LIVRE VI. «Â
C'est au retour de cetie foudroyante expédition contre les partisans de Bessus qu'Arrien place la première conspiration .militaire contre la vie du roi. Succinctement mentionnée par Arrien , elle est très-dé veloppée dans les autres historiens d'Alexandre et surtout dans Quinte- Curce. Malgré les calomnies de quelques-uns des pamphlétaires grecs contre les Macédoniens^ Tu* nanimité des témoignages et l'identité des circonstances ne laissent pas de doute sérieux dans l'esprit sur la réalité et sur la gravité de la conjuration.
Philotas^ fils de Parménion et l'un des jeunes compagnons favoris d'Alexandre^ paraît en avoir été^ sinon l'auteur^ du moins le confident et le but, comme il en fut la victime.
C'était un jeune homme d'une ambition sans limite, d'un luxe effréné, d'une popularité rivale de celle d'Alexandre lui-même, il commandait la cavalerie grecque et thessalienne, principale force de l'armée. Élevé dans la société des
lieutenants et des amisdeParménion, son père, dont on a vu les dispositions constantes à une opposition au jeune roi qui ressemblait trop au dénigrement et à Thostilité^ il en avait contracté de bonne heure les orgueils, les malignités, les insolences de langage. Être !e fils de Parménion ne lui paraissait pas moins grand que d'être le fils de Philippe. La secrète espérance d'être élevé par Tarmée au rang de roi, si Alexandre venait à périr en Asie, se trahissait trop souvent dans ses confidences et dans la pompe anticipée de ses équipages. Il avait l'attitude d'un prétendant au rang suprême plus que d'un lieutenant et d'un fa^x>Ti de roi. Son père Parménion, inquiet luimême des ombrages qu'une telle témérité pouvait inspirer au roi, lui avait écrit plusieurs fois : c Mon fils, fais-toi plus petit! » Parménion, au moment de la conjuration de Philotas , n'était pas à l'armée ; le roi l'avait laissé en Médie avec une autre armée de réserve pour observer les Mèdes et les Perses et peut-être aussi pour ne pas partager avec ce vieux chef du parti des mécontents la gloire des expéditions d'Hyrcanie , de Bactriane et de celle qu'il méditait déjà dans les Indes.