son neveu, Macé de Basemon , (|u'il avait ameni de la Beauce avec lui, et celui-ci, devenant la tige de sa famille enDauphiné, conserva les armes et la devise de son oncleel tes transmit à SCS descendants, i' - G. Vallier, Médaille de Jean Truckon

<ï' Henry de Bressac, notaire et bailli de Valence, en 1604, eut un fils, Uurent Barthélémy de Bressac :qui entra chez les jésuites de Lyon et s'acquit de son temps la réputation d'un grand prédicateur.— Guy Allard, Dkt. de Dauph., V Bressac— Rochas, Biog. du Daupb., 1.1, p. 176.

DigmzcdbyGoOgle

- i64 rendu visite à Sillery, de la part de Saint-André, il en receut toute la faveur qu'il en espéroit, de mesme que du chancelier de qui il estoit desjà connu. Le président se faisoît des plrtisirs sensibles de ceux qu'il faisoit aux honnestes gens, et à ses amis. Servient(i), procureur des Estais de la province, estoit de ce nombre \ il avoit mérité dans les fonctions de sa charge les louanges et la bienveillance du président par son zèle pour le service du Roy et pour le bien de la patrie. Le président luy avoit acquis par les tesmoignages qu'il avoit rendus i sa vertu, une place de conseiller honoraire dans le Parlement; mais les lettres qu'il en avoit eues, estoient surannées avant qu'il en eut demandé l'effet. Le président pria le Chancelier de l'en relever par d'autres, et cella fut fait. Il conserva ainsy à Servient ce qu'il luy avoit aydé à acquérir. De Servient naquirent L' célèbre Abel de Servient (2), surintendant des

(1) Servienou Servient, bmille originaire de Lt Sdne(IsiTe), illus* irfeparun secrétaire d'État, dont la noblesse remonterait, d'après G. Allard, au XIV* siècle. La branche cadette, Tormée par Antoine, fils de Gérard , conseiller au parlement de Grenoble , resta en Daupliiné. Cet Anioine, seigneur de Biviers, fut procureur des États, et il servit si utilement Henri IV dans l'cxeicice de ses fonctions qu'il en lut récompensé par une charge de conseiller honoraire au parlement de Grenoble, par lettres du i5 février i6o3. De son mariage contracté avec Anne Bailly, fille d'un conseiller au mîme Parlement, il eut treize entiann, entre autres : François, Abel et Enoeraond. Isabeau, leur soeur, épousa Artus de Lionne, conseiller, puis évfque de Gap. — Rochas, Biog. du Daupk., 1. 11, p. 411.

(ï) Abel Servien, marquis de Sablé et de Châteauneuf , comte de la Roche-des- Aubiers, baron de Meudon, ni en i583, fut un grand personnage : homme d'État et de lettres, financier et diplomate. Il fit l'illustration de sa famille et contribua beaucoup à celte de la maison de Lionne. En :6i6, il fut procureur général au parlement de Grenoble, conseiller d'Etal en 1618, intendant de l'armée d'Italie, premier président du parlement de Bordeaux en i63o. Il fut encore ambassadeur en Itulie , en Allemagne, en Hollande, enfin surintendant des

DigmzcdbyGoOgle

— i85 — finances et ministre d'Estat,et Ennemond de Servient (t). Et de celluy-cy et de Justine de Bressac est né Hugues Humbert de Servient (2^, camérier d'honneur du pape, et abbé de Cnias et Lioncel. La France n'a pas fait voir à Rome de plus honneste homme, de plus bel esprit, ny de plus capable de servir et de &ire honneur â sa patrie.

Créquy, gendre de Lesdiguières.ayant fait quelque séjour dans la province et à Grenoble, il s'estoit formé entre luy et le président une étroite liaison. Partant pour . la Cour, vers le milieu du mois de mars, il désira que le président donnât une marque luy-mesme de leur amitié réciproque au chancelier. Il voulut se charger d'unelettre du président pour celluy-cy dans laquelle le président parla de luy. Il ne pouvoit tuy refuser ceste satisfaction qui ne pouvoit que luy en estre une. Donc il dit au Chancelier que f Crequy < est un des meilleurs seigneurs qui soit dans la province c et qu'il s'estime heureux d'avoir part à sa bienveillance, c pour les belles qualitez qui sont en luy qui le rendent c chéry, aymé, honoré et respecté de tous les gens d'hon-

Anances en i6&3. II avait été re(u membre de l'Académie fnnf«iie le I*' mars 1634. Il mourut dans son château de Meudon le 17 février 1659. Il avait épousé, le g janvier 1Û41, Augustine Leroux, veuve de Jacques Huraull, comte d'Ozain et de Vibray. — Bulletin d'Areh. de la Drame, D' Chevalier, Lettres iniditea de Hugues de Lionne. Afuiée 1878, p. II. — Cette remarquable publication a eu un grand retentiasement, et le modeste érudit qui l'a &iie n'a eu qu'à s'applaudir de M précieuse découverte.

(1) Ennemond Servien , seigneur de Cossey et de La Balme, né en 1596, trésorier en Dauptaîné (i623), président de la Chambre des Comptes (164»), coDldller d'État en i635, garde des Bceaui,en&n ambassadeur en Savoie de 1648 41676, décédé à Grenoble le 3 juin r67g. U s'était marié à Justine de Bressac, Slle de Henri, vlbailti de Valence, et de Justine de Costaing. BuUet. d'Areh., etc.; Année 1877, p. 179.

(1) Hugues-Humbert, abbé de Cruas, premier abbé comrrendataire de Léoncel, camérier des papes Clément IX et Innocent XI.

DigmzcdbyGoOgle

t86 - I neur.» Il ajouste c qu'il sait bien que Créquy n'a pas

* besoin de sa recommandation,' mais néantmoins que, si < en sa considération, il luy plait s'employer en ce qui le c concerne, il luy aura une étroitte obligation. > 11 est vray que le président avoit un grand ascendant sur l'esprit du ehancelier qui estoitbien persuadé qu'il n'y avoit personne dans le royaume à qui ses biens et ses maux fussent plus sensibles qu'à ce véritable aroy. L'estroitte union des parens est la force de leurs familles, parce que de plusieurs il semble qu'elle n'en fait qu'une. Il en est de mesme de la concorde dans les provinces, il semble qu'elle n'en feît qu'une maison.

Mais elle n'estoit pas alors parfaitte dans celle-cy, il y avoit du trouble à Montélimar età Gap. Gouvernet, à qui le Roi qui l'estimoit avoit donné le gouvernement de Montélimar, y voyoit avec chagrin le capitaine Bar q>li avoit servi avec honneur sous le commandement de Lesdlguières et ne pouvoit l'y souffrir. 11 estoit persuadé que Bar luy manquoit de respect ; Bar seplaignoit au contraire du mespris que Gouvernet faisoit de luy, il estoit si grand qu'il tomboitdans l'insulte et dans l'injure C'est la foiblesse de l'ancieune noblesse de ne pouvoir supporter celle du mérite qui prétend se distinguer. Ilsavoient chacun leurs amis, et leurquerelle estoit une division publique Gouvernet avoit augmentésa garnison, et menaçoit; et Bar respondoit à ces menaces'par d'autres, et ne s'humilioit pas Au fond Gouvernet avoit tort. Il avoit traitté Bar qui estoit un hommedecœur, avec trop de hauteur et de fierté. Tellement que Saint-André luy conseilla par ses lettres de se modérer, d'aller faire sa résidence en quelqu'autre de ses maisons, et < détenir ces lieux en paix. » II tachadesejus. tiher, mais il suivit le conseil de Saint-André, de l'atnitié duquel il estoit bien assuré. Ce fut sa justification.

L'eslection des consuls divisoit les habitans de Gap, en divers partis. Lesdtguiéres qui savoic bien que son authorité, sill'emploj'oit, seroit une espèce de violence, conseilla

- i87au Parlement de faire agir la sienne. Le conseiller Baro {i) yfut envoyé. Les coupables qui estoient accusez d'une dissipation criminelle des deniers publics, travailtoient à se perpétuer, ou leurs amis dans le consulat. Le temps auquel les consuls dévoient estre faits estantvenu, le party qui imputoit à l'autre d'avoir mal gouverné, s'opposoit aux brigues, etBaro eut ordrede taire procéder en sa personne, à ceste élection et d'y présider. Lesdiguières, par le conseil de Faure, de ChaîUol et de Parât, et par l'entremise du gouverneur de la ville, fît proposer trois des habiians qu'il croyoit exemts de tout reproche. Néantmoîns ils ne furent pas au gré de chascun, quoyque chascun reconnût qu'ils estoient gens de bien. Baro consulta le président sur ces difBcultez qui naissoient les unes des autres.et ce fut son avis qui le tilt aussy du Parlement et de L;sdiguières que les consuls qui estoient en charge fussent continuez jusques à ce que quelques comptes des revenus de la ville eussent esté examinez. Quoy que Lesdiguières ne fût pas satisfait du refus que l'onavoit fait de ceux qu'il a voit proposez, il luy suffit pour toute vengeance de faire le caractère de ce peuple en escrivant à Saint-André. < Vous avez desjà fort bien re- I connu par les actions de ceux de Gap, luy dit-il, que leur c humeur est visqueuse, plaine d'anîmosité etennemiede c l'union et du repos public Ces mauvaises qualitez les * empeschent de voir les moyens qui se présentent pourleur ■ tranquilité; et il n'y a rien qui les puisse guérir que le

< temps qui se rendra maistre de leurs passions plustost

< que la raison. > En effet le temps fit ce que la sagesse n'avoit pu faire. Après de longues formalitez,leur lassitude les ayant mis hors de combat les réconcilia pour quelque

Ci) Baro (Gaspard), né i Valence, savant et modeste conseiller ai parlement de Grenoble, a laissé des notes sur les i Decisiones >i d Guy Pape, imprimées dans l'édition de ce reçue 1 , fa'te à Lyon ci t6i8. Il mourut en 1614.

temps La civilité de Baro est respectueuse à ce point dans les lettres qu'il ecrivoitau président qu'il en commance une de ceste manière « Monseigneur, les loii de vos commanc démens et les règles de mon devoir m'obligent à vous « faire entendre ce qui se passa hier en l'assemblée de ceste c Ville, ï 11 escrivoit de la ville de Gap.

