LIVRE IL
pied du mont Ida (qui porte aujourd'hui sur ses flaucs la ville de Brousse)^ était très-favorable au grandjiombre et à la cavalerie des Perses pour une bataille inégale en masses de combattants. L'habileté de leur généralissime Memnon n'aurait pas laissé échapper une si rare occasion de vaincre s'il n'avait eu la pensée plus militaire d'anéantir son faible ennemi.
Quoiqu'il en soit, l'armée macédonienne fut portée tout entière par une mer complice et par une navigation courte sur le rivage d'Asie. Alexandre, fier de dominer un double élément^ voulut tenir de sa propre main le gouvernail du navire qui le transportait d'une rive à l'autre. Parvenu au milieu du canal des Dardanelles , à une égale distauce de K Thrace et de l'Asie , il immola un taureau à Neptune et jeta la victime aux vogues pour flatter la mer ou pour la remercier d'avoir si bien servi ses desseins. Il répandit les libations de sa coupe dans les flots et il y jeta sa coupe d'or elle-même; puis, ayant ressaisi le gouvernail, prêt à aborder à Abydos, il lança un javelot à la terre en signe d'hostilité ou de conquête, attestantes dieux, disent les témoins, que ce n'était pas une criminelle ambition,
mais une cause juste^ légitime^ et par conséquen t divine, qui lui faisait porter la guerre en Asie, mais le salut et la gloire de l'Europe tant 4e fois menacée et tant de fois violée par les Perses. Heureux le général qui peut se rendre avec vérité le témoignage que se rendait justement Alexandre! La Perse avait porté trois fois le champ de bataille en Grèce, la Grèce à son tour le portait en Asie. Elle ne pouvait se défendre qu'en attaquant; sa cause était sainte; les dieux, c'est-à-dire la justice divine, qui distribue et qui garantit les territoires, patrimoines héréditaires des peuples, étaient du parti d'Alexandre. Il avait droit à les invoquer.
Soit piété naturelle cultivée encore en lui par la dévotion d'Olympias et par la. philosophie religieuse de son précepteur Aristole, soit adulation politique aux crédulités populaires de, son armée, son premier acte, après être descendu de son vaisseau, fut un sacrifice solennel à Jupiter défenseur, à Minerve et à Hercule, c'est-à-dire à la personnification du droit, de la sagesse et delà force, ces trois conditions d'une juste guerre.