‹ Vie d'un compositeur moderne, 1802-1861Chapitre 4 sur 22 · I. Cet article est ainsi conçu · texte numérisé non relu

I. Cet article est ainsi conçu

« Toutes personnes qui, nées en pays étranger, descendent, en quelque degré que ce soit, d'un Français ou d'une Française expatrié pour cause

à Louis Niedermeyer, après son établissement en France, non de demander la naturalisation, par laquelle tant de familles étrangères sont devenues françaises, mais bien de faire reconnaître ses droits de citoyen français. Cette reconnaissance résulte de la revendication adressée le i5 avril 1848 au maire du I" arrondissement de la ville de Paris, qui en a donné acte, par laquelle Louis Niedermeyer € réclame pour lui et ses descendants la qualité de citoyen français, ainsi que la jouissance, sans aucune exception, de tous les droits civils et politiques qui y sont attachés, sollicitant qu'il lui soit donné acte de la demande formelle qu'il fait que son nom soit immédiatement inscrit sur les contrôles de la garde nationale, et porté sur la liste des électeurs du département de la Seine, appelés à prendre part aux prochaines élections pour la formation de l'assemblée nationale. >

On voit que cette demande était produite au .moment où les troubles de 1848 rendaient le concours des hommes d^ordre utile au pays.

Deux religions ont été suivies par les ascendants : la religion catholique a été celle des Niedermeyer jusqu'au commencement de ce siècle. Le compositeur

de religion, sont déclarées naturels français, et jouiront des droits attachés à cette qualité, s'ils reviennent en France^ y fixent leur domicile et prêtent Iç serment civique. »

La "Maison paternelle.

et ses enfants ont été élevés dans la foi protestante. Le mariage de son fils, a,, suivant les lois de l'église romaine, rendu ses enfants à cette communion, qui est celle de leur mère.

Le berceau des Niedermeyer est la Bavière : les documents restés entre nos mains ne remontent qu'au dix-septième siècle. A cette époque, la famille appartenait à la noblesse du pays, et y possédait des fiefs dont, suivant l'usage établi, les noms s'ajoutaient au nom patronymique.

L'orthographe du nom a varié : elle est dans cër- • tains actes, Niedermayer, Niedermayr ou Niedermaïer, et elle devint définitivement Niedermeyer.

Les fiefs ou domaines étaient Altenbourg, Fagen et Singenbach; ils étaient joints au nom par les prépositions von et zu.

Ils furent successivement aliénés. Fagen disparaît \ \ du nom de famille en lôçS, et il en fut de même ae Singenbach vers 1770. Altenbourg appartenait encore avant i83o à Joachim-Adam-Charles qui le céda à la famille de HofFstetten.

Le grand- père du maître dont nous écrivons la biographie, Charles-Antoine Sigismond, baron de Niedermeyer d'Altenbourg et de Singenbach, eut trois enfants, issus de son mariage avec Marie- Léo* poldine de Spitzl, savoir, deux fils :

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r Joachim- Adam-Charles, né le lo mars 1766;

2"" Georges-Michel, né le 20 décembre 1767;

3^ Et une fille, Marie-Berthe, qui fut mariée à

f Co^^x^ Françoisrde Welter.

' ^ A la mort de leur père, survenue le 16 mars 1780,

Joachim-Adam-Charles avait quatorze ans, et Georges-Michel était dans sa treizième année.

Leur mère, fille de Christophe de Spitzl d'Eberstall, et de Françoise Pélagia, baronne de Serenck de Narzing, tenait à maintenir haut les traditions des deux familles. Afin de donner plus de grandeur et d'opulence à son fils aîné, elle décida que le cadet s'effacerait devant lui : elle exigea donc, en 1787, qu'il prononçât ses vœux dans un couvent de bénédictins, où il avait été placé pour son éducation.

Georges-Michel ne se sentait aucune vocation pour l'état religieux, et ayant pressenti qu'il ne pourrait vaincre la détermination de sa mère, il avait épargné un petit pécule dans la prévision d'une rupture. Il redoutait qu'on le maintînt enfermé dans le monastère où il avait déjà subi une longue réclusion, et il s'enfuit à Genève qui était un lieu de refuge et de liberté.

