‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 196 sur 233 · LIVRE VIIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL

Ce$t iei le lieu de dire ce qu^étail ce Néar^oe dont le nom est resté attaché à la mémoire d'Alexandre et à uo des plus rares monuments de géographie navale de Tantiqaité , le Périple de Néarque , ou la circumnavigation du golfe Persiqae et de Tocéan Indien .

Néarque était né dans l'île de Crète. Lia situatioade File de Crète, en face de la.Pbénieie, entre TÉgypte , Carthage , Chypre , TArchipel et la Grèce^ avait fait^ dès la plus haute antiquité^ de cette lie une espèce d'Albion méditerranéen. Elle fournissait d'excellents navigateurs à l'Europe et à l'Asie. La famille de Néarque était établie en Thrace; elle avait en voyéle jeune Néarqueachever ses études et chercher fortune à la cour^ alors très-lettrée, de Philippe de Macédoine. Néarque à peu près du même Age qu'Alexandre, avait été le condisciple et l'ami du fils de Philippe. Lorsque Alexandre, fut fon^ de s'expatrier un moment du royaume pour éviter la cofêre de son père, Néarque s'était dévoué aux disgràceset aux exilsde son ami. Alexandre^ dont le cœur n'oubliait jamais, s'était attaché à Néarque presque autant qu'à Éphestion y il l'avait emmené avec lui en Asie. Dans toutes les circonstances où le jeune conque-

raiii Avait en èesoia de la mer OU dés Beutes navigables poar ctracdarir à ses expéditions dé terre , Néarque avait été son ingénieur^ son coustrm^eiir de {)6atB ou de galères^ son amicri^ aoii ^éografdie. Le Cretois était devenu phtô néces* saire au Macédonien à mesure qae le monde fluvial eià maritime s'était élargi devant les pensées d'Alexandre. Néarque , inrvesti & juste titre delà confianoe de l'armée autant que de laflotte, traçait iagéograpkie de ces marches prodigieuses dont Alexandre concevait la stratégie tml accomplissait les victoires. Après la respectueuse vio^ lence de l'araiée ^ûî forçait sou chef i revenir sur ses pas par des rouies inconnues, Néarque fut plus nécessaire que jamais à son mattre ; car, tout en ayant l'apparence de céder au vœu de l'armée , Alexandre voulait, pour lui et pour le monde, éviter Tapparenee d'une retraite. Il était décidé à conquérir, à comrbattie encore en marchant, décidé surtout à aboutir à l'océan Indien, afin de le montrer à ses soldats et dé pouvoir dnre : L'Océan seal a été la borne de nos exploits.

Dans cette pensée il ordonna à Néarque de construire, avec les bois abondants des bords de

UVftE VIH. 209

TQydMpe ei do VAeésîuk^y deiix mille t>4iiiXieiito de transir I etqnatpe-viQgtogiilàivA à Iroi^raags de rameurs. C'est Pto^wée i|ui cioae ei^ do dm le m^hve 0t 1* noflueiuslaiiiFe. Cette encadre > maHi« fluYiale, laoiUé j[iayale^ rappelle par sa créatioa la tlattille de bateauK plata constroits pour «o ««tre usage et avec une xu^ine piomp* tîtude par Napoléoo à-Boulegue.

Cette créatiea achevée , il embarqua ses troupes. Arrien » d'après Ptolémée , &U use deeorip* tian mîUtaîre et traie de cet embarquemeat^ aussi émoavaat que les amplificaliona de Quiote- Curce.

a Tout étant disposé pour le départ, Tarmée s'embarque au laver de l'aurore. Alexandre sa* crifte aux dieux et au fleuve de l'Hydaspe selon le rite grec et d'après l'aviâ desdevins. Monté sur son vaisseau , il prend une eeupe d'or^ s'avance à la proue, épanche la Jiqueur dans le ieuve. Il ênin*voque le dieu et celiû de l'Acésinès^ qui se réunit à l'Kyd^sfe peur se précipiter dans Tladus ; il Uivoque aussi l'Indua» et> après les libations en l'honneur d'Hercule^ père de sa race ^ d'AoMiMMi et des autres dieux qu'il révérait , la trompette sonne et annonce le départ de ta flotte. Tous

les vaisseaux s'ébranlent et s'avancent dans Tor*^ dre fixé ; chaSun garde la ligne qui sépare les bâtiments de guerre entre eux et ceux-ci des bâtiments de transport ^ tous à une distance égale et nécessaire pour ne se point choquer. Cette manœuvre formait le plus beau spectacle ; on entendait le bruit monotone et mesuré de cette multitude de rames qui, s'élevant ou s'arrétant à la voix du kéleustès, semblaient frapper toutes à la fois et en cadence le fleuve qui retentissait du cri des matelots. Ce bruit, ces cris étaient multipliés par les échos des rochers et des forêts qui bordaient le rivage élevé. Les chevaux que Ton apercevait sur les hippagages étaient un nouvel objet d'étonnement pour les barbares accourus en foule sur les deux rives. En effet c'était la première fois que ce spectacle frappait leurs yeux; l'antiquité même n'en avait pas été témoin ; car Dionysus ne tenta pas d'expédition navale. On vit les Indieifs sur le rivage suivre longtemps la flotte ; attirés par ce bruit et par cette nouveauté , ils sortaient en foule des retraites les plus éloignées. La rive retentissait de chants barbares ; en effet, les Indiens aiment beaucoup la musique et la danse.

Page 1