‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 148 sur 233 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Alexandre retient la main de Cœuus et exige que le procès soit instruit avec les formes et les défenses ordinaires. Il donne la parole à Philotas; celui-ci^ ne trouvant que des balbutiements sur ses lèvres , se trouble , pâlit, pleure^ et s'évanouitdevant ses juges. Revenu à lui il recouvre la voix et parle en grec à l'armée. Alexandre l'interrompt et lui commande de parler en langue macédonienne, puisque ce sont des Macédoniens, et non des Grecs, qui doivent prononcer sur son sort. Puis il se retire pour ne pas intimider l'accusé par sa présence.

Le long et habile plaidoyer que Quinte-Curce met dans la bouche de Philotas est trop évidemment un discours d'apparat, médité à loisir par un sophiste, pour que l'histoire le reproduise. La fin seule de cette harangue a les caractères de trouble, de désordre,' d'improvisation qui donnent quelque authenticité à ces dernières paroles. Elles étaient maladroites, elles excitèrent les huées des assistants. Un brutal chef de vétérans, nommé Héron, pour complaire au roi et pour ameuter les soldats contre la victime, le couvrit d'invectives et de lâches railleries sur son insolence habituelle envers les lylacédoaiens, ses

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compatriotes maintenant implorés par lui. Tous les procès militaires pour crime d'État produisent les mêmes phénomènes d'adulation envers le puissant^ d'outrages envers Vaccusé. On crmt assister au procès de Byng en Angleterre^ de Moreau j de Pichegru et de Ney en France. Les aruMS ne couvrent pas toujours la poifarine contre la lâcheté d'esprit et de corar.

IjCs Macédoniens, poussés à la fureur par Héron comme par Cœnus, se précipitaient sur l'accusé pour l'égorger quand Alexandre reparut et leur enleva une seconde fois leur victime. H remit le jugement au lendemain, et il ordonna, suivant l'usage de ces procédures macédoniennes que Philotas subit la torture jusqu'à la révélation du crime et des complice^. On a vu au commencement de ce récit que Philotas avoua complètement un complot et persévéra à nier l'autre ; mais l'un n'était ni moins avéré ni moins par* ricide que l'autre; seulement il impliquait de plus Parménion dans le crime. C'était un meurtre prémédité, juré, ajourné; mais un meurtre à temps n'était pas moins odieux qu'un meurtre immédiat. Démétrius, un des conjurés, démentit le lendemain avec obstination et serments les

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