Faure, procureur général, estoit avec une commission du Parlement dans le bas Dauphiné pour réunir à sa jurisdiction des terres situées au delà du Rhosne que celluy de Thoulouse usurpoit depuis l'engagement qui en avoit esté fait à de ses }urisdictiables. Le président )uy ayant tesmoigné qu'il estoit nécessaire qu'il hastàtson retour, et qu'il revint à sa charge, il accompagna sa response de termes aussy soumis : il l'y traitte < de Monseigneur Ti,et luy dît, « qu'il c ne faudra d'obéir à ses commandemens.» En cetia asseurement tout n'est pas donné au rang : la dignité de la personne y a bien autaatde part que celle de la charge.

Albert de BelUévre (i), fîls du chancelier, ayant possédé

(i) Bellièvre (famille de), originaire de Lyon, dont le premier membre Claude de Bellièvre composa, en 1269, une histoire des querelles des chanoines de Saiai-Jean et de Saint-JuHi, imprimée dane l'Histoire de Lyon du P. Menestrier. Après lui, on cite Antoine de Bellièvre qui vivait en 1410. Barthélémy 11 fut intendant du cardinal de Bourbon archevêque de Lyon, et c'est à son crédit que l'on doit l'édit de 1494 qui conférait la noblesse au titre d'échevîn. Son fils, Claude de Bellièvre, comme nous l'avons déjà vu, fiit premier président au parlement de Grenoble. U est l'auteur d'un u Lugdunum priscum • resté inédit , mais communiqué à Guillaume Paradin. Ce fut aussi sur sa proposition que la ville de Lyon se détermina à faire, en 1 5i8, l'acquisition de la fameuse Table de Claude, au prix de 116 li\Tes. On se rappelle que son fils aîné Jean fut premier président au parlement de Grenoble, et le second, l'illuslre chancelier Pomponne. Celui-ci eut plusieurs fils : Claude de Bellièvre , l'un d'entre eux , conseiller au parlement de Paris, nommé archevfque de Lyon, en 1604. fiit sacré par le cardinal de Gondi. Il succédait à son frère Albert , qui . étant tombé dans l'enfance, s'était démis de ses fonctions. — Ant. Péricaud , Notes et Doc., etc., années iSS^ et 1604. — Nottw.Bîog.ginér., t. Vi p. i65.

DigmzcdbyGoOgle

l'archevesché de Lyon, durant quelques années, l'avoit résignéà Claude de Bellièvre, son frère, et le Roy y avoit consenty par son brevet de nomination De sorte qu'après avoir estésacré à Paris, il vint à Lyon, ceste année estant desjà bien avancée Le président ne tarda pas de luy faire rendre ses complimens par le conseiller Virieu, son fils. Ceste occasion luy en fut une d'avenir Reffuge qui estoit aussy à Lyon que le Roy l'avoit nommé pour estre l'un des commissaires qu'il avoit choisis pour procéder à la révision des feux du pays de Daupbiné. Ceux des commissaires qui estoient dans Grenoble s'estant assemblez avoient dressédes articles qui estoient comme un formulaire de ce qu'ils avoient à observer dans leurs procédures. Mais le département des Bailliages ayant esté fait entre eus, ceux du Viennois estoient écheusà Frère (i), maistredes requestes, et au présidentdc Saint-Jullien, et ceux des montagnes à Saint- André et à Reffuge. D'ailleurs tous les intéressez dans ceste révision n' estoient pas contens qu'il s'en fit encores. Les villes ne l'aggréoient pas. Leur député Antoine Rambaud, juge de Die, estoit à la Cour pour en obtenir la surséance et le procureur général du Faure avoit taché inutilement de luy oster la pensée d'accepter cet employ. C'estoient deux obsucles : le premier regardoit les commissaires et te se-

(i) Frtce (Claude). Professeur de droil à l'université de Valence, il ibuidonna l'enseignement pour s'attacher à Lesdiguières. Il fui, en 1606, maître des tequêies de l'hôiel du roi. La fidélité et le lèle avec lesquels il remplit diverses misaions lui valurent, en iûlû, la place de premier président au parlement de Grenoble que la mort de Prunier venait de laisser vacante. Malheureusement il se rendit pLus célèbre par son habileté que par une scrupuleuse intégrité. Il mourut en 1641 ; Louis, son tils unique, hérita de sa charge et de ses biens , et mourut bientôt, en 1643,06 laissant qu'une fille Laurence, mariée au président Faure de la Rivière. — Rochas". Biag. du Dauph. , t. 11, pp. 401-403. — Boniel de Catilhon , Vie d-Expitly, pp. 68-72. — Videl, Hist. de Lesdiguières iéii. in-f>), pp. 165-170.

DigitizcdbyGoOgle

cond la commission. On s'accommoda pour le premier, mais le second fut surmonté par un arrest du conseil, le chancelier estant persuadé que cestc révision estoit nécessaire. Et en effet, elle l'estoit. Aussy il approuva cesarticIesetleRoy ordonna qu'ils seroient suivis.

Ce n'estoit pas la seule affaire qui occupoit les principaux officiers du Parlement et de la Chambre des Comptes. Cellede la réunion du Domaine par le rachapt de ce qui avoit esté engagé n'estoit pas d'une médiocre importance, et elle avoir ses commissaires particuliers (i). Espllly (2), avocat général de la Chambre, en estoit un. Mais il s'estoïl défait de ceste charge pour entrer dans le Parlement, et Mornes qui luy avoit succédé, prétendoîr luy devoir aussy

(1) V. Corresp. inid. de Prunier, n' 10.

(1) Expillf (Qaude), né & Voiron, le îi décembre i56i, de Claude et de Jeanne de Richard ; son pire, cipjuine catholique, fut tué , le 21 septembre 1 ^74, dans un combat livré aux protestants. 11 étudia le droit i Paris,- à Turin et à Padoue, visita l'Italie et vit le Tarae à Fernre , dans l'hôpital de Sainte-Anne. Notre illustre compatriote M. Ernest Hébert, membre de l'Institut, a fait de cette touchante entrevue le sujet d'un tableau. Reçu docteur en droit par Cuias, à l'université de Bourges, il vint à Uienoble au mois de norembre 1 3ë3 et se fit insciiie parmi les avocats. Substitut du procureur général de la Chambre des Comptes en i586, il épousa Isabeaude Boneton et prît part à la journée de Pontcharra, le 18 septembre 1591. Nommé promreur général du conseil souverain de Chambéry, en 1600, Ufijt trois ans plus tard avocat général au parlement de Grenoble, et conseiller d'État en 1608; puis, en 1616, il acheta l'oflîce de président en remplacement de Pierre de Dorne. Enfin président du conseil souverain de Chamt>éry, en i63o, il mounit le x5 juilieti636. — Bulletin d' Arck. delà Drame, G. Vallier : Claude Expilly, Année 1B78, p. Siig. — Nouv. Biog. génér. t. ïvi, pp. B56-858. ~ Rochas, Biog. du Dauph., t. I, pp. î6o-î63. - Boniel de Cadlhon , La vie de mtssire Claude Expilly; Grenoble. 1C60. — R'vue du Uaupk., KxpiUy, t. vi, pp. 65- 94. — Uultetin d'Arch. de la Drame, G. Vallier : Jacques Cujas , pp. 181-191. -^ M. Vallier, dans sa Numismatique du parlement de Grenoble, a mis en lumière des faits précieui pourlIùsioireduDauphiné.

