ET PREMIERS DÉBUTS
La biographie de Louis Niedermeyer, publiée dans V Illustration musicale de 1868, résume ainsi sa carrière :
Parmi les maîtres véritablement dignes de ce nom qui, dans leitr carrière laborieuse et bien remplie, ont su conquérir et QOi^^erver l'estime et la sympathie de tous, Louis Niedermeyer, de raccord gépérs^, se place au premier rang. Sa vie fut vouée à un travail de tous les instants, et, à côté de celles de ses œuvres qui, applaudies par le public, lui donnèrent de bonne heure la célébrité de son nom, il accomplit une tâche noble et iréritablement utile, en consacrant bien des efforts à une branche de Tart trop négligée parce qu'il n'en résulte ni brillant éclat ni fortune. Les ouvrages dramatiques et les mélodies de Niedermeyer eussent sufâ pour mener son nom à la postérité; ses compositions religieuses, ses travaux pour l'amélioration de la musique des Églises, ses peines et ses sacrifices pour la fondation de l'école de musique religieuse, sont pour lui d'autres titres de gloire et lui donnent un droit réel à la reconnaissance de l'avenir.
i6 Vie d'un Compositeur moderne.
Après avoir reçu de son père les premiers principes de son art, entraîné par la passion pour la musique qu'il tenait de ses dispositions naturelles, il voulut poursuivre son éducation musicale auprès des grands maîtres. Pendant deux ans de séjour à Vienne, il perfectionna l'étude du piano par l'enseignement de l'illustre Moschelès, et il travailla l'harmonie et la composition sous la savante direction de Forster. Au premier de ces maîtres il dut les qualités d'exécution et de style qui distinguaient alors l'école allemande, et le second lui donna la connaissance parfaite du contrepoint et de la fugue.
De Vienne, Niedermeyer se rendit à Rome en 1820, et il continua à étudier avec Valentino Fioravanti, maître de la chapelle pontificale. Il trouva auprès de lui, dit M. Fétis, une bonne direction pour l'art d'écrire la musique vocale, art très négligé dans les écoles d'Allemagne et de France.
Après un an de séjour à Rome, le jeune artiste partit pour Naples où il s'appliqua, guidé par les leçons de Zingarelli, à compléter et à perfectionner ses études antérieures. Dans cette ville, il se lia avec Rossini qui conserva toujours pour lui une grande amitié, et pour son talent une parfaite estime. Encouragé par le maestro auquel il soumettait ses essais, il écrivit un petit opéra, // reo per amore qui fut
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représenté sur le théâtre del Fundo. Cet ouvrage obtint quelque succès, selon le dire des témoins de ce début; mais plus tard, il n'était considéré par l'auteur, juge sévère de ses oropres œuvres, que comme
un péché de jeunesse/ p ne reste pas trace en France/' - >
du corps du délit : on ne peut donc iTIgeFce qu'il mé- / ^ (M^^ ritait d'indulgence, commis par un jeune homme de vingt ans.
Nous pouvons dire que la partition avait obtenu l'approbation de Rossini avant d'être portée au théâtre. Le jeune compositeur était plein d'admiration pour le maestro qui, quoique plus âgé de dix ans, le traitait en camarade, et il lui soumettait tout ce qu'il écrivait. Lui portant un jour un des principaux airs du petit ouvrage, qu'il avait beaucoup, et peut-être, trop travaillé, il trouve Rossini se disposant à une visite chez une grande dame et fort occupé de sa toilette.
Tout en se rasant de près, en ajustant sa cravate, en revêtant le gilet de cachemire à grands ramages dont il conserva toujours la mode, le maître commence la lecture du morceau et la finit en des- ^ cendant l'escalier, -j- Près de passer la porte, il rend / le papier à Niedermeyer et lui dit que sa composition ne vaut rien. — Vous jugez bien vite et sans regarder, dit l'élève un peu vexé. — Tu crois cela, eh bien,
ri
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écoute. — Et il lui chante tout Tair. — Tu vois, même dite par moi, elle est terne et plate, et je sais nuancer un morceau de musique; il n'y a rien dans le tien. -- Niedermeyer convaincu déchira la page.
Le jeune artiste, heureux de pouvoir mettre à profit de si précieux conseils, resta deux ans à Na* pies, et après quelques mois passés à Nyon dans sa famille, il vint à Paris en 1825.
