‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 13 sur 233 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

tiUons et toutes leurs observations sur les choses de leur profession. Cent ans après la mort d'Alexandre^ dit Pline le Naturaliste^ on trouvait encore dans les forets de la Macédoine des cerfs auxquels le jeune prince avait fait mettre des colliers d'or afin qu'on pût connaître à ce signe après lui l'âge qu'auraient vécu ces animaux.

Il parait qu'Àristote lui enseignait sur les dieux ces doctrines secrètes qui élèvent la piété des sages au-dessus des superstitions du vulgaire^ car il existe une lettre d'Alexandre dans laquelle ce prince devenu roi reproche doucement au philosophe d'avoir publié dans ses livres les mystères qu'il aurait voulu se réserver pour lui seul.

La constitution de la Macédoine^ qui comportait la discussion dans les assemblées publiques^ nécessitait l'exercice de Téloquenee dans le prince destiné à haranguer au besoin le peuple et les troupes. Son éloquence^ moins littéraire et moins sénatoriale que celle de César^ était plus vive^ plus poétique et plus imagée. Tout héros est un poëte^ et un héros grec devait l'être deux fois. Sa passion pour Homère atteste assez qu'il était aussi poète que le chantre d'Achille. Cette

paasioa allait jusqu'à radoration. U n'y ^ pas une circonstance de sa vie dans laquelle il n'ait résumé sa pensée dans une citation d'Ho* mère^ le plus sage, le plus hféroïqueet selon lui le plus véritablement politique des poètes. Dès cette époque il ne s'endormait jamais sans un volume d'Homère sous son chevet^ comme pour s'inspirer même dans son sommeil des émanations de ces pages divines. II en fit faire sous la direction d'Âristote une édition plus complète et plus expurgée quQ les autres : on l'appela plus tard rédition de la cassette. Lorsqu'ayant eu pour sa part des dépouilles de Darius la cassette d'or enrichie de pierreries de ce prince , il ne trouva digne d'être contenu dans ce chef-d'œuvre dea lapidaires que le chef-d'œuvre du génie d'Homère.

Il confondait alors tellement la sagesse^ la science^ la vertu ^ la piété avec la vraie gloire^ qu'il s'écriait souvent devant ses émules : « Je « dois plus à Aristote qu'à Philippe^ mon père; « car je ne dois à Philippe que la vie^ et je dois « à Aristote l'usage vertueux de la vie. »

C!est pour reconnaître ces fruits del'éduca*^ tion d'Alexandre dans son précepteur que Phi-

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lippe ^ à la demande de sou fils^ rebâtit la ville de Stagyre^ patrie du philosophe^ qu'il avait naguère ruinée dans sa guerre contre les Olinthiens, compatriotes d'Aristote.

Aristote^ après avoir été son maître de sagesse^ resta longtemps encore son ami et son conseil par ses lettres.

On passage de cette correspondance d' Aristote avec son élève nous donne une idée exacte et honorable de Tédacation morale d'Alexandre par ce philosophe.

« Ce que je crois le plus propre à faire votre « bonheur et celui de tous les hommes qui vous 0 sont soumis^ » lui écrit Aristote de sa retraite de Stagyre^ « c'est de vous souvenir qu'une si « grande puissance vous a été donnée par la « Providence non pour dominer les hommes> a mais pour servir à leur utilité. Modérez la « fougue de la colère à laquelle vous êtes ena din par cette considération qu'il ne faut ja- « mais se livrer à la colère contre ceux qui sont « inférieurs à vous et que vous n'avez point • d'égaL »

* Il montrait un goût naturel pour tons les arts^ à l'exception des arts futiles^ tels que le pugilat

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et la déclamation théâtrale ; mais la médecine^ qui soulage les maux du corps, et la poésie, qui charme en améliorant les âmes, avaient la préférence sur tous les autres arts. Sa passion pour Homère préoccupait tellement son esprit qu'un jour, voyant accourir a lui un de ses courtisans plein de joie, messager d'une bonne nouvelle : — « Quelle nouvelle , s'écria-t-il , vient-il donc « m'annoncer, digne d'une telle course, si ce « n'est qu'Homère est ressuscité? >

La chasteté et la pudeur presque virginale qu'il montrait dans les années de son adolescence étaient telles que sa mère craignit longtemps qu'il ne fût insensible à l'amour des femmes et qu'il laissât le trône de Macédoine sans héritier.

Cette abstinence de tout commerce précoce et licencieux avec les concubines et les courtisanes fortifiait son âme autant que son corps. Il réservait ses passions pour l'étude et pQur l'héroïsme. Le premier symptôme de supériorité de courage et d'adresse dont il étonna son père et l'armée est raconté avec trop de naïveté par Plutarque, d'après Diodore, pour que nous né reproduisions pas l'anecdote dans les termes

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