DigmzcdbyGoOgle

- igi succéderais commission. Le président, amy particulier d'Expilly, fit agir pour luy son crédit auprez du chancelier. II luy apprit combien Expilly estoit utile à la faire heureusement réussir pour les intérêts du Roy, par la connoissance de ses droits qu'ils' estoit acquise ; et il yfui continué. Expilly avoit un grand mérite, mais quelque grand que soit le mérite,s'il manque de faveur et de secours auprès de la fortune,etde ceux qui la font ou qui en distribuent les grâces, ny elle, ny eux ne font rien pour luy. Il est un diamant brut, qui ne peut soy mesme, nydécouvrir son éclat, ny feire voir son prix.

DigmzcdbyGoOgle

Lepréûdent Prunier demande au Chuicelier i* fille pour Q.uai«, filsde PlouTier, Bcigneur de Serres. — Efforts du président pour régler les dettes des communautés : leurs défenseurs, Claude Brosse, Antoine Rambaud, Claude de la Grange ei Jean Vincent. — Un sursis isat accordé pour le paiement des dettes. — Claude Brosse décerne au premier président le titre de PËre du peuple. — Le conseiller Boquéron se rend à Aix, et y salue le Parlement : souvenirs laissés par Prunier. — Le roi désire établir des haras en Dauphiné. — Difficultés soulevées i Château-Dauphin par l'exécution de l'édil de Nantes. — Réclamation du Nonce : le chancelier à ce propos écrit à Lesdiguiètes et au président. — Mort de Thomé , juge pour les terres de Saint-André et de Champeverse , terres appartenant i Prunier. — Brenîer, célèbre avocat de Saint-Marcellin, lui succide. — Le prince d'Orange passe à Grenoble. — Prunier se rend dans le Viennois pour conclure le mariage de Q.uais avec Catherine de Bellièvre : maladie de Q.uais. — Pecou s'efforce d'obtenir une place ï l'échevinage de Lyon. — Albigny intercède auprès de Prunier pour deui écoliers de l'université de Valence. — Nouvel arrél du Parlement concernant les étudiants et ayant trait au port des armes. — Témoignages d'amitié du cardinal de Joyeuse, du duc de Mootpensier, du maréchal Alphonse d'Omano et de ViUeroy.

Le Chancelier avoir encore une fille en âge d'estre mariée, et des personnes de qualité en faisoient la recherche. Le président crut qu'il luy seroit plus avantageux de la faire entrer dans la maison du président Plouvier, seigneur de Serres, qui désiroit ceste alliance pour Quais, son fils II en fit la proposition au chancelier qui ne se détermina pas

DigmzcdbyGoOgle

d'abord à cause de certains engagemens (i) Ainsy le président, quoy que les devoirs de sa charge et les afTaires.de la province fussent capables de l'occuper entièrement, avoit la liberté de donner de ses heures aux devoirs delà vie civile et aux afiaires deses proches. Il se ménageoit avec tant de prudence dans des intérêts si différensiet mesme si opposez, qu'il n'estoit suspect à personne Le peuple n'avoit d'espérance qu'en sa protection. Il avoît soin qu'il ne fût pas op* primé par la violence de ses créanciers, et que ceux-cy ne succombassent aux efforts de la mauvaise foy de ceux qui s'estoient déclarez les défenseurs du peuple, Lesprincipaux estoient Claude Brosse, Antoine Racnbaud (2', Claude de la Grange (3) et Jean Vincent (4) : Brosse, qui estoit le syndic des communautez villageoises, estoit le plus ardent et le plus infatigable. Ce fut par ses sollicitations, que te payement des debtes de ces communautez fui sursis jusques à ce qu'elles eussent esté examinées et vérifiées par le conseil. C'estoit les renvoyer aux calendes grecques. Par le mesme arrest, qui ordonna ceste surséance, il fut permis aux communautez de s'assembler par leurs députez, devant le pré-

(i) V. Correspond, inéd. de Prunier, a" 1 1-1 5.

(2) Ramb«ud (Antoine), ni à Dît, avocat, fut l'un dea défénacura des intérits populaires dana le procès des laillet. Sa vie est peu connue : il ne commence i paraître auc la acène qu'en i £>gS. A cette époque, il fut envoyé à Paris par les communautés de la province, avec Lagrange et Vincent, pour défendre, aux conseils du roi, les cahiers de doléances présentés par Claude Brosse. En 161 1, il était conseiller du roi et quelque temps apris, il obtint la chatte de iuge-mage de Die. On ne connaît pas l'époque de sa mort. Quelques écrivains ont, à tort, rail de lui deux personnages différents — Rochas, Biog. du Daupk., 1.11, pp. 3-14-338. — Ch. Laurens, Le Procès des Tailles (iSS?- 1639), p. 33. Grenoble, 1867.— G. Allard, Dict. de Daupk., vBioae.

(3) V. la note de la page 67.

(4) Vincent (Jean), né à Crcst, avocat au parlement de Grenoble, )Oua un râle important dans ce grand procès. Les circonstances de sa vie sonl inconnues. — Ch. Laurens, Le Procès des Tailles , p. 14. — Rochas, Bio^. iu CnupA., t. ii,p. 4IJ.— J.-D. Laa%, LaRifiirmê.ttc., p. 167.

DigmzcdbyGoOgle

sident assisté du procureur général, firosse, hardy et dévoQ^àson party comme il l'estoit, ayant esté oDy dans k Conseil, rendit  la vérité un tesmoignagc glorieux au président. IlavoUa, et déclara hautement que le peuple, a n'avoit jamais receu tant de soulagement que depuis qu'il f estoit dans la première présidence, s II ajouta que sans la surséance que le président avoit fait accorder aui communautez par le Parlement, jusques au mois de septembre, la plus part de leurs babitans auroient abandonna leurs maisons et leurs familles. Enfin il luy donna l'éloge de « Père du peuple (i). i Geste inclination naturelle qu'avoit Saint-André à Taire du bien et à procurer du repos aux peuples luy en acquéroit la vénération ; et c'estoit par elle, que l'on conaervoit encore dans la Provance le souvenir des services qu'ily avoitrendus au Roy et au public.

Le conseiller Boquéron estant à Aix, pour une commission importante, voulut saluer le Parlement en corps : pourcella,il fut introduit dans la grande Chambre, et après lespremiers compliments, Saint-André fut tout le sujet de l'entretien. Ces magistrats entre lesquels il y en avoit qui estoient tesmoins dece qu'ilavoit fait dans sapremière présidence, nepouvoicnt pas mieux tesmoigner qu'il avoit dans leurs esprits la place qu'ils n'auroient seu luy refuser, sans ingratitude. La vertu a tousjours dans ces reconnoissances publiques toute la satisfaction qu'elle désire, parce qu'elle n'en cherche que dans ses actions, et en a peu hors d'ellemesme. L'ordre que le président receut, presque en mesme temps, auroit eu des suiltes avantageuses, s'il avoit peu estre exécuté. Le Roy avoit considérécombienilcoustoitde fatigues et de despensed'estreobligéd'allerchercher des chevaux hors de la monarchie pour la guerre, et pour le service ordinaire : pour s'en garantir et ses sujets, il avoit

(i) V. la lettre de Prunier au Chaocelier, en date du S loût i6o5 , qui atteste lea exceLenu rapports de Claude Brosse avec le pré^dent. — Corresp. itiéd. de Prunier, n° 14.

DigmzcdbyGoOgle

formé le dessein d'establir des haras dans toutes les provinces qui seraient capables de cest establissement. Celle de Dauphiné fut jugée telle, et il fiit ordonné au président d'en conférer avec la noblesse, que la chose sembloit toucher de plus prez, et avec ceux qu'il croiroit propres à y servir. II luy fut aussi cotnmandé de s'informer des prairies, des pâturages et des lieux qui seroient propres à les entretenir. II s'acquitta avec beaucoup de soin et de prudence de sa commission. Mais le seul moyen de rendre facile l'exécution d'un grand dessein est de n'y employer que l'autborité et le commandement, Elle devient souvent impossible, quelque possible qu'elle soit, quand on l'assujettit à la délibération de plusieurs.