C'est alors que, complètement inconnu, il donna à l'éditeur Pacini sa mélodie du Lac, écrite sur la Méditation de Lamartine. Le compositeur avait su s'élever à la hauteur du poète et il était parvenu à le satisfaire à moitié *.
L'éditeur a raconté lui-même, et avec une certaine naïveté, les circonstances qui lui firent entreprendre la publication du Lac; nous respectons son style, en faisant observer qu'il était Italien :
Niedermeyer vint à Paris avec son père et son Lac dans sa poche; il voulut faire la connaissance de Pacini, alors très en
1. « On a essayé mille fois d'ajouter la mélodie plaintive de la musique au gémissement de ces strophes. On a réussi une seule fois; Niedermeyer a fait de cette ode une touchante traduction en notes. J'ai entendu chanter cette romance, et j'ai vu les larmes qu'elle faisait répandre. Néanmoins, j'ai toujours pensé que la musique et la poésie se nuisaient en s'associant. Ellçs sont l'une et l'autre des arts complets : la musique porte en elle son sentiment; de beaux vers portent en eux leur mélodie. • (Note de Lamartine, éditions Pagnerre, Fume et Hachette.)
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▼ogue dans le commerce, Tenant de publier les opéras de I^ossini et autres. Tous les artistes et amateurs voulaient que leurs œuvres portassent l'adresse Pacini, pour la réputation qù^il avait de sa belle gravure, et les choix d'œuvres choisies. Niedermeyer lui proposa le Lac que Pacinî fut forcé de le refhsér, ayant gravé celui de Balocchi, qui, grâce aux paroles de Lamartine, poussait à la vogue ; il le fît remarquer à Niedermeyer qui fut montrer son Lac à d'autres éditeurs ; les uns n'étaient asseE musiciens pour le juger, d'autres ne se souciaient pas de graver ^ j une mélodie sur les mêmes paroles de celle^ de Pacini. Ainsi Niedermeyer, tout en pliant bagage, venait toujours à la charge vers Pacini avec lequel il s'était lié, et Pacini, ravi d'avoir fait la connaissance d'un jeune musicien de si bon ton, rempli dé probité, et fils bien soumis à son père, parlant souvent de Zingarelli qui avait été au Conservatoire de Naples professeur * de solfège de Pacini, et plus tard professeur d'harmonie de Niedermeyer. Ces rapports, ces entretiens journaliers ne faisaient que resserrer leur étroite amitié ; en fin de compte , Pacini voulut connaître le manuscrit de Niedermeyer, il le lui remit. Quelle fut la surprise de Pacini qui était assez bon musicien pour juger, ayant donné quatre opéras au théâtre de l'Opéra Comique ; il y vit non seulement le charme d'une belle mélodie, mais encore un accompagnement, une instrumentation qui auraient pu enrichir un savant et ancien musicien. Grande fut sa surprise ; de ce moment, il devina Niedermeyer. Pacini aurait bien voulu puWier son Lacune serait-ce que pour le faire connaître, mais pouvait-il donner un pareil concurrent à son ami Balocchi? Pouvait-il pubUer deux ouvrages sur les mêmes paroles? Quelle confusion! Pacini en était désolé de voir une si belle œuvre dans l'oubli, ou dans les mains d'un autre éditeur.
et de ne pouvoir être utSe à un jeune artiste d'un si haut mérite ! Pourtant le hasard les servit favorablement : la troupe italienne finit la saison, se débanda; Dieu sait où Balocchi s'en fut, est-ce en Italie, en Allemagne, en Russie ou ailleurs? Pacini, profitant de ce départ, brisa les planches de Balocchi, et remplaça l'œuvre par le Lac de Niedermeyer. Hauts furent les cris des professeurs, des amateurs accoutumés à chanter le Lac de Balocchi, artiste italien qui laissait une réputation, tandis que Niedermeyer inconnu ne donnait aucune preuve de la supériorité de son talent. Pacini donna par douzaines le nouveau Lac jusqu'à ce qu'il fût connu et apprécié. On voulait chanter la poésie de Lamartine, on essaya la nouvelle musique, qui finit par enlever la pièce, et nous voilà en vogue qui ne s'est pas éteinte.
