‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 39 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

pouvait le défaire. Le protecteur de la confédération pouvait être déclaré Tennemi public ; une ligue achéenne sous l'ascendant de Lacédémone pouvait venger la Thessalie et surprendre la Macédoine sans roi et sans armée.

Toutes ces considérations n'échappèrent certainement pas à Alexandre. Nous voyons^ par les discours de ses conseillers et de ses amis dans les délibérations ({ui précédèrent l'expédition^ qu'on ne lui laissa rien ignorer de ce qui devait le retenir en Europe. La nouveauté du royaume à peine fondé et agrandi par Philippe^ le caractère de sa mère^ les partis de ses frères^ les infidélités et les mobilités de la Grèce ^ sa propre jeunesse^ l'absence d'héritier après lui^ puisqu'il n'avait encore ni épouse ni enfant^ la Macédoine épuisée d'hommes et d'argent par les longues guerres de Philippe^ les agitations d'un royaume déchiré entre Olympias et son conseil^ rien ne fut omis par les hommes sages dont il était entouré à Pella pour lui faire, sinon abdiquer^ du moins ajourner sa résolution. Parménion et Ântipater^ les deux lieutenants les plus renommés et les plus dévoués de son père^ lui parlèrent le langage de la prudence et de l'expérience avec

l'autoritéde leur vieille affection poursamaisoii.

Tout ce qui aurait ému ou intimidé une âme vulgaire fut sans force sur son àme héroïque. Les petites raisons n'agissent pas sur les grandes passions. Le génie a sa langue à lui^ que seul il entend et qu'il parle seul. Les réponses qu'il fit dans son conseil a ces objections nous sont transmises^ laconiques et substantielles par Arrien^ longues et oratoires par Quinte-Curce-

<c II faut^ dit-il^ conseiller les rois dans un sens « royal et non dans un sens vulgaire; il faut les <K éclairer sur la route qu'ils ont résolu de suivre « et non leur tracer une autre route. Leurs ff vrais amis sont ceux qui les secondent le c mieux dans leurs grands desseins. ^

On voit par ces paroles qu'il méprisait^ comme toutes les âmes fortes^ l'opposition, cette force inactive de l'inertie qui ne crée que l'obstacle et jamais l'impulsion. Il ne confondait pas Topposition avec la liberté; il écoutait l'avis, mais il tranchait l'obstacle. C'est le caractère de tous ceux que la nature a faits p0ur les grandes actions. Ce caractère se révéla tout entier dans cette longue délibération qui précéda son départ.

« Au reste, dit-il, pour vous faire voir les rai-

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