Un autre establissement avoit plus d'embarras et de difficulté. C'estoit celluy de l'ciercice de la religion] P. R. à Cbasteau Dauphin. Lesdiguîâres et le président, exécuteurs de l'édit de Nantes, l'y avoîent fait. Cet édit accordoit deux lieux dans chaque bailliage à ceux de ceste religion , pour y en faire le libre exercice, et pour y bastir un temple. Lesdîguiëres avoit désiré que Chasteau Dauphin fût le second du bailliage de Briançon y ayant et dans sa vallée plus de cinq cents familles qui en faisoient profession. Mais ce qui sembloit s'y opposer, c'est que le mesme édit portoit que ce privilège ne passeroitpointaudelâ des monts. Le duc de Savoye souffroit impatiamment qu'on l'y estendit, et pour oster cet object désagréable de devant ses yeux, il engagea le pape à la défense de ses intérests par la considération de ceux de la religion catholique. Le nonce qui estoit à la Cour fut chargé de faire instance envers le Roy, pour la révocation de cet establissement, et le nonce, outre l'expresse disposition de l'édit, se servoit d'une raison de la vérité de laquelle on convenoit. Le Roy avoit promis au pape Clément YIII de supprimer cet exercice dans ceste vallée Mais la mort avoit osté à ce saint pontife le moyen de procurer ce bien à la véritable religion Son successeur pressoit le Roy de se souvenir de sa parole et il n'y eut pas

DigmzcdbyGoOgle

de meilleur expédiant que de renvoyer la chose à Lesdiguières et au président. Le Chancelier en escrivit à l'un et & l'autre « j'escris à Monsieur le premier président de • Grenoble qui vous dira la peine où nous sommes icy, ■ dit-il à Lesdiguières, pour la plainte que Monsieur le « nonce du pape fait au Roy, pour l'eslablissement d'un I prêche au mandement de Chasteau Dauphin. Il prétend f. que c'est contre le 14* article de l'édit de Nantes, et f contre la promesse que le Roy en a cy-devant faitte au feu t pape Clément VIII. J'ay assez pensé à la responce qui se < pouvoit faire, maïs attendu que la promesse est certaine I et conforme à l'édit de Nantes, je me trouve confus en a ceste affaire, et crains fort que le refus que nous ferons s d'observer les promesses, n'offance fort ce nouveau pape. » La response de Lesdiguières et du président fut que le Roy ayant interdit, sous le pape Clément, l'exercice de ceste religion dans ceste vallée seulement pour six mois, ceste interdiction avoit duré plus de deux ans ; et jusques à ce qu'on s'estoit pourveu à eux par requeste pour le restablir, qu'ayant ordonné qu'on se pourvoiroit au Roy, il la leur avoit renvoyée après quoy ils avoient jugé qu'il le fnlloit supprimer à Chasteau Dauphin, et l'establir à La Cbana qui est le lieu de ceste vallée le plus esloigné du Piémont. Enfin qu'ils y avoient esté portez par des articles secrets accordez au temps mesme de l'édit de Nantes à ceux de ceste religion, le Roy leur y promettant de les traitter, dans les pays au delà des monts, quand ils seroient de son obéissance, pour la religion et pour les autres points réglez par cet édit, de mesme qu'ils l'estoient dans les autres pays du royaume. C'est ce que le président représenta au Roy et au chancelier, ayant joint à ses lettres (i) un extrait de ces mesmes articles.

(i) V. sur cette question qui menaçait de soulever de gros orages : Corresp. inéd. dt Prunier, deux lettres au Chancelier, n™ 11 et 12,

DigmzcdbyGoOgle

— «97 — Depuis il arriva en ceste affaire ce qui arrive presque en toutes : la chaleur de la poursuite diminua insensiblement, et à la fin d'autres ou plus agréables ou plus pressantes en firent perdre le souvenir. Le président s'estoit acquitté de son devoir sans aucune passion. Il avoit fallu alors s'accommoder au temps. Les huguenots formoicnt dans l'Estat un party redoutable et ils demandoient ce restablissement, non comme une grâce mais comme un devoir dont on ne pouvoit se dispenser sans injustice. Ils disoient hardiment dans leurs requestes et dans leurs sollicitations de vive vois que cet exercice de leur religion, > estoit le lien qui les joi- K gnoit à la connoissance de Dieu, du Roy et d'eux- « mesmes. > ils ne s'expliquoient pas autrement, et ils en disoient assez pour faire comprendre ce qu'ils pensoient. Il n'est pas tousjours louable non plus qu'utile d'obéir à la loy escrite, lorsqu'elle s'oppose à la loy souveraine qui est le salut des peuples, pour lequel toutes les loix ont esté faittes. C'est aussy de l'administration de la justice contentieuse que dépend leur bonheur. Saint-André avoit un soin très particulier, par ceste raison, de ne donner à ses terres que des juges d'une probité incorruptible, et d'une capacité reconnue.

Tbomé, juge de celles de Saint-André et de Champeverse, estant mort, il jetta les yeux sur Brenier (i)i célèbre avocat de Saint Marcellin, pour luy donner ceste judicature. Il la luy offrit, et après, il luy tesmoigna le plaisir qu'il luy avoit fait de l'accepter. Les seigneurs des terres doivent

enfin sa longue et remarquaUe Lettre au Roi, ii° i3, à la date du 1 3 juillet i6o5. — Comte Douglas cl Roman, Actes et Corresp., t. i.

(i) Brenier (Claude), )ésuite, né à Saint-Marc elUn , prononça en i6iC, dans la maison de son ordre, à Grenoble, une oraison funèbre de LcsdiguiÈres. (l. Allard et Chalvet disent qu'un de ses pareMs, A n toinc Brenier, s'était acquis bi:aucoup de réputation par ses doctes plaidoycrï.

DigmzcdbyGoOgle

la justice à leurs sujets et le magistrat capable de leur ayder A s'acquitter, commef il &ut, de ceste obligation, s'en acquiert sur eux, s'ils reconnoissent leur devoir. Les troubles d'Orenge continuoient, ce qui persuada au prince d'Orenge d'y faire un voyage. Il passa à Grenoble et logea chez le président qui releva la grâce de la bonne hospitalité par les sages conseils qu'il luy donna. Les fériés estant venues, le président qui avoit envie de conclure le mariage de Quais avec Catherine de Belliëvre, descendit dans le Viennois. Il en avertit la Sale, l'un des proches du chancelier, qui luy avoit confié son secret, pour en conférer avec luy, et pour s'éclaircir de ce qu'il avoit à espérer. La Sale vint le voir à Colombier chez Pascal, son gendre. Le résultat de leur conferance ne permit pas au président d'y plus penser. Quais ne se maria point, et une cruelle infirmité l'ayant depuis attaqué, elle fut si opiniastre que nul remède ne put l'en guérir. Il mourut après avoir longtemps souffert, n'ayant goûté d'autres plaisirs que ceux de l'esprit, durant plusieurs années. Et c'est par eux que l'on résiste A l'aspreté de la douleur. La Sale estoit un des plus intimes amis du président qui avoit tout pouvoir sur luy. Aussy il le pria alors de s'employer pour Pecou aux services duquel il devoit beaucoup de reconnoissance II désiroit de le faire entrer dans l'eschevinage de la ville de Lyon. L'utile et l'honneste sont en pareil degré dans ceste charge. La Sale y pouvoit beaucoup et le président ne se promettoit pas moins de son amitié pour le zèle que de son crédit pour le succez 11 en pria encore Refugequiparoissoit dans un plus haut degré de considération dans cette ville Les charges estoient alors données par les voix du peuple, c'est A dire par les jurez des mestiers. Les brigues s'opposèrent au mérite de Pecou et aux désirs du président. Qui ne veut que mériter les charges, ne les a jamais quand la multitude ta est la distributrice.

Albigny s'employa en mesme temps auprès du président, pour des criminels, et ce qu'il demandoit ne luy fut pas

DigmzcdbyGoOgle

refusé. Des escholiers de l'Université de Valence (i) avoient eu une querelle avec des habitans, et ils en estoient venus aux mains (a). Le juge de la ville avoit accordé aux habitans prise de corps contre un Savoisien, et il r,voit esté mis en prison : il y estoit mesmes traitté avec dureté. Comme il appartenoit à l'avocat patrimonial de Chambéry, Albigny intercéda pour luy et pria le président d'évoquer la connoissance du fait au Parlement, prétendant que cetluycy n'estoit pas plus coupable que ses camarades qui s'estoient trouvez dans l'action. Il l'obtint facilement et la faute n'estant pas de celles pour lesquelles un homme de bien ne doit pas désirer qu'il y ait de l'impunité, on passa de l'évocation à l'indulgence.

Le port des armes avoient esté deffcndu, mais les escholiers ne laissoient pas d'en porter. Pour obéir, il faut esire raisonnable, et c'est ce que la jeunesse n'est pas. Le président inspira au Parlement de fortifier ceste défense par un nouvel arrest qui l'accompagnât de plus grandes peines, II fut envoyé à Bressac, baillif de la ville, pour le faire publier, et mesme pour l'intimer aux escholiers par un acte particulier. Ils estoient assemblez pour la leçon que le professeur More leur faisoil ; et Bressac se servit de ceste occasion pour exécuter plus solennellement sa commission. Il leur exposa la teneur de cest arrest, mais avec une hônnesteté qui les désarma dez ce moment. Ils le prièrent de ne

(i) A. Lacroix, Invent. sont, des archives de la Drame, t. il, Série D, où l'on trouve les lettres patentes du roi Charles [X supprîiriant l'Université de Grenoble.

(î) Arrêt bieant inhibition à tous écoliers de l'univcrsitéde Valence, de quelque qualité et condition qu'ils soient , et à cause de fréquents désordres arrivés dans cette ville, de porter épée, dague ou poignard ou autre arme offensive, soit de jour, soit de nuit; défendant également le port d'armes aux habitants de la ville , à l'esception des nobles , d'aller la nuit sans lumière epri-s huit heures cl de se provoquer en aucune manière. — Pilot de Thorcjr , Inv. som., etc.. Série B, 204()-

DigmzcdbyGoOgle

faire nyacte, tiy formalité à leuresgard, et luv promirent qu'ils satisferoient respectueusement à ce que le Parlement exîgeoit d'eux. Le président obligea ainsy Albîgny et se servit de cestc occasion pour contenir chacun en son devoir. Lors mesme qu'il semble que le sage politique relâche des droits de la justice, il l'authorise et l'affermit.

