‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 138 sur 233 · LIVRE YI · texte numérisé non relu

LIVRE YI

C'est à Hécatompile^ capitale des Scythes d'Â- sie , bâtie par les Grecs , que Diodore de Sicile ^ Justin et Quiute-Curce placent la première grande sédition militaire des soldatsd'Alexandre, lassés de poursuivre jusqu'au de là du Tanaïs des victoires sans fin ^ sans gloire et sans dépouilles, pour des desseins qu'ils cessaient de comprendre depuis que l'Asie était asservie.

Alexandre^ que sa bravoure personnelle^ sa jeunesse^ sa beauté martiale^ sa familiarité gracieuse avec ses soldats faisaient adorer de l'armée^ n'eut pas de peine cette fois à la faire rentrer dans Tobéissance. Il sortit de sa tente et harangua les séditieux avec cette éloquence insinuante et forte que son éducation si littéraire ajoutait a tant de dons de la nature. Cette harangue^ conservée tout entière^ est digne des harangues de César^ orateur avant d'être général^ et des ordres du jour de Napoléon , le plus grand rédacteur d'enthousiasme qui ait jamais exposé ses plans de campagne à ses lieutenants.

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« Je ne m'étonne point, soldats^ si, quand vous considérez les grandes choses que vous avez faites, vous êtes assouvis de gloire et ne cher- ' chez plus que le^repos. Sans compter les Illyriens, les Triballes, la Béolie, la Thrace, Sparte , les Achéens et le Péloponèse, dont j'ai dompté les uns en personne et les autres par mes lieutenants et sousmes auspices, je vois qu'ayant commencé la guerre à THellespont nous avons affranchi les Ioniens et TÉolide d'une cruelle servitude. Nous sommes maîtres de la Carie, Lydie, Cappadoce, Phrygie, Paphlagonie, Pamphylie, Pisidie, Cilicîe, Syrie, Phénicie, Arménie, de la Perse, desMèdes et delaParthiène. Je pense avoir nombre plus de provinces que les autres n'ont pris de villes, et encore je ne sais si, dans une si longue énumération, il ne m'en est point échappé quelqu'une. C'est pourquoi, si je croyais nos conquêtes bien assurées parmi des peuples vaincus si promptement , je ne vous le cèle point, quand vous ne le voudriez pas, je vous échapperais pour aller revoir mon pays, ma mère, mes sœurset mes autres citoyens, et partager avec eux la gloire que j'ai acquise avec vous ; car c'est là où nous attendent les plus doux

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fruits de aos victoires, k joie de mm enfante, de nos femmes , de ceux qui imms onl mis an monde^ la paix, le repoa et la joaiasaoce assurée des biens que nous avons aclieités aux prix de notre aang* Mais, dans un empireBOuveau, oà nous ne pouvons pas dire que nous ayooa eaoore jlucun établissement, au contraire, ou nous avons à faire à des têtes revéches , qui se défendent du joug, il faut du temps , soldats , pour les ramener; il faut qu'une douce communication les apprivoise peu à peu et amollisse cette fierté de coun^. Vous voyez comme les fruits de la terre mûrissent en leur saison , et qu'il ne faut que se donner un peu de patience, tant il est vrai que les choees même dénuées de sentiment s'adoucissent avec le temps et reçoivent la ioi qi^ la nature leur impose. Quoi ! peuseriea-vous que tant de peuples accoutumés à une autre domination , avec lesquels vous n'avei nulle conformité de religion, de mœurs, ni de langage, eussent été domptés du même combat dont ils furent vaincus? Sachez que, s'ils se contiennent dans l'obéissance , vous n'en avez obligation qu'à vos armes^ et non pas à leur bonne volonté. En présence, ils vous redoutent; hors de là, ils sont

VOS ennemis. En un mot , nous avons à faii'e à des bétes sauvages^ qui ne s'apprivoisent qu'en laissant faire au temps ce qu'on ne peut attendre de leur naturel. Et encore je parie comme si nous tenions tout ce que tenait Darius. Cependant Narbazane s'est emparé de FHyrcanie. Bessus^ ce parricide^ ne possède pas seulement la Bactriane^ mais encore il nous menace. Les Sogdiens^ les Dahes^ les Massage tes , les Saques et les Indiens sont encore leurs maîtres. Nous n'aurons pas si tôt tourné le dos que tous ces peuples nous courront sus; car ils sont de mémo nation , et nous sommes étrangers ; et vous savez qu'on aime toujours mieux obéir à ses princes naturels^ quand même leur domination serait moins douce. Il faut donc ou quitter ce que nous avons pris^ ou prendre le reste; car, comme en la guérison du corps humain on tâche d'ôler toutes les mauvaises humeurs^ aussi ne devonsnous rien laisser de tout ce qui peut nuire à notre empire. €ne petite étincelle négligée a souvent causé un grand embrasement. Il n'y a

point de sûreté à mépriser son ennemi; le mépris ne sert qu'à lui enfler le courage.

« Darius même n'est pas venu à la couronne

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