Très heureusement doué, Georges-Michel avait reçu chez les bénédictins une instruction complète qui avait été poussée dans le domaine des beaux-arts;

La Maison paternelle.

il était bon musicien, et jouait du clavecin et du violon. Il mit ses talents à profit, et quand ses maigres ressources furent épuisées, il vécut du produit de leçons de musique.

Jamais il ne voulut rentrer en Allemagne, où il avait passé tristement ses belles années de jeunesse, et souffert de la violence. Il accusait son frère aîné d'avoir encouragé les desseins de sa mère, et il ne voulut pas le revoir. Cependant ce frère lui fit passer plus tard une part de l'héritage maternel ; l'exil devint moins dur, et la Suisse resta le pays d'adoption de Georges-Michel.

Cette rupture, entièrement consommée avec son pays, y laissa ignorer complètement ce qu'il était devenu; c'est pourquoi à VAdelsbuch des Kœnigreichs Baierfiy publié à Munich en i8i5, aucune mention n'est faite de lui, et Joachim-Adam-Charles, baron de Niedermeyer d'Altenbourg, devenu écuyer du roi et conseiller royal, y figure seul, comme chef de la famille.

Les traces de Georges- Michel ayant disparu en Allemagne, Rietstap donne la famille comme éteinte, car, après Joachim-Adam-Charles, elle n'eut plus de représentant au pays d'origine. Celui-ci mourut en 1882, et il avait testé en faveur de ses neveux de Welter. Son frère Georges-Michel l'avait précédé de

trois ans dans la tombe, et le fils de ce dernier, Louis Niedermeyer, devint chef du nom et des armes.

Le jeune maître était déjà connu, nous pouvons même dire célèbre, par ses compositions musicales; il se contenta du renom qu'il devait à ses œuvres, et il ne prit pas le titre qui lui revenait à la mort de son oncle.

C'est ainsi que les vœux de Marie-Léopoldine de Spitzl, baronne de Niedermeyer, en faveur de son aîné furent déjoués par les événements. Si le fils privilégié occupa une haute position et fut revêtu de dignités à la cour de Munich, le désir de la mère d'assurer la fortune de la branche aînée au détriment du cadet ne fut pas rempli. Les biens de famille ne suivirent pas ceux qui portaient le nom; bien plus, la préférence qui lui fit sacrifier Georges-Michel eut pour conséquences l'expatriation de la famille,'iet la rupture des traditions qui, depuis plusieurs siècles, la maintenaient auprès du trône de Bavière. Non seulement sa descendance changea de nationalité et suivit une voie toute différente de celle tracée par ses ancêtres, mais, en outre, elle embrassa une autre religion.

Georges-Michel avait gardé un souvenir pénible de son séjour au monastère, et sa rancune s'était étendue aux religieux qui, favorisant les intentions

La liaison paternelle.

maternelles, avaient tenté d'exercer une pression sur lui, dans le but d'en faire une recrue à l'ordre de Saint Benoit. Il n'en demeura pas moins fidèle à la foi catholique, mais ayant souffert de l'intolérance, il voulut laisser aux siens pleine liberté.

Au moment de son mariage avec une protestante, l'usage alors établi avait amené un accord par lequel les fils devaient suivre la religion du père, et les filles celle de la mère. Cette dernière, dont les ancêtres s'étaient exilés pour conserver leur foi et leurs croyances, était fort attachée à la doctrine de Calvin ; au moment de sa première communion, Louis Niedermeyer préféra suivre la religion de sa mère. Georges-Michel, qui ne voulait pas opprimer à son tour la conscience de son fils, ne fit pas d'objection quand, après des entretiens sérieux, son éloignement des idées catholiques lui fut démontré. Bien que le père ne s'en fut jamais ouvert à lui, car il ne consentait pas à parler des circonstances qui avaient amené sa rupture avec sa famille, l'enfant n'ignorait pas le séjour au couvent et les tentatives faites pour imposer l'état religieux ; sans doute l'impression res- ^ ^ y

sentie l'éloigna du catholicisme. '

Le plus souvent, les abus entraînent un résultat tout opposé à celui qui était inconsidérément ou fanatiquement poursuivi; les persécutions tournent

toujours ceux qui en sont victimes du côté opposé à celui qui est visé par les oppresseurs. Une vocation que l'on veut forcer détourne de la religion au nom de laquelle la coercition cherche à s'exercer, et une religion qu'on persécute grandit avec les violences intentées à ses adeptes.