Il receut presque en mesme temps des tesmoignages de l'estime et du souvenir du cardinal de Joyeuse (i), du duc de MoRtpensier, du mareschsl d'Ornano et de Villeroy par les prières qu'ils luy firent ou pour eux-mesmes, ou pour des personnes qu'ils protégeoient. Les grâces sont des loQanges pour ceux à qui elles sont demandées.

(i) Les Joyeuse ont joué un r61e importanl en France au seizième siècle. Le premier qui marque dans l'histoire est Guillaume , vicomte de Joyeuse, né au château da Joyeuse , en Vivarais. Il épousa Marie de Batamay, dont il eut sept fils ; Anne de Joyeuse , favori et beaufrère de Henri 111; FraB(ois. le cardinal-arcbevéque de Toulouse; Henri, connu dans sa jeunesse sous le nom de comte du Bouchage, puis sous celui de frère Ange ; Antoine-Scipion , grand prieur de Malte et commandant pour la Ligue en Languedoc, qui fut battu devant Villemur et se noya dans le Tarn, en i&çz; Geoi^e, TÎcomte de Saint-Dizier, mort en i585 ; Honorât, mon presque eu berceau; et Claude, tué avec son frère Anne, k la bataille de Coutras.

Lorsque Scipion eut péri dans le Tarn, son frère Henri, ou plutAt frère Ange, sortit du couvent des Cordeliers de Toulouse , où il avait pris le Iroc, pour s'emparer du commandement de l'armée de la Ligue, que son frère, le cardinal François, n'avait pas voulu aci-epter. Le 14 juin [^94, il traita avec Henri IV à des conditions avantageuses, fut nommé maréchal de France et obtint le gouvernement de Languedoc. Le maréchal Henri de Joyeuse vint à la Cour en iSgô et se plongea dans les plaisirs. Enfin, en 1399, il rentra dans le cloître et mourut dans une maison de son ordre, à Rivoli , près de Turin, en 1608, à rage de quarante-et-un ans. Sa mort fut attribuée à la fatigue d'£trc venu de Rome à pied. — Histoire véritalile de ce qui t'est patte à Thotote en ta mort du président Duranii , p- Sg. Toulouse, 1861. — B. de Xivrey, Lettres missives, t. iv, p. i5o.

i6o6 : tentative d'accommodement entte les communautés villageoise* et leur cifancien : la vériAcalion de nouveaux «^dits est repoussfe.

— BlacoDB reçoit l'ordre de vider le chtteau d'Orange : la place est reodue au prince. — Le préûdent Prunier descend à Orange où il est comblé dlioniwurs. -~ Arrêt de prise de corps contre Agar, ministre protestant. — La Chambre de l'ëdit, sur l'ordre du roi, est saisie de l'affidre. — Crimes de m^e ; François de Nobilîbus et Gabtid Castagne. — Criqfij est revftu de la charge de lieutenant du roi en survivance de LesdigulËres : les lettres de provision en sont vérifiées et publiées. - Éloge de Prunier par Expilty, avocat général.

— Anoblissement de Charles Ducros. - Beaumont Harlay, ambassadeur en Angleterrre, revient en France. — Sa femme tombe malade.

— La présidente d'HIins, sa mère, se retid à Paris. — Duel du baron de Sassenage avecCoromiers-Morges. — Commencements du collège de Vienne. - A l'occasion du baptême du Dauphin, le Parlement prend la résolution de demander au roi la réunion de la Bresse et du Buge; au i>auphiiié.

L'année mille six cent six commeoça par une tentative d'accommodement entre les mmmunautez villageoises, et leurs cràncîers. Brosse (i) eatoit à Grenoble ob Lesdi-

(i) Continuons le récit de sa vie. Vers le milieu du règne de François I", le tiers-état du Dauphiné adressa une requête à ce prince pour lui demander que la taille cessât d'éirc personnelle et devînt réelle : on se rappelle en effet que lors de l'établissement de la taille, comme impai annuel et perpétuel, la noblesse el le clergé prétendirent en être

guiéres luy avoit recommandé de l'attendre dans l'espérance de pouvoir trouver avec l'ayde du président des moyens de régler leurs différens. Mais après quelques conférances tant de dîfiîcultezse présentèrent qu'ils virent bien qu'il falloit une authorité souveraine pour les surmonter. On se sépara sans avoir rien &it de ce qu'ils s'estoient imaginé.

Peu de temps auparavant, lecomte de la Roche fut fait prisonnier par ordre du Roy. Marthed'Amboise, sa femme, toucha le président de pitié. De sorte qu'allant à Paris au secours de son mary, il n'eut pas la force de luy refuser une lettre de recommandation pour le Chancelier. On n'a guère coustume de s'employer pour les criminels d'Estat, et le comte estoit accusé d'avoir des intelligences avec despuis-

eiempts. Celte préiention du tiers-état Eouleva de formidables orages. Alors intervinrent des airfiB, des règlements des conseils du roi, des transactions, mais en vain, car ils ne tranchèrent pas la question d'une façon précise. Cet état de choses dura jusqu'en i S8o. A cette époque, le peuple exaspéré par la résistance des premiers ordres eui recours )i l'insurrection. La répression fut terrible : Moirans fui emporté d'assaut le 38 mars i5tJo et la rfrolie étouffée dans le sang. Après cette malheureuse tentative, les conseillers du tiers-ordre comprirent qu'il fallait se renfermer dans les voies légales; Alors toutes les communautés réunies en assemblée générale, en i5S8, arrêtèrent de se choisir un syndic et de lui donner de pleins pouvoirs. Ce syndic fut Claude Brosse, qui prit dès ce jour le litre de t syndic des communautés villageoises, n Ses premières démarches ne furent pas couronnées de succès ; malgré ses elTorts et ceux de Lagrange, Rambaud et Vincent, après plusieurs années de sollicitations , il n'obtint qu'un arrêt du 1 5 avril 1 602 qui laissait les choses dans le .statu quo. mais dont la dernière disposition déchargeait les roturiers d'une partie des arrérages des rentes échues de 1S88 A 1^97. — Rochas, Btog. du Dauph., t. I, pp i;9-i8o. — Ch Laurens , Le l'rocès des Tailles (1537-1639), p. 49- — Bulletin d'Arch. de la Drûme, J. Roman : La Guerre des l'aysana en Dauphiné (iSyg-iSHo}. M. Roman, un érudit iustemcnt estimé, a publié là un document du plus vif intérêt pour l'histoire de notre province.

DigmzcdbyGoOgle

sancesqui tomboientdans le cri'ne de lëze majesté Mais bien des choses sont permises aux hommes d'un mérite extraordinaire et d'une fidélité éprouvée qui seroient des crimes punissables à d'autres. 11 n'y avoit pas de magistrat qui fut plus avant que Saint-André dans les intérêts du Roy et de l'Estat qui sont toujours indivisibles et inséparables. Et c'est par ceste raison qu'il n'estoit pas amy des nouveautez qui ne tendoient qu'à avoir de l'argent

Il avoit esté présenté au Parlement, l'année précédente, un éJit qui créoit des regratiers et des vendeurs de sel en destail. La vérification en avoit esté recommandée au président, néantmoins elle n'aroit pas encore esté faite celie-cy, qu'il en fut présenté d'autres, auxquels il ne fut pas plus favorable, quelque recommandation qui luy en fut faitte. Par l'un, on prétendoit establir deux huissiers audienciers dans toutes les juridictions de la province. Le duc de Rohan en sollicitoit la vérification par Guidon qu'il avoit envoyé exprez. Le Roy luy avoit fait don des sommes qui viendroient de la vente de ces offices. Et par l'autre, un certain droit estoit imposé sur les cartes, les tarou et les dez au profht du Roy. Le procureur des Estats de la province s'estant opposé à leur vérification, ce fut un procez qui eut toutes lesqualittzdes procez et entre autres, la longueur et la dépense. Les intéressez furent contrains de désirer que l'on traittÂt avec eux. Le président, et tous les gens de bien avec luy, auroient consenty avec joye, pour l'intérêt des bonnes moeurs, à la publication de cest édit, qui, ce semble, condamnoit ces jeux si blasmables à une espèce de peine, si on ne s'y estoit proposé que d'en réprimer l'abus désordonné. Mais on n'y avoit pas une fin si noble.