L'éditeur italien, qui était alors à la tète du commerce de musique, à Paris, ne dit pas ce qu'il avait payé l'œuvre de Balocchi pour la faire disparaître à son gré : ce que nous savons, c'est qu'il ne lui en coûta rien pour publier à sa place celle de Niedermeyer; le jeune compositeur était fort désintéressé, et il fut trop heureux de voir sa mélodie acceptée par le marchand en renom. Elle fît son chemin, car son succès s'est étendu même au delà de l'Europe.
€ Le Lac a été, dit Jules Lecomte dans une courte notice nécrologique, et il sera sur tous les pianos, tant qu'il y aura pour le chanter une jeune
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fille rêveuse à la voix émue, c'est-à-dire toujours. > En peu de temps le Lac fut suivi de Ylsolement, de l'Automne, du Soir, de l'Invocation^ du Cinq mai^ du Poète mourant, etc., sur des poésies de Lamartine, de Manzoni et de Millevoye. Niedermeyer se faisait connaître aussi par un talent de pianiste des plus sérieux, et il publiait quelques morceaux de piano. Il était fort recherché dans les salons, mais jamais il ne voulut se produire dans les concerts publics ; il n'ambitionnait pas le succès de l'exécutant, et ayant débuté par la composition, sans avoir à tirer ressources de la virtuosité, il se refusa toujours à mettre sa personne en évidence.
Cette résolution bien arrêtée le brouilla avec son maître Moschelès : celui-ci, dans un séjour à Paris, avait organisé un grand concert, et malgré l'opposition de son ancien élève, voulant avoir son concours pour tenir le piano d'accompagnement, il fit porter son nom sur les affiches et les programmes. Niedermeyer tint bon contre cette tentative de contrainte, il ne parut pas au concert, et il fallut chercher un pianiste dans la salle pour le remplacer.
Le 1 5 juillet 1828,1e jeune musicien fît représenter au théâtre royal italien un opéra en deux actes : La Casa nel bosco. Nous reproduisons l'article écrit par Fétis dans sa revue musicale de l'année :
Si les diiettanti, qui ont paru goûter si peu de plaisir à écouter la musique de Niedermeyer, avaient su que ce jeune artiste est aimé et protégé par Rossini, et que le maestro par excellence estime son talent, ils auraient sans doute manifesté plus d'empressement pour entendre son ouvrage, et surtout ils auraient montré moins de mauvaise humeur pendant qu'on l'exécutait; mais aussi, il faut en convenir, c'est un véritable guet-apens que d'obliger les gens à aller juger de la musique dont l'auteur est inconnu, et sur laquelle on n'a aucune tradition. En pareille circonstance Jl faut s'en rapporter à son goût, à son jugement, sans que l'autorité d'un nom fasse connaître si l'on peut applaudir avec sécurité et sans se compromettre ; cela est fort désagréable! Les compositeurs ne devraient jamais donner d'opéras avant d'avoir fait leur réputation; ils éviteraient par là bien des tortures à de pauvres diiettanti qui ne peuvent avoir de jouissances musicales qu'autant que leur conscience est en repos.
Qu'on ne croie pas que je plaisante. La salle était vide à la première représentation de Casa nel bosco, non qu'il y eut indîflFérence dans le public pour une nouveauté : la chose n'est pas assez commune parmi nous pour qu'on en soit fatigué. Mais la prudence exigeait qu'on n'allât pas compromettre son goût par des applaudissements maladroits, ou par une opposition qui serait peut-être démentie quelques jours après. Quelques oisifs du balcon avaient seuls affronté le danger; ils ont dû en avoir beaucoup de regrets, car leurs chut n'ont pu empêcher le reste des spectateurs d'applaudir avec chaleur, et de manifester au jeune musicien la satisfaction qu'ils éprouvaient de ton premier essai. Dans leur dépit, nos gens du bon ton n'ont trouvé d'autre ressource que de faire une prudente retraite. Il
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n'est resté dans la salle que ces robustes amateurs qui aiment la musique pour elle-même, et qui l'applaudissent de quelque part qu'elle vienne, pourvu qu'elle soit bonne.