Donc Georges-Michel s'expatrie pour se soustraire à la vie monacale, et il ne Quitte plusj[sa nouvelle patrie ,d'adoption^ ca^ d/utyt/^^'^^^^ -

Après douze ans de séjour à Genève, en 1800, et à l'âge de trente-deux ans, il épousa, à Nyon, Louise- Charlotte Baylon, d'une famille originaire de Montélimar, réfugiée à Lausanne à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, et admise à la naturalisation suisse le 21 mai 1701.

De son mariage avec Louise-Charlotte Baylon, Georges- Michel eut trois enfants :

r Louis- Abraham, né à Nyon le 27 avril 1802;

2° Caroline, épouse de Jérôme Piccioni;

3° Louise, morte encore jeune.

Il prit de son beau-père la direction de la manufacture de faïences de Nyon, la garda pendant nombre d'années et il y perfectionna les procédés mécaniques et chimiques. Il céda ensuite cette industrie qui est encore en pleine prospérité dans la même petite ville.

La 'îMaison paternelle.

La fabrique avait de la réputation; elle décorait la faïence et la porcelaine, dans le goût en faveur à la manufacture royale de Sèvres. Quelques-uns de ses produits, d'une pâte légère, figurent dans quelques collections, et plusieurs pièces sont classées au musée de Sèvres; nous en possédons deux ou trois échantillons. Le vieux Nyon, telle est sa désignation, était marqué d'un poisson, emblème des armes de la ville.

Georges-Michel Niedermeyer conserva la maison et les bâtiments où étaient installés les ateliers, et ceux-ci furent transférés sur la route des Rousses. La propriété des Baylon resta la résidence de Georges- Michel : elle était située à une extrémité de la ville, sur la route de Lausanne, et son vaste jardin s'étendait en bordure sur le lac. Un petit port, qui servait à la réception des matières premières et à l'expédition des marchandises, donna abri à des embarcations de plaisance, et c'est là que le futur maître prit des goûts de navigation à la voile, qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie. La propriété fut vendue en 1884; elle a été morcelée, et trois villas ont été construites sur son emplacement.

La famille était nombreuse, et s'était augmentée par des adoptions; sous des dehors rudes et brusques, Georges-Michel cachait un excellent cœur, et

il avait recueilli sous son toit les enfants d'une sœur

// /iul/yi4 ^ 9 ^^^^ ^^ ^^ femme, ^ ceux d'un de ses beaux-frères qui /.

'* ' tous deux avaient éprouvé des revers de fortune!

La première, Louise-Marie Baylon, avait épousé en 1790 un gentilhomme de Montpellier, Jean- François-Lubin Imbert de Saint-Brice, lieutenant de connétablie, qui périt sur l'échafaud pendant la tourmente révolutionnaire. Après avoir émigré avec ses enfants, elle reçut l'hospitalité de Georges - Michel, et sa sœur et son beau-frère devinrent les seuls soutiens de ses deux fils, Paul et Pêne Imbert de Saint-Brice.

A côté de ces deux jeunes gens, et au milieu des trois enfants de Georges-Michel, étaient encore trois cousines, Louise, Marie et Henriette Baylon. Leur père s'était ruiné dans des entreprises agricoles, et à sa mort, les trois orphelines, déjà privées de leur mère, vinrent prendre place au foyer de leur oncle.

