LIVRE IX
le père d'une si belle lignée ;'que^ de sept enfants qu'elle avait mis au inonde ^ il ne lui en restait plus qu'un; qu'à la vérité Darius avait fleuri quelque temps , mais que la fortune ne Tavait élevé que pour le précipiter. » Enfin elle succomba à sa douleur^ et^ s'étant enveloppé la téte^ et se détournant de ses petites-filles et de son petit-fiis qui étaient à ses genoux^ elle ne voulut plus voir le jour ni prendre de nourriture; tellement qu'elle mourut cinq jours après qu'elle eut renoncé à la vie. »
Cette scène pathétique à côté de la scène funèbre est trop admirable de composition historique pour la révoquer en doute. La Providence seule compose ainsi les drames humains. Quinte- Curce, qui la rapporte d'après Diodore de Sicile, est ici d'accord avec Clitarque, Ptolémée, et même avec les traditions historiques de la Perse^ qui font pleurer la veuve de Darius sur la mort d'Alexandre^ devenu son protecteur^ son vengeur^ son gendre et son- fils. Les historiens re-
marquent tous avec raison combien c'était un véridique témoignage de la magnanimité d'Alexandre que ces regrets de Sysigambi^. Quelle oraison funèbre pour un héros que les larmes inconsolables de ses captives!
Aussitôt que le bruit du dernier soupir de leur général et de leur roi se fut répandu dans Babylone, les soldats en tumulte se pressèrent aux portes du palais pour s'assurer par leurs propres yeux de la mort de celui qu'ils avaient cru jusque-là aussi immortel au milieu d'eux que son nom était déjà immortel dans leurs pen* sées. Perdiccas, qui avait reçu des mains d'A* lexandre mourant son anneau comme signe da commandement général de l'armée et de l'em* pire, les harangua avec larmes, et, par une habile condescendance, voulut recevoir d'eux seuls Tau* torité que lui avait légué le roi. Perdiocas, d'au^ tant plus certain de la jalousie dea autres gêné» raux qu'ils avaient plus envié aa faveur auprès d'Alexandre , ne se dissimulait pas que l'armée
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se déchirerait avec Tempire et que vouloir tout prétaudre c'était tout perdre. Pour éluder les objections il proposa de couronner le fiU de Bar<sine. Le bruit dea boucliera des soldats frappés par leurs javelots > signe de mécontentement ueité chez les Macédoniens, s'éleva comme un murmure d'airain contre cette proposition de Perdiccas. On le soupçonna de vouloir régner sous le nom d'une veuve et d'un enfant. Néarque osa hraver ce murmure et soutenir avec le cou« rage de la fidélité la motion de Perdiccas et les droits du sang d'Alexandre^ mêlé heureusement pour la politique au sang de la famille royale des Perses.
Ptolémée^ popularisé par tant d'exploits et de blessures danskt campagne de l'Inde^ s'indi* gna hautement de ces discours. Il n'eut pas de peineà faire rougir les compagnons d'Alexandre d'obéir à un enfant des Perses; il flatta Tarabition de tous les chefs en demandant que le pouvoir réeli sérieux et militaire^ fût exercé par un conseil des généraux délibérant sur les intérêts de l^rmée et de l'Asie dans le palais du roi mort^ autour, de son trône vide^ d'où son ombre semblerait régner encore par leur voix.
aso TIE D'ALEXANDRE LB GRAND.
Méléagre^ sans appuyer Ptolémée, injuria Perdiccas. a C'est iious ^ s'écria-t-il , c'est l'armée qui sommes les seuls héritiers légitimes du hé* ros qui a vaincu par nous ! Allons-nous saisir de Théritage! Courons-nous partager le trésor! »
A ces mots^ applaudis par quelques soldats avides, Méléagre^ rompant les rangs, se précipitait déjà vers le palais^ suivi par une multitude encore indécise, quand une voix inconnue sortant de la fonle s'écria : «A quoi bon recourir ainsi aux armes pour le choix d'un roi qui n'est pas encore né quand nous en avons un parmi nous? » Et il désigna celui auquel personne ne pensait^ Arridée, fils de Philippe et frère d'Alexandre. — «Arridée, Arridée! » s'écrièrent d'une voix unanime les soldats, fiers de trouver eux-mêmes un roi dont l'imbécillité leur promettait l'anarchie et la turbulence. Méléagre^ par haine contre Perdiccas, feignit d'adopter ( d'enthousiasme le parti inspiré par les dieux ^ dont l'oracle venait de sortir de ta foule. Il alla prendre Arridée et le conduisit au palais pour le couronner. •
Ainsi la couronne d'un héros tombait^ une heure après sa mort^ sur la tête d'un idiot; dé-