Le libretto de la Casa nel bosco n'est autre que celui de rOpéra-Comique, intitulée : les Deux mots ou une Nuit dans la forêt. Ces deux pièces diffèrent seulement par le système qui est musical dans l'opéra italien, et qui est le contraire dans la pièce française. II n'entre pas dans la tète éCunpoeta qu'on puisse faire un opéra où la prima donna ne chante pas. II faut convenir en effet que c'est une idée bizarre qui n'a pu venir que dans la tête d'un faiseur d'opéras comiques français, dans un temps où la musique n'était considérée que comme un accessoire. La grâce que mettait l'actrice à dire Deux mots était tout ce que voyait Marsollier : ce n'est pas à ces mignardises que s'arrêtent les Italiens. Aussi, la pièce nouvelle du Théâtre ita- Uen est-elle bien coupée pour la musique, quoique elle n'ait rien perdu de son intérêt. Le silence que doit garder la jeune fille devant ses oppresseurs n'empêche pas qu'elle n'ait une scène de monologue où on lui a placé un air. Une scène, où elle révèle au valet de l'officier le danger qu'il court, a fourni l'occasion d'un duo plein d'effet, et enfin le moment du repos n'a pas été un obstacle à un quartetto où elle chante en aparté. Tout cela ne détruit pas la vraisemblance dramatique ; les autres parties du drame ont été disposées de la même manière, pour donner lieu à des morceaux en situation.
M. Niedermeyer, auteur de la musique de cet ouvrage, e8t, dit-on, très jeune; il étudia à Naples et y fit la connaissance de Rossini qu'il intéressa par son enthousiasme pour son art et par sa modestie ; il en reçut des conseils sur ce qui concerne la' composition de la musique dramatique. Si l'on ne m'a
pas induit en erreur, M. Niedermeyer a écrit pour un des théâtres secondaires de Naples un opéra en un acte qui eut quelque succès. Celui qu'il vient de donner (la Casa nel bosco) est une production de ses premières années; il Ta retouchée pour la mettre en état de paraître devant le public de Paris.
La musique de M. Niedermeyer appartient plus à l'école allemande qu'à l'italienne. Mozart est évidemment le compositeur dont la manière est le plus en harmonie avec son goût; car on trouve à chaque instant dans son opéra des formes harmoniques analogues à celles que ce grand musicien affectionnait. Toutefois l'auteur de la Casa nel bosco ne se borne pas à être imitateur. Son sentiment dramatique est très bon; il comprend bien les effets de la scène, et sait réunir les formes du chant italien à celles de la vigoureuse harmonie germanique. Son instrumentation est élégante, ses instruments à vent sont bien disposés. Mais il use trop des productions de septième dominante pour moduler; il résulte un peu de monotonie du retour fréquent de ce moyen. Je lui conseille aussi de couper quelques-unes de ses cadences finales et de ses strettes qu'il répète toujours deux fois, çé qui paraît long et froid.
L'introduction, le trio qui suit, le duo chanté par W^^ Blasis et Zuccoli, et l'air de ce dernier sont des morceaux distingués. Le quatuor est bien jusqu'à Tallegro final, mais ce dernier mouvement manque d'effet et gâte le commencement du morceau. Dès ce moment, M. Niedermeyer me semble s'être refroidi; je ne sais si le peu d'effet des dernières scènes tient à leur exécution ridicule, mais je sais qu'il serait nécessaire ou de rendre cette exécution meilleure ou de retoucher cette partie.
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Cet essai du talent d*un jeune compositeur a été applaudi et méritait de Tètre ; Tauditoire n*a pas exigé d'un artiste sans expérience tout ce qu'il demande à des talents formés ; il s'est souvenu que Mozart a débuté par Mithridate et Lucio Silla qui ne promettaient pas Don Juan, les Noces de Figaro ni la Flûte enchantée, et qu'on n'aurait pas prévu le génie de l'auteur du Barbier, di Othello et de Moïse, dans la Cambiale di Matrimonio, ni dans la Scala di Seta. La Casa nel bosco n'est pas un ouvrage de premier ordre, mais c'est un chef-d'œuvre en comparaison des Pastorella feudataria et autres productions de même force de Vaccai et consorts.
La Casa nel bosco^ bien accueillie par les artistes, ne rencontra plus ropposition des habitués du théâtre dont parle Fétis, et qui ne voulaient pas admettre de prime abord qu'il y eut d'autre musique possible que celle qui venait d'Italie; l'opéra eut un nombre honorable de représentations. L'ouverture, ^ réduite pour piano et à quatre mains, fut plusieurs fois jouée dans des concerts par le jeune Liszt et un pianiste alors en vogue, Schuncke.
