LIVRE II. 1C
Dardanelles^ sépare TEurope de TAsie. Il ressemble à un fleuve plus qu'à un bras de mer. Héro et Léandre l'avaient déjà rendu fameux dans l'antiquité par l'aventure d'un amant qui avait trouvé la mort dans les flots en le traversant à la nage pour aller visiter pendant la nuit son amante. Xerxès l'avait passé dans son orgueil avec un million d'hommes et repassé dans sa défaite avec ses débris. L'histoire et la poésie l'ont illustré depuis par le passage des Turcs en Europe sous Othman^ par les fortifications des Dardanelles^ barrière longtemps infranchissable aux flottes des chrétiens, enfin par le poëme moderne de la Fiancée d'AhydoSy de lord Byron^ monument du cœur et du génie humain qui grave autant un site dans la mémoire des hommes que le sillage de la flotte d'un conquérant.
Âlexaudre, maitre du port de Thessalonique^ au fond du golfe de ce nom, et disposant également de toutes les flottes de la Grèce, avait pris
soin de réunir à Sestos deux cents navires de ces différents ports^ flottille plus que suffisante pour opérer le passage d'une si faible armée. Les Perses n'entreprirent point de défendre l'Asie sur la côte opposée d'Abydos. Ils ne pouvaient prévoir d'avance avec certitude quel point du rivage la flottille d'Alexandre choisirait pour envahir l'Asie^ et^ dans l'impossibilité de les dé^ fendre tous ^ ils attendirent avec raison que les Macédoniens eussent mis le pied sur la terre ferme pour les attendre dans un site plus fixe et plus défendu. Les Perses avaient ainsi l'avantage d'épuiser les Macédoniens par des marches longues et difficiles avant de leur livrer bataille; ils avaient de plus^ en cas de revers , l'espérance de les envelopper sur leur propre territoire par des troupes infiniment plus nombreuses; enfin ils avaient la certitude^ si les Macédoniens étaient vaincus^ de leur couper toute retraite par la mer Propontide, et de prendre ou d'anéantir la Grèce, la Macédoine et leur général du premier coup et du premier pas.
Il n'y a pas de doute sur cette tactique des généraux de Darius en découvrant le rivage d'Abydos. Ce rivage est une plaine. Cette plaine, au