LIVRE I
voistns de la Macédoine^ peuples naturellement superbes et irrités aujourd'hui par la nouvelle servitude où ils ont été réduits^ achèveront pour nous la guerre^ si les commencetnents ne sont pas heureux pour Philippe.
« Travaillez donc avec nous de l'esprit et du courage à une entreprise si glorieuse ; et cependant mettez à part toutes les querelles qui naissent ordinairement d'une légère occasion entre des États voisins. La joie publique que produiront les bons succès convertira facilement les inimitiés particulières en bienveillance et en amitié; ou, lorsque vous aurez le temps d'exercer vos passions sans rien appréhender d'ailleurs, vous reprendrez votre haine , pour le dommage peut-être et pour la honte les uns des autres, mais ce sera pour le moins sans attirer la perte publique. Voulez-vous ne point redouter les artifices de Philippe : fermez l'oreille à ses promesses et les mains à ses présents.
« Si vous mettez la liberté au-dessus de toutes choses, si vous n'estimez rien davantage, ses tromperies et ses largesses seront vaines et inutiles, et, comme les discordes des Grecs ont élevé sa puissance, leur union la renversera. D'ail-
leurs, conime il est hardi et téméraire, on peut le prendre facilement, et, si cela peut arriver, il ne faut rien craindre des autres; car, si cetesprit ambitieux recherche la gloire et l'empire i ceux qui sont aujourd'hui sous lui ne souhaitent que le repos; si ce n'est peut-être que vous redoutiez Alexandre, parce que ses partisans vous méprisent de telle sorte qu'ils vous estiment assez lâches pour avoir peur du nom d'un enfant. »
Démosthènes l'emporta par la parole. Les Thébains furent assez- téméraires pour reprendre les armes contre les Lacédémon^ens. Thèbes fut saccagée, et ses principaux patriotes égorgés par les clients des Macédoniens. Athènes tremblait de subir le même sort. Démosthènes s'enfuyait, laissant à sa patrie de vaines paroles de liberlé et tous les périls de la vengeance de Philippe. L'orateur s'était évidemment trompé d'heure; il ne faut conseiller à un peuple que la politique possible et non le suicide. La politique possible