La vie de Georges-Michel était heureuse au milieu de cette nombreuse famille; il avait gagné l'affection et l'estime de ses voisins, sans toutefois devenir lei^r concitoyen, car, de même qu'au milieu des siens, tous protestants, il garda la reHgion catholique, il conserva aussi sa nationalité de naissance sans rechercher la bourgeoisie de Nyon. Il ne paraissait pourtant guère

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aimer ses vrais con>patriotesy car lors de l'invasion de 1814, contraint de donner logenvent à des troupes atletnarideà, i\ leur montra une telle rudesse qu'il faillit s'attirer un mauvais paftî.

Il mourut le 3 décembre 1839, après avoii^ ea te satisfaction de vofr tes prerttiers àuccès de son filis dans la composition musicale'.

Louis-Abrahani montra: en effet dès son enfante des' dispositions remarquables? et un goût ardent pouf la musique. Son père, imbu des sentiments» artistiques particuliers à la race allemande, encourage* vivement ces ten(ïances,etkienseigna'ce qu'il savait'. L'élève proclamait volontiers qu'il avait eu son père pôtir premier maître ; c'est ce qui- fit dire à certains biographes que Georges-Miehel était lui-même at*tisté. Nous avons vu qu'il n'exerça- cet art que dans une passe difficile, et pour en tirer des ressources; iV jouâif diï clavecin et du violon,- et connaissait les notions dé' ^'harmonie. Pendàttt plusieurs années, il dorttta des leçons à Genève',- mais? jamais il ne se livra â la' compositSôîA-.

A- dix-sept ans, après avoir^ fait seà cîlasses ati collège dé Nyori et dans une iristîtution dé Genève, dé* sireux de se vouer tout entiéKau3^ études ihusitalë^, Louîâ Niedermeyer obtînt dé sott i^êfe raUtbrisation d'aller les entreprendre dans uri pays'offrant plus de

ressources que la Suisse. Georges-Michel, n'ayant pas oublié ses anciens ressentiments, ne voulait pas entendre parler d'un séjour en Allemagne où florissaient alors tant de grands maîtres. Cependant il consentit au choix de Vienne pour résidence de son fils. Celui-ci y resta deux ans, et se rendit ensuite à Rome, à Naples et à Paris.

Il était revenu auprès de son père quand la mort le frappa le 4 décembre 1829, et il continua à habiter la maison de Nyon avec sa mère et sa plus jeune sœur. Le 26 octobre i83i, il se maria avec Jeanne- Suzanne-Charlotte, fille de fieu^ Charles-Pierre des Vignes de Givrins et de déftmte Judith-Jeanne-Henriette de Tournes; cette alliance apporta à Louis Niedermeyer une fortune fort belle, pour l'époque, et elle Tapparenta avec Taristocratie des cantons de Vaud et de Genève.

Le jeune maître avait déjà marqué sa place parmi les compositeurs en renom dans la première moitié de ce siècle, et ses petits-enfants, s'ils pouvaient tirer quelque vanité de leurs ancêtres, seraient surtout fondés à se glorifier de descendre d'un artiste distingué par son talent et son génie, comme par la noblesse de son caractère.

La célébrité que son mérite valut à son nom doit avoir plus de prix aux yeux de ses descendants que

La Maison paternelle.

les liens qui rattachent leur naissance à d'anciennes et grandes familles.

C'est par leur aïeul, Louis Niedermeyer, que le nom vivra, car il demeure attaché à des œuvres qui, après avoir charmé les contemporains, seront goûtées des générations futures. ■

Marie-Léopoldine de Spitzl, baronne de Niedermeyer, ne recherchait pour l'aîné de ses fils que la grandeur locale par la fortune et la situation à la cour de l'électeur de Bavière. Ces honneurs étaient appréciables, mais leur éclat fut passager. De ces chambellans, de ces écuyers et de ces conseillers royaux, il ne reste qu'une nomenclature généalogique dont l'intérêt n'existe que dans d'étroites limites. C'est par le fils de celui qu'on voulait ensevelir dans un cloître que le nom s'est fait connaître dans toutes les parties du monde où pénètrent les productions du talent.

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