Après ce début à Paris sur une scène de premier ordre, le jeune compositeur s'effaça pendant quelque temps, pour s'adonner à des soins et à des intérêts privés, et il se borna à composer quelques mélodies qu'il adressait à Pacini, devenu son éditeur attitré. Dès la fin de 1828, il était revenu auprès de son père, dont la santé était fort chancelante, et après
avoir eu la douleur de le perdre en 1829, il demeura auprès de sa mère.
Comme nous Tavons déjà dit, il se maria en i83i avec Mademoiselle des Vignes de Givrins et il continua à résider en Suisse, où il s'installa dans Tan* cienne châtellenie de GenoUier, propriété de sa femme. Le domaine, situé au pied du Jura, au point culminant de la plaine qui descend jusqu'aux bords du Léman, était vaste, et selon la coutume d'alors, il était exploité, pour le compte du maître, par des valets et des ouvriers à ses gages. Niedermeyer, dont la première jeunesse s'était passée à la campagne pour laquelle il avait un goût prononcé, s'occupa de la surveillance des travaux agricoles, et ne chercha plus dans la musique qu'un délassement à ses occupations champêtres.! Il se passionna pour le jeu de l'orgue : il avait chez lui un instrument de seize jeux, construit par le célèbre facteur Moser, qui avait fait les orgues réputées de Fribourg. Sur son grand orgue, Niedermeyer se livrait à l'improvisation, et il y exécutait la musique des grands maîtres allemands, les Bach et les Haendel. C'est là, sans doute, que, s'identifiant à leurs traditions, il prit le goût de la musique classique et religieuse, et conçut les premiers germes des idées qu'il devait mettre plus tard à exécution, pour faire revivre les
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sains principes de Tait classique, pour rendre aux chants sacrés leur vrai caractère^ et établir une démarcation entre l'église et le théâtre.
Souvent les amis du voisinage, parmi lesquels était le coînte Pellegrino Rossi, alors réfugié politique en Suisse, qui fut plus tard ministre de Pie IX, et fut assassiné à Rome en 1848, venaient passer ta soirée au vieux castel de Genollier ; le jeune mtttre leur faisait de la musique, et les gens se groupaient sous les fenêtres avec les paysans, pour prendre leur part du concert N'y aurait-il pas lieu d'appliquer aux sons de l'orgue vibrant dans la campagne, le chant de Lamartine sur la cloche d'une chapelle de village :
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes Où rétoile du soir se lève dans l'azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres, Le crépuscule encor jette un dernier rayon; Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.
Cependant, s*élançant de la flèche gothique.
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Niedermeyer se lassa de la vie paisible des champs, et il renonça à l'agriculture sur le conseil de son ami Rossi, qui lui persuada de prendre un
intérêt dans un institut fondé à Bruxelles oar le pro- / / ^ ^ fesseur italien Gaggia. Cet|çf homme "erudit, mais // peu pratique, avait voulu établir dans cette ville une sorte d'école universelle pour différentes carrières, soit pédagogiques, soit techniques, soit artistiques. A côté de l'enseignement du droit dont Rossi était chargé, celui de l'art musical y était assez développé et Niedermeyer entreprit de le diriger. Mais cet établissement, qui entraînait des frais considérables, ne put' se soutenir longtemps, et ses fondateurs durent renoncer à l'entreprise qu'ils avaient formée.
C'est en 1834 que Niedermeyer quitta la Suisse pour se rendre en Belgique. A cette époque, les communications n'étaient ni aussi faciles, ni aussi rapides qu'aujourd'hui; le jeune maître, partant avec sa femme et sa première fille en bas âge, trouva ^ plus commode d'accomplir ©€?\pyâfge à petites jour-^-^^t^y^^^^^^ nées, et dans sa voiture. Sur le haut de la berline, avec la vache traditionnelle et le berceau de l'enfant, était un petit piano, ou pour mieux dire un clavecin fait à l'intention du voyage/ayant trois octaves et demie sous la forme d'une caisse d'environ un mètre de longueur sur quarante centimètres de hauteur : quatre pieds se vissaient à chaque coin. Le soir on portait ce petit instrument dans la chambre
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de Tauberge, et le compositeur y essayait les inspirations venues dans la journée : c'était une façon originale de travailler tout en voyageant.
Nous avons eu ce petit piano qui nous servait de jouet dans notre enfance : après l'avoir utilisé pour y taper avec un seul doigt les notes des airs le bon roi Dagobertj et au clair de la lune^ ce qui a constitué toute notre éducation musicale, nous avons si bien brisé le petit instrument qu'il n'en est rien resté.