Le prince d'Orenge ne trouva pas tous les esprits disposez â l'obéissance dans ceste principauté. Le président luy avoit conseillé de ne rien entreprendre sans avoir auparavant ap> pris qu'elles seroient les intentions delà cour de France, et de se soumettre à tout ce qui plairoit au Roy, n'y ayant pas

DigmzcdbyGoOgle

de moyen plus infaillible de sousmettre tous ses ennemis, que cesie aveugle soumission. Gouverner, amy intime du président, servit utilement le prince en l'affermissant dans ceste résolution de laquelle dépendoit le restablissementde ses affaires. En effet le Roy commanda à Blacons de vuider le chasteau d'Orenge qu'il occupoit ; et des françois et quelques suisses y entrèrent, le Roy s'en estant rendu le dépositaire. Mais ce ne fut pas pour longtemps. Non seulement la place fut rendue au prince, mais le Roy voulut aussy luy donner une femme dusang royal.

Le président l'en félicita, et quelque temps après descendant à Orenge, le prince l'y combla de tous les honneurs dont il se peut aviser. C'est ainsy qu'il s'expliqua de la vénération qu'il avoit pour une vertu à laquelle il reconnoissoit qu'il estoit obligé du bon succez de ses affaires. La ville d'Orenge avoit le président pour un de ses créanciers, et il y possédoit encore une maison et d'autres biens considérables et mesme spécieux. C'est pourquoy on nel'y regardoil pas comme estranger. Aussy le prince se fîott parfaittement à luy de toutes choses, et il ne croyoit pas qu'il y eut des mains où il peut mettre plus seurement ses intérêts que dans celles du président. Les luy recommandant « il le c prioit affectueusement, en luy rendant des effets de son c amitié, d'accroistre celle qu'il luy portoit luy mesme. > L*amitié establit une égalité entre les botnmesquin'abaisse pas les qualitez les plus éminentes, quoy qu'elle semble abaisser ceux qui les possèdent. Lesdiguières avoit esté dansl'indifférance entre le prince et Blacons et il nes'estoit déclaré pour le prince qu'autant que le Roy l'avoit désiré. 11 aimoit Blacons, mais il aymoit le Roy et son devoir plus que toutes les choses du monde. En effet y ayant eu un arrest de prise decorps contre Agar, ministre de Romans, il loUa le zèle du Parlement.

Ce ministre se disant faire la barbe, il luy estoit échappé, à ce que l'on disoit, de conseiller à celluy qui la luy faisoit de tacher de s'introduire chez le Roy. Et après il luy avoit

DigmzcdbyGoOgle

demandé s'il ne pourroit pas donner au Roy un coup de rasoir C'estoit une preuve commancée de son innocence, mais il demandoit d'estre renvoyéà la Chambre del'éditi i), et prétendoit que l'édit de Nantes ne permettoit pas au Parlement de le refuser Si est-ce que s'agissant d'un crime de tèze Majesté au premier chef, il y avoit des exemples qui apprenoient que ces accusations doivent estre jugées par tout le Parlement en corps, les Chambres assemblées, et non par une seule. Lesdiguières et le président consultèrent le chancelier sur ceste compétence. Le Roy s'en expliqua ; il voulut que ceste connoissance appartintà la Chambre de l'édit, et le chancelier ne dissimula pas dans la lettre qu'il escrivit en réponse au président, qu'ayantleu l'information, il ne trouvoit pas que i les dépositions fussent de grande importance. » L'événement du procez le fit voir.

On en instruisoit alors un autre, dont le jugement fut plus funeste à l'un des accusez. François de Nobilibus et Gabriel Castagne, tous deux religieux de l'ordre des conventuels de Saint François, y estoieni les principales parties. Ils estoient accusez de magie et de divers autrescrimes capitaux. Mais des personnes de première qualité les

<i) Ctuirbres mi-pariiea.— Chambres des parlements composées de protestants el de catholiques , et chargées de juger les procÈs entre Français de communion différents. Les chambres mi-partiei avaient été établies d'abord par le traité de Saint-Germain (1S70). L'édit de Poitiers décréta l'établissement de chambres tri parties , c'eel-à-dire comprenant un tiers de protestants et deui tiers de catholiques, auprès de chaque parlement du royaume. L'édit de Nantes (i5g8) institua en Guyenne, Languedoc et Dauphiné, deschambres mi-parties qui furent supprimées en 1679. — A. Chéruel, Die. hiit. , etc., t. i, p. 126. — De Bestard d'Estang , L^s Parlements de France, t. i, p. îBM. — Bulletin d'Areh. de la DrCme. Brun-Durand ; La Chambre de l'Édit de Grenoble, pp. 184-190. Année 1873. — Ce remarquable travail, qui mérite d'être signalé à l'attention des érudils, est dû à la plume d'un éciivetn aussi inftligable que c V. Corresp. inéd, de Prunier, a* 9.

DigmzcdbyGoOgle

croyoient inaocens, et Bullion passant à Grenoble, ils i'auroient par leurs discours fait entrer dans leurs sentimens. De sorte qu'il leur avoit tesmoîgné qu'estant arrivé ô la Cour, il ne négligeroit pas lec occasions de protéger ces malheureux Le Parlement jugea à propos de prévenir le Chancelier par le ministère du président(i)et par une naïve représentation de la syncéritë et de la probité de ceux qui avoient procédé à l'instruction du procez (2). Créquy estoit l'un de ceux qui avoient du penchant à les fevoriser. Il s'estoit rendu si agréable au Roy, et paroissoit si utile à son service, qu'il avoit esté, dez le commancement de ceste année, revestu de la charge de lieutenant de Roy dans la province, en survivance de Lesdiguières.

Il fut mesme dispensé de présenter ses lettres de provision en personne. Elles furent vérifiées et publiées en son absence. Ce fut sur les conclusions d'Expilly, avocat général,qui commença son discours par l'éloge du Parlement, qu'il soustint par celluy du premier président, Artus Prunier, seigneur de Saint-André, lequel, dit-il, «: tenant le < gouvernail du vaisseau, sage, docte, expérimanté et versé € en la connoissance de toutes les langues, et plus encore, a au maniement des affaires d'E^tat et de justice, fait voir « combien sa Majesté a pris soin de nous, l'ayant estably c premier président d'une si digne compagnie. » Cré" quy (3) avoit prié Saint-André, par une lettre, d'excuser

(1) V. Corresp. inid. de Prunier, lettre ta date du 11 août i6o5, n- i5.

(i> V. le long et curieux Rapport du parlemeot au chancelier de Bellièvre : Appendice XII.

(3) Ctfquy (Maivm de), l'une des plus anciennes bmilles de France, Était originaire de l' Artois. La Sirerie d'ofi elle tirait son nom était un petil village situé pris de Fruges. Elle remonte au IX' siècle, et s'est divisée en plusieurs branches qui ont fourni un cardinal, deui maréchaux de France, un général des galères el plusieurs évéques. La branche aînée, diie des sires de Créquy, se foadit en 1&43 avec la

DigmzcdbyGoOgle

son absence, et il luy en avoit dit les causes. Mais le Roy avoit tesmoigné par les siennes, aiissy adressées à Saint- André « le priant de l'assister en tout ce qui dépendroit de ï luy • l'estime qu'il faisoit de Créquy. c Vous savez au- € tant que moy, lui dit-il, les mérites et les services du « sieur de Créquy et combien il est digne et capable de « ceste charge, » En effet, le président satisfit en ceste occasion â ce qu'il devoit à la volonté du Roy, et aux grandes qualitez de Créquy. Les Chambres ayant esté assemblées pour sa réception, et celle des Comptes y estant, une difficulté se présenta. Ce fut que les provisions ne regardoient que le cas de la survivance, et que l'on appréhenda que Créquy ne voulut les estendreà d'autres. Mais Lesdiguières la surmonta. II engagea sa parole que Créquy ne feroît aucun acte de lieutenant de Roy qu'il n'eut une déclaration qui luy donnât un pouvoir plus estendu, pour l'exercice en casde maladie, d'absence ou d'autre légitime empesche* ment.

Le mérite de du Gros (il, qui fut depuis président en la Chambre de l'édit, luy acquit aussy en ce mesme temps, l'estime et la bienveillance du Roy. II estoit à la suitte de la Cour

maison de Bluichefon d'où sont sonis lesduca de Créquy et les princes de Poil , remplace ensuite dans leur principauté par la maîion de Noailles. — Créquy de Blanchefon el de Canâpies (Charles I" de), prince de Poix, gouverneur du Dauphîné, pair et maréchal de France, comte de Snult, fut substitué au nom et aux armes de Lesdiguières. Comme noua l'avons vu (V. note, p. iiï), il épousa d'abord, le 14 mars ■ SgS, Madeleine de Bonne, et à la mort de celle-ci, sa soeur consanguine Françoise de Bonne (3 décembre i623). Ses duels avec don Philippin, bitard de Savoie, sont demeurés célèbres, mais la bravoure qu'il déploya devant Pignerol cl dans la Maurienne (i63o), à la journée du "Tésin, où il défit l'armée espagnole (i636), est pour lui un plus juste titre de gloire. Il fut tué devant le fort de Brfme, en iû38. - Nouv.Biog, génir., t. xn, pp. 421-417. — Chorier, Hist. de ta vie de Charle» de Créquy de Blanckefiirt. Grenoble, 16^4. (1) Brun-Durand, Chambre de l'édit de Grenoble, y Ducros.

