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fantaisie^ et adorent principalement les arbres^ qu'il leur est défendu de violer^ sous peine de la vie. »
On voit^ par cette peinture où le mensonge et la vérité se confondaient aux yeux des Grecs, que les barbares adorateurs de Jupiter et de Vénus appelaient barbares et idolâtres les premiers adorateurs du Dieu unique et immatériel^ et qu'ils prenaient les mystiques symboles du peuple pour les divinités des brahmes. On voit qu'ils attribuaient aux arbres F inviolabilité que la religion de ces brahmes imposait pour les ani« maux. On voit qu'ils connaissaient confusément l'existence et les mortifications des fakirs ou pénitents de l'Inde se martyrisant eux-mêmes pour satisfaire à la justice divine. On voit enfin qu'ils s'étonnaient naïvement des dogmes et des philosophies surhumaines d'un peuple qu'on leur représentait comme une horde de sauvages , et qui cependant professait une sagesse surhumaine^ démenti merveilleux à tant de préjugés populaires. Les fausses idées que les peuples conçoivent les uns sur les autres sont une des curiosités de l'histoire, et ces préventions ne sont pas moins communes de nos jours
que du temps d'Alexandre et de Quinte-Curee.
La science aujourd'hui n'a rien à apprendresur les philosophies ^ les religions^ les constitutions sociales de llndç antique^ révélées aux savants par la langue sacrée du sanscrit. Ces peuples^ déjà moralement civilisés et sanctifiés selon leurs mœurs par trois grandes réformes religieuses à l'époque d'Alexandre^ étaient bien su-périeurs en civilisation religieuse et morale à l'Occident.
Leur constitution^à la fois patriarcale^ théocratique et monarchique^ avait une mystérieuse analogie avec celle de l'Egypte^ qui avait découlé de celle de l'Inde et qui avait laissé filtrer quelquesunes de ses vérités en Grèce . C'était le peuple philosophe^ mystique et saint par excellence .Son seul vice national était le fanatisme^ excès de la sainteté. Il avait porté jusqu'à l'inviolabilité de la vie des animaux son respect pour la création et sa charité pour la nature vivante. Sa divine douceur en avait fait le peuple le plus docile à ses prêtres et à ses rois.
Quant à sa constitution politique à l'époque de l'expédition d'Alexandre^ l'Inde paraît avoir été ce qu'elle était du temps de Timour ou de
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Gengis, ce qu'elle était encore de nos jours à l'époque de Tinvasion anglaise^ une confédéra- • tion de grandes et de moyennes puissances sous des princes héréditaires, divisées de frontières, de noms et de rois, confondue de race et de culte, imniansément peuplée, prodigieusement fertile, merveilleusement artiste, peu guerrière, riche de cent ou de deux cents millions d'hommes laborieux, pieux, inoffensifs, dans un climat délicieux, invitant tour à tour à les conquérir ou à lés piller les Chinois, lesTartares,
lesPerseç, les Macédoniens, les Ottomans et les
Anglais > ancêtres du monde dépouillés par leur postérité.
Telles étaient les Indes à Tépoque de l'expédition d'Alexandre, autant qu'on peut le conjecturer d'après les annales originales de ces peu* pies, à peine déchiffrées de nos jours par les cxplorateursdesalanguesacrée,lesanscrit.Teiles elles sont encore aujourd'hui; c'est la contrée delà terre où les choses ont le moins changé depuis vingt-trois siècles, excepté les envahisseurs et les tyrans.
Les peuples des bords de TOxus, en voyant partir Alexandre, se révoltèrent contre les satrapes qu'il leur avait donnés pour les gouverner. À ces mouvements sur son flanc gauche Alexandre fit exactement ce qu'il avait fait en lonie , en Cilicie, en Syrie, à Tyr ; il ne craignit pas de perdre du temps pour assurer par la soumission complète les pays qu'il allait laisser der^ rièrelui. La prudence et la témérité se contrebalançaient toujours dans ses plans : ce fut le secret de ses victoires; il n'eut point ces retours désastreux que la témérité sans prudence de Napoléon rencontre tantôt sur la Bérézina, FÈbre et sur le Rhin, après Moscou, Dresde et Leipzick. Plus jeune aussi que Napoléon , Alexandre avait devant lui des années à la prévoyance.
Le récit de ces campagnes secondaires et accidentelles d'Alexandre contre les révoltés de la Sogdiane n'a d'intérêt aujourd'hui que pour les érudits de tactique. La postérité y à la dis* tance où nous sommes, ne voit que les grandes