‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 141 sur 233 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

«qu'il n'avait Jamais été ennemi de Darius; qu'au contraire il lui avait toujours conseillé ce qu'il avait cru être de son service^ jusqu'à s'être mis en danger d'en être tué pour lui avoir parlé trop franchement^ mais que Darius, contre toute justice , avait résolu de confier la garde de sa personne aux étrangers , condamnant la fidélité de ceux de sa nation , qui pendant l'espace de deux cent trente ans l'avaient conservée inviolableà leurs rois; que^ pour lui^ se voyant sur le bord du précipice ^ il avait pris conseil de la nécessité présente ; que Darius même ^ après avoir tué Bagoas^ n'avait point employé d'autre excuse pour se justifier envers les peuples c^e de dire qu'il avait prévenu celui qui le voulait perdre ; que les misérables mortels n'avaient rien de plus cher que la vie; que l'amour d'une chose si précieuse l'avait porté à ces extrémités , mais quHl protestait qu'en cela il avait plutôt fait ce à quoi la nécessité l'obligeait que ce qu'il eût voulu faire; que^ dans les calamités publiques^ chacun y est pour sa part et tâche de se mettre à couvert; qu'au reste^ s'il le mandait^ il le viendrait trouver sur sa parole; qu'il ne craignait pas qu'un aussi grand roi la voulût violer; que les dieux

n'avalent pas aceoatumé d'être trompés par un dieu ; mais qae> s'il ne le jugeait pas di^pae f a'il lui donnât sa fcn^ son exil ne manquerait pas de retraites^ et qu'un homme de cœur trouvait son pays partout. » Alexandre ne fit pas difficulté de lui donner sa parole à la façon des Perses^ lui mandant <c qu'il pouvait venir en tou te assurance. » 4rtabazc , le dernier ami et le fidèle défenseur de son malheureux maître^ Darius, écrivit au même moment à Alexandre^ non pour s'excuser^ mais pour se glorifier de sa fidélité et pour prier Alexandre de le recevoir dans son camp comme dans un asile contre Bessus. Alexandre mit sa maio dans la main d'Artahase^ à la manière des Perses quand ils se font par le geste le serment d'inviolabilité mutuelle. U récompensa magnifiquement dans ce satrape la fidélité au trône et à la reconnaissance , hon<H?ant ainsi dans le dévouement au roi des rois le dévouement qu'il voulait inspirer aux Perses pour lui-même quand il se serait élevé sur la terreur et sur l'estime au rang de Darius. Politique où se mêle la magnanimité d'une âme juste et généreuse'qui gagne les cceurs, parce qu'elle pro* digue elle-même le sien !

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