DigmzcdbyGoOgle

en qualité de syndic des églises de la religion P. R. et il s'estoit rendu digne de toute la faveur du chancelier. Par elle, le Roy l'annoblit ; et desjàil avoit toutes les qualitez de la noblesse morale. Le Chancelier le recommanda au président pour la vérihcation des lettres d'annoblissement. Ce qu'il luy escrivit est un éloge à du Gros qui peut ayder à former l'idée d'un parfait syndic. « Il y a quelques années, dit-il,

< que j'ay remarqué les actions et les déportemens du sieur c du Cros : je l'ay tousjours connu enclin et bien aSec- ( .tlonné à servir et s'employer à ce qui est du repos de la « province de Dauphiné, ayant esté choisy pour suivre le « Roy et le Conseil par ceux qui font profession de la reli- € gioQ P. R. pour y poursuivre et remontrer ce qui con- « cerne l'observation de ledit de Nantes. Je luy rendray

< ce tesmoignage que faisant sa charge loyalement et

< comme doit un homme d'honneur, il a acquis ce bon

< nom prez de sa Majesté, et les principaux du Conseil. 11

• se rend assez traittableâ ne s'obstiner pas trop à ce qu'on

• luy fait apparoistre estre contre la raison. Ce qui le fait

< aymer, c'est que ceux de laditte religion obtiennent plus

< prompte expédition et plus à leur contentement, comme e. est la volonté du Roy, qu'il leur soit fait bonne et « prompte justice. Nous avons eu cy-devant ceruins dépua tez qui se plaisoient à travailler le Conseil, par injustes « et par impertinentes demandes et poursuites, aigrissant

< continuellement cens des provinces qui les avoient déc putez. Comme j'ay blâmé leur aigreur, j'ay loQé et loQe a la modestie et dextérité d'esprit dudit sieur du Cros. v

Cette louange est un enseignement.

Beaumont Harley estoit de retour de son ambassade d'Angleterre, et l'honneur qu'il s'y estoit acquis avoît donné de la joye au président . Mais elle fut troublée par la nouvelle de la maladie de sa femme qui ayant voulu l'accompagner, avoit contracté dans ce climat estranger une maladie qui fit douter longtemps de sa vie. La présidente d'IUins, sa mère, dans la crainte de la perdre, courutâ son

DigmzcdbyGoOgle

— 209 -~ secours, quoy que Saint-André n'approuvât pas qu'elle entreprît un si long voyage, et en ce temps b si incommode : elle n'avoit pas de plus solide, ny de plus sage amy dans la province, où la guénson de sa Bile la renvoya quelques mois après.

La maison de Sassenage n'avoit pas aussy d'amy qui fut plus dans ses intérêts, Il fallut néantmoins que dans une occasion qui se présenta il fut à d'autres. Le jeune baron de Sassenage estant entré en combat singulier avec Gommiers Morges avoit esté blessé et estoit mort de sa blessure. Pauliane, frère de Gommiers, ne luy refusa pas d'aller demander sa grâce au Roy, mais ils avoient besoin de la faveur du président, leur parent, auprez du chancelier. 11 s'employa pour eux 1 1), et l'alliance ne luy permettoit pas de les abandonner : ils estoient de la maison de Morges- L'Espi ne et nés de Louise de la Colombière, sœur consanguine de Jane de la Colotnbière, mèredu président, qui de ce soin passa à un autre.

On avoit commancéà bastir une maison pour les jésuittes dans Vienne, mais comme elle estoit d'un grand dessein, elle ne pouvoit estre si tost achevée. Cependant les consuls leur offroient de les loger dans leurs anciennes escholes, et le président y fit consentir Richeome, leur provincial. Ge fut la consommation du traitté &it avec eux, et l'heure natale de ce collège. Lesdiguiéres voyoit ces e5;tablissemens sans chagrin, quoy qu'il ne doutât pas que c' estoient des forts qu'on élevoit contre les progrez des nouvelles opinions dans la religion. C'estoit un préjugé de l'abjuration qu'il endevoit faire un jour. II partit levingt quatriesmedumois d'aoust pour la Cour. Mais le Parlement et la Chambre des Comptes sestoient assemblez, en sa présence, quelques jours auparavant. La délibération y avoit esté prise de se servir

(i) V, en ce qui concerne le duel du baron de Sassenage a' mierï-Morges : Corretp. inid. de Prunier, lù mars iûo6, n"

DigmzcdbyGoOgle

de l'occasion du baptestne du Dauphin, pour demander au Roy l'union de la Bresse, du Bugey, de Gex, de Veromey et de Vaud au Dauphiné, puisqu'ils tenoient lieu du marquisat de Salusses, qui estoit un fief qui en dépcndoit. La demande estoit bien fondée, mais le temps ne luy estoit pas propre, et souvent le succez des affaires n'est pas l'ouvrage de la prudence, quoy qu'on le luy attribue tousiours dans l'ignorance où nous sommes des causes.

i6a6 : le prÉsident Jean delà Croix de Ctievriires, les conMillers Bo-

queron et le Maistre, le procureur général Du Faurc et Eipilly sont les députés du Parlement , et Pasquiers celui des États, — Mort de Choliier, visénéehal de Montélimsr. — FrançoiB Fléard meurt à Tullins, le i5 septembre. -~ Novembre 1 6oG, les députés du Parlement arrivent à la Cour, qui se trouvait alors à Fontainebleau. — Discour» de Chevrières au roi : son argumentation à propos, de la réunion projetée. — Arrivée des députés du parlement de Dijon. — Vive discussion soulevée à l'occasion du marquisat de Saluces. — Chevriires est nommé à l'évfché de Grenoble. ~ Amitié du procureur général Du Fsure pour Prunier.

Ce dessein estoit généreux et loUable : le Roy en fut averty et ne le blasma point. Il désira seulement que le président la Croix Chevrières et Expilly, qui se trouvoient alors à la Cour, fussent du nombre des députez. Saint-André estoit presque le seul qui n'applaudissoit poi:it â ceste entreprise et qui n'en espéroit rien de favorable, comme s'il eût pénétré dans l'avenir. Le président de Chevrières, les conseillers Boquéron, et le Maistre, le procureur général Faure et l'avocat général Expilly furent les députez du Parlement, et Pasquiers le fut des Estats delà province. D'abord que Lesdiguiëres fut arrivé à la Cour, qui estoit à Fontainebleau, il escrivit à Saint-André qu'il les attendoit, et qu'il espéroit beaucoup. > En tout cas, luy dit-il, nous ( ferons voir le désir que nous avons de procurer du bien ( et de l'avantagea nostre patrie. > Avant qu'ils se missent en chemin , CboUier, viséneschal de Montélimar,

mourut. Le président, qu'il avoit servy en plusieurs occasions, luy avoit rendu souvent de bons offices, et ce ne fut pas sans quelque ressentiment de déplaisir qu'il en apprit la mort. Ces charges estoient de la nomination des gouverneurs qui en donnoient les provisions à qui bon leur sembloit. Le président considéra que s'il obtenoit celle-cy pour Basemont, son gendre, elle luy faciliteroit l'entrée à déplus hautes, par les connoissances et par l'expériance qu'il y acquerroit. C'est pourquoy il en fit la demande au comte de Soissons et engagea mesme le chancelier à l'appuyer de son crédit et de sa faveur auprès du prince. Mais depuis il changea de volonté.

François Fléard, évesque de Grenoble que son âge et ses maladies arrestoientàTulIins, mourut le vingt cinqutesme du mois de septembre. Les députez n'estoient pas encore partis : tellement que l'avis en fut porté au Roy et au chancelier par l'huissier La Serve que le Parlement et les commis des Estats du pays firent partir eiprès pour cella. Le Roy, avoit, dez l'an mille cinq cent quatre vingt dix huit, déclaré par un brevet qu'il vouloit, qu'après la mort de cet évesque, le comte de Clermont fût pourvu de l'évesché. Mais ceste prévantion n'estoit pas dans les formes, et il falloit que le Roy le nommât par un autre brevet qui fût sans vice. Le président tacha de persuader au Chancelier qu'il ne se pouvoit pas faire de choix plus utile, ny plus agréable au diocèse, et à la province, aux Estats de laquelle l'évesque de Grenoble estoit en possession de présider. Le comte de Clermont et le président estoient unis d'une estroitte amitié, etceiluy-cy, quand il avoit l'occasion de rendre de bons offices à ses amis, n'attendoit pas d'en estre prié. Cependant les députez partirent et une maladie contagieuse ayant fait sortir le Roy de la capitale du royaume, dont il aymoit le séjour, ils arrivèrent au commencement du mois de novembre à Fontainebleau oti la Cour estoit venue. Lesdiguières les présenta au Roy, ô la Reyne, et au Dauphin. Chevrières portoit la parole, et, dans sa bouche,

