LIVRE Yl. 3f
Alexandre dans cette occasion , bien qu'elle ait tous les caractères de Tauthentîciïé ^ l'homme à qui on pouvait de son temps attribuer une telle éloquence était certainement aussi grand orateur que grand général .
On voit dans cette harangue ce qu'Arrien mentionne sans l'éclaircir suffisamment : c'est que le traître Bessus, aprèsavoir échappé à Alexandre près d'Ecbatane^ s'était fortifié dans la Bactriane , sa province natale et son fief souverain, et s'y était fait proclamer roi de la Perse et successeur de Darius^ sous le nom d'Artaxerce 11.
C'est pour atteindre cette fois cet usurpateur de la couronne de Perse et ce compétiteur per* sonnel qu'Alexandre, cédant en apparence à la pression de sa propre armée, la ramena dans la Bactriane à la vengeance du meurtre de Darius sur son assassin. Il ne s'était pas expliqué encore avec les Perses sur le successeur qu'il destinait à leur prince assassiné. Il semblait tenir en suspens la couronne, soit pour la poser sur la tète de quelque héritier légitime de Darius, soit pour la prendre hii-méme et se faire couronner par les satrapes. Dans cette pensée il menait avec lui un frère de Darius, nommé Oxiatros, et à qui il
faisait rendre des honneurs presque royaux. Il s'attachait les satrapes par des égards , des commandements^ des richesses^ qui lui donnaient d'avance tout le parti aristocratique dans la Perse. Il s'attachait avec le même soin le parti des mages^ redevenu dominant dans la religion en Perse depuis sa conquête. Enfin il aspirait déjà assez ouvertement à se naturaliser dans la famille royale de Darius^ en prenant en main sa cause contre ses meurtriers et en se réservant d'épouser lui-même sa fille. Tous ces symptômes de la politique asiatique d'Alexandre semblent avoir échappé à ses historiens grecs. Hs n'ont point échappé aux historiens de la Perse ^ qui semblent avoir mieux compris le Grec que les Grecs eux-mêmes.
Comme il approchait de la Bactriane^ où Bessus se fortifiait contre lui^ le complice de Dessus, Narbazane, lui envoya timidemenfdes excuses et des explications sur sa conduite à Ecbatane. Ces lettres portaient^ selon Diodore et Quinte-Curce,