‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 38 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

mépris superbe des Lacédémoniens, enfin ses séductions personnelles au congrès de Corinthe lui avaient conquis pour jamais^ avant sa vingtième année^ Tascendant et le titre de médiateur suprême et de généralissime de la confédération.

La Grèce sous ses lois lui assurait la Macédoine^ et la Macédoine sous sa main lui assurait la Grèce. L'opinion et les armes de l'Europe orientale étaient à lui. La Macédoine ainsi composée lui assurait le plus beau royaume qui pût alors satisfaire en Europe l'ambition d'un prince naissant. Des confins de la Germanie au golfe de Salonique^ du mont Âthos aux bouches du Danube^ du bassin de la Macédoine à la mer Adriatique^ à la mer Egée et à la Propontide^ il régnait avec une puissance acceptée, ou par lui-mém^ ou par ses alliés assouplis sous sa main.

Une expédition lointaine et hasardeuse ne pouvait rien ajouter en Europe à cet empire; il risquait tout en s'éloignant. Sa mère était tendre^ mais indocile^ ambitieuse et superbe ; elle était soupçonnée d'une complicité au moins de cœur dans le meurtre de son père; elle avait pleuré ouvertement ses assassins. Les généraux de Philippe étaient des gardiens peu sûrs de l'obéis-

sance et de la paix du royaume; s'il leur subordonnait sa mère Olympias en son absence^ elle pouvait appeler à elle les roisd'Épire^ ses parents, et leur vendre le trône ; s'il confiait la régence à Olympias, les généraux macédoniens humiliés pouvaient s'agiter sous cette main de femme et former des partis dans un royaume encore indompté. Il avait de plus, dans les nombreux enfants de Philippes nés de femmes étrangères, des compétiteurs possibles et dangereux à la succession de la Macédoine. Le plus dangereux de tous était son frère Aridée plus âgé que lui et que son droit d'aînesse semblait rendre plus légitime. Mais la faiblesse d'esprit de ce frère, qui parait avoir touché presque à l'idiotisme, éloignait de lui la pensée des Macédoniens. Alexandre, pour plus de sûreté, avait résolu de l'emmener avec lui en Asie.

Ce n'était pas tout; la Grèce était jalouse ^ humiliée, mobile, flottante à la voix de ses orateurs et des roulis de ses assemblées populaires. S'absenter, même pour ses intérêts et pour sa gloire, c'était la livrer au vent de ses inconstances et de ses'sédi lions. Ce qu'un congrès de Corinthe avait fait, un congrès d'Athènes ou de Lacédémone

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