elle avoît une grâce qui plaisoit, et une force qui persuadoil. Il estoit savant, spirituel, éloquant et hardy. Il eut premièrement la liberté d'entretenir la Reyne du sujet de sa commission : il fit un compliment au Dauphin qui plut au Roy, à qui Montglas en fit le récit. Deux jcurs après, il eut audiance du Roy et il se surmonta. Son discours fut solide et fort. Il représenta que le marquisat de Salusses (i) estant un fief de Dauphiné, les pays que le duc avoit donnés pour se le conserver, en avoient pris la nature. Que s'il avoit esté rendu, la Bourgogne ne l'auroît pas disputé au Dauphiné et que la Bresse luy ayant esté subrogée ne le pouvoit non plus estre. Que les pays acquis par cest eschange l'estoient nécessairement au Dauphiné, n'y ayant pas moyen de douter que par ceste subrogation, toutes les qualitez du marquisat ne leur eussent dez lors esté nécessairement imprimées. Qu'il avoit esté réuny au Dauphiné, dez l'an mille cinq cent quarante sept, de sorte que depuis, ces deux principautez n'avoient composé qu'un corps, qu'il n'y avoit pas apparence qu'une usurpation qui avoit si peu duré, n'ayant pas d'effet pour le prince qui l'avoît faitte, en eut contre le Dauphiné à qui elle avoit esté faitte Qu'en eSet les sentimens des ministres s'estoient si bien rencontrez en ce point, avec les prétentions, que les papiers terriers, et les registres qui concernoient le domaine de ces pays-là, avoient tous esté mis dans les archives de la Chambre des Comptes de Grenoble, où ils estoient encore avec ceux du marquisat Qîi'il estoit juste que ceux-cy n'en sortissent que les autres n'y demeurassent à perpétuité, et n'y fussent le tiltre du mesme droit sur la Bresse dont ils estoient le suppôt sur le marquisat. Que le Dauphiné ayant soustenu tout le poids de la guerre contre la Savoye, on ne croyoit pas que le fruit de tant de sang qu'il avoit versé, et de tant de despenses qu'il avoit souffertes, fut le déplaisir

DigmzcdbyGoOgle

de se voir privé d'un honneur qui luy appartenoit; et de n'avoir combattu durant si longtemps, que pour la Bourgogne. Et enfin que l'intérest de cest auguste Dauphin qui faisoit les dé'ices de ia France et celluy du Dauphiné estoient inséparables, ceste province ne pouvant rien perdre qui ne fut nécessairement une perte à son prince. Quoy que le Roy fut desjà déterminé, ce discours solide et grave l'ébranla. Il l'écouta avec une attention qui le fit connoistre, et il respondit aux députez qu'il leur savoit gré de la part qu'ils prenoient aux intérêts de son fils, qui en ceste occasion estoit le seul intéressé ; et que cependant ils pouvoient retourner à l'exercice de leurs charges où il les jugeoit nécessaires. 11 ajotjsta que Lesdiguières leur diroit son intention à son retour dans la province. Mais ils creurent qu'il leur estoit nécessaire d'avoir une response par escrit, pour f:iire voir à leur Compagnie, et à toute la province qu'ils navoient pas manqué à leur devoir. Et certes il le falloit ainsy. C'est pourquoy ils s'en expliquèrent â Sillery, garde des sceaux, qui leur conseilla de présenter requeste au Roy, ce qu'ils firent, et la response qui leur fut faîtte par écrit fut la mesme que le Roy leur avoît foïtte de vive voix. Les députez du parlement de Dijon n'eurent pas à combattre pour la victoire. Ils l'avoient desjà gagnée, quand ils arrivèrent. Néantmoîns le Roy leur dit que les Dauphinois avoient de bonnes et fortes raisons. Mais, dans l'audiance qu'ils eurent, ils leur opposèrent celles-cy : que le Roy leur avoit donné la Bresse, que l'on doit du respect aux dons des roys et que c'est l'avoir perdu que vouloir les anéantir, que la Bresse estoit contîguë à la Bourgogne et que le roy François premier s'en estant rendu maistre, l'an mille cinq cent trente six, l'a luy avoit unie par la raison de ceste contiguïté ; et que c'estoit un célèbre préjugé. Ils ajoustèrent que si ce marquisat avoit esté un fief de Dauphiné, le Dauphiné avoit esté aussyun membre du royaume de Bourgogne. 11 estoit bien aisé de respondre à ces objections.

DigmzcdbyGoOgle

En effet pour celle qui se tire de la situation, le Dau. pbiné n'est séparédu Bugey^ et de la Bresse que par le Rbosne, et ce que fit le Roy François I n'est pas un exemple propre à ce sujet. Le Daupbiné n'avoit pas alors perdu le marquisat, et la Bresse ne luy avott pas esté subrogée par un escbange. Quant au royaume de Bourgogne, Vienne en estoitla ville capîule et le Daupbiné est la vériuble Bourgogne. Le Cbancelier, le garde des sceaux, Villeroy, Sully, du Fresneà qui Sainl-Andréenavoitescrit,et bien d'autres des plus sages et des plus éclairez du Conseil estoient dans un sentiment favorable au Daupbiné. Mais il ne plut pas au Roy de révoquer, en se rétractant, la grâce qu'il avoir aittc à la Bourgogne. C'estoit ceste considération qui ne permettoit pas à Saint-André de rien espérer. Il savoit que la rétractation est une preuve de fbiblesse, et que les grandes âmes ne prennent pas plaisir d'avotier qu'elles en ayent, et qui se rétracte, l'avoue. La Reyne qui ne faîsoit pas ceste réflexion, voyant que ceste affaire prenoit un mauvais pencbant, ne fit pas aussy difficulté de dire à Chevriéres qui l'en entretenoit, qu'il y avoit quelque secret obstacle, qu'elle ne voyoit pas, et quelque raison qu'elle ne pouvoit pénétrer. Et cest obstacle, et ceste raison estoient que le Roy estoit persuadé qu'il y alloit de son honneur de ne pas destruire son ouvrage : ce qu'il ne pouvoit faire sans éclat. Mais elle promit alors positivement à Chevriéres que s'il arrivoit qu'il n'eut pas la satisfaction qu'il espéroit, du moins le Parlement de Bourgogne n'auroit pas celle d'obtenir aucune confirmation du don qui luy avoit esté faitau préjudice du Daupbiné. Voilà quel fut le succez de ceste négociation que le président avoit si sagement prévu.

Mais Chevriéres n'avoit pas porté ce seul dessein à la Cour. Il avoit celluy d'acquérir au Parlement de Grenoble la jurisdiction du Lyonnois, et des deux provinces qui sont de son gouvernement, s'il ne pouvoit pas luy procurer celle de la Bresse. Il le rouloit dans son esprit depuis longtemps, el il s'en estoit mesme ouvert à quelques uns de ses amis.

DigmzcdbyGoOgle

mais il n'en avoit pas fait confidence à Saint-André, parce qu'il savoit combien il estoit ennemy des nouveautez. Il prétendoit pour le faciliter y Élire trouver au Roy plusd'un million de livres par la créalion de nouveaux offices, et fwr la creue des anciennes charges. Le procureur général en avertit le président et luy demanda le secret. Le Roy goustoit fort l'esprit de Chevrières Ce ne luy estoit pas un médiocre avantage pour le succez de ses entreprises. Rien ne le rebutoit, rien ne le lassoit. De sorte qu'il n'y avoit point de difHcultez qui ne cessassent de l'estre, quand il s'appliquoit à les vaincre. Je nu doute pas qu'il n'eut réussy dans ce projet, si une autre pensée n'eut tourné son esprit ailleurs. Le comte de Clermont avoit fait des démarches qui l'esloignoient de lépiscopat. Sa conduitte fut le degré qui y éleva Chevrières.

Lesamys Jjcelluy-cy luy persuadèrent dépensera l'évesché de Grenoble, l'estans eux-mêmes que pour peu qu'il agit, le Roy ne le refuseroit pas A un savoir éminent et à une vertu irrépréhensible. Chevrières estoit recommandable, autant que nul autre, par ces deux qualitez de savant et de vertueux. En effet le Roy le nomma, et le Pape, A qui il n'estoit pas inconnu, receut ceste nomination avec plaisir. 11 félicita de ce choix lÉglise de Grenoble. Souvent ceux qui ont esté le plus avant dans le monde sont les plus utiles dans le sanctuaire. II s'estoît élevé par luy-mesme à une haute considération dans le Parlement, et il comman- Çoit à s'y former un party en sa faveur contrel'authorité du premier président qui, toujours égal à soy-mesme, voyoit ses secrètes menées sans les craindre et sans se troubler. Mais le procureur général du Faure estoit entièrement à luy et à la vérité il ne cessoit de l'informer de tout ce qui se passoit et d'en publier les excellentes qualitez. C'estoit par ce fidelle amy que le président voyoit et entendoit toutes choses. La syncère amitié unissant les esprits, unit aussy les intérêts: elle fait qu'aux yeux de ceux qu'elle unît, il n'en parait ja' mais deux différens.

Page 1