‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 175 sur 233 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Le plus difficile pour Alexandre n'était pas de conquérir les Indes^ c'était d'y aller et d'en revenir. On voit dans Ârrien comme dans Quinte- Curce que, dès les premières marches de l'armée vers la Bactriane, les Scythes, les Par thés, les montagnards de la Médie, les peuplades mal soumises des bords de la mer Caspienne et de THyrcanie s'émurent, s'armèrent pour recouvrer leur indépendance, et se disposèrent les unes à disputer la route à Alexandre, les autres à refluer sur la Perse après qu'il aurait passé , convaincues sans doute qu'il ne reviendrait jamais d'une expédition si aventureuse. Le changement de noms qui a suivi les changements de peuples et de langues dans ces provinces limitrophes de l'Inde et de la Perse depuisces événements rend aujourd'hui inintelligible et par conséquent oiseux le récit circonstancié de ces marches et de ces contre-marches dans Ârrien et dans Quinte- Curce. Gomment s'intéresser à ce qu'on a cessé de comprendre? Nous nous bornerons donc à analyser rapidement, sur la foi de Potolémée et d'Arrien, les manœuvres et les combats de l'armée jusqu'à l'Indus.

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Les idées que les Macédoniens et les Grecs de Tàrméese forgeaient de la religion, des mœurs et du gouvernement de Tlnde, nYtàieqt pas de nature à leur inspirer le moindre doute sur lesuccèsdeleur campagne.Les Grecs regardaient alors comme des barbares amollis et idolâtres ces héros et ces brahmes indiens qui avaieqt conquis, civilisé et éclairé le vieux monde oriental des plus pures lueurs de la philosophie , de la religion et des arts. Le tableau qu'en fait Quinte- Curce montre dans quelle ignorance les peuples de rOccident étaient entretenus sur la civilisation indienne.

« Le roi, dit-il, devant qui on porte des encensoirs d'argent pour parfumeries cheminsou il passe, marche couché dans une litière d'or, garnie de perles qui pendent de tous côtés, et vêtu d'une robe de lin brochée d'or et de pourpre. Sa litière est suivie de ses gendarmes et de ses . gardes, dont plusieurs portent des branches d'arbres pleines d'oiseaux , qu'ils ont appris à

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chanter toutes aortes de ramages pour le divertir dans ses plus grandes affaires. Son palais est enrichi de colonnes dorées où rampe tout du long une vigne d'or^ avec des 6gures d'oiseaux faites d'argent^ n'y ayant rien qui leur donne plaisir comme leurs oiseaux bigarrés ^e diverses couleurs. La maison du roi est ouverte à tous venants y et pendant qu'on le peigne il donne audience aux ambassadeurs et rend justice à ses peuples. Après qu'on lui a ôté ses sandales il se fait oindre les pieds de précieuses odeurs. Le plus grand exercice qu'il fasse est de tuera coups de flèche quelques bétesdans un parc^ au milieu de ses concubines^ qui chantent cependant et font des vœux afin que la chasse soit heureuse. Leurs flèches ont deux coudées de long^ et se tirent avec beaucoup d'effort et peu d'effet^ parce que^ n'ayant de force qu'en leur légèreté, leur pesanteur les rend inutiles. Quand il ne va pas loin, il monte à cheval; mais en un long voyage il se fait traîner par des éléphants sur un char, et ces grands corps sont tout bardés ou caparaçonnés d'or ; et, afin que rien ne manque à c@s dérèglements, il se fait suivre en des litières d'or par une longue troupe de courtisanes. Ce train

est séparé de celui de la reine ; mais il ne lui cède point en pompe ni en équipage. Ce sont les femmes qui apprêtent à manger au roi et qui lui versent du Tin^ dont tous les Indiens boivent excessivement; et^ quand il en a trop pris et qu'il est endormi , s^s concubines l'emportent en sa chambre y invoquant les dieux de la nuit avec des hymnes ^ à la façon du pays.

<c Mais qui croirait que^ parmi tant de vices ^ on fit quelque état de la philosophie? Et toutefois il s'y trouve un espèce de gens hideux et farouches^ qu'ils appellent sages , qui font gloire de prévenir la mort et se font brûler tout vifs. Ils tiennent qu'il y a de la honte à l'attendre dans un âge caduc ou dans l'incommodité des maladies. Aussi ne rendent*ils aucun honneur aux personnes qui ne meurent que de vieillesse y et pensent souiller le feu de leur bûcher s'il ne les reçoit en vie. Ceux qui vivent dans les villes et dans la société publique observent le mouvement des astres et prédisent l'avenir; mais ils croient que dans l'âge mûr personne ne se donne la mort que pour n'avoir pas le courage de l'attendre.

ce Au reste ^ ils se forment